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Full text of "Journal asiatique"

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JOURNAL  ASIATIQUE 


NEUVIÈME    SÉRIE 


TOME  XIII 


JOURNAL  ASIATIQUE 

RECUEIL  DE  MÉMOIRES 

D'EXTRAITS  ET  DE  NOTICES 

RELATIFS  À   L'HISTOIRE.  À  LA  PHILOSOPHIE.  AUX  LANGUES 
ET  À  LA   LITTÉRATlinE    DES  PEUPLES  OIIIENTAUX 


ET  PUBLIE  PAH  LA  SOCIETE  ASIATIQUE 


NEUVIÈME  SÉRIE 
TOME  XIII 


PARIS 
IMPRIMERIE   NATIONALE 

RHNEST  LEROUX.  ÉDITEUR 

HUKnON«PA1lTR.  ,6 

M  DCCC   XCIK 


>>^ 


JOURNAL  ASIATIQUE. 

JANVIER-FÉVRTER  1899. 


NÂBIGA  DHOBYÂNÎ 

INÉDIT, 

é  D'APRÈS 

LE  MS.  ARABE  65  DE  LA  COLLECTION  SGHEPER. 

PAR 

M.    HARTWIG   D£R£NfiOURG. 


I 

A  Toccasion  du  onzième  Congrès  des  Orientalistes , 
réuni  à  Paris  en  septembre  1897,  ^^^  exposition 
temporaire  de  manuscrits  et  d'imprimés  orientaux 
fut  organisée  à  la  Bibliothèque  nationale  et  installée 
dans  le  vestibule  de  la  Galerie  Mazarine ,  sur  le  seuil 
de  Texposition  publique  qu'elle  contient  en  perma- 
nence. Chartes  Schefer,  président  du  Congrès ,  avait 
fait  choix  de  neuf  d  entre  ses  manuscrits  les  plus 
précieux,  arabes,  persans  et  turcs,  pour  les  offrir  à 
la  curiosité  et  à  l'examen  de  ses  confrères.  Mon  atten- 
tion se  fixa  sur  le  manuscrit  6^  (A.  65  delà  coUec- 

'  Bibliothèque  nationale.  Choix  de  manuscrits  >  d'imptimét ,  ât  cnric» 


6  JANVIER-FEVRIER  1899. 

tion),  qui  contient  le  diwân  d'un  poète  arabe,  cher 
entre  tous  à  celui  qui  sTionore  d'en  avoir  été  le  premier 
éditeur.  Eln  revenant  à  Nàbiga  Dhobyânî,  je  reviens 
en  1898  à  mes  anciennes  amours  de  1868.  Les  hé- 
ritiers de  Charies  Schefer,  s'inspirant  de  son  exemple 
et  continuant  sa  tradition ,  ont  mis  généreusement  à 
ma  disposition  le  volume  dont  on  trouvera  ici,  comme 
hommage  à  sa  mémoire,  la  description  et  de  copieux 
extraits. 

Voici,  par  ordre  chronologique,  la  liste  des  publi- 
cations antérieures  consacrées  au  diwân  de  Nâbiga 
Dhobyâni.  Cette  bibliographie  ne  comprend  que  les 
ouvrages  relatifs  au  recueil  plus  ou  moins  complet  ; 
les  monographies  sur  la  moallaka  de  Nâbiga  ont  été 
omises  à  dessein  dans  cette  nomenclature,  qui  con- 
tient exclusivement  les  travaux  d'ensemble  : 

1*  D  =  Hartwig  Derenbourg,  Le  Diwân  de  Nâbiga 
Dhobyâni;  texte  arabe,  pabUé  poar  la  première  fois , 
suivi  d^une  traduction  française  et  précédé  ^une  intro- 
duction, dans  le  Journal  asiatique  de  1868,  t.  I, 
p.  197-297,  301-439,  484-5 1 5  et  520.  Nous  cite- 
rons de  préférence  le  tirage  à  part  ,272  pages ,  Paris , 
Maisonneuve,  1869. 

Q*  A  =  W.  Ahlwardt,  The  divcuis  of  the  six  ancient 
Arabie  poets;  London,  Trùbner,  1870.  A  Nàbiga  se 
rapportent  les  pages  r-hr,  mf-iv\,  rx-rih*,  1-18, 
86-91,  109,  111  et  112. 

et  de  médaiUes  exposés  à  C occasion  du  Congrès  des  Orientalistes;  Paris . 
Leroux,  1897,  p.  Si. 


nAbiga  dhobyAni  inédit.  7 

3**  B  =  Du  même,  Bemerkangen  ûber  die  Aechiheit 
der  alten  Arabischen  Gedichte .  .  .  71^65^  Beitràgen  zam 
richtigen  Verstàndnisse  Ennâbigas  und  'Alcfamas; 
Greifswald,  Bamberg,  187Q.  Pour  Nâbiga,  voir 
p.  3o,  36-5o  et  91,-165. 

4**  C  =  Cinq  dîwâns  de  poètes  arabes,  collection 
publiée  à  Timprimerie  Wahbiyya  au  Caire  en  1293 
de  Thégire  (1876  de  notre  ère).  Sur  les  200  pages, 
les  79  premières  contiennent  le  Dîwân  de  Nâbiga 
Dbobyânî ,  avec  le  Commentaire  du  vizir  Aboû  Bakr 
Asim  ibn  Ayyoûb  Al-Batalyoûsî ,  qui,  en  dépit  du 
titre ,  n'est  pas  mort  en  1 9 4  de  Thégire  (  809 ,  8 1  o  de 
noire  ère),  mais  en  radjab  5qi  (juillet  1 127^). 

5**  J  =  Louis  Cheikho,  Les  poètes  arabes  chrétiens; 
Beyrouth,  1889-1890.  Le  dîwân  de  Nâbiga  Dbob- 
yânî y  figure,  allégé  de  plusieurs  passages,  accom- 
pagné d'im  commentaire  développé  en  arabe,  aux 
pages  ii«*  -  y^r. 

6°  G  =  Baron  David  de  Gûnzburg,  Extraits  da 
Diwân  de  Nâbiga,  p.  1 67-252  de  la  publication  inti- 

titulée  i^T^imi,   destinée  par  les  élèves   de  Victor 

(jimi)  Rosen  à  célébrer  les  noces  d'argent  de  son 
enseignement  à  l'Université  de  Saint-Pétersbourg; 

*  Sur  cette  édition  faite  d'après  le  manuscrit  de  Vienne  446 
(Flùgel,  Die  arabischen, . .  Handschrijten ,  I,  p.  43o),  voir  Socin, 
dans  la  Zeitschrift  d.  d,  morg,  Gesellschaft ,  XXXI  {1877),  p.  669- 
68a.  —  J'ai  essayé  d'élucider  les  questions  chronologiques  relatives, 
à  Al-Batfldyoûsî  dans,  la  Revue  des  études  juives ,  octobre-décembre 
i883,  p.  274-279. 


8  JANVIER-FÉVRIER  1899. 

Saint-Pétersbourg,  imprimerie  de  l'Académie  impé- 
riale des  sciences,  1897. 

C'est  une  même  rédaction  du  diwân  qui  a  été  re- 
produite dans  les  quatre  éditions  citées  sous  les 
numéros  1,  2,  4  et  5.  Les  vingt-quatre  morceaux 
rapportés  par  Al-Asma*i  en  constituent  Télément 
fondamental  ^  Le  commentaire  du  vizir  Al-Batal- 
yoûsî,  publié  dans  C,  est  muet  sur  les  six  autres 
poésies ,  qui  y  ont  été  insérées  d'après  D  et  A  et  qui 
proviennent  d'une  sélection  faite  par  At-Toûsî,  «  au 
nom  de  ses  maîtres  » ,  c'est-à-dire  par  Aboû'l-Hasan 
^\lî  ibn  'Abd  AHâh  ibn  Sinân  At-Taimî  At-Toûsî, 
qui  mourut  vers  tx/io  de  l'hégire  (854  de  notre 
ère^).  Ai-A*lam  Asch-Schantamarî  (de  Santa-Maria) , 
qui  mourut  en  476  de  l'hégire  (  1  o83  de  notre  ère), 
a  étendu  son  commentaire  aux  trente  morceaux 
admis  dans  D,  A,  C,  »L  Une  poésie. supplémentaire 
de  61  vers  y  a  été  ajoutée  dans  D  d'après  la 
Djamhara,  Les  vers  i  -  4 1  de  cette  même  poésie 
se  trouvent  dans  A  sous  la  cote  n^,  parmi  les 
58  fragments  d'inégale  longueur  dont  M.  le  profes- 

*  D,  p.  63,  93  et  144. 

*  Fihrist,  p.  71;  Hammer,  Literaturgesehickte  der  irabev,  HI, 
p.  433;  D,  p.  64 1  10a  et  iGi;  A,  p.  v;  B,  p.  4o. 

^  Pour  arriver  aux  61  vers  de  D,  il  faut  souder  à  la  suite  des 
vers  1-4 1  d'abord  7  vers  publiés  seulement  dans  D,  puis  le  frag- 
ment de  1.4  vers,  sans  son  vers  9,  coté  i  dans  D,  if  dans  A, 
V  dans  G,  publié  dans  C,  p.  Pr-I»!»,  et  dans  J,  p.  iv\-^a..  Voir 
aussi  B,  p*  43-48,  Th.  Nôldeke  dans  la  ZeitsekriJÏ  d,  d,  morg, 
GeteUichaft,  XLIX  (iSgS),  p.  393,  et  plus  loin,  à  propos  de  la 
poésie  XLi  du  manuscrit  Schefer. 


nAbiga  dhobyAni  inédit.  9 

seur  Ahlwardt  a  formé  son  Appendice,  en  puisant 
dans  ses  vastes  lectures.  Nous  leur  devons  aussi  la 
richesse  incomparable  des  variantes  coUigées^  Au 
moment  de  clore  son  enquête  sur  Nâbiga ,  cet  érudit 
a  encore  ajouté  les  fragments  59-63  qui  ont  passé 
inaperçus  pour  l'éditeur  de  J.  Autrement;  celui-ci  a 
ac<5ueiHi  tous  les  matériaux  rassemblés  dans  A,  à 
l'exception  de  ceux  que  d'honorables  scrupules  l'obli- 
geaient à  élaguer. 


II 


Le  manuscrit  du  Supplément  Tantawy  28,  t|ui 
est  devenu  le  manuscrit  arabe  80 1  de  l'Université  de 
Saint-Pétersbourg ,  nous  introduit  avec  G  sur  un  ter- 
rain renouvelé  pour  les  parties  que  nous  connaissions , 
élargi  et  étendu  par  des  accroissements  considé- 
rables. L'auteur  de  cette  rédaction,  qui  comprend 
û(i  morceaux,  poésies  ou  fragments,  n'est  pas 
nommé  :  M.  le  baron  David  de  Gùnzburg,  dans  un 
savant  mémoire^,  a  essayé  d'élucider  et  de  trancher 
cette  question  d'origine.  Sa  solution  du  problème 
sera  signalée  et  examinée  ultérieurement.  Voyons 
d'abord  ce  que  l'anonyme  nous  apprend  lui-même 
sur   les  matériaux  qu'il  a  mis  en  œuvre.    H   les   a 

*  A  la  liste  d'ouvrages  consultés  et  cités  (A,  p.  io3>io4)  vien- 
draient s'ajouter  maintenant  entre  autres  les  10  volumes  du  TAdj 
al-'aroûs,  les  20  du  Lisàn  al-arab,  les  ^  de  la  Khizâiiat  al-adab. 

*  Mes  chers  élèves  Broydé  et  Seiigsohn  ont  déchiffré  et  traduit 
pour  moi  le  mémoire  rédigé  en  russe.  Je  tiens  à  les  en  reme;'cier 
publiquement. 


10  JANVIER-FEVRIER  1899. 

empruntés ,  d'après  son  témoignage  formel ,  à  qpaatre 
autorités  en  ces  matières ,  qu'il  énumère  dans  Tordre 
suivant  :  Al-Asma^,  Aboû  'Obaida,  Aboû  *Amr  et 
IbnAl-AVâbîi* 

Pour  ce  qui  est  du  premier  (i  asi/ySg-'iiô/SSi),  il 
a  été  absorbé  presque  entier,  puisque ,  des  2  Ix  mor- 
ceaux dont  se  compose  sa  sélection ,  les  i  o  vers  de 
D  iô  =  A  i»*'  et  les  5  vers  à^D\r  =  Kv\  ont  seuls  été 
éliminés.  Encore  ce  dernier  n  est-il  pas  de  Nâbiga ,  mais 
de  Yazîd,  lun  de  ses  contradicteurs,  répondant  à  ses 
attaques.  Les  22  autres  morceaux  ne  se  distinguent 
du  texte  officiel  (D,  A,  C  et  J)  que  par  des  remanie- 
ments ,  des  insertions ,  de  rares  omissions  et  des  va- 
riantes. La  part  d'Aboû  ^Obaida  (  1 1 0/728-2 1 0/82  5  ) , 
qui  semble  avoir  publié  son  édition  de  Nâbiga^,  qui 
avait  écrit  une  monographie  sur  les  Banoû  Gatafân*'^, 
ne  saurait  être  précisée  :  sa  réputation  a  survécu,  son 
œuvre  est  presque  entièrement  perdue*.  Aboû  ^Amr 
n'est  pas  le  vieux,  presque  légendaire  Aboû  *Amr 
ibn  Al-^Alà,  mais  le  linguiste  de  l'école  de  Koûfa 
Aboû  ^Amr  Isbâk  ibn  Mirâr  Asch-Schaibânî ,  qui 
mourut  très  âgé  en  206/821^.  Il  s'était  beaucoup 
occupé  de  Nâbiga,  parfois  en  opposition  avec  Aboû 
*Obaida^,  et  c'est  d'après  lui  que  sont  rapportées 

*  G,  p.  171  et  i83. 

'  Yâkoût,  Mon'djam,  I,  p.   211,   228;  II,  p.  4oi;  IV,  p.  44; 
D,  p.  66;  cf.  G,  p.  i83;  i85,  n.  6;  190,  n.  5;  192,  n.  1  et  8;  etc. 
^  Fihrist,  p.  5.i;  Hammer,  Literaturgeschichte ,  III,  p.  4i3. 

*  Brockdmann,  Geschichte  der  arabischen  Literatur,  p.  io3-io4. 

*  Ibid,,  p.  116. 

*  G,  p.  i83,  191  et  218. 


NABIGA  DHOBYANÎ  inédit.  11 

explicitement  dans  G  les  poésies  vb  et  H,  celle-ci 
où  son  nom  va  de  compagnie  avec  celui  d'Aï- 
Asma^  ^.  C'est  là  du  reste  une  indication  précieuse  : 
car,  grâce  aux  épigraphes  de  certaines  poésies,  à 
des  notes  dispersées  cà  et  là ,  on  peut  constater  que 
les  poèmes  adoptés  par  Al-Asma^  ne  sont  entrés 
dans  G  que  sous  le  couvert  d'Aboû  'Amr;  celui-ci  en 
a  au  préalable  rectifié  l'ordonnance;  celui-ci  a  fait 
son  choix  entre  les  leçons  qui  circulaient  sur  les 
lèvres  des  rhapsodes  et  dans  les  notations  des  co- 
pistes ^.  Je  lui  attribue  cette  rédaction  de  Koûfa  que 
j'avais  soupçonnée  naguère^  comme  indépendante 
de  la  collection  telle  qu'elle  nous  était  parvenue  par 
l'Espagne  et  par  ses  commentateurs  de  Radajoz  et 
de  Santa-Maria. 

Al-Asma'î ,  .Aboû  'Obaida  et  Aboû  'Amr  étaient  à 
peu  près  contemporains.  Ibn  Al-*Arâbî  les  suit  d'assez 
près  puisque,  né  à  Koûfa  en  i  60/767,  il  mourut  à 
Sâmarrâ  en  2  3i/844^.  Son  nom  était  Aboû  *Abd 
Allah  Mohammad  ibn  Ziyâd.  Dans  G  il  est  appelé 
tantôt  Ibn  Al-AVâbî ,  tantôt  Aboû  'Abd  Allah ,  une 
seule  fois  Aboû  *Abd  Allah  Ibn  Al-AVâbî  \  Il  avait 
été  le  maître  principal  d'At-Toûsî ,  qui ,  au  lieu  de  le 
nommer,  s'en  réfère  à  ses  maîtres  pour  les  poèmes 


*  G,  p.  171,  n.  j,  172,  236  et  25o. 

*  G,  p.  i83;  189,  n,  1;  193,  n.  1;  194  »  n.  7;  218;  etc. 
'  D,  p.  66,  n.  2;  cf.  G,  p.  222. 

*  Fihrist,  p.    69;   Hammer,    Literaturgeschichte ,   III,    p.   329, 
Brockelmaim ,  Arabiscke  Literatur,^.  116-117. 

^  G,  p.  193,  n.  6. 


12  JANVIER. FEVRIER  1899. 

25-3 1 ,  ajoutés  par  lui  aMDiwân^.  Avec  M.  Ahiwardt-^, 
j'attribue  à  Ibn  Al-AVâbî  l'introduction  de  ces  mor- 
ceaux, tous  admis  sans  exception  dans  G.  Ibn  Al- 
AVâbî,  qui  tenait  en  médiocre  estime  la  science  de 
ses  devanciers  Al-Asma^î  et  Aboû  ^Obaida,  était  un 
véritable  initiateur  :  Tha'lab ,  le  plus  célèbre  gram- 
mairien de  l'école  de  Koûfa,  suivit  ses  cours  pendant 
plus  de  dix  ans ,  souvent  en  cotnpagnie  de  cent  audi- 
teurs^. G  se  réclame  d'Ibn  Al-AVâbî  pour  les  frag- 
ments suivants,  qui  n'émanent  ni  d'Al-Asma^î,  ni 
d'At-Toûsî  :^^,  Y^'  et  à)G^,  Pour  d'autres  morceaux 
qui  sont  dans  le  même  cas,  il  est  spécialement  re- 
marqué dans  G  qu'ils  n'ont  pas  été  rapportés  par  Ibn 
Al-A*râbî,  ainsi  pour  K'f,  f*'}*,  f*^',  K'a,  jai,  ô-,  ô|5.  On 
peut  en  induire  que  le  contingent  d'Ibn  Al-AVâbî 
dans  la  mise  à  point  du  Diwân  revu  et  augmenté 
a  été  tellement  considérable  qu'il  fsdlait  résister  à  la 
tentation  de  lui  attribuer  en  bloc  tous  les  enrichisse- 
ments. 

M.  le  baron  de  Gûnzburg,  en  examinant  les  cita- 
tions de  Nâbiga  Dhobyânî  dans  quelques  ouvrages 
arabes  d'histoire  littéraire,  le  Kâinil  d'Al-Moubarrad 
(mort  en  285/998) ,  le  Kitâb  al-agâni  d'Aboû'l-Faradj 
Al-Tsfahânî  (mort  en  356/967  )  et  la  Mouwâzana  d'Al- 
Amidî  (mort  en  371/987),  s'est  aperçu  judicieuse- 


-  Voir  plus  haut ,  p.  8. 

*  B,  p.  4o. 

'  Fihrist,  p.  69;  Hammer,  Literaiurgesohichte ,  III,  p.  33o. 

^  G,  p.  172,  234f  a38,  a49i  soi. 

^  G,  p.  172 ,  23i,  2  33,  2  35,  237,  245,  a47v  3  49t  aôi* 


nAbiga  dhobyAnî  inédit.  13 

ment  que  les  passages  allégués  répondaient  souvent 
mieux  au  texte  du  manuscrit  Tantawy  quà  celui 
de  nos  éditions  ^  Or,  par  un  hasard  singulier,  elles 
dérivent  toutes  d*exemplaires  magrébins  importés 
d'Espagne.  Les  appendices  d'Ahlwardt  avaient  seuls 
jusqu'ici  ouvert  une  échappée  sur  Tinsuffisance  et  les 
lacunes  de  notre  documentation.  La  voici  renforcée 
et  complétée  par  l'édition  décrite  dans  G,  qui  s  an- 
nonce négativement  comme  ^^..«.jo^I^^  ibtj^j  «  la  ré- 
daction d'un  autre  qu'Al-Asma  î  »^,  et  que  M.  le  baron 
de  Giinzburg  attribue  à  Aboû  Sa*îd  Al-Hasan  ibii 
Al-Hosain  ibn  *Obaid  Allah  ibn  ^Abd  ar-Rahmàn 
Al-^Atkî  As-Soukkarî,  mort  vers  275/888^,  célèbre 
pour  avoir  édité  les  maîtres  de  l'ancienne  poésie  arabe , 
entre  autres  Nâbiga  Dhobyânî*. 

C'est  là  une  conjecture  plausible,  appuyée  sur  des 
raisonnements  sages,  sur  des  vraisemblances  bien 
observées  et  que  je  serais  heureux  de  voir  confirmée 
par  la  comparaison  d'un  second  manuscrit  portant 
un  titre  authentique,  avec  désignation  explicite  du 
compilateur.  En  effet,  le  manuscrit  Schefer  (S),  de 
même  nature  que  G,  d'un  contenu  analogue,  mais 
non  identique ,  d'écriture  asiatique  également ,  avec 
le  nom  de  Nâbiga  Dhobyâni  seul  sur  le  titre  sans 
aucune  indication  d'éditeur,  pourrait  tout  aussi  légi- 
timement, mais  tout  aussi  arbitrairement,  être  consi- 

^  G,  p.  17a,  176,  i8a-i83. 

*  G,  p.  170. 

^  G,  p.  175  et  ai8;  Brockelnianu ,  Arahische  Literatur,  p.  108. 

*  Fihrist,  p.  74  et  78. 


14  JANVIER-FEVRIER  1899. 

déré  comme  nous  apportant  le  texte  tel  qu'il  a  été 
fixé  par  Aboû  Sa^îd  As-Soukkarî.  Mais  ce  n'est  pas 
tout  :  sans  étendre  mon  enquête  à  lensemble  de  la 
littérature  arabe  de  TOrient  musulman,  j'ai  eu  la 
curiosité  de  vérifier  les  citations  de  Nâbiga  Dhobyânî 
dans  Al-Maidânî  (Freytag,  Araham  Proverhid),  dans 
la  Khizânat  al-adab ,  dans  le  Dictionnaire  géographique 
de  Yâkoût  ^  et  j'ai  discerné  dans  ces  trois  ouvrages  les 
traces  bien  visibles  de  trois  recensions  différentes ,  se 
rapprochant  parfois  des  deux  qui  nous  ont  été  révé- 
lées par  G  et  par  S,  mais  s'en  éloignant  aussi  sur  cer- 
tains points ,  chacune  d'elles  ayant  admis  des  éléments 
originaux  qui  n'avaient  pas  pénétré  dans  les  autres. 
Laquelle  de  ces  cinq  rédactions  émane  sans  conteste 
d' As-Soukkarî  P  Peut-être  aucime.  Toute  affirmation 
à  cet  égard  serait  prématurée.  Avec  notre  outillage 
actuel,  ce  qui  ressort  de  G  et  S,  ainsi  que  des  livres 
imprimés  que  je  viens  de  citer,  c'est  que  le  Diwân  de 
Nâbiga,  comme  celui  des  autres  poètes  antéisla- 
miques ,  immobilisé  en  Occident  sous  la  forme  où  il 
y  était  parvenu,  soustrait  sur  ce  terrain  nouveau 
aux  infiltrations  du  dehors ,  continuait  en  Orient  sa 
vie ,  sa  marche  et  son  développement ,  se  grossissant 
de  nombreux  affluents  aux  eaux  plus  ou  moins  pures, 
se  répandant  dans  im  public  lettré ,  en  quête  d'anti- 
quités et  d'archaïsmes  poétiques,  prenant  son  bien 
où  on  le  lui  offrait,  disposé  à  l'admiration,  doué  de 
plus  de  mémoire  que  de  critique,  ébloui,  comme 

^  Les  passages  de  Meidâni   (p)   et  de  Yâkoût  (j)  ont  été  ras- 
semblés dans  les  Appendices  de  A. 


nAbiga  dhobyAnî  inédit.  15 

par  le  mirage ,  par  le  nom  illustre  de  Nâbiga  Dhob- 

A       Al 

yani^ 

V 

in 

Le  manuscrit  S ,  haut  de  o  m.  1 9 ,  large  de  o  m.  1 3 , 
comprend  iSg  feuillets,  avec  17  lignes  à  la  page. 
En  dehors  des  feuillets  1,  1  29  v**,  i3o  r®  et  i56- 
1  59,  qui  contiennent  du  remplissage,  il  se  compose 
de  deux  ouvrages  très  inégaux  :  i**  (fol.  2  r**-!  29  r*), 
le  vocabulaire  arabe-persan  des  substantifs  classés 
d'après  leurs  sens ,  par  Al-Maidânî  ^,  comme  il  appert 

du  titre  suivant  :  g^-^Jt  vJuJb  t^L^lt  i  t^LJI  4^bD 

AxU;  2*  (fol.  i3o  r^-i54  v«),  le  Diwân  de  Nâbiga 
Dhobyânî ,  introduit  en  ces  termes  :  iûbUJt  (^|^^  '<i^ 
âLuJJl.  On  lit  au  fol.  129  r*»  :  aJL»  J...3?  J^\  ;^ 

^  M.  Ablwardt  supposait  que  nous  ne  possédions  qu*en  partie 
l^œuvre  de  Nâbiga  Dhobyânî;  voir  B,  p.  5o. 

*  Al-Maidânî,  Tauteur  de  la  Collection  des  proverbes,  est  ordi- 
nairement appelé  Aboû  '1-Fadl,  et  non  pas  Aboû  *n-Nasp.  Sur  son 
Traité  des  noms,  voir  surtout  J.  de  Goeje  et  Th.  Houtsma,  Cata- 
logus,l,  (2*  éd.) ,  p.  66;  Hartwig  Derenbourg,  Les  manuscrits  arabes 
de  VEscurial,  I,  p.  4ii;  Rieu,  Supplément,  p.  58 1.  —  La  date 
habituellement  donnée  du  i4  ramadan  ^97  pour  Taché vement  de 
«ce  livre»  se  trouve  dans  S  à  la  marge  du  fol.  128  v**  comme 
variante,  tandis  que  dans  le  texte  [ibid,]  on  lit  :  «le  dimanche,  der- 
nier jour  de  rabî*  i"'  /197  »  (1"  janvier  1  io4  de  notre  ère).  L'auteur 
avait  sans  doute,  à  quelques  mois  de  distance,  été  amené  par  le 
succès  à  publier  deux  éditions  successives  de  son  manuel. 

^  Une  autre  indication,  placée  au-dessous  et  coupée  par  la 
reliure,  se  rapporte  non  pas  à  S,  mais  à  une  copie  faite,  d'après 
lui ,  ultérieurement  à  une  date  qui  n'est  plus  reconnaissable. 


16  JANVIER-FÉVRIER  1899. 

y<wxJI  ^1  «^^'  ^^  ^^^  aJÎJ  Slf-  aIu  Jx  i^Lai]^  xit^ 

aJJI  L^lîT  »^Lo  ioUw^3  ^^^juum:>^  {^yii^^  ^^<ÂAM.  Ce  que 
complète  la  souscription  du  fol.  i55  V*  :  cjU53I  Iï 

'•)  ^^t  Ai»  ^  i  ^1^1  .U^;5II  .^  ^t  a»  (:X^  *^5j^ 


LLa-»^.  L'exemplaire,  dans  son  entier,  a  donc  été 
écrit  à  Sâwa  en  698  de  Thégire  (1201  de  notre  ère) , 
pour  l'usage  personnel  dun  certain  Aboûl-Kâsim  ibn 
Mohammad,  qui  s  est  complu  à  le  calligraphier  en 
traits  réguliers,  correctement  alignés  sur  un  papier 
huilé  faisant  valoir  Tencre  bien  teintée  et  le  kalam 
finement  taillé,  à  le  vocaliser  avec  le  plus  grand  soin 
et  la  plus  remarquable  compétence.  Or,  Sâwa  était 
une  jolie  ville  de  la  Perse ,  entre  Rayy  et  Hamadhân , 
qui  fut  très  florissante  jusqu'à  ce  qu'en  621/1224^, 


^  Lu  par  conjecture.  Ms.  v^^^  «  peut-être  pour  v^;^^  * 
^  Ihn  Al-Athîr,  Chronicon,  XII,  p.  27a.  Yàkoût,  MotCàjam,  III, 
p.  34,  donne  la  date  de  617/1230;  mais  le  témoignage  d'un  con- 
temporain aussi  bien  informé  qu*Ibn  Al-Athir  mérite  le  j^ns  de 
créance,  ainsi  que  me  le  fait  remarquer  M.  Th.  Nœldeke  en  m^ 
retournant  cette  épreuve.  Le  «Nâbiga  Dhobyànî  inédit»  loi  doit 
beaucoup ,  ainsi  qu'à  M.  Ignaz  Goldziher.  Mes  deux  éminents  con- 
frères ont  bien  voulu  lire  mon  travail  en  placards  ;  je  leur  adresse 
publiquement  les  remerciements  de  l'éditeur  et  de  tous  les  arabi- 
sants. 


NABIGA  DHOBYANÎ  inédit.  17 

elle  fut  envahie  par  lesTartares.  «  U  y  avait  à  Sâwah» 
dit  Yâkoût^  la  bibliothèque  la  plus  vaste  peut-être 
du  monde.  On  m'a  rapporté  que  les  Tartares  Tont 
incendiée.  »  C'est  dans  cette  bibliothèque  qu'Aboû  1- 
Kâsim  avait  sans  doute  trouvé  le  précieux  manuscrit 
de  Nâbiga  Dhobyânî,  qu'il  nous  a  conservé  grâce  à 
sa  copie.  Vingl -trois  années  plus  tard  et  cen  était 
fait  de  ce  volume  si  important  pour  notre  connais- 
sance du  poète  et  de  son  œuvre. 

58  poèmes  ou  fragments  de  poèmes  sont  donnés 
sans  qu'on  puisse  s'expliquer  la  pensée  d'après  laquelle 
ils  ont  été  classés.  Les  1 1x  poèmes  d'Al-Asma*î  ont  été 
admis,  y  compris  D  iô  et  Kl*'  qui  manquent  dans  G, 
à  l'exclusion  de  D  i-  =  A  i^  qui  n'est  pas  de  Nâbiga, 
mais  de  Badr  ibn  Djazzâz.  Le  poème  D  ô  =  A  i-  est 
dédoublé  (morceaux  xxxix  et  xli),  comme  dans  G, 
malgré  l'unité  apparente  de  la  cote  i-  dans  celui-ci.  Les 
•y  poèmes  ajoutés  par  At-Toûsî  au  nom  de  ses  maîtres , 
surtout  d'après  Ibn  Al-A^râbî ,  sont  reproduits  inté- 
gralement ,  ainsi  que  dans  G.  En  dehors  de  ces  3 1  nu- 
méros ,  où  la  disposition  des  vers  n'est  pas  toujours 
celle  de  la  rédaction  espagnole ,  où  figurent  des  vers 
inédits ,  où  nombre  de  fragments  signalés  dans  l'Ap- 
pendice de  A  sont  insérés  à  leurs  places  respectives^, 
X^Dîwân  de  Nâbiga  Dhobyânî  comprend  encore  dans 

^  Yâkoût,  Moudjam,  loc,  cit.;  cf.  Barbier  de  Meynard,  Dic- 
tionnaire de  la  Perse,  p.  298-299. 

*  Une  pièce  remarquable  à  ce  triple  point  de  vue  est  notre 
poésie  XI  =  D  ^.,  A  r,  G  1.  Elle  n'a  que  1 2  vers  dans  D  et  A , 
20  dans  G  (p.  215-217),  29  dans  S. 

xiir.  2 


18  JANVIER-FEVRIER  1899. 

S ,  comme  poésie  vu ,  1 4  vers  inconnus  de  G ,  le  i  a*  et 
le  1 1*  intervertis  constituant  le  fragment  *i  de  A,  les 
autres  étant  inédits;  comme  poésie  xn,  3  vers  qui 
ne  sont  pas  dans  G ,  dont  les  2  premiers  sont  dans  A 
le  fragment  ii«;  comme  poésie  xin  =  G  »*'»*',  k  vers 
identiques  aux  vers  «2-5  du  fragment  F»*'  dans  A; 
comme  poésie  xiv  «  G  V')F,  les  mêmes  3  vers  que 
ceux  de  A,  fragment  li;  comme  poésie  xv,  4  vers, 
dont  3  dans  G  ôjc;  comme  poésie  xvi  =  G  ik,  6  vers, 
dont  3-6  sont  les  vers  1  et  3-5  du  fragment  y)f 
dans  A;  comme  poésie  xxi  =  G  K'^,  l\  vers  identiques 
au  fragment  Pi  de  A;  comme  poésie  xxn,  (x  vers 
inconnus  de  G,  dont  le  2*  correspond  au  vers  1  du 
fragment  P»**  dans  A,  les  3  autres  étant  inédits; 
comme  poésie  xxui  =  G  !«*,  3  vers,  dont  le  i**  est 
A,  fragment  J**-;  comme  poésie  xxiv,  les  mêmes 
a  vers  que  G  i**!;  comme  poésie  xxv,  les  6  vers  de 
G  »*i'  ^  ;  comme  poésie  xxvi ,  5  vers  inédits  inconnus 
de  G  ;  comme  poésie  xxvm  =  G  H ,  9  vers ,  dont  le 
3*  et  le  A*  forment  dans  A  le  fragment  h;  comme 
poésie  XXIX,  les  k  vers  de  G  «•;  comme  poésie  xxx, 
5  vers  inédits  inconnus  de  G;  comme  poésie  xxxi 
=  G  ôi,  5  vers  dont  le  2®  est  le  fragment  »*'v  de  A; 
comme  poésie  xxxii ,  6  vers  inédits  inconnus  de  G  ; 
comme  poésie  xxxvi  =  G  r*!,  4  vers,  dont  le  i"*  est 
A,  fragment  »*'F;  comme  poésie  xxxvn,  les  7  vers 

^  Ces  six  vers  se  retrouvent  dans  le  Diwân  du  poète  antéisla- 
mique  Djarwal  ibn  Aus  Al-Houtai'a  ;  voir  l'édition  de  J.  Goldziher, 
n*  XLvm,  dans  la  Zeitsch.  d,  d,  morg,  Gesellschaft ,  XLVII  (iSgS), 
p.  58. 


NABIGA  DHOBYÀNl   INÉDIT.  10 

de  G  K'A;  comme  poésie  xxxviii,  2  vers  inédits  in- 
connus de  G;  comme  poésie  xliv  =  G  i^,  9  vers 
dont  Ix,  le  i**  et  -7-9  sont  dans  A,  fragmeni  fi; 
comme  poésie  xlvi  =  G  m  ,  5  vers ,  dont  le  3*  est 
A,  fragment  l«d;  comme  poésie  xlvii,  les  k  vers 
de  G  fv;  comme  poésie  li,  4  vers,  tandis  que  G  !«•, 
qui  lui  correspond ,  n  en  a  peut-être  que  3  ;  comme 
poésie  LU ,  les  2  vers  de  G  fi  ;  comme  poésie  lui  , 
les  1  o  vers  de  G  m  ;  comme  poésie  Lvn  =  G  ro ,  5 
vers  dont  le  i**  et  le  1^  sont  A,  fragment  il,  tandis 
que  le  4*  est  A,  fragment  \f*\^\  enfin  comme  poésie 
Lvui,  un  morceau  de  47  vers,  dont  les  vers  39,  4 1 , 
38,  43-46,  sont  les  7  vers  de  G  i^'v,  les  vers  1,  4 , 
129,  !io,  23,  t24f  39  et  4i  répondent  à  A,  frag- 
ment éi,  vers  1-6,  8  et  9,  dont  D,  p.  10  et  55, 
a  donné  les  vers  4,  3 9  et  4 1,  le  reste  demeurant 
inédit. 

Quelle  est  la  meilleure  voie  pour  faire  connaître 
le  manuscrit  Schefer  ?  Si  l'intérêt  scientifique  avait  pu 
sexd  être  pris  en  considération,  j'aurais  opté  pour 
une  publication  intégrale,  non  seulement  du  texte, 
même  dans  ses  parties  les  mieux  connues,  mais 
encore  des  notes  marginales  et  interiinéaires ,  très 
édectiques  et  fort  bien  choisies ,  qui  abondent  et  qui 
empiètent  sans  cesse  sur  les  poèmes,  dont  elles 
forment  im  commentaire  perpétuel.  Je  n'aurais  pas 
hésité  non  plus  à  donner  ime  traduction  française, 
dans  l'espoir  de  rétracter  quelques  péchés  de  jeunesse 
et  aussi  avec  la  confiance  qu'un  nouvel  effort,  loyale- 
ment et  vigoureusement  tenté,  apporterait  quelque 


20  JANVIER. FEVRIER   189d. 

contribution  à  l'intelligence  de  la  vieille  poésie  arabe. 
C'est  l'espace ,  ce  n'est  pas  le  courage ,  qui  m'a  manqué 
pour  cette  tentative  aventureuse,  et  j'ai  dû,  par  né- 
cessité, chercher  un  biais  pour  faire  entrer  le  plus 
de  matériaux  possible  dans  le  cadre  le  plus  étroit. 
Voici  à  quel  procédé  j'ai  eu  recours.  L'édition  cou- 
rante du  Diwân  de  Nàbiga  est  sans  contredit  celle 
de  M.  .\hlwardt  dans  ses  Six  poètes;  c'est  elle  aussi 
qui ,  grâce  aux  appendices ,  renferme  la  récolte  la  plus 
précieuse  qui  ait  encore  été  faite  parmi  les  morceaux 
de  notre  poète,  épars  dans  la  littérature  arabe.  Si 
j'ai  glané  après  lui,  je  l'ai  indiqué,  mais  en  prenant 
mon  point  de  départ  dans  l'état  où  il  avait  laissé  le 
terrain.  On  doit  avoir  sans  cesse  sous  les  yeux  l'édi- 
tion de  M.  Ahlwardt  (A),  si  l'on  veut  comprendre 
la  comparaison  suivie  que  j'ai  instituée  entre  les  ré- 
sultats obtenus  par  lui  et  ceux  que  l'étude  de  S 
m'avait  réservés.  Quant  aux  gloses  du  manuscrit,  je 
me  suis  résigné  à  les  sacrifier  en  sauvant  à  peine 
quelques  épaves  de  ce  riche  appareil,  bien  digne 
d'être  recueilli  au  double  point  de  vue  du  lexique  et 
des  traditions.  Par  contre,  les  épigraphes  des  poésies 
ont  toutes  surnagé  et  aucime  parcelle  n'en  aura  été 
perdue  pour  les  amateurs  de  documents  sur  l'Arabie 
antéislamique. 


] 


NABIGA  DHOBYAnI  inédit.  21 


POÉSIE    I. 


(D  Y;  A  fv  et  App.  rd;  C  h;  J,  p,  iaa  et  vr^;  G  P) 
Épigraphe  (fol.  1 3o  v*)  :  ç^  yU.  ^  ib^Ui  ^  :>li)  a^^I^  «^Ldt  JU 

■^  ^  y 

[^:^]  y^^  (Jf  (J^^  C^  6"^  (:)^  ^j 

35  vers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A  :  S  '->*=»  A  i-i5 ,  h  =  3o, 
iv  =  25,  |A  =  20,  '^=19,  r'-rr=  16-18,  rr  et  rp=26  et  27,  r«ï-r'A  =  21-24, 


^Ui  5-^-Jl  ï;^-!.,  i  JLJîi-s^3     JU-M  ooi  JLILj  ^^^  j^  Jî    m 


r.  et  Tf  =  28  et  29, 

rr  =  3i,  rp  =  33,  rd  =  32. 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  '  f^  Ua  ;   r  j^  ^\y»'^\  ^^^  (ms. 
lix)  l^y^^ ;  p  ju^  yj  ^;  **  f^  '^^  ^  »r^  J^  Ô4^^;  ^  '^  ^::lt  (var.  marg.  ^^ 

(var.  marg.  d'après  Al-A§ma'î  ^^);   «^  *^^3  *?-^«>  Ci^  o^;   ^^  ^'  *^«b,  >-^3 

ÔJlà';    Il  ^U  y*  c^JJl    ^^  AAa  >Jj         I^LS'^^JJI   iJ^  Jyb   Jbl  ;    Vf   iy^y  ;    YY  iyj^\ 

r'Ai^!^^^Ipîjl5'^     I^Tt^i^-  ^^ ;»'^  var. marg.  <jL;;-;rpjJLi3,  l^USli. 


POÉSIE    II. 


(D  (P;  A  V  et  App.  |V;  C  1;  J,  p.  iPl;  G  l) 


Epigraphe  (fol.  1 3 1  v°)  :  u.-»ài^  ^^X^^  iubljJt  eo*X2w  ^^  ^15^*31  ^^^^ 


22  JANVIER-FEVHIËR  1800. 


*J  coli,  LLHi*  UW  il».;  iU,ljJI  yl^,  0«^f^  ^  _^  ovibl,  1^14 

I4ÎL  0-^  ,i»j  ^  x*;Uj^  ià;i!<m  «oufi,  yjLjt  ju»  i^  j.:Wi))i«| 

[>l^]  "  iùbUl  JU»  J^  i  «^  Ij 

35  vers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A  :  S  '  =  A  1 ,  >*  et  r  =  3  et  4, 
F  =  2,  *«6,  i«App.  »v^  V.  1,  V  et  >^«7  et  8,  ^-=28,  >•  et  m«i5  et  16, ir 
et  '^5=26  et  27, 

>«>=  i4,  '"^et  i^=  17  et  18,  •'^  =  29,  H=  19,  >'-  =  9,  ►''  =  a5,  rr-r«>=  20-24» 
^1=12, 

rv=  11,  M=  i3,  r.  =  3o, 

rr  et  rr  =  3i  et  32,  rp=x:App.  i\  v.  4,  r«ï  =  33. 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  y  ^;ï>^'  f^) ,  V^T*^^  v^Is  Jfô^ 
^^î;  P  JlL^Ij^^I  (var.  marg.  >3l),  W^^?;  ^  *,»;U.  ^1  i  (var.  marg.  **^^) , 

,X^';    A  jO*  ooUJ  oJU!,,    ^f*â^';    1  «Jl^^ ,  •^^îJ' ;  »'  -f^*^  *^/^,   ^-f«-^I   J^^   4^» 

«>^JÛU  >J;  '^  d^y^^  7^;  >*•  e^>^  4^^^^  JS^Xa*;  rr  var.  marg.  «xj  »pU»3;  rp  premier 
hémistiche  de  32 ,  deuxième  de  23;  r*  ^^  Jiiy#;  >^  ^  «-*i>i>J;  •'■^  (^  ,^<aijl5 
jUI^;  M  iU«Jl  ^';  •"•"  «^JU-  i  (var.  interi,  ^);  rf  fL  ^  »SJLç.  gjiî  »lij^ 
^1  JMT^tf''^l>i  !.#*»!  r*  *;,!  >«  *)^  h  l;*i    JJ*-'  'AI  >*. 


^ 


NABIGA  DHOBYAnÎ  inédit.  23 


POliSIE    III. 
(D  M;  A  r^  et  App,  <^r;  C  rv;  J,  p.  i«ï.  et  vm;  g  r) 


Epigraphe  (fol.  i3-2  v»)  :  «J^H^»  »*>^  s-^  u^  Jl^  ^^^--tH^  C:^» 

..      Cl  .        „»        »       Il       I.   .  .      k    ^  »      I    V  I  ».  I      .  h»     «M  » 


^^  LaJL«.,  (4**  Jï  iùbUW  JUj  l^  JjjiA  l4*ft  Jjjs»  J  àjL,  »^u 

^jJi  (j^  (^^  »U_*  «x-jj  (jj  o^j»-w  (^  (^  laAj  (ms.  **3l)  »lsi  /!i* 
^JJLkJU  ^  ^\j  (jjull  yl^*J  JUi  (ms.M)  «Isl  ^'»  1^  «fcS^^^ty»' 

J^   (ms.    ^1)  ,^W  yl^j   ^  ylÛ  pUl;  yLi*  Jl  JJi  «j^  (^  MjUJ! 
yLli  ^OOii  yLSCi  ^^    OSM.1   i^  ^^\   i  ^\    *^aki  J^J    jaï  dJi 


iLjLjUJI  (ms.  AA^Ii)  abli  Aju  aJU  jpUI  ^^  A^Ltfl  ^1^  ^^^  (^  JuJù'  Ait 


[jil^]  *ly  y!5  ]r»^  ***  J^ 

^  Mohammad  ibn  Habib,  élève  de  Koutroub,  mort  à  Sâmarrâ  en  a 45/85 9;  voir 
Brockelmann ,  Arabische  Literatur,  p.  106. 


24  JANVIER-FÉVKIER  1899. 

6  vers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A  :  S  >-I^  =  A  i-4,  <>  =  App. 
<>r,  V.  2,  i  =  f6ie?.,  V.  1. 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  ^  y^iHi  ;  i  tj.Uç. 


POlêsiE   IV. 

(D  ri»;  A  n;  G  M;  J,  p.  11^;  G  àY) 

Épigraphe  (fol.  i33  r«)  :  '^^\Z^\  j^  ^)  (^  ei^  (^  ^\  à^,  JU, 

3o  vers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A:  S'-'l*=3A  i-i4, 

M-rF=i5-23,ri>  =  26, 

t^  =  a5,rA=:27,  Met  r.=:29et  3o. 

Variantesjpar  rapport  au  texte  de  A  :  vers  Y  *llU*  ;  r  ^IjJI  c»I^  J.^     L^jj.>  ^; 

1^  Hm^^  i^i   J^.«9L».t3  c^^l  Jum3;  0  D^i       c^^)  H^jJÛM  #U3^I  H^>';  i  ià^J^   Jl^' 

jj^j^  çj,^  5^1;  V  vy^',  ji^OsfToO»;  A  *3^1  oô;  1  yli  il  (yar.  interlinéaire  ^ 

\Y  ^U  U  U|^  oJU,    <^^I  ^  iCîlx^y;    ir  il,       ^3  ^y^;     IF  jJ  oJliJ;      (A  (:,>Jl4^ç 

i^i,JU.;^M  «Soi,  ci^  ^i^  i  6>^  à^  (var.  marg.  <>'o«i  i);  Y-  ^^  ^^i;  ri  ,^^}5; 
rr  jcûMM^i»!  (var.  marg.  *x4àl);  ^<î  J^'>^3  J-^'^  •>>*-  f^  <sP  (var.  marg.  <^-^.  JI)  ^ 


J0J33  ^  J>-pi  ^  ^^      j^L^3  ^Ji  ^);    rv  6li;     rA  4^5  a-^3,    M  i,;UL  JlS 

*J;  ^^Û^  ^^  (51c)  tPfj^,  t^^  *JU;  r  jJ  !•>>?&,  *^j^  (var.  interlinéaire  9^.iS), 


POÉSIE    V. 


(D  M;  A  rv;  G  rA,  J,  p.  vir;  G  h) 


Epigraphe  (fol.  i  34  r°)  :  ColJ^^^i  jt  ^  kù>j  Ul^  «^^  ^J  jUj 


NABIGA  DHOBYÂNÎ  inédit.  25 

►^ers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  cdui  de  A  :  S  '  et  >•  =  A  i  et  2 , 

3-12,   iF=i4,  '<î=i3,  h-r.=  15-19,  H-rd=  22-36,   ri  etrv  =  20 

tantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  1  var.  marg.  o«ju*3;  P  IplS^^ 

;-Jl  ïljsc;  i)  var.  marg.  o«j^;  1  4^'^;  ^  pL*iîl  ^^  (var.  marg.  pLô-Jl  ^^ 

-JI  ^^);  ir  ïL2û  a4£5  (var.  marg.  v>^  *4^);  'P  **^;  '*«  var.  marg.  i 

H  J0L5  (var.  inteiiinéaires  c^UàjU  et  lo^i^JJl);  r-  c»lll(JtJ  (var.  marg. 

n  «jUk^J;  rr  c^JL;^,  ^;ji^'  (var.  marg.  c^^)^);  rp  ^>U1  i^o^jo^,  Ijkxjl^ 
narg.  cUis?*);  r.3^iU;w.;  n  ^^JUI,  -l^-Jl  i  (var.  marg.  ^J);  rv  ^^  ^13 

POésiE    VI. 

(D  r;  A  I;  C  J;  J,  p.  iFF;  G  r) 

igraphe  (fol.  i35  v°)  :  sù>yA  ^,y^)S\  Kù>y  ^  ^^\  ^ôsjç  JU^ 
]  ^^1  ci,/  ^^  jr^l 

vers.   Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  deA:S'  =  Ai,    >'  =  3, 

i«-v=4.y^    '^-/•  =  22-24,    ii-ir==8-io,    'F=i3,    f«5=:ii,   'i=i4, 

5,  iA  et  H  =  i5  et  16,  r'-rr=  19-21,  ^r  et  ^^=17  et  18,  r«ï-M  =  25-29. 

antes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  ^  var.  marg.  ^1)1;  r  Jl-ili^  (var. 
JjLki-)  ;  e  ^U^  ^2^  ^;^  il  ii;  i)3;  1  ^1  ^l^  ^3  (var.  marg.  ^lo^i.^)  ; 

Jl  Ja^l  ^-^4^  (var.  marg.  ^i^U);  *ï  o-^'  çj*;  '•  var.  marg.  ^^^  >-4-=^U2 

aussi  ^»4^-^;   "  ^  (var.  marg.   *J),    ^^^Ui)!  J^J  ^^Lli  y^-*^     ^7^  •^; 

^  M 

*i^  c^;  '^  yJa  4oUxxt  ^>>  cyyAj!  (var.  marg.  ^>*  vifJ^  i:?'j«^  tJîîJl  Util 


2Ô  JANVIER.PÉVRIER  I8QQ. 

rr 


^*,  W^^^j;  ^1"  j>4^;  ►"**  var.  marg.  ooV  ^^  f4*^;  >^  ^4«*J  ^>i». 

POESIE    VII. 
(A,  App.  1  et  J,  p.  ^Y't  vers  tY  et  il,  le  reste  inédit) 

[\ax^]     Épigraphe  (fol.  i  36  i^)  :  JU, 

^4 


<!/ySJ\  iiZS.  (j,HH!5  vJii^'  (:)HH         L^X^^  J^^  *^S  c^  4^*  ^ 


'    * 


tiyjLiJ  àl^  ^1  145  4b JJI  (j*       euJj  «jLLlàl  ,:-.;>a.M  bJ 


$  $  ^  ^  ^ 


V^  .^4'  <i  '^-..^«'-' 


j    y  - 


aJ4J  L^jw»  ^h^I  i  ''^       »wO^J  iLCy  iUuJL^  itik^  ir 

4,;i  *jLUà  ii^^^  Jis^     ^J^lJ  x^^- j^t  j^  ir 


Variantes  marginales  :  vers  i  :»Uj^  c/J^«^;  «^  c^lia^^t  J^ii»  j<y<^  fi);  v  ^1. 
i  Ms.  x  iJuiLjii . 


NABîGA   DHOBYANÎ  inédit.  27 


POESIE    VIII. 
(D  M;  A  H;  Ch;  J,p.  Va;  GPr) 


[yt^]     Épigraphe  (fol.  1 36  v^)  :  ^^XjJlt  ^^  ^^1  ^Ju;  lh^\  JU, 
ao  vers.  Même  ordre  que  dans  A. 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A   :    '  c^;    ^  5'>*'^;    ^  ';'>4;    '^  "T^^y»; 
V  i^UÇ\  ;    ir  J\pD\  y^  J^  ô^^y;    il"  i^\  ^^  (S^^  y^  ^    (var.    marg.    c^JJ! 


POÉSIE    IX. 

(Sacy,  Chrestomathie  arnhe,  2'  éd.,  II,  p.  ipr-fM;  D  i;  A  <^  et  App.  H;  G  «3; 

J,p.  i<ïA  et  vrr;  G  «5) 

Épigraphe  (fol.  1 87  r°)  :  U  x^^jb  ^^^  JjJ^  j*x4I  ^^  ^^^t  ^*x-c  JUj 

5o  vers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A  :  S  1  -H  =  A  1-26 ,  ^^  =  32 , 
rA  =  34,  M  =  33,  r.  et  n  =  35  et  36,  rr  et  rr  =  2'j  et  28,  ri»  et  r«ï  =  3o  et3i, 
n  =  29,  rv.ri-.37^39,  P- et  l»i -» App.  m,  pr-l^^Aa^S,  «•i^-Ai,  «>'««49'. 


j .  ' 


Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  ver»  1  »iiîJU{  y  (î^^^^f^  W  «»***3 
(var.  marg.  ^fl^L*l  i'i,-©^  L^-ii  «***3  et  '•flSL»!  î'U^^-dl  ^^  si^3;  **  ^;'3^^  ^'i 
tfJjJb  (var.  marg.  ^4^);  l«  ^^y,  0  cjJ%^I  i;  ^  J^U*.l  l^^t  ^3  ';^:  «^i-^'; 
^  J«A4!  <^i^  (var.  marg.  J«AJLfI  tfi<;)  ;  i-  **1>S  ^  Éyi  jU.3  ^^;  M  A;-«,  i^;U; 
'P  u't*-*  v'^.  vr^  (var.  marg,  ^)  ;  •'^  *<k.U  uiU.  ^  ^Ij;  rr  JU  il^^^f^L-^il 

1  Après  le  dernier  vers ,  note  marginde  :  ««x...^  j<-^,a  lUL^UJ)  T«.S  tjU  (^^juJi  (ji  J^ 

«diUi  ^U^  *3i  jk^y  tâi!;  (•^x^iM'i  i.  Les  deux  derniers  mots,  rognés  par  le  relieur,  ont 
été  restitués  diaprés  le  t^ahàh  et  le  KAmoût. 


28  JANVIER-FÉVRIER  1899.  ' 

*j  d^l,  0^1  ^^  (var.  marg.  *Ji)t);  rv  iC^)^  ,  o^)  ^^^\^  ^^    \^  jj.   r»*  Jlê 

0.-.^;  rr  ^\^\  (var.  marg.  »;^t3  t^),   5^^^^  5SUI;   rF  (.44114;   ra  lis  ^yis  juil,    ' 

(var.  marg.  ^y  tP  J^^);  »"*<  J>pl3;  '"^  '^^  *^)  »>^  <5«^'î  '"^  U^*^;  '"'«  ^ 
Aiô^  ojl  ^^^  c>-s5!  y|  (var.  marg.  v»^,»^  y^  U);  n  1^  lô^,  .x^;  fï*  i|o^; 
pr  P3  (var.  marg.  ^iUlJa  ^3)  ;  FF  j^^JL?  j^^I  ^-ilj'  tf"j5  i;|;I^  outU  li! 
(var.  marg.  *yt>:l  c^usU^  lil);  P<>  ^y.'  (var.  interl.  ^7^'),  •^^-^3;  P^  ^^w-i  y U 
*J15UJ  (var.  marg.  o-*^  I4,  .>i2iJU);  M  o^^';  «>.  §^lxi  ^  &i  ^,  ib  oô  L^^^^^U  £,1* 
osJUJ  i. 

poésiE  X. 

(Dl-V;  A  1;  C  V;  J,p.  iiAjÛ  lie) 

[  Jj^]     Épigraphe  (fol,  i  Sg  r»)  :  %L  ^^  ^^juJl  ^Jwç  JU, 
1 8  vers.  Même  ordre  que  dans  A. 

y  m  ^ 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  y  çj-t^*j;  1  i*i;  \Y  IfLLî;  sr  JJJl. 


POÉSIE   XI. 
(D  A;  A  r  et  App.  v  et  a;  C  r;  J,  p.  laa  et  v^;  G  i) 

[  Jj^]     Épigraphe  (fol.  1 89  v**)  :  ^  Joll  ^  ^^]  ^J^  JU^ 

39  vers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A  :  S  1  et  >*  =  A  App.  ^,  v.  1 
et  3  (cf.  D,  p.  199  et  200), 


y-ft-i-^-ft  c'j-"  *-H>-?        I-«^L5  |.j_;Ï5  0_e  l;jj_«.  caOvIj  V 


NÂBIGA  DHOBYAnI  INÉDIT.  2» 


^^ili,  »fj/  ^L^LH  ^^^  t^  ^1  Ju-SUmÎ^   ^y^)   Jtf^    M 


r  et  ir  =  A  App.  a  ,  v.  i  et  2  , 


iA  =  2,  H=  1,  r'.-r^îz^S-S,  ri=^ii,ï^  etr^^^  et  10,  >'^=i2. 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  >*  var.  marg.  <r*y4  ^;  '^  U^  '«^^  »  <S)^. 
^yi;  ir  l^^^io,  44stà;  iA  U^;  rr  ^0^3;  rr  ^^LjU  Ul^l;  ri»  dLJ3  JiL.  i  (var. 
cnarg.  v^«>  j^  i),  |>4j31;  ro  var.  marg.  j-^t  <^,>J;  ï**!  ow^Ji;  rv  var.  marg.  »;>-«; 
rA  JJI3  (var.  marg.  J^  et  ^i));  M  J^^  iiUii  DLJii  JLÎ  ij\j. 


POÉSIE    XII. 


[A,  App.  (F;  cf.  D,  p.  22  et  23 ,  Moubarrad,  Kâmil,  p.  <î'V,  Khizânat  al-adab,  I,  p.  TVA; 

J,p.  v^*') 


•     • 


[  Jj^]     Épigraphe  (fol.  iI\ot^)  :  ^Jo  ^^^  iU5*xL  ^^^  ^[^^  ^  JUj 


3  vers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A  :  1  et  >*  =  A,  App.  'P,  v.  1 
et  3, 


'  Ms.  iu^;  correction  de  M.  Nœldeke. 


30  JÂNVIËK-FÉVRIfiR  1899. 

^^  çyjU\  4o6  c:»Li    *4xj  jàU  p  J^  l:::i3  r 

'  (H 

Variantes  par  rapport  ou  texte  de  A  :  ver»  '  c>-^  JW4>;  •*  J*;^*  ^5^  ><5 

POÉSIE    XIII. 

(A,  App.  Fr;  J,  p.  v^A;  G  rr) 

i 
[kx^]     Epigraphe  (fol.  i  ko  v*»)  :  iCi>)  »\^\  ^  JU^ 

4  vei*s.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A  :  S  '-l*s=A  ^-^» 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  y  HûsJ^  ^^m^I  (var.  marg.  y»\  J^); 

r  J};;,,  :fil;,  jusî  ji^  <^3oJi  cj,^!,!  ji. 

POSSIB    XIV. 
(A,  App.  (i;  J,p.  vr»';Gri«) 

Epigraphe  (fol.  i  ko  v°)  :  ^  ç^l  ^^  ^^  (^^1  Jl  OOj  ^^^t  JU 


3  vers.  Même  ordre  des  vers  que  dans  A. 


'*L^ 


Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  s  <>*4*J'  i;  ^  ;^'  v5>*  vik^M^  ^W 


POÉSIE    XV. 


(G  <îp;  Kkizânat  at-adab,  I,  p.  iM) 


Epigraphe  (fol.  i/io  v°)  :^;^U  ^^  i  ^}y!^^  (jj4i  ^^^  Jl^j 


K. 


u   .  y 


NÂBIGÂ  OHOBYÂnI  inédit.  31 


JULCJ!  *«|;  (jkJJ  ^  *i*kl        *J  c*ii?5*  ^U  '^  .U  lil     p 


POésiB   XVI. 
(A,  App.  )i=;  J,  p.  ver;  G  rr) 

[  J^>]     Épigraphe  (fol.  1 4o  v»)  :  ^J^'  *)i^  tr?  tr*^'  C**^  J^*^ 

6  vers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A  : 

^^U  ^^  o4;ill  J,l^î  vUkc,     lo^U  v^U  JjIjI  viU  vk^    » 
jily^  <^ow^Lj  ùuLL  '^L*J    ^U  Jl)  U  *  #l^iJjl  ^1  V3   >* 

Sr  =  A  1, 1^-1  =  3-5. 


« 


Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  y  ^^ ,  ^jf  ^'  «W*  t7^  ;  I*  *^j^  ^^^^  ; 

POÉSIE    XVII. 

(D  i;  A  rr  et  App.  pv;  c  rP;  J,  p.  v.p  et  vm;  g  m) 

[laA-M^]      Épigraphe  (fol.  i  /i  i  r**)  :  Làjl  JUj 

27  vers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A  :  S  \-i^  =  A  i-i8^  f^-yy 

=  20-23,  yy  ^^  19, 

*   N.  m.  ikjuajuo  j^  ^U  i^  (^  (^i 

*  N.  m.  iCL^  ^^?  ^^1  *!^l  ^\ 


32  JANVIER-FEVRIER  1899. 

rà  =r  App.  1^, 


Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  >  «^k«^^,  U-i&ï  ^  ^^IslpLU  £^{ 
(var.  marg.  çj^*^'-*);  »^  *^jk?*  cs^'^*?  c^LaSUJI^;  F  ^^i  ^T^^'^  ^c^;  "•  ^i  *^^-4^; 
1  Jjl  ;^5;  f.  ^^1  iUlà  1:4^,  U;U  (var.  marg.  «3^);  m  ^I  J^U.;  ir  i  é4^^ 
JilCll;  td  c^yo  ^^,  l>J^;  0SS5,  çjju^  ^^  (var.  marg.  j^^a4^  i);  '*<  «-a-*  ^  »^ 
l^iU  «5.*=^^^;    1^  J-iJl^,    t^yi;     H  li>^;    r-  c>3L?;    M  g^l  i^UL.\    jOilS^;     IT^ 

i;,Li3  ^^  J^L5jJI;  rr  jo^^,  *L.ill  Jju     L^iiUl;  ra  JJUb  Ji^K^;  ri  var.  marg.  «^ 

POÉSIE  xvm. 

(D  »a;  A  ir;  C  ir;  J,  p.  v<Y) 


y  (I 


Épigraphe  (fol.  1^2  r°)  :  La^^l^xJ*  ^^-^  ^LS^  »;«3^  4^  ^*^^  JL*j 

10  vers.  Même  ordre  des  vers  que  dans  A. 


•  9 


Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  '  *^ï;  ^  çj*^  «*^  »^ ,  jf;  *^g 

POÉSIE    XIX. 
(D  ir;  A  n  et  App.  ar;  C  ï'a;  J,  p.  vj.  et  vm;  G  ir) 


Epigraphe  (fol.  1  ^2  r°)  :  Jl j-*U  ^^-Lj  e^jtj  ^^^^p^  ^  ^  i^^Ji  JUj 


^     ^ 


^  .Sic;  le  personnage  s  appelait  Âi^ôcw  ^^  {j^^^^  ;  ^'oir  les  épigraphes  des  poésies  xn 
et  XLiu. 


nABIGA  DHOBYÂNÎ  INÉDIT.  33 

i3  vers.  Ordre  des  vers  par  rapport  à  ceux  de  A  :  S  r-F  =  A  i-4,  <*  =  8, 
1  =  7,  v_q=^g.ii^  ».  =  6,  n==5,  i»'^  12,  >r  =  App.  àr. 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  1  i^JU- ,  faute  d'orthographe  pour 

ipU.;  r  J-J  U,  osî^  L.3;  i>JLH^— ';  ^  4^^i>î  (var.  marg.  iy.);  'v  ^i-^-i--; 
1  ^^  ;  ».  I^^-S  il  ;  M  piUàU  *iUàj3  ;^  ;V  (  var.  marg.  j^LS'  JJ 0)3  j^j  3^!  il)  ; 
lY  tUil  1^.  (var.  marg.  j-L);  »r  ^-iiiLim  ïjj;:^. 


POÉSIE    XX. 


(D  »v;  A  rp;  C  rr;  J,  p.  v.^;  G  àr) 


Epigraphe  (fol.  1  ^2  v°)  :  o.^LS^  xi^U.  jl  ^^  ^Lmj  ^^  Js^  Jljj 
NI!  iHjJjilb  U  JU^  l^  j5^  ^Lu,  (^  Js?^  ;^\J^^  I^HOU*  Ax:^'  iubWI  loi 
[>151  JU^  ^Uàï  (^  J  li!^  11.  dis  ^  l^ 


5 


^ 


b.U    ^^    <j-Xi  0-^  ^ja\    jl 


-'^   :^  5 


I 


^^J&J-iJI^  b:>Uj  (jHH  f4-JI^  (:r^'  tf^HHsJ  J-^  5r^l  Li'^ 


5  vers.  Même  ordre  des  vers  que  dans  A\ 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  y  «**^3 1   ^y*^  ^y^y  ;  ^  ^7^ 

^  N.  m.  au  vers  f  :  *à^U.  oj  ^^  u^-^  C:^?  *^>î3  '^j-^î  ^^3  '7*^5  «x»  t:^?  J^^  •*';' 


xin.  ^  o 


34  JANVIER-FEVRIER  1899. 


POÉSIE    XXI. 


(A,  App.  Fi;  D,  p.  23,  note  i;  J,  p.  vm;  G  Y^) 

Épigraphe  (fol.  i  /i3  r°)  :  ^^LÂ  (^>«.^l  ^^\Â  ^^  ^^\  ^<xç  JU, 

4  vers.  Même  ordre  des  vers  que  dans  A. 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  r  çLèï  it^  ^1^^  ^Jî^t;  |>  SiAm 

'^  u  '^  «ur. 


POÉSIE    XXII. 


(A,  App.  Fr,  vers    r  et  J,  p.  vfA  =  vers  >*;  le  reste  inédit) 

[fcu-«^]     Épigraphe  (foi.  iki  r')  :  Ia^mI  JU^ 

JLJ;^  w^  UftUà  i  iL^\LL       oJuj  Si  JlySlt  ^i  i  iii\k     \- 

jujlï  ir  i^  jsg  «J;^    ,s^j_,  ,ij  1^  ^  y^  ^t.  H 


POESIE    XXIII. 
(A,  App.  r.  et  J,  p.  v(^  _  yeit  i;  G  I»*) 


Épigraphe  (fol.  i  63  r°)  :  ]^_*J  ylli  JjX.  (^  JJU  ooe  iu^WI  yl^_, 
kjLLf^fJ^  ,^^CK.J>-i  Û^LJ  kjua  iL^j  iùbLJt  «4JM,  ibUS'^  Jui  dJi> 


nAbiga  dhobyAn!  inédit.  35 


POESIE    XXIV. 

(G  ri) 


Épigraphe  (fol.  1 43  v»)  :  jo^,  yU-,  y»  v*-»î  y*.-  y«iJI  f^J  JU, 

g  • 

yl^  y#  Z^  'i^?'*  J^î*        1-4!^^  y>^Ue  i^Lil  G»     1 
ylla  ^3;^b  VHH^Î  y*^       .J4.j^^  LiV^  <^J  il     r 


POÉSIE    XXV. 
(G  r>»»  Ai-Houtafa,  Diwân,  éd.  Goldziher,  iLViii) 

Épigraphe  (fol.  1 43  v»)  :  i  ,«-*  ^^  ^A*.  ^^  LZÂ  ]js.  ^^^t  Jlï 
(g^  t^.  JijUUl  ylS^  o««t  <^  j  ouL,l  ,<vc  00125  yliii*  y-  oUJL.ilt 
Jli*  *UjJI  y6  J$  jl^t  oJL.^  i^;*  vlo»^  |«^  J^  ^  oî>^  <>^t 


->-.    •  9 


^  J^  ^î  od^  1^1,  i),       iliUiOi  il  ^  àLs4.l^  Uv.    »" 


»  Ms.  ;Liô.  N.  m.  »;lji  (^J  ^  (ms.  ;(ji;)  ;Ui: 


3. 


36 


JANVIER-FEVRIER  1899. 


POESIE    XXVI. 


(Inédite) 


ff^. 


^  (^KAy^  xJI  I^J^ii  is>^  jj  ^6J1  Ji^  ^  ^*Li  (ms.  Luui»)  UL«  |âu!> 


[»] 


tilt 


<S^^  J4;  (:^  (iT*-  4^  c^^ 


POESIE    XXVII. 

(D  fA;  A  r.  et  App.  Fr;  C  r-;  J,  p.  iii  et  vj'A;  g  i) 
Kpigraphe  (fol.  1 44  r°)  :  ^Llj»Jtj.çû  jt  ^  Cyit  ^  c:^  (^  ^  JUj 

2  0  vers.  Ordre  des  vers  par  rapport  à  ceux  de  A  :  S  i-F=s  A  1-4,  «'^  App.  n*, 
1-1  =  5-8,  «•-ir=  io-i3,  IF  et  ^o=  17  et  18,  m  =  30,  1^=  19,  1^  =  22,  H-»** 
=  24-3o. 


nAbiga  dhobyAnî  inédit. 


37 


iriantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  i  Ji^^^  Js>37*  (^  ^yU;  ^  {^^.; 
^y  y  faute  d'orthographe  pour  c;*.ia.^ ,  J^î^fi  ^jê  '^^^  ^4^ ;   ^  pî;'  J-sbULi. 


POESIE    XXYUI. 


(A,  App.  M  et  J,  p.  vn  =  vers  r  et  P;  G  Pi) 


^!^]     Épigraphe  (fol.  i/i5  r")  ;  Jl*^ 


>    Q  y  ^  ..   •    .    ri. 


i),_wj  j_ft  j^Ls  yijt 


«^  «  'T  «•"'  -» 


J4l  ^LsJU  UJ;i^  U    y 


g        S 


( 


M-* 


uW^î'J'     1« 


?        ^    -^     -   -î  1 


I    fl  >   ,#  ^iS^  /jK«Xji-3  Ijfl     ô 


r 


Oi^c^  :^;-i'^  <^»-^^   lî?  ^'      '^ 
t  J    .    ..   é  <    J   fi  < 


M.  m.  3^  çj^  i:c;)3  dLU  ^j^  ^U  ^^A^.  I^U 

N.  m.  ^j5  ^^  ju.-^  yl5i  ^pl  d,^  j^  t>.L.ô  Lg-J  c:,U  j»;l  u^^illj  jo;)  ^Uyi 

N.   m.    »jJL5L^  yl   1^^:^*^  o^uu?  v'--*'  «i^  J^  U;'>^3  yULkc  ê«Al^ol  3^^!  JU 

>    ^ï-4Jl^l    ^^^   iuoLb    I^LoU  yUiû^  J-C   C:J;ï>iÔ  ^j^    J^sïÂ.  O.^Ul    »JU3  yla^   Ul^   U-j^ 


38  JANVIER. FÉVRIER   189Q. 


POESIE    XXIX. 


[lajy^]      Épigraphe  (fol.  i/i5  r°)  :  \jAj}  JU, 
LiuJ!^  vijJll  ,^  ^' ^IjL       /hh»-U*  ^^UI  Is  ^^JsJ!  ^^    h 

Variante  marginale  pour  le  vers  P  :  ^UU*.  i . 

POESIE    XXX. 

(Inédite) 

[]aj^]     Épigraphe  (fol  i45  v»)  :  Jli, 
*  * 


POÉSIE    XXXI. 


(A,  App.  rv  et  J,  p.  vrv  »  vers  r;  A,  App.  i»*  =  vers  P;  G  *») 

[ J^>]     Épigraphe  (foi.  i/i5  v«)  :  Jlï^ 
•  Mu.  U«l>. 


NABIGA  DHOBYAnI  inédit.  39 


ijJkij;  ÛJj,  .JL- (^  yl3^       L^y  «Ûï  ylj  l^ -1  J.*    r 


•  -<' 


POESIE    XXXII. 
(Inédite) 


[ J^>]      Épigraphe  (fol.  1 45  v*)  :  JU, 


:J.JL-^^  jLsut  I  g  ;  .  ^iJL^:>     ,^j;4Ji  ^^  <>^  JiLL>Î4;ilj  • 


»    s:  •    ^  f»^  — «?  «  '' 


^^;$  ^j,A,>jrp<  xh^.La^       I  d  «j  »^;  ^LTjUL ^^,j>1jL»  Jufe^ 


^  y.    r    ..  u^y  y     .    .  .         wT    ^  .     ^       .      .  u 


OL^'iHHiLib^^  jjr j^     .^^pt  Luit  ^t^  ^  !• 


Variante  marginale  pour  le  vers  P  :  o*â.Ij)  ,  recommandée  par  "^ 


POESIE    XXXIII. 
(D  r.;  A  »«»;  C  Jl»;  J,  p.  i^P:  G  |V) 


Épigraphe  (fol.  1 46  r*)  :  ^^^  ^Lum  ^^  Sc^  ^^^  xu^  ytTUa  JUj 


40  JANVIER-FÉVRIER   1899. 

i4  vers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  deA:S<-'<  =  A  1-6,  ^  =  a  de  7 
et  h  de  9,  ^-i-  =  ii-i3,  M-»F=i5-i8. 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  t  ûsAiJI  ^J^  ç^;  r  ^^y^-y  >î,  ^ 
l^jj;  r  joU»  oJs^A^  (var.  marg.  ^►4*»');  ^  o-^'  c&yit  ^;  ^  ^i*jtfJî  y'«N«^  ^^U» 
(var.  marg.  <53sli);  i>Jji  ^^  ^^JSi3  o^^^-ol  U  ^^^^  "J^JJ  <i:3'>  (:^>  ^  **^'  «^^; 
A^Jjui;^;  i^ï^^jais  (var.  marg.  <5>^);  '»"  ^i^  ';>^û^. 


POESIE    XXXIV. 


(D  M;  A  1;  C  A;  J,  p.  iVr;  G  Y-) 


[y!^]     Épigraphe  (fol.  i46  v*)  :  JU^ 


6  vers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A  :  Sï=sA  1,  >'  =  3,  f^etP 
5  et  6,  <>=s4,  i^a. 


Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  »  ^{7*-;  >*  f^^  ^;   »*  *t*^  J^^î 


POÉSIE    XXXV. 


(D  V;  A  A;  C  ».;  J,  p.  lii;  G  FF) 

Epigraphe  (fol.  i/i6  v°)  :  JuJLi'  xjI  tJiL^  ;iN4!  ^^  ^^1  ^4X^  Jlïj 

2 1  vers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A  :  S  »-H  =  A  1-19 ,  >*•  ==  2 1 , 

>'»  =  20. 


Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  Y  l^^  L* ,  ^j^^sç  >^  î   ^  J4^-  w'  î 


W   <" 


AiL2i3. 


nAbiga  dhobyAnî  inédit.  41 


POESIE    XXXVI. 
(A,  App.  rp  et  J,  p.  vj'v  =  vers  J;  G  h) 


Epigraphe  (fol.  i  Ay  v«)  :    '  i;!^  xJuUi  ^^^^^^  ^\y^^  ^Lû  i  JU, 


POESIE    XXXVII. 


(G  TA) 


[Ux^]      Épigraphe  (fol.  i/ty  v")  :  Lâ^t  Jli^ 


;LjJ^  J^J^    L,^  ^!;  ^  jl^  Jç  JooyiiJi  ;l JO  JH    Jsi  ^       F 


^  jLJO»  UïI^^S  v^J  c^oJ'  u^3  Jï'^tÏJ'  '*i^  ï^'  ^3)3  '^^  'r-^^î  GL*ji)l  ^1   1*>J 
3  N.  m.  »y^  ci^?  cy*  ^'r^J  >^  37*5  7?^-  cy?  37*  c:^?  **^  '>';' 


42  JANVIER-FEVRIER  1809. 


;l.  y,  I.  ^  L\Jîé  al^  iUyû^       i*>w:w!^  ^«IJt  (Sus  »U-4n^    v 


POÉSIE    XXXVIII. 


(Inédite) 


Epigraphe  (foi.  1 47  v**)  :  ^i.  g  à  4  j^  ^1  v^J-J'  f^  ;^'  ^  ^'  Jl* 
«f^t^  Uj^  Uy#  l^iALili  iuvUJI  1»  M  1$,  *4;:J  (ms.  j^ilJ})  ^/^^ 

j  y  j  "^  j  y  Q  ^ 

jAk)t  L^  jui  iU^ii  a»  1^  bt  ^  ^*iw*  iubuii  Uy*xxi  c:)is^^  j;;^ 

eX*^  ijJtf^  l^jo.b  j^ALwU  UuJT  jjuii  pyiît  L^i=sSo  ^^l  c3U^1  oJUi  ^  viliU 
JLa^  A^^  yUi  ^►.^ju.  J.p  "jÀ  l^Jb  j^  p  14**  (ms.  l^JOU)  UUUU 
JUU  a!::»  iULjL>  jJLkjt,  aJL.;!,  xLieUjk  JubUl  LXU  a!»  W^  ^l^^ 


^h4^  l-^j-il  <ï^t  (^       («wuU  àUj)  (4^^  ,jâÂL)     r 


POESIE    XXXIX. 
(D  <;  A  !■  et  App.  Wi  C  (i;  J,  p.  iv|i  et  v^rj  G  !■  «  et  h) 

[>l^]     Épigraphe  (fol.  i  A 8  r")  :  U^t  Jl», 


NÀBIGA  DHOBYAM  INÉDIT.  43 

1  o  vers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A  :  S  »  et  >*  =»  A ,  App.  ^^ , 
1  et  2  (cf.  D,  p.  1 8  et  66), 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  >*  ;';^^'  '>;ï>  44*^  ^M^  i  (var. 
raar^'.  C^^  ali^^l  il,  u^Iià  JL  i  et  c^:^;!^);  «»  ;»S^:  (j^  «Sî;  ;  v^^'l^i)^;  a '^. 
1  var.  marg.  ^LxJill;  i.  ;U^  L^  j^>^3^Jsî. 


POESIE    XL. 
(D  H;  A  ff;  C  ir;  J,p.  i'^v-G  v) 

[ku^]      Épigraphe  (fol.  i  48  r**)  :  iubUJt  JU^ 

1 4  vers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A  :  S  i  - 1  =  A  i  -6  ,  ^  -  "  =  i  o- 1 4 , 
•»'-'»=  ==7-9- 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  Y  oJiL4,  ^^^L^JI  if^^xjJ  (var.  marg. 
ÂeUl;  1  UU&M^i  ^;  M  (^^  oâ;  If  i^^^j^  (^L»,  (^L«J  Ju  (var.  marg.  ^»^t^  et 


POESIE    XLI. 

(D  .5;  A  \*\  C  in  J.  p.  '1^1';  G  !•) 


[>li]     Épigraphe  (fol,  1 48  V)  î  ^U  ^^  ii$3  Jla  iy  iW,UJI  JU^ 


44  JANVIER-FEVRIER   1899. 

20  vers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A:  S'-'' ==  i-ii,i^-tlP=  i3-i5, 
te  et  M=  19  et  20,  i>^-H=:  16-18,  >*•  =  28. 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers   '  ^Lx^ill  jo!^)  ;    r  é^Jl^l ,   « 


^5^Uc  ékV\V\^  U  ^L^l  (var.  marg.  i^»t,,t. .-;•>);  «>  i^ly»  liLJ^  IjUI;  i  ;ï«>^;  ^  •J»*^; 
A  Jp-)  ^|;  /.  ji^o».;  ir  ^j^jJI  H^U  pH^l^;  '«^  ^;  '^  f4?-37*  ^^î**^  (var.  marg. 
c:,UJ5UJ)  ^-j;  |A  ;^j^i^;  Y-  (^2^,  A-'Q  (var.  marg.  i)^^). 


POÉSIE    XLII. 


(D  Yd;  A  M;  C  r.  ;  J,  p.  vj«);  G  \à) 

[yt^]     Épigraphe  (fol.  1/19  v")  :  Lâ^l  JU3 

23  vers.  Ordre  des  vers  identique  à  celui  de  A. 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  \  o^-i-û^ ,  ^ jjÛ  ;  r  var.  marg.  1^^\  ; 
(var.  marg.  c^  dlJJ  ÏJ33J)  *UaA-»«);    H  L«.>x  ^^^-^xs,  (var.  interi.   ti^^i)\ 

^^  J)'^  f^;   '"^  )'^^^  A^i    '^  ^>'  (var.  marg.     c^y»);    ^  7^;    ï*»-  ^  «^l^ 
^^  a't.i^jlî  (var.  marg.c^  ^«^  i  iUloo  o»^^). 


POESIE    XLIII. 


(D  r*;  A  Y;  C  r;  J ,  p.  i^r;  G  /v) 


Epigraphe  (fol.  1 5o  r°)  :  i  j^UJI  j^l  ^  a  ^1  I^^SS  ^  ^1  JU 

^U,  JjJU  ^U!  ^jâ«^  ^  J;^li  (j^ïa^  UJl^  A*xi  Jjtf  Ajj^i  i  iû^^  ^) 


NABIGA  DHOBYANÎ  inédit.  45 


•'f      /-       1..'     i':       _?      jo/'is^fi.    s< 


j>  fl  A  »  <.^  ^  h  î  l«X-&^!  »^JtJ^J^  U5ri^^  ^  'y'^  *^^'  ^  <i'  *^J^  ^*^^*-*''^ 
L.  iuoLJJ  o*;Jit  JUu  Os-s^t^  (.Lm  JJi  J->5  i^Ua/li  yLl*  i  vl*»* 

t.X^J^-Û  yLS^  C^   y?   4*^1   4,   p   Luôjt   J* j*«   5^    ^^*^  <î*^  ^in 

J  ^V*  à  4**)*  >A^  ^  l^  «^'JJ»  yl  (^^«J^'  '^î  ^W!  JUi  jlÛt 

i6  vers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A  :  S  ^-'^  =  A  i-3, 

i-/v  =  6-8,  H-»F=  io-i5,  '«>==9,  M  =  i6. 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  F  var.  marg. ,  texte  de  A  avec 

LiSU;    i  l^sbf  *Ui  ^l^^gui  (^5;    V  3  i^r^  Jbl^SlJ  ji,    ^^1  ^^    (var.    marg. 


ç^y^);      A  ^,      >^  ^^;       >■  iUxi^  AMI   ^jil?  o^j  131  ;       M  o^tûLî!  i^  1^  Oo  ^U; 


46 


JANVIER-FEVRIER   1809. 


lY  ^yÀ  ^1     oJjLw»  yttA  o^^  ii*l,    v>^;    'J*  J^  '«iï    (var.  marg.    Jxi  osS,);    >«>  31 
v^-U**  ;'7*^'  J^  S  *^'^     *f?v.  (var.  marg.  y'J^  (J^)î  '"^  C^'^  tfp^*^. 


POESIE    XLIV. 


(A,  App.  n  et  J,  p.  vrA  =  vers  t  et  v-i;  cf.  D,  p.  a8  et  29;  G  i^) 


Epigraphe  (fol.  1 5 1  r')  :  ajUU  L^  (^!  Jl  ;<>jJk^  U^  iUbUJI  JU^ 

*J^»  i  J^J-U  1:2.  Z\  \jiji  ^  ;^  (jA  ^  iU^  \j»,  l^  UÔi)  ^gSJ\  yBj 


[^A*i^] 


^j>4u' 


o    • 


^  ■^  tÇ  Ljo    ^  JULjLJUAJt  ^p.^  (3l>* 


aijji  0  ni  jSi\  ^)j^  ji 


ii,^^U:ai'^i«ji*H 


,x^ '^oat  jijuui  tf;i  i>  1- 


"*    ^    m  y**  k     •    X  ^ 

.         4.11      «^        -*    -^ 


Variante  marginale  pour  le  vers  ^  :  ^f-»« . 


*   N.   m.  yl5i  Jj<4  Jiiôl  ^j^   ^UaJI  JuJ,  iÇ;kc  oJL^  ji^  J3  iUl  ^\  ^^^juJI  Ooi.  ^^UJ! 


nAbiga  dhobyAnî  inédit.  47 


POÉSIE    XLV. 


(D  YY  et  Yr;  A  r,  n  et  App.  d)c,  vers  i;  G  M;  J,  p.  vjv  et  vr.;  G  f^) 


Epigraphe  (fol.  \5i  r)  :  ^y^Â  ^^  cS-^5-^'  (j?  ^J^  *«LJ'  Jl*3 


<•-» 
i^^-' 


1 2    vers.   Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A  :  S  '  et  k  =  A  i  et  2 , 
»^  =  App.  «51* ,  V.  f, 


Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers    '  JXÂill  ;    Y  -Liêil     jiJx  «>3X)u« 
yÂÂ.I   (var.  marg.  ^J^  <tf«>o  j^-j»1  jl^ii');   r-  UL^;   p  var.  marg.  4*^'i^;   1  Jl^-li?; 

vJl?  (var.  marg.  lâiap  et  i");  m  Ljk^y, 


5  vers.  Même  ordre  des  vers  que  dans  A. 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  Y  dUu»  ^\  oJi";  *  (^^^ . 


POÉSIE    XLVI. 


(A,  App.  )e«5  et  J,  p.  vrA=  vers  r;  G  Y^) 


[^3^]     Epigraphe  (foi.  i52  r**)  :  ^^lilt  ^yS.  ^^  JU^ 


48 


JANVIER-FEVRIER  1899. 


J  .0 


Variante  marginale  au  vers  ^  :  o4^;  au  vers  1*  :  ^yi,. 


POESIE    XLVII. 


(Grv) 


-<  «  >' 


Kpigraphe  (fol.  1 52  r°)  :  Jlib  ^tS^  i;«xiJt  j^y^  aj  (^y?  ii>Ji  ^*K  Jl*5 


•      o^ 


^\4\  j4ï  j*i  iuut  j^j  yir 
j^LOi  yUpu  jL^-  u:;^!. 


•    «^ 


I 


Variante  marginale  pour  le  vers  ^  :  **^3  ^y*^  •^!>4  ^r^- 


POESIE    XLVIII. 


(D  \^\  A  rr;  C  rr;  J,  p.  v.p;  g  h) 
Épigraphe  (fol.  i  52  r'^)  :  !yUk>t^  ^y;U  ^^^  ^  c^  J^  c^  Jlï^ 

3  vers.  Même  ordre  des  vers  que  dans  A. 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  »  è^"^'  î  ^  *^^  '^^^ • 


NABIGA  DHOBYANÎ  inédit.  kSf 


POESIE    XLIX. 
(D  M;  kyà,  CM;  J,  p.  Vj.;  G  rd) 


Épigraphe  (fol.  1 82  i^)  :  (^  Lu^l;  Ju^y  ^^^^i^  ^IZS  ^J^  JU^ 
3  vers.  Ordre  des  vers  identique  à  celui  de  A. 


Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  »  var.  marg.    AJâJI  *û^;    ^  yo 


POÉSIE    L. 


(D  r;  A  |A:  C  |A;  J,  p.  ^4|p.  G  M) 

IJ3^]     Epigraphe  (fol.  1 62  v**)  : yL,^:^)!  ^^  ^^  ^i  ^J^  JU, 
5  vers.  Même  ordre  des  vers  que  dans  A. 


Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  f  ^»-o^  Lj./«A>  ;  f  (ms.  ^^3)  ^îîs^ 


POESIE    LI. 


(G  p.) 
Épigraphe  (fol.  162  v^)  :  ^^  j*x4t  »^l  Joi  ^^ja:^  *>Ia  ^^  j^j^^  Jl*^ 


^i-^  *-^H^:^  «i  «)-^LiiJI  ^      a-jO^  k?  -^^  *  ■*  «^'^y  ci^    >' 


xni.  d 


50  JANVIER-FÉVRIER  1899/ 

^iJLl»,  *L-UJI  *J  s  J^i      *J  y^UàJI  4,^1  c^  vU4   p 

Variante  marginale  pour  le  vers  t  :  |^*ï^l  j^S^  Lllj . 

POESIE   LU. 

[Jo^]     Épigraphe  (fol.  iSa  v^)  :  JU^ 


POESIE    LUI. 


(G  n) 
Épigraphe  (fol.  i  Sa  v°)  :  ^^  Ju^ ;UJ  «u^  ^]  ^:à4  (^:il.  JU^ 

.1 


NABIGA  DHOBYANÎ  inédit.  51 

y  •  ^  »•  ^    •  V  •  ^^        ••      •  •  • 

Varianfe  marginale  pour  le  ver»  ^  :  »;'jj  dU-«  (^l^i  ^ 


POÉSIE    LlV. 


(D   ir;  A  H;  C  |V;  J,  p.  iAl;  G  J«V) 

[Jo>]     Épigraphe  (fol.  i53  r**)  :  L^I  JU^ 

9  ver».  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A  :  8  i-l*«A  i-4,  •'=6, 
1  =5,  v-^=7-9. 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  ^  J»>-»  ^Lj  ;  i  ^^-»Ji-^ï  J^^  ;  ^  ^5 
f4-«  c:r*  ^';  '^  ïSoUx*;  1  L«J>xArf  (var.  marg.  f^^^^M  et  vJo  ill  JLb  i). 


POESIE    LV. 
(D  n;  A  IF;  C  f«5;  J,p.  ^^Y;  G  )«a) 

[la^w]     Épigraphe  (fol.  i53  v°)  :  ^"^  ^  j-,il  UjI  JU^ 
1 3  vers.  Ordre  des  vers  comme  dans  A. 

Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers  '  var.  marg.  ^  ^3JJ  ^,.  y  HslXll, 
F  ïyljhÀ  Oy^  (var.  marg.  »p^,  ï^i-^M  et  ^^^^);  i  oJ>;U3;  v  «^  ^.  a  ^'^JiJU; 
».  vU^I  44s     jV^jUlâJ    (var.  marg.   yUill  o^i     jyjiiUàt);   fï- £f^;    tr  Jyxjt 

POÉSIE    LVI. 
(D  n;  A  F;  C  )«;  J,  p.  iOV;  G  Yf) 

[y!^]     Épigraphe  (fol.  1 53  y°)  :  jiAt>  ^ ^UJ  Jli^ 

9  vers.  Ordre  des  vers  comparé  avec  celui  de  A  :  S  >  =  A  i,  >'  =  /i,  ^^  et  l* 
=  2  et3,«>-^=5-7. 

4. 


52  JANVIER-FÉVRIER  1899. 


>     C      j> 


4,|y£j|  ;^  il  ,^\   i\ù^        cS^K-C  ^^  j^   JUL^  jJ  ^J^     1 


Variantes  par  rapport  au  texte  de  A  :  vers   '  *^  y};    ^  «4r  ^J»*';  I*  c»Ljlb 
(var.  marg.   i».Uâ.lL>);    à  JL^  ^^  )^U>I     J^^»*^  ^î^^î  J^t  ^iî  t^*;  "i  «-/■**>■>  e-*î 


POÉSIE    LVII. 


(A,  App.  rr  et  ii;  G  ra) 


Epigraphe  (fol.  1 54  r°)  :  ^^  ^^t  ^^ ^3  ^^^jU»  JuU  ^^^a^  JU,   . 

(^jxju^  xJ  j^li  J^ij  i*o5  t^;^'  i  **^  ^^^  J^  ^^  u'^J^  ^; 
(ms.  uLl^)  ^11^  ^«^  J^  ^^^^  !^«xjk;^^  (jl^^  (jX^  (In>  (jl^(a^  ^Ul^  j^AM*! 


UL*Lâ,  x^t  Uylàu*  Juâil^       lo^-I^  jLJL^t,  L.^L».I  ^)^    f 


POESIE    LVIII. 
(D.  p.  10  et  55;  A,  App.  <>l;  G  rv;  la  plus  grande  partie  inédite) 

Épigraphe  (fol.  i  5/.  r")  :  *«Xs  jl^  (^j*».  yiiJh.\  y*  ^^l  ^j^  JU, 

^  N*  m.  {JJSéii  ^  J<?^^« 


nAbiga  dhobyAnî  inédit. 


53 


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ci^-O  Sîr^  1-^3^  oJU^3 


^  i».^ 


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(^HJkljl  JJilili  iL;l  ^J^ 

^yJS.^  é^L^I  OoiiftSl 


1  N.  m.  çj^lljj^  p>*  çj^l  ^ 

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54 


JANVIER-FÉVRIER  1899. 


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nAbiga  dhobyAnî  inédit. 


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55 


Variantes  marginales  .   vers  !•  ^  ohs-$*^;    '"^  (i*^;   **^  <JtH^  ^;    *">*  jr*;  yb 


56  JANVIKRFÉVRIER  1899. 


LE 


TRAITE  SUR  L'ASTROLABE  PLAN 

DE    SÉVÈRE    SABOKT, 

RGRIT    AU  YII*  SIÈCLE   D'APRES  DES   SOURCES  GRECQUES, 
ET  PUBLIA  POUR  LA  PREMIÈRE  FOIS  D'APRÈS  UN  MS.  DE  BERLIN , 


PAR 

M.  F.  NAU. 


INTRODUCTION. 

L'auteur  ^  —  Sévère  Sabokt  de  Nisibe,  évêque  de 
QenSerin,  était  célèbre,  selon  Bar  Hebreus^,  au 
temps  du  patriarche  Jean  (63 1-649).  ''  P^^^  part, 
avec  le  patriarche  jacobite  Théodore,  à  une  contro- 
verse pubhque  contre  les  Maronites  durant  le  mois 
de  haziran  del  an  689^.  Enfin  il  nous  reste  une  lettre 

*  Cf.  Wright,  Sjriac  Literature,  London,  1894^  p.  137-139. 
Se-bôckt  est  un  nom  persan  qui  signifie ,  d*après  M.  Nœldeke  «  drei 
haben  erlôst»  Geschichte  der  Perser  und  Araber,  p.  396,  n"  1. 

*  Chron,  eccL,  I,  col.  276. 

'  Cf.  Âddit.,  ms.  17216  fol.  i4.  Ce  manuscrit  de  Londres  ren- 
ferme (fol.  i-i5)  des  fragments  d'une  chronique  syriaque.  M.  Nœl- 
deke en  a  publié  une  partie  (fol.  12-1 5)  dans  la  Z,  D,D,M,  G., 
1875,  t.  XXIX.  J'ai  publié  ou  analysé  le  tout  avec  les  opuscules 
syriaques  contenus  dans  le  ms.  de  Paris  :  syriaque  2o3  (Les  œuvres 
de  Jean  Maron,  etc.,  chez  £.  Leroux,  sous  presse). 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  57 

qu'il  écrivit  au  prêtre  et  périodeute  Basile  de  Chy- 
pres  sur  la  quatorzième  lune  de  Nisan  de  Tan  665  ^. 
Nous  pouvons  donc  conclure  de  ces  détails  qu'il 
vivait  au  milieu  du  vu*  siècle. 

Il  se  distingua  dans  les  études  philosophiques, 
mathématiques  et  ecclésiastiques,  nous  dit  encore 
Bar  Hebreus^.  Nous  pouvons  ajouter  qu'il  posséda 
la  langue  grecque,  car  certains  fragments  philoso- 
phiques qui  nous  restent  de  lui  sont  des  commen- 
taires sur  les  ouvrages  d'Aristote  et  des  explications 
des  termes  grecs  plus  difficiles  à  comprendre^.  M.  Sa- 
chau  publia  des  fragments  des  ouvrages  astrono- 
miques de  Sévère*  :  Sar  la  terre  habitée  et  inhabitée; 
Sur  la  mesure  du  ciel  et  de  la  terre  et  la  montagne  qui 
est  au  milieu^,  etc.  Je  me  propose  de  publier  ici  son 
Traité  sur  l'Astrolabe  plan. 

Lb  manuscrit.  —  Le  manuscrit  du  traité  sur  l'as- 
trolabe est  conservé  à  Berlin  (collection  Petermann, 

^  Berlin ,  ms.  syr. ,  collection  Petermann, 0*37,  fol.  98  v^-ioS  r*. 


*  Loc.  cit.  JLhjlfJLo  JLya*^dlôJJ^^oo  ULSnïo  1i^S>o>^  00»  «m^Km 


'  Lettre  an  prêtre  'Aitîlaha  sur  quelques  termes  du  vepi  épfie- 
ve/a;  d'Aristote.  Addit.  mss.  17166  et  i466o.  Cf.  Wright,  ouvrage 
cité. 

*  Inedita  Syriaca,  in-8".  Wien,  1870,  p.  127-134. 

'  Les  géographes  arabes  ont  admis  aussi  l'existence  de  cette 
haute  montagne  située  sur  Téquateur  et  limitant  au  sud  la  terre 
habitée.  Bar  Hebreus,  dans  le  Livre  de  l'ascension  de  l'esprit,  cite  un 
ouvrage  de  Sévère  sur  Tastronomie.  Cf.  Bibliothèque  de  l'École  des 
hautes  études,  fascicule  cxxi,  p.  107,  ligne  1. 


58  JANVIER.FEVRIER  1899. 

n"  37)^  Il  est  daté  de  l'an  1267  des  Grecs  (966). 
Le  traité  sur  I  astrolabe  va  du  fol.  82  v°  au  fol.  98  r**; 
il  est  écrit  dune  mauvaise  écriture  jacobite;  un  cer- 
tain nombre  de  lettres  y  sont  très  souvent  confon- 
dues; la  poncluation  y  est  mise  au  hasard;  lencre  a 
jauni.  Comme  le  texte  est  évidemment  mauvais,  on 
a  pu,  sans  hésitation,  y  faire  un  certain  nombre  de 
changements  ;  la  leçon  du  manuscrit  est  alors  donnée 
en  note. 

L  OUVRAGE.  —  Il  comprend  deux  pailies  :  i**  Dé- 
fmition  et  description  de  lastrolabe  plan  ;  2**  Règles 
pour  s  en  servir.  Ges  règles  sont  au  nombre  de  vingt- 
cinq,  mais  il  en  manque  deux  (20  et  21)  dans  le 
manuscrit  de  Berlin,  car,  nous  dit  le  scribe,  il 
manquait  là  un  feuillet  dans  le  manuscrit  quïl  tran- 
scrivait^. —  Dans  la  première  partie.  Sévère  donne 
une  définition  philosophique  de  Tastrolabe,  puis  in- 
dique que  cet  instrument  comprend  plusieurs  ta- 
blettes rondes,  planes,  placées  les  unes  au-dessus 
des  autres  à  l'intérieur  d'une  plus  grande  qui  est 
creuse  et  les  contient;  il  décrit  ensuite  l'araignée 
qui  porte  les  signes  du  zodiaque  et  les  principales 
étoiles  fixes,  puis  donne  quelques  généralités  sur  les 
cercles  et  les  coordonnées  célestes  qui  figurent  sur 
les  tablettes.  —  Dans  la  seconde  partie  il  enseigne 
à  résoudre,  à  laide  de  fastrolabe,  les  problèmes 

^  Cf.    Kurtes     Verzeichniss     der    Saohau'schen     Sammlang    tyr, 
Handtch,  Berlin,  i885. 

'  La  règle  1 2  manque  également. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  59 

suivants  :  i**  Trouver  durant  le  jour,  Theure  solaire, 
le  degré  qui  se  lève»,  celui  qui  se  couche,  etc.; 
a**  Trouver  Theure,  durant  la  nuit,  à  Taide  des  étoi- 
les; 3**  Trouver rheure ,  durant  la  nuit,  à  laide  de  la 
lune;  4**  Trouver  la  position  du  soleil;  5"*  Trouver 
la  position  de  la  lune  et  des  cinq  planètes;  6**  Trou- 
ver la  latitude  de  la  lune;  7°  Vérifier  si  lastrolabe 
est  bien  ou  mal  construit;  8"  Vérifier  si  l'indicateur 
des  degrés  est  bien  construit;  9"  Trouver  dans  un 
climat  quelconque  «  les  ascensions  »  de  chaque  signe 
au  centre  de  vie  et  au  milieu  du  ciel ,  ou  «  les  des- 
centes »  au  couchant  et  sous  la  terre  ;  1  o*"  Trouver 
combien  il  y  a  d  ascensions  depuis  le  commence- 
ment du  Bélier  jusqu'au  degré  qui  se  lève,  c est-à- 
dire  jusqu  à  rhoroscope  ;  1 1  °  Trouver  la  composition 
des  heures  ainsi  que  la  longueur  ou  la  brièveté  du 
jour  et  de  la  nuit;  1 3** Trouver  quelle  est  la  plus  bo- 
réale et  la  plus  australe  de  deux  villes  considérées; 
1  Zi**  Trouver  la  longitude  dune  ville  par  rapport  à 
une  autre;  i5°  Trouver  la  différence  des  midis  dé 
deux  villes;  16°  Trouver  les  ascensions  de  la  sphère 
droite  dont  s  est  occupé  Ptolémée;  17°  Trouver  à 
laide  du  soleil  ou  d  une  étoile  fixe  dans  quel  climat 
Ton  est;  18°  Trouver  la  latitude  des  sept  climats; 
1 9°  Trouver  la  longitude  ou  la  latitude  des  étoiles 
fixes;  aî"*  Trouver  Tinclinaison  des  signes  du  zo- 
diaque sur  Téquateur  au  nord  et  au  sud  pour  chaque 
climat,  et  en  quel  endroit  se  trouvent  !es  trois  zones 
tropicales;  2  3**  Trouver  Tinclinaison  du  soleil  sur 
réquateur  (la  déclinaison)  au  nord  et  au  sud,  dans 


60  JANVIER-FÉVRIER  1890. 

tout  signe  ou  dans  tout  degré;  a 4**  Division  et  dis^ 
tances  relatives  des  diverses  zones;  a5°  Trouver  dans 
tout  climat  les  ascensions  du  signe  qui  est  à  lorïent 
et  que  Ton  appelle  «  signe  de  vie  ». 

Ainsi  Sévère  ne  rappelle  pas  les  principes  mathé- 
matiques (projections  stéréographiques)  qui  règlent 
la  construction  des  astrolabes;  il  suppose  que  Ton  a 
cet  instrument  en  main,  et  il  en  donne  une  descrip- 
tion, destinée  alun  de  ses  élèves ^  que  Ton  trou- 
vera peut-être  un  peu  diffuse.  Pour  faciliter  la  com- 
préhension et  remplacer  l'instrument  absent,  on  a 
reproduit  dans  ce  texte  quelques  planches  emprun- 
tées à  (1  autres  ouvrages  et  qui  s'appliquent  parfaite- 
ment à  lastrolabe  de  Sévère. 

Importance  de  cet  ouvrage.  —  i"  Cest  ie  seul 
traité  sur  Tastrolabe  qui   nous  ait  été  conservé  en 
langue  syriaque;  sa  publication  a  donc  déjà  une  • 
grande  importance  philologique. 

2°  Sévère  écrivait  vers  le  milieu  du  vu*  siècle, 
avant  que  les  Arabes  eussent  les  loisirs  nécessaires 
pour  s'occuper  de  science  (on  constatera  du  reste 
que  les  sources  de  notre  auteur  sont  exclusivement 
grecques).  Il  s'ensuit  que  les  Arabes  n'ont  pas  inventé 
l'astrolabe  plan,  comme  on  l'a  cru  trop  longtemps, 
au  point  d'appeler  cet  instrument  «  astrolabe  des 
Arabes  »^;  ils  l'ont  reçu  des  Grecs  et  le  présent  traité 

^  n  l*appdie  :  «  ô  ami  de  l*étude ,  notre  fîls  spirituel  et  chéri  en 
Notre  Seigneur  f. 

*  Sédiilot,  Mém,  sur  les  instr,  astr,  des  Arabes,  Menu  de  fAcad^ 


LE  TRAITE  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  61 

a  été  Tun  des  agents  de  cette  transmission.  M.  Re- 
nan a  déjà  signalé  Sévère  Sabokt  comme  Tun  de 
ceux  qui  firent  connaître  la  philosophie  grecque  aux 
Arabes  ;  le  présent  traité  montrera  qu  il  leur  fit  aussi 
connaître  Tastrolabe  plan. 

3°  Nous  pourrons  ensuite  déterminer  Tinventeur 
de  Cet  instrument,  car  Sévère  nous  apprendra  qu'il 
est  antérieur  à  Claude  Ptolémée ,  et  nous  trouverons 
alors  son  nom  dans  un  passage  de  Vitruve  que  Ion 
na  pas  encore  pu  comprendre  parce  que  Ton  attri- 
buait à  lastrolabe  plan  une  origine  de  beaucoup 
postérieure  à  Vitruve.  Je  développe  seidement  ce 
dernier  point  : 

Sévère  Sabokt  mentionne  huit  fois  l'inventeur  de 
Tastrolabe  qu'il  désigne  Irois  fois  par  t  le  philosophe 
qui  a  fait  lastrolabe  »,  et  cinq  fois  par  «  ce  philo- 
sophe ».  Il  le  distingue  de  Ptolémée  ou  Ptolémée 
l'Astronome  qu'il  cite  six  fois  et  nous  apprend  de 
plus  qu'il  lui  est  antérieur.  Car  il  nous  indique  un 
moyen  de  contrôler  les  résultats  donnés  par  l'astro- 
labe plan  en  les  comparant  à  ceux  que  l'on  tire  de 
tables  construites  par  Ptolémée;  si  l'astrolabe  est 
bien  construit,  ces  deux  résultats  doivent  être  iden- 
tiques, car,  dit  Sévère,  les  tables  furent  construites 


des  inscriptions,  i'*  série,  t.I,p.  a2eti53.  Cf.  P.  Tannery,  La  géo^ 
métrie  grecque,  Paris,  1887,  p.  6  et  7.  Je  suis  heureux  de  confirmer 
et  développer  ici  une  idée  de  M.  P.  Tannery  quand  il  fait  remonter 
Tastrolabe  plan  à  Ptolémée.  Mais  nous  verrons  qu'il  remonte  encore 
plus  haut. 


02  JANVIER. FEVRIER   1809. 

par  Ptolémée  d'après  r astrolabe^.  Doqc  cet  instru- 
ment existait  avant  Ptolémée. 

J ajoute  quen  un  autre  endroit,  Sévère  donnant 
les  diverses  divisions  de  ia  terre  ^,  mentionne  celle 
de  l'inventeur  de  rastrolabe  avant  celle  de  Ptolémée 
et  insinue  ainsi  que  le  premier  est  plus  ancien,  fait 
qui  devient  certain  si  Ton  remarque  que  le  premier 
prend  2  à*"  pour  Tobliquité  de  Técliptique,  valeur 
imparfaite  et  très  ancienne  puisquelle  est  déjà  don- 
née par  Eudemus,  contemporain  d'Aristote*,  tandis 
que  Ptolémée  adopte  q3**  5i',  valeur  plus  appro- 
chée qui  fut  reprise,  avec  quelques  améliorations 
encore,  par  ses  successeurs. 

Il  est  donc  certain ,  d'après  le  traité  publié  main- 
tenant, que  rcistrolabe  plan  existait  avant  Ptolémée, 
c'est-à-dire  aa  commencement  de  notre  ère,  puisque 
Ptolémée  vivait  et  observait  au  commencement  du 
u"  siècle. 

Ce  fait,  établi  pour  la  première  fois,  va  nous 
permettre  de  comprendre  deux  passages  de  Vitruve 
et  de  voir  dans  l'un  d'eux  le  nom  de  l'inventeur  de 
l'astrolabe  plan. 

il  me  faut  rappeler  d'abord  que  l'astrolabe  plan 
servait  surtout  à  la  détermination  de  l'heure  diurne  ou 
nocturne.  On  constatera  ci-dessous  que  tel  est  l'objet 
des  trois  premiers  prpblèmes  que  se  pose  Sévère. 
Voici  comment  on  procédait.  L'astrolabe  comprend 

*  Voir  infra»  problème  7. 

'  Voir  problème  23. 

^  Voir  une  note  du  problème  22. 


^LE  TRAITE  SUK  L*ASTROLABE  PLAN.  63 

une  tablette  fiîte  construite  pour  la  latitude  où  Ton 
est  et  qui  porte  l'horizon ,  les  cercles  de  hauteur  et 
les  heures  (voir  figure  i).  Sur  celle-ci  tourne  une 
seconde  tablette  qui  représente  le  ciel ,  les  astres  et 
en  particulier  le  zodiaque.  Cette  seconde  tablette  est 
percée  à  jour  (fig.  2  )  pour  permettre  de  lire  sur  celle 
qui  est  en  dessous  ;  elle  ressemble  ainsi  ou  à  une  toile 
d  araignée  ou  même  à  une  araignée  dont  le  corps 
serait  figuré  par  le  pivot  et  les  membres  par  les  lan- 
guettes divergentes ,  aussi  cette  pièce  est-elle  nommée 
araignée;  son  mouvement  représente  le  mouvement 
d'ensemble  du  ciel  ou  mouvement  diurne. 

Pour  trouver  l'heure  à  Taide  de  Tastrolabe,  il 
faut  d'abord  savoir  dans  quel  degré  du  zodiaque  est 
le  soleil  en  ce  jour;  on  fait  alors  une  observation  de 
hauteur  à  l'aide  d'ime  dioptre  placée  pour  cela  sur 
l'instrument.  Cette  observation  sert  à  placer  l'arai- 
gnée, c'est-à-dire  le  ciel,  dans  sa  position  actuelle;  il 
su£Qt  alors  de  regarder  l'instrument  pour  y  lire 
quelle  heure  marque  le  soleil  (on  lit  de  même  quel 
astre  est  à  l'horizon,  est  ou  ouest,  au  méridien,  etc. 
Voir  fig.  3). 

Cela  compris,  nous  trouvons  que  Vitruve  [Arch. , 
IX ,  9)  énumérant  les  inventeurs  de  diverses  horloges , 
dit  :  Arachnen  Eudoxus  astrologus ,  nonnulli  dicant  Apol- 
lonium  a  Eudoxe  l'astrologue  (l'astronome)  ou,  selon 
quelques-uns,  Apollonius  (a  inventé)  l'araignée  »^ 

*  Voici  le  contexte  : 

«  Hemicyclium  excavatum  ex  quadraio  ad  enclimaque  Berosus 
Chddaeus  dicitur  invenisse,  scaphen  sive  hemisphsrium  Aristar- 


64  JANVIER-FÉVRIER   1890.         ^ 

Ce  passage  ne  pouvait  être  compris  jusquHci, 
puisque  1  on  supposait  i 'invention  de  1  astrolabe  plan 
postérieure,  je  ne  dirai  pas  à  Eudoxe  de  Cnide 
(4o9-356  avant  J.-C.)  ni  à  Apollonius  de  Perge 
(iii'-ii*  siècle  av.  J.-C.)  ni  même  à  Vitruye  (i*, siècle 
avant  J.-C.)  mais  à  Ptolémée  (n*  siècle  après  J.-C.)^ 
En  conséquence  M.  Ideler  ne  put  mieux  faire  qiue 
d appeler  Taraignée  d'Eudoxe  ou  d'Apollonius,  tun 
cadran  solaire  »  ainsi  nommé ,  supposa-t-<il ,  des  rayons 
qui  partent  du  style  et  ressemblent  aux  fds  dune 
toile  d'araignée.  Cette  supposition  a  été  reproduite 
en  France  par  M.  Letronne^  et  entra  de  là  dans  les 
recueils  et  dictionnaires  biographiques. 

chus  Samius,  Idem  [etiam  discum  in  planitie,  araclmisn  Endoius 
astroiogus,  nonnulli  dicunt  ApoUonium,  plinthium  sâve  lacunar, 
quod  etiam  in  circo  Flaminio  est  positum ,  Scopinas  Syracusius.. .  * 
On  remarquera  que  rien  dans  Vitruve  ne  permet  d'affirmer  que 
l'araignée  d'Eudoxe  est  un  cadran  et  encore  moins  un  cadran  spbé- 
rique.  On  pourrait  dire  uniquement  (en  présupposant  que  le  texte 
de  Vitruve  doit  être  interprété  strictement  et  ne  donne  pas  la  par- 
tie pour  le  lout)  que  Tastrolabe  plan  tout  entier  s'était  d'abord  ap- 
pelé araignée  (voir  la  figure  3  qui  donne  assez  l'impression  d*une 
toile  d'araignée)  au  temps  du  moins  où  il  ne  servait  qu'à  trouver 
l'heure ,  et  que  ce  nom  fut  plus  tard  réservé  à  l'une  de  ses  pièces. 

^  On  reconnaissait  que  Ptolémée  avait  donné  les  principes  ma- 
thématiques qui  servent  à  la  construction  des  astrolabes  plans, 
mais  on  affirmait  qu'il  n'avait  connu  que  l'astrolabe  spbérique  ou 
sphère  armillaire.  La  publication  en  iSSg  du  texte  grec  d'une  des- 
cription de  l'astrolabe  faite  par  Jean  Philoponus ,  contemporain  de 
Sévère,  ou  ne  fut  pas  remarquée,  ou  du  moins  ne  permit  pas  de 
remonter  à  l'inventeur  de  l'astrolabe  plan,  parce  qu'elle  ne  ren* 
ferme  qu'un  nom  propre,  celui  de  Ptolémée,  en  un  seul  endroit. 
Voir  ce  texte  grec  dans  Rheinisches  Muséum  fwr  Philologie^  t.  VI, 
Bonn,  1839. 

*  Voir  une  note  p.  98. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  05 

Mais  nous  savons  aujourd'hui  que  i  astrolabe  plan 
était  inventé  au  temps  de  Vitruve;  nous  a£Qrmons 
donc  sans  crainte  qxie  ce  mot  araignée  a  la  même  si- 
gnification chez  Vitruve  et  chez  Sévère  Sabokt;  il 
s'agit  dans  les  deux  cas  de  Tastrolabe  plan  qui  était 
un  genre  d'horloge,  puisqu'il  donnait  les  heures  de 

îour  ou  de'nuit. 

w  11. 

Mais  i^y  a  plus  :  Vitruve ,  à  la  page  suivante ,  dé- 
crit les  horloges  anaphoriques  qui  ne  sont,  au  fond, 
que  l'astrolabe^*  mécanisé».  Ces  horloges  se  com- 
posent en  effet  de  deux  parties  :  l'une  est  fixe,  elle 
est  attachée  à  ime  certaine  latitude  et  porte  les  heures 
(c'est  la  tablette  fixe  de  l'astrolabe);  l'autre  repré- 
sente le  ciel ,  elle  porte  en  particulier  le  soleil ,  figuré 
par  un  clou,  et  les  signes  du  zodiaque  (c'est  l'arai- 
gnée des  astrolabes).  Cette  dernière  partie  est  ani- 
mée d'un  mouvement  de  rotation  imiforme  qui 
reproduit  le  mouvement  diurne  ;  aussi  nous  montre- 
t-elle  toujours  le  ciel  dans  sa  disposition  actuelle,  il 
n'est  plus  besoin  d'une  observation  de  hauteur  pour 
avoir  cette  disposition ,  et  pour  en  conclure  l'heure.  Il 
suffit  de  regarder  sur  l'instrument  dans  quelle  heure 
est  le  soleil.  Ces  horloges  anaphoriques,  dont  l'élé- 
ment essentiel  est  un  astrolabe  plan ,  supposent  bien 
que  cet  instrument  leur  est  antérieur  et  par  suite  a 
été  inventé  (comme  le  dit  Vitruve  ime  page  plus 
haut)  par  Eudoxe  ou  peut-être  par  Apollonius  ^ 

*  J'ajoute,  comme  détail,  que  la  marche  directe  (Ju  soleil  dans  le 
zodiaque  est  déterminée  pour  chaque  jour  de  chaque  mois  par  une 
série  de  trous  dans  lesquels  on  place  au  jour  le  jour  le  clou  qui 

xiii.  5 


larkiucaiB  aATiuiU-s- 


01)  JANVIER-FEVRIER  189». 

On  peut  se  demander  pourquoi  Ptolémée  se  servit 
si  peu  de  cet  instrument  qu  il  connaissait.  La  raison 

figure  le  soleil.  Ainsi  on  obtient  la  position  vraie  du  soleil  dans  le 
zodiaque  et  Taugmentation  ou  la  diminution  des  jours  qui  en  dé- 
pendent. Voici  le  texte  de  Vitruvc  : 

Fiunt  etiam  alio  génère  horologia  hybema  qiiae  anaphorica  dicuatur 
perliciuaturque  rationibus  bis  :  i°  Horae  dlsponuntur  ex  virgtdis  asacis  ex 
analemmatos  descriptione  (selon  la  latitude),  ab  centro  disposit»  in 
froute;  in  ea  circuli  sunt  circumdati ,  menstrua  spatia  finientes.  2**  Post  bas 
virgulas,  tympanum  collocatur,  in  quo  descriptus  et  depictus  est  mundus 
signiierque  circulus  (le  zodiaque],  descriptioque  duodecim  codestium 
signorum  sit  deformata,  cujus  e  centro  deformatur  cujuslibet  signi  spa- 
tium,  unum  majus,  alterum  minus  (voir  fig.  3  ).  3*  Posteriori  autem  parti, 
tympano  medio  axis  vcrsatilis  est  inclasus ,  inquc  axe  aenea  mollis  catena 
est  involuta  ex  qua  pendet  ex  una  parte  phellos  sive  tympanum  quod  ab 
aqua  sublevatur,  ex  altéra  œquo  pondère  phelli  sacoma  saburrale  (un  sac 
de  sable).  Ita  quantum  ab  aqua  phellos  sublevatur,  tantum  saburrse  pon- 
dus infra  deducens  versât  axem ,  axis  autem  tympanum  ;  cujus  tympani 
versatlo ,  alias  efilcit  uti  major  pars  circuli  signifcri ,  alias  minor  in  versa- 
tionibus  suis  temporibus  designet  horarum  proprietatet.  k*"  Namqoe  in 
singulis  signis,  sui  cujusque  meusis  dierum  numeri  cava  sunt  perfecta, 
cujus  bulla  (le  clou)  quae  solis  îmaginem  horologiîs  tenere  videtur,  signî- 
ficat  horarum  spatia  :  ea  translata  ex  terebratione  in  terebrationem  mensis 
vertentis  periicit  cursum  suum.  —  5°  Itaque  quemadmodum  sol  per  side- 
rum  spatia  vadens ,  dilatât  contrahitque  dies  et  horas ,  sic  bnlla  in  boro- 
logiis  ingrediens  per  puncta  contra  c«ntri  tympani  versationem,  quotidic 
quum  transfertur,  aliis  temporibus  per  latiora ,  aliis  per  angustiora  spatia 
menstruis  finitionibus  imagines  efficit  horarum  et  dierum. 

11  est  question  dans  ce  texte  :  i**  de  la  tablette  fixe  propre  à  un 
lieu  de  la  terre,  elle  porte  les  heures,  Thorizon,  le  méridien  et  les 
cercles  (hauteurs  et  azimuths)  attachés  à  ce  lieu;  a**  de  la  tablette 
mobile,  appelée  plus  particulièrement  «araignée»;  V  du  mouve^ 
ment  uniforme  imprimé  à  la  tablette  mobile  pour  reproduire  le 
mouvement  diurne;  4°  du  mouvement  direct  ou  annuel  du  soleil 
dans  les  signes  du  zodiaque  ;  5^  de  la  concordance  entre  le  mouve- 
ment du  soleil  dans  le  ciel  au-dessus  et  au-dessous  de  l'horizon  avec 
le  mouvement  sur  l'instrument  du  clou  qui  figure  le  soleil.  —  Cette 
concordance  résulte  de  ce  que  l'instrument  est  à  chaque  instant 
l'image  (la  projection)  exacte  du  ciel  tel  qu'on  le  voit  dans  un  lieu 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  67 

en  est,  croyons-nous,  que  cet  instrument  donnait 
des  résultats  trop  entachés  d'eiTeur.  Car  l'astrolabe 
plan  ne  mesure  guèro  plus  de  dix  centimètres  de 
diamètre ,  par  suite  :  i  **  H  a  le  grand  désavantage  in- 
hérent aux  petits  instruments  de  ne  pouvoir  ^tro 
beaucoup  subdivisé.  Si,  par  exemple,  une  division 
vaut  deux  degrés,  comme  on  ne  peut  pas  répondre 
de  plus  dune  demi-division,  il  en  résulte  déjà  une 
incertitude  de  i  degré  dans  la  lecture.  2°  Lastro- 
labe  comprend  plusieurs  pièces  :  pivot,  tablette, 
araignée,  dioptre  cjui  roulent  lune  sur  l'autre  ou 
Time  dans  lautre,  et  le  moindre  jeu  entre  ces  di- 
verses pièces  suffira  encore  pour  causer  une  erreur 
de  plusieurs  degrés.  -Enfin,  3**  laslrolabe  ne  peut 
servir  que  pour  une  seule  latitude.  Sous  toute  autre 
latitude,  il  donne,  de  par  sa  construction  même,  des 
résultats  inexacts.  Or  on  se  servait  du  même  instru- 
ment dans  tout  un  climat,  il  y  avait  donc  encore  là 
une  source  d'erreur. 

On  comprend  dès  lors  que  Ptolémée  ait 'préféré 
des  instruments  plus  commodes,  j'allais  dire  plus 
modernes,  et  le  retour  à  Tastrolabe  plan  lut"en  réalité 
un  recul  et  non  un  progrès  pour  l'astronomie. 

En  résumé,  voici  quelle  est,  d'après  la  présente 
publication ,  l'histoire  de  l'astrolabe  plan  : 

Il  fut  inventé  par  Eudoxe  ou,  selon  quelques-uns, 
par  Apollonius.  Plus  tard,  au  moyen  de  l'eau,  dun 

donné,  comme  un  plan  fait  par  un  architecte  à  une  échelle  connue 
est  rimage  exacte  d'un  monument. 


68  JANVIER-FEVRIER  ,1899. 

flotteur  et  dun  contrepoids,  on  donna  à  l'araignée 
un  mouvement  uniforme  de  rotation  reproduisant 
ie  mouvement  diurne  et  Tastrolabe  plan  constitua 
une  horloge  appelée  anaphoriqae  et  décrite  chez  Vi- 
truve.  Puis,  l'astrolabe  plan,  à  cause  de  ses  nom- 
breuses causes  d'erreur,  ne  fut  pas  employé  par  les 
Grecs  dans  leurs  travaux  sérieux  sur  l'astronomie; 
ainsi  Ptolémée  ne  l'employa  pas  pour  établir  ou  con- 
firmer les  théories  qu'il  expose  dans  sa  composition 
mathématique ,  ou  plutôt  il  n'utilisa  que  le  dos  de 
l'astrolabe  pour  la  mesure  des  hauteurs  ^  Cependant 
cet  instrument  si  commode  fut  toujours  usité  en 
astrologie ,  car  Ptolémée  donna  les  règles  de  la  pro- 
jection stéréographique  qui  servent  à  sa  construc- 
tion ;  il  construisit  des  tables  pour  son  usage ,  et  im 
astrolabe  plan ,  celui  que  décrit  Sévère,  fut  toujours 
appelé  astrolabe  de  Ptolémée. 

Plus  tard,  on  trouve  chez  Théon  d'Alexandrie  et 
Synesius  des  descriptions  de  l'astrolabe  plan  qui 
sont,  il  est  vrai,  incomplètes  et  obscures,  mais 
montrent  du  moins  que  cet  instrument  était  toujours 
connu^.  Enfin,  au  vn'  siècle,  Jean  Philoponus  à 
Alexandrie  et  Sévère  Sabokt  en  Syrie  écrivirent  sur 
ce  sujet  des  traités  étendus  que  les  Arabes  étudièrent, 

^  Compos,  math.,  livre  I,  ch.  x,  éd.  Halma,  t.  I,  p.  d6. 

^  On  trouve  dans  plusieurs  bibliothèques  des  traités  sur  l'astro- 
labe écrits  en  grec  et  attribués  à  Ptolémée,  à  Théon  d'Alexandrie, 
à  Ammonius,  etc.  On  les  croyait  volontiers  apocryphes,  au  temps 
où  Ion  était  persuadé  que  Tastrolabe  plan  avait  été  inventé  par  les 
Arabes.  Il  serait  peut-être  bon  aujourd'hui  d'étudier  ces  mss.  avec 
plus  de  soin. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  69 

conservèrent  et  transmirent  aux  Occidentaux  ^  Ceux- 
ci  reçurent  donc  1  astrolabe  plan  des  Arabes  et  s  en 
servirent  jusqxie  dans  le  courant  du  xvin*  siècle^. 

n  resterait  à  décider  leqxiel,  d'Eudoxe  ou  d'Apol- 
lonius, a  inventé  Tastrolabe.  D  est  certain  qu'Apol- 
lonius de  Perge  pouvait  le  faire  ;  quant  à  Eudoxe  de 
Cnide,  nous  savons  que  Cicéron  l'appelle  le  premier 
des  astronomes  au  jugement  des  plus  doctes  [Div.y 
II,  à  2)  et  que  Proclus,  citant  plusieurs  mathémati- 
ciens auxquels  la  géométrie  doit  son  développement, 
nomme  Eudoxe  comme  un  de  ceux  qui  avaient  en- 
core plus  perfectionné  toutes  les  parties  de  cette 
science*.  Il  semble  donc  qu'il  dut  faire  des  décou- 
vertes importantes  en  astronomie  et  en  géométrie, 
mais  tous  ses  ouvrages  sont  perdus  et  les  citations 
qui  nous  en  restent  ne  permettent  pas  d'aflRrmer 
qu'il  connaissait  la  projection  stéréographique  néces- 
saire pour  construire  l'astrolabe.  Il  serait  cependant 

*  Les  Arabes  compliquèrent  l'astrolabe  en  projetant  sur  d'autres 
plans  que  l'équateur,  en  prenant  pour  point  de  vue  le  pôle  nord 
au  lieu  du  pôle  sud ,  etc.  Les  astrolabes  arabes  furent  l'objet  de 
nombreuses  publications  et  descriptions. 

*  En  1702,  Bion  faisait  imprimera  Paris  VUsage  des  astrolabes 
pour  apprendre  à  se  servir  des  instruments  qu'il  construisait.  Et 
leur  usage  devait  être  assez  répandu  puisque,  quelques  années  aupa- 
ravant (1693),  Boileau  pouvait  écrire  d'une  femme  savante  : 

Un  astrolabe  en  main ,  elle  a ,  dans  sa  gouttière 
A  suivre  Jupiter  passé  la  nuit  entière. 

(Satire  x. ) 

'  Tiré  de  Letronne,  Sur  les  écrits  et  les  travaux  d* Eudoxe  de 
Cnide,  d'après  Ideler.  Journal  des  Savants ,  i84o-i84i. 


70  JANVIER-FÉVRIER    1899. 

iilogiqiu*  de  conclure  de  ce  manque  de  citations 
quii  ne  la  connaissait  pas  et  nous  laisserons  la  ques- 
tion pendante  jusqu'à  nouvelle  découverte  ^ 


1  Si  l'on  établit  tin  jour  par  des  documents  positifs  qu*£udoxe 
(*t  non  Apollonius  a  inventé  Tastrolabe  comme  cda  nous  paraît 
probable,  on  pourra  alors  se  demander  quelle  part,  dans  cette 
découverte,  ont  eu  les  Egxptiens,  riiez  lesquels  tludoxc  passa  un 
certain  nombre  d'années. 


f.E  TRAITE  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  71 


I 


^     >  S.ri    ^  m  ^  t  0  ^fto "^  );..ào  |o!^  *m^  v3oL 


•  Ov3^   JbojLoVo   )J(s«1do^   ^Wdfe^ 


*•  *    **  •• 


—  *  S;^fFf*a.  —  •  jiâ^iA^;  ms.  Cf.  Tabulas,  cliald.  K?3lû»  arabe 


72  JANVIER-FÉVRIER   1899. 

^  Vi  »  m  y  v3oL  ^'^  »|o  «jLJSâ^  |a**^t  00»  ^f  )bu) 

Lo^^t  ^«•^o|  Jb^s^  COI  i^^^  'oo^fo  .Jbûo^Lo 


•  ^  JLsC^  ilicLud  «.lia  I KiS, .hito  ILoLtec)  w^hoi 

}o^^^  ^oiOi&»)  U  *^  >)o  U^^  ^01  Ibûc^^i^f  «*ôi  ^f^! 

^      »t        »e»0  (fol.  83  r")    ^O-.â-^OU-^'-Ao)    00>  «*0»Ci^»| 


j  »  t  v»o)  ''^ou^^o)  ^asis^ov^^m)  001  "^^^0»  ««oiioi^») 


*  Sic,  —  *  Sic.  —  '  J^Uo^}  ms.  —  *  joilk.  ms.  —  *  JU^^f  lue} 
ms.  —  •  ôp-yavov. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  73 

^.>S.o»fo  JLâ-da^t  )lfi  I  "^  m  jfc^  JLooi  «^oio^JjLdf 
JlviKi  ^  ft>)f  ^f  JLjl!)  »  j^»J  OM^I  oî^^t  ^  ^Jloe^o 

«.^  ^^  ^O-JDjLfOlf   ju^ibtet  001   HfO^   JX0£O  «o^^  ^ 

*  5ic;  dva^opaL  —  *  Zétm,  —  '  TpoTCixàs,  —  *  S^pa.  — 
«  KXifia.  —  «  Tecùfierpia.  —  '  Mou<Tix>i.  —  «  tAjy.  —  »  .^^  ms. 
—  *®  teA.«^  ms.  —  "  ii^^i^  ms.  —  "  ZœStaxàs, 


i  ^  no»  jlioi  o»Nf^S>  i^^f 


7/i  JANVIER-FÉVRIER   18Q0. 

^t  0^>^  .Jk^^OAio  )1^L  iuuo  hom^i  l^d»  ^}  cî 
^  .JLi^  JD  jL^oû  «d|  ^ciio¥«^o  .jlioif  oiaAA.  |««*d) 

■  m  I  \\  lo  y»;  ">  .««oiQ-^S&d  ^)^  Jli|  uô)  ^^Jiuo) 
o^  JLiLâJ»o  otd  )î-*-h  .«oi  .«oi  ^?  il)  V^l  .)^«d 


ni  s.;  arabe  :  JlJ». 


LE  TRAITE  SUR  L'ASTROLABE  PLAN. 


75 


JLVflf   «yOW^^-L^   ^^^^   '^•K-»^!    JbOiA?    '^'^  J^  *^^ 


JL&^);AMt  jLa^l  ^  Jba«A.9  ^ci^f  |j^*^«.i»  l^o^ 
J^.   É   no)  ^  vu  ,É  nfi  -%  7t  ^oi  |ia.bo  (fol  84  r*)  «Jb^^j 


.7a:^l 


) 


I 


?l 


^  Lire  :  e4kd«l .  —  *  Moipa.  —  '  «Mufto  J(aof  ms.  —  ^  Kivrpoy. 


ms. 


76  JANVIER-FÉVRIER  1899. 

j^..^  <^)  Jl^o  f>S.  ^OMJ^>^o  ^OM^o9  loôit  ^eno 

od  );jii^  ^f  jli)  ;.^)  .yOOM'Jt»^  JLal^l  vaikj  \^é^\ 
;    "^  vo  •  .^eia^i^  ^^^.iâ-J»  ^|  v»;  .r>t  ooi  ^  JLoJ^I 

^^.i^oi  CH^  tr^^^^^  L^Mt  •l^oiâ  Jto;^  ^t  oî^ 

^   "i  x»qS.  «..«*  Ho;;.**  ^L'L  ^^en  ^>  '\i»ri  j  ^otdf 
•  Jli;.^)  )^^o>^t  o|  jL«:ttji.t  joNJV  '^•Ir^U  ^)l1 


*  àtdfierpos,  —  *  Lire  ;  o««A«f .  —  '  Mot  inutile.  —  *  ^^pa. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  77 

i  "^  n  I  JlijLû^l  jLwdttet  .^'oi  ois^fo  .^^A^h  '«^"^^ 

jL^^ââo  .d^t  J1^^û:a^)  Lo-â^^lt  J(vaO  JkJLo  •OMJ^>^? 


^  liVinin  ms. 


78  JANVIKR-FKVRIBR  1899. 


Jli)  wÂo)  il^  Ut  |;;«oM  yooï^f  jLdVwo  \y^^\  UnI^o 


L    (fol.  85  r<>)   :^J^,J2uOUiD  ^""^^f 
«XDOUfi^  ^  jba^^t   ^V^JLD   k^^Ao]  «JL^QA.   fek.«A»t 


'  jot  ms.  —  *  ôpi^wv.  —  ^  e^f  ms.  —  *  ^n{isîov.  Cf.  o44>n  et 
zénith. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  79 

Iw-^ft^t  o«  ^-*f  il)  ;— io)  .)— il  JL^fOuBo'^ki.  Jf 
Lit  Poi  JLfiuaooI'ï^^.^t  oa^A)  i^oiOibw)  jlioi  ^iA^ 


^  ^kA«J;of  ms.  —  *  Z(i)vri.  —  ^  De  rpoiftxés,  —  *  IftVii^ga  ms. 
—  '  ]L^kaa«^.df  ms.  —  ^  Sic.  MeoTfyiSptvés.  —  '  oo  ms.  —  •  Ila- 
pâXXriXos.  —  ®  '■^*^ -^  ^«o  ou  f*\  *»  ms. ,  le  dernier  mot.  est  en 

rouge;  lire  :  yo 


80  JANVIER-FEVRIER   1899. 

'<iA.do;»^  ^o^iî^ou^ucdD  ^L)t  00»  «oe»  Jl9ifl>o^n9>t 
>^^-N,.^)f  (fol.  85  v**)  |J^^aii:^â^  o»a.%cr>  {ibwoJK^^ 
)ci    »   v>t  Jbi   '^  >)  JL^I  VI  oNjd  ^  I  i>v>">  Jbûo^L  ^ 

I9L)  <^oL  J^^  ■»  "Vf  ^^  .U  v>  >^  <^oL  Do  ^o;^ 

|oo»  )«^  D  yO^^^o  ,^^^>a»^o  o^  iLoMiA^kA,  J^^Adol 

)1q  o  ■*  ^  •   4^oL  o^  J^l  U^U  «^l  )oe»  ^}oi 

•  ^o-j)  ^o-iLV-J  JL.r»»Vo  ^00$^  Jl«<<,.i;>n  oe»o  .^jL^oj 
*)io^£o^  o)  .JLflâOi^  ^lAâ^^t  oo^lf  «aoi  Jt^^«^  W3 

U-â^l   Y  m  y  f  ^ô^^  o|  .uOQ^f  ^ô^  o)  .^w^lt 


^  TpowTf.  —  *  6'ic.  —  ^  ;BOA«tJ  ms.  —  *  00»  ms. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  81 


^  i*  Jo»  ^  iO>NlS.    \  m  '\  .«o  CHd  )^)  ««oit  **<M  {'^•^i^ 
(foL  86  r**)  ^-^X    9>]b^  ^^.^oi  âjt  ^^oi  )J^^^;;^) 


»       o  .^flpyp      y»  «  «  en  M^l^- — 111^—^9  OJen)  ^^^Jk^^^^ 


JL^J^  9>SiO  J^w^  JLd9oJJ  I'^om  yOoC^to  ^t  Mr^*^) 


^  )if  ^4  ms.  —  *  lâ«)  ms.  —  ^  Mots  inutiles.  —  *  Tstapmfià' 
ptov,  —  ^  ifffiyieptvôç.  —  ^  )wâ««»J  ms.  —  '  *0«âua»J  ms.  —  *  «^Aa)  ms. 


\m,  6 


82  JANVIER-FEVRIER    1899. 

)?o»   N>f  Looi  Ip^o  •ô^-.d  «-^  ô).-d  II  li  o)  i^oei 

jtaâ^Wdo  jL^JbboJ^jDt  |fl[S.##OA   lâ^  JLdîoi  i^»)w^o 
^^.  ^   v>)!    mS.  ^  ^"^i^  >)QUA.WJ  JLd;.^  'Jbûo^L 

jliJLjD^h  Ji   '^  y»  JL»ooit  *«oio  )lci  I  oi  ofc^  ^  ^9w 

^^    I     >»     Élti\f  «^.^1  o^-df  oôi  kfid9a-Mt  ^]ii  >o>iV»fp 


^   kpktDtôs.  --  -  .Sic.  kvTapxuxôs,  —  "*  JLa;^a«l  ms.  —  *  Ms.  ad- 
dit  ^j  [bix),  —  5  jL^ajàâo?©  i«|La)t  ms.  —  '^  y^^i  ms.  —  '  ko.Wof  ms. 


LE  TRAITE  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  83 

^  J(^^.ÉW^!  o^  ^JL^9oua>  ^  JU^o^  if^fo}  ^v^JLO 


*  —  *  •  «Ai 

^^    I    >    ^ftofe^t  Jl   V>|    y    (foL86v")'jt  ,*o»  Huo  ^! 

__       •  • 

){oi  ^  J^.^l^t  )L;hi»)  OOI  ^?  JLâ^•OMJ^•)t  uolfite 

)]^  JL^y)   J^M^L?  >P^^4^  '^•li^'L  ^«*^  ^^J^o 

^p^t  Jl,»»    ip>0  •  iLc^h  OOok^MàO   i^h  OOI  •  «#QloJ^•h 

OOI  ^;>^i^  ^t  ]ld;âte  .jl**?  Iwdi^t  OOI  ^;-^JUD 

jLk.9)  ^""^^  ^^QUM^V  *•  Jho>Sje>  "^ââ  *rpoS>:>^  ^ 
D)  >^yi,  •  v>  )J^>o>&ou^  K^l  ^  J^^^o  )t#^) 
.«oiQk2:i(Wt  >fl»aV  :>  ^  ^0^:^^^  l^;^  l^m^f  ^  001 

^  ^  JL^toio»  ms.  -^  *  LdîL*;  ms. 

6. 


84  JANVIER. FÉVRIER   1899. 

^^  i V  ^  ^  otd  Jlioi  ^  o^!  ^t  ooi  •|i^.ioiâa£au) 
ya:î^;.^^£ojLd  Jl9ifl>rf^d>ft  y^^it  ^oi  l^tOdi*  ^ooC^t 


ôi  hoif  11     ^O    OS.f  <^oL   (fol.  87  r**)   ,^^0  .^L^^'^^f 

9IJL3  â)  ^a^«^o  .j^^A^;^  jooi  JJo  .{jUâfli^ 

"^^vS  ms.  —  ^  Â.^ei)v\  adde  jQ««ooJ*  —  '  )J^*i;;-»)  ms. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  85 

IwâJ^f  •  Iw^AfioJl^  o^  JLodfete  Udeio  jlioo^  ^0(d 

jL99o)o  J(<^i.ja  jLJ^3  "^^^o  ^o^S.«t  l^^^^i^  "^"^^ 

y\     »»i  o)  ««oio^l  «jliJLjD^)  JL;.jDfe^f  ««ei  ^^^^"^ 


^  Lege  :  jia««»Uj 


86  JANVIER-FÉVRIER   1899. 

«£d9a.Jof  U*o»v»  «*eio^)t  ooi  jv^kdo^f}  o^Jt^i 

^i>.'\ovy>  d^H^!  /^r^  oôj^  |«^jLd  )«^jLd  ^x^di^o 


)  )^?o    vji    ^o  ^ilifOM-^to  ,^...^01  (Fol.  87  V») 

O^S^^t   JL^dOÎ    k^^Ao]    IbuDot  ^^^^O   fO^  ^  ^OAftOOUàdf 


^  Upooifitov,  —  *  i^;âao  nis.  —  '  A»l'^*Vy  nis.  —  *  A^Jlfi^do 
ms.  —  *  Lire  "^.i^y . 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  87 


TRADUCTION. 


L  DESCRIPTION  DE  L'ASTROLABE. 

AVEC  L'AIDE  DE  DIEU,  MAITRE  DE  L'UNIVERS,    NOUS  ECRI- 
VONS LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE.  QU'EST-CE   QUE 

L'ASTROLABE  D'AIRAIN;  DE  QUOI  SE  COMPOSE-T-IL  ; 
QUELLES  SONT  SES  DIVERSES  PARTIES;  X  QUOI  SERVENT- 
ELLES  ;  COMMENT  NOMME-T-ON  LES  PARTIES  ET  LES 
FIGURES  QU'IL  PORTE? 

Avant  daborder  le  traité  de  lastrolabe  et  d ap- 
prendre ainsi  comment  il  faut  s'en  servirpour  trouver 
rheure  et  les  autres  résultats  qu'il  donne ,  il  convient 
de  connaître  sa  composition  et  sa  forme ,  c'est-à-dire 
comment  et  de  quoi  il  est  composé  ;  comment  sont 
disposées  tontes  ses  parties  ;  comment  on  les  appelle , 
ainsi  que  les  figures  qu  il  porte;  pourquoi  il  (dui  que 
des  tablettes  \  des  cercles  et  des  nombres  différents  y 
figurent,  et  quel  est  le  nombre  qui  donne  la  longi- 
tude des  sphères  du  ciel ,  quel  est  celui  qui  donne 
leur  latitude;  comment  sont  figurées  sur  lui  les 
quatre  directions  du  levant,  du  couchant,  du  nord 
et  du  midi;  et  quel  est  le  côté  élevé,  c'est-à-dire  la 
moitié  du  ciel  qui  est  au-dessus  de  la  terre,  et  quel 

*  Ces  tablettes,  une  pour  chaque  région,  furent  appelées  par  les 
Arabes  iUsuLo .  Les  Grecs  les  appelaiiml  Tv^iisavot.  Cf.  Jean  Philo- 
ponus,  loc.  cil. 


88  JANVIER-FEVRIER   1899. 

est  celui  qui  est  au-dessous;  avec  beaucoup  de  choses 
analogues  figurées  sur  l'astrolabe. 

Cet  art  rationnel  nous  est  enseigné  par  des  règles, 
mais  auparavant  on  demandera  qu'esl-ce  que  1  astro- 
labe, comment  et  de  quoi  est-il  composé?  Je  pren- 
drai en  considération,  ô  ami  de  la  science,  toute 
demande  fondée;  aussi  je  commencerai  par  traiter 
en  peu  de  mots  de  la  composition  et  de  la  forme  de 
fastrolabe ,  comme  je  lai  dit  ci-dessus,  et  auparavant 
encore  je  donnerai  sa  définition,  puis  j'expliquerai 
et  commenterai  le  traité  du  mieux  que  je  pourrai. 
De  cette  manière  la  compréhension  de  cette  science 
sera  facile  et  légère. 

L'astrolabe  est  un  instrument  artificiel  composé, 
à  faide  duquel  on  détermine  les  étoiles,  les  heures, 
les  levers,  les  zones  tropicales,  en  un  mot  le  double 
mouvement  en  longitude  et  en  latitude  de  la  sphère 
céleste  et  les  changements  des  climats. 

On  l'appelle  artificiel  pour  le  distinguer  du  naturel, 
compo5^ pour  le  distinguer  du  simple,  à  Vaide  duquel 
on  observe  les  étoiles,  etc.,  pour  en  distinguer  les  in- 
struments des  autres  arts,  je  veux  dire  de  la  géomé- 
trie, de  la  musique,  de  la  médecine  et  de  tous  les 
arts  manuels. 

Sa  matière  est  l'airain ,  sa  forme  est  ronde  et  plane; 
il  se  compose  de  trois  ou  quatre  tablettes^;  si  on  les 

*  Car  il  faut  une  tablette  différente  pour  chaque  climat.  Com- 
parer à  la  description  des  astrolabes  arabes  faite  par  Am.  Sédil- 
lot,  Mémoires  présent'' s  par  divers  savants  à  l'Académie  des  inscr.  et 
belles-lettres,  i"  série,  t.  I,  i844.  Le  traité  syriaque  ne  renferme 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  89 

enlève ,  on  les  trouve  toutes  rondes ,  planes  et  égales 
entre  elles.  Elles  sont  placées  lune  sur  l'autre  à  Tin- 
térieur  dune  autre  qui  les  renferme  toutes.  Cette 
dernière  a  un  rebord  en  forme  de  gaine,  grâce  au- 
quel elle  les  renferme  toutes  en  même  temps  et  les 
comprend  à  son  intérieure  Au-dessus  de  ces  tablettes, 
à  Imtérieur  (de  la  dernière)  est  placé  ce  cercle  que 
Ton  nomme  zodiacjue  parce  qu'il  porte  les  l^aiSta, 
c'est-à-dire  les  signes ,  avec  leur  nom  et  leurs  degrés 
qui  sont  au  nombre  de  3o  (pour  chacun).  L as- 
trolabe peut  être  jLiâ^f  [StnXoSs)  quand  un  degré 
écrit   en    représente  deux,    ou   JiiQ>*^^   [TpmXovs) 

quand  un  degré  écrit  en  représente  trois^.  Il  porte  le 
nom  (du  signe)  et  à  Tenlour  les  noms  des  étoiles 
fixes  les  plus  brillantes  et  les  plus  connues  de  la 
sphère  céleste;  leurs  noms  sont  écrits  au-dessus 
d'elles.  Et  tout  cet  assemblage  dont  nous  venons  de 
parier,  formé  des  signes  et  des  étoiles  fixes,  fut  appelé, 
par  le  philosophe  qui  construisit  Tastrolabe,  dpd^vrj 
c'est-à-dire  «araignée»,  parce  que  les  appendices 
qu'il  porte  le  font  ressembler  au  corps  et  aux  pattes 


plus  aucune  figure;  celles  que  l'on  trouve  ici  sont  empruntées  à 
M.  Sédiliot  et  reproduisent  un  astrolabe  arabe.  La  figure  i  repré- 
sente une  tablette. 

^  Cette  tablette  qui  renferme  les  autres  fut  appelée  par  les 
Arabes  mère  de  t astrolabe,  v^t^**'^^  (•'• 

*  M.  Sédiliot  écrit  (pour  les  astrolabes  arabes)  bipartium,  tri- 
partium,  etc.,  loc,  cit.,  p.  179.  Voir  aussi  Ebn  Younis,  Notices  et 
extraits  des  mss,  t.  VII,  p.  1 36.  Jean  Philoponus  appelle  ces  astro- 
labes St(iotpiatot  et  Tputoiptcuot, 


90  JANVIER-FÉVRIER  1809. 

dune  araignée  ^  EUe  porte  aussi  tout  autour  un 
cercle  rond  et  plan^. 

Ensuite,  du  mieux  qu'on  peut,  on  marque  90  de- 
grés, c  est-à-dire  le  quart  de  la  mesure  d'une  cir- 
conférence sur  un  quadrant,  c'est-à-dire  sur  l'un  des 
quarts  de  la  tablette  extérieure  qui  renferme  et  com- 
prend tout  le  reste  (sur  le  dos  de  l'astrolabe).  Ces 
degrés  donnent  la  hauteur  pour  la  demi-sphère  su- 
périeure, laquelle  peut  aller  jusqu'à  90  degrés,  au 
point  situé  au-dessus  du  centre  de  la  terre ,  c'est-à- 
dire  au-dessus  de  la  tête  de  chacun  de  nous.  On  di- 
vise donc  cette  tablette  dont  nous  parlons  en  quatre 
parties  à  laide  de  deux  droites,  l'une  menée  du 
haut  en  bas  et  l'autre  de  lest  à  l'ouest ,  selon  la  forme 
révérée  de  la  croix.  Sur  la  partie  supérieure  de  la 
demi-surface  de  cette  (ablette  sont  figurés  ces  90  de- 
grés dont  nous  parlions;  le  commencement,  c'est-à- 
dire  le  premier  degré ,  est  où  commence  la  partie 
supérieure  de  la  demi-sphère,  c'est-à-dire  sur  l'horizon 
près  de  la  terre,  et  Je  go**  degré  est  au  ^qi^cucd  (zé- 
nith), c'est-à-dire  au  point  du  milieu  du  ciel.  Sur 
cette  tablette  est  fixée  une  )J^-â£D)  ou  a  règle  »  dont 
les  bras  sont  aiguisés  en  pointe.  Sur  ceux-ci  sont 

^  Cette  phrase  est  traduite  librement.  L'araignée  qui  porte  le 
zodiaque  et  quelques  étoiles  fixes  est  ajourée  le  plus  possible  afin 
de  laisser  voir  la  tablette  qui  est  en-dessous.  On  l'appelle  quelque- 
fois le  filet.  La  figure  2  (p.  99)  représente  l'araignée  moins  les 
noms  des  étoiles.  Voir  l'introduction  et  la  note  de  la  page  98. 

*  La  figure  3  représente  la  face  de  l'astrolabe.  On  y  voit  l'indi- 
cateur des  degrés  qui  est  sur  l'araignée ,  laquelle  est  elle-même  sur 
une  tablette  de  région.  Le  bord  extérieur  est  divisé  en  3 60  degrés. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  91 

fixées  deux  tablettes  très  petites;  leur  longueur  comme 
leur  largeur  est  à  peu  près  d  un  pouce  et  dans  cha- 
cune d'elles  est  percé  un  trou.  Ces  deux  trous  sont 
exactement  en  face  lun  de  lautre,  de  sorte  que  si 
Ion  vise  le  soleil,  la  lune  ou  une  étoile,  le  rayon 
passe  directement  à  travers  les  deux,  c'est-à-dire  que 
le  rayon  va  passer  directement  de  lun  à  lautre.  La 
longueur^  de  rette  règle  est  celle  du  diamètre  de  la 
tablette  de  sorte  que  Tune  de  ses  extrémités  est  tou- 
jours sur  les  degrés  de  ce  quart  de  cercle.  Sa  largeur 
est  d'environ  un  pouce.  Cette  règle  dont  nous  venons 
de  parler,  sur  laquelle  sont  fixées  les  deux  petites 
tablettes  percées  de  deux  trous  l'un  en  face  de 
l'autre  est  appelée  dioptre  par  les  géomètres,  parce 
qu'elle  nous  permet  de  voir  en  ligne  droite  un  rayon 
du  soleil  ou  d'un  autre  astre.  Les  têtes  de  cette  dioptre, 
qui  sont,  nous  l'avons  dit,  aiguisées  en  pointe 2, 
sont  appelées  toutes  deux  indicatrices  des  degrés  (in- 
dex)^, car  elles  nous  montrent  en  quel  degré  de  la 
quatrième  partie,  c'est-à-dire  du  quart  du  ciel  se 
trouve  le  soleil  ou  un  astre  quelconque  au  moment 
où  nous  observons ,  quand  un  rayon  de  l'astre  tra- 
verse la  dioptre. 

Au  centre  de  cette  dioptre ,  de  toutes  les  tablettes 
dont  nous  avons  parlé  et  de  l'araignée ,  se  trouve  un 

^  JLdfo)  signifie  dans  ce  traité  «  longueur,  longitude  géographique, 
angle  horaire». 

^  C'est  le  sens  propre  du  grec  névTpovy  bien  que  «ow^OiD  en  sy- 
riaque signifie  plus  souvent  «centre».  Sévère  remploie  aussi  dans 
le  sens  de  «point»  :  JLé«»'^i^  lâo^A^  ypw^OiD  «le  zénith».  * 

'  là  \totpoyv(û\L6viov  (Jean  PhiL). 


92  JAJ^VIER. FEVRIER    1899. 

trou,  égal  pour  chacune  d'elles,  dans  lequel  on  place 
un  clou  après  avoir  disposé  les  tablettes  exactement 
lune  au-dessus  de  lautre.  Ce  clou  marque  le  lieu 
(la  projection)  du  pôle  Nord,  c  est-à-dire  l'extrémité 
nord  de  l'axe  du  monde  et  retient  toutes  les  parties 
de  l'astrolabe  afin  qu'elles  ne  se  perdent  pas. 

Sur  chacune  des  faces  des  tablettes  dont  nous 
avons  parlé,  un  climat  est  désigné  par  son  nom  et 
divisé  selon  sa  latitude  et  les  heures  de  son  plus 
long  jour.  Chaque  tablette  est  encore  divisée  en 
quatre  parties  à  l'aide  de  deux  lignes,  comme  nous 
l'avons  dit  pour  la  tablette  extérieure  (le  dos).  Maïs 
sur  celle-ci  on  ne  figurait  que  les  degrés  d'un  qua- 
drant au  nombre  de  90,  tandis  que  sur  les  tablettes 
on  figure  ceux  de  la  demi- sphère  située  au-dessus 
de  la  terre  de  l'horizon  sud  à  l'horizon  nord  ou  180. 
Ces  180  degrés  commencent  à  l'horizon  qui  sépare 
rigoureusement  la  moitié  supérieure  de  la  sphère  de 
l'inférieure  et  passe  par  les  limites  de  la  terre  (vi- 
sible). Sur  cet  horizon  sont  marqués  le  levant,  le 
couchant,  le  nord  et  le  midi  ainsi  que  le  lever  et 
le  coucher  de  tous  les  astres  :  étoiles  ou  planètes.  Si 
l'on  mesure  d'une  extrémité  d'un  diamètre  à  l'autre, 
dans  quelque  direction  que  ce  soit,  on  trouve  tou- 
jours 1 80  degrés,  tandis  que  jusqu'au  point  situé  au- 
dessus  de  la  tête  (zénith)  on  n'en  trouve  que  90.  Il 
est  évident  déjà  que  ces  tablettes  de  l'astrolabe,  rela- 
tives à  un  climat  quelconque,  porteront  toujours  de 
un  degré  à  90  degrés  depuis  le  côté  sud  jusqu'au 
point   [atifieiov)  du  milieu  du  ciel,  c'est-à-dire  au 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN. 
Fig.  .. 


Tablette  de  climat  pour  la  latitude  <le  23  degrés.  Elle  porte, 
9UT  le  plan  du  tropique  d'hiver  :  1°  le  méridien  ligure  par  une  droite 
verticalei  s°  trois  cercles  concentriques  [le  très  petit  cercle  du 
centre  marque  la  place  du  clou  qui  niainlienl  tout  l'astrolabe, 
c'est  aussi  la  projection  du  pôle  nord)  le  premier  qui  forme  le  bord 
de  l'instrument  (on  l'a  figuré  double)  est  le  ti'opiiitte  d'hiver  puî» 
viennent  Yéqaaieur  et  le  tropique  d'été:  3°  Lei  cerclei  de  haateara 
appdés  par  Séière  cercles  parallèles  qui  commencent  par  entourer 
comjdètement  le  z£nilh  puis  sont  arrêtés  au  baut  de  la  tablette  sur 
les  bords.  Le  plus  grand  do  ce»  cercle»  est  l'horizon;  i°  Les  eerctet 
aiimathaux  qui  se  coupent  tous  au  lénitb  et  sont  limités  à  l'hori- 
lon  (et  au  bord  de  la  labletle];  5°  les  Jouie  heures  égales  numéro- 
tées de  l'boritou  à  l'horizon.  La  sUième  heure  est  sur  le  méridien. 


94  JANVIER-FEVRIER   1899. 

point  qui  est   nécessairement   au-dessus  de  notre 
tête  en  quelque  climat  que  nous  soyons  (zénith). 

Le  philosophe  a  figuré  la  partie  du  midi  non  seu- 
lement parce  qu  au  point  sud  commence  la  hauteur 
de  la  sphère,  c  est-à-dire  du  monde,  mais  parce  que 
c  est  de  ce  côté  que  le  cercle  du  zodiaque  passe 
au-dessus  de  Thorizon  et  que  la  plupart  des  étoiles 
se  lèvent  et  se  couchent.  De  ce  côté  aussi  se  trouvent 
les  trois  zones  tropicales ,  qui  font  connaître  les  di- 
verses latitudes  relatives  des  climats,  et  le  cercle  mé- 
ridien (cercle  du  midi)  qui  lui  doit  son  nom.  Les 
180  degrés  ou  plutôt  les  90  cercles  correspondants 
sont  appelés  «  parallèles  »  c  est-à-dire  :  proches  Tun  de 
laulre ,  ou  :  qui  se  suivent  l'un  Tautre  ^  On  les  compte 
soit  à  Test  soit  à  Touest,  mais  tous  rencontrent  le 
cercle  des  90  degrés  figuré  par  une  ligne  droite  qui 
est  en  vérité  (la  méridienne).  Ces  parallèles  ne 
sont  pas  comptés  au  levant  ou  au  couchant,  cest-à 
dire  sur  la  sphère  du  ciel,  car  telle  n  est  pas  la  pen- 
sée du  philosophe  qui  a  construit  lastrolabe,  mais 
bien  depuis  le  sud  droit  sur  le  méridien.  Le  philosophe 
qui  construisit  Tastrolabe  le  limita,  pour  tout  climat, 
au  tropique  d'hiver,  comme  le  montre  la  figure;  aussi 
tous  les  parallèles  (de  hauteur)  qui  précèdent  le  tro- 
pique d'hiver  sont  interrompus  dès  qu'ils  arrivent  à 
cette  zone  puisqu'il  n'y  a  pas  de  place  au  sud  [lire 
«  au  nord  »)  sur  la  tablette.  Il  fallut  donc  les  figurer  à 

*  11  s'agit  ici  des  parallèles  à  Tliorizon  ou  cercles  de  hauteur. 
Les  Arabes  ont  traduit  ce  mot  par  calJLJLJUl  c'est-à-dire,  selon 
M.  SédiUot,  circuli  pvogressionnm  (mémoire  cité,  p.  i54). 


LE  TRAITE  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  95 

partir  deThorizon  est  vers  louest;  raais  il  est  évident 
que  si  Ton  observe  le  soleil ,  la  lune  ou  lune  des  étoiles 
dans  Je  premier  degré  de  ces  parallèles  dont  nous  par- 
lons, ou  dans  le  5*  ou  dans  le  lo^  degré  [comme 
nous  apprendrons  à  le  faire  dans  le  traité  sur  l'astro- 
labe] ,  c'est-à-dire  avant  que  l'astre  n'atteigne  le  paral- 
lèle du  tropique  d'hiver  qui  est  le  trentième  dans  le 
quatrième  climat  \  peu  importe  que  l'astre  soit  à 
l'orient  ou  à  l'occident,  nous  dirons  toujours  qu'il  est 
en  hauteur  à  ce  degré  au  sud  du  tropique  d'hiver, 
parce  que,  comme  nous  l'avons  dit,  les  parallèles 
servent  à  mesurer  la  hauteur  du  soleil  et  non  son 
angle  horaire 2. 

L'angle  horaire  se  mesure  de  l'orient  à  l'occident , 
de  o  à  36o°.  Ces  degrés  sont  gravés  sur  le  bord  de 
l'enveloppe,  c'est-à-dire  de  la  tablette  extérieure  qui 
renferme  toutes  les  autres  (du  côté  de  l'araignée ,  voir 
fig.  3).  Ces  36o  degrés  sont  aussi  divisés  en  quatre  par- 
ties de  go  degrés  chacune;  l'origine  de  ces  quadrants 


*  Car,  pour  Sévère ,  le  tropique  d'hiver  est  à  a  4"  de  l'équateur 
(cf.  XXIII,  note)  et  la  colatitude  du  quatrième  climat  est  de  54°* 
La  différence,  qui  donne  la  hauteur  méridienne  du  tropique  d'hi- 
ver, est  bien  de  3o  degrés. 

^  Mot  à  mot  :  «latitude»  et  «longitude».  Mais  il  ne  s'agit  pas 
ici  des  coordonnées  écliptiqucs.  La  latitude  qui  s'observe  et  qui  est 
rapportée  au  sud  droit,  est  la  hauteur.  La  longitude  qui  se  compte 
sur  le  bord  extérieur  est  certainement  l'angle  horaire.  —  On  remar- 
quera cependant  qu'il  est  toujours  question  de  la  hauteur  méri- 
dienne. On  peut  donc,  dès  que  l'on  connaît  la  latitude  du  lieu 
d'observation,  en  déduire  immédiatement  la  déclinaison.  C'est  là 
sans  doute  ce  qui  permet  à  notre  auteur  de  confondre  quelquefois 
hauteur  et  déclinaison. 


96  JANVIER-FEVRIER   1899. 

est  sur  le  méridien  (sud).  Ainsi  toute  la  sphère  estdou- 
biement  divisée  par  les  parallèles  de  hauteur  et  les 
angles  horaires;  la  même  division  règle  le  mouve- 
ment de  toutes  les  sphères  et  de  tous  les  astres.  Il 
fallait  que  ce  double  mouvement  fût  connu,  car  sa 
connaissance  nous  est  utile  pour  beaucoup  de  re- 
cherches et  surtout  pour  les  variations  des  climats 
et  la  distinction  des  cinq  zones ^  à  savoir  :  les  trois 
zones  tropicales  et  les  zones  arctique  et  antarctique. 
Le  philosophe  imagina  de  graver,  pour  chaque  cli- 
mat, sur  les  tablettes  dont  nous  avons  parlé,  la  hau- 
teur qui  va  du  sud  au  nord ,  puis  d'écrire  la  longi- 
tude qui  va  de  Test  à  Touest  ^  et  la  même  sur  le  bord 
de  la  tablette  extérieure  comme  nous  Tavons  dit 
plus  haut^.  Il  enseigna  ensuite  comment  on  peut 
connaître  les  deux  à  la  fois  par  la  rotation  de  l'arai- 
gnée et  (d'un  index)  qui  est  fixé  dessus  comme  nous 
l'apprendrons  plus  tard.  Sur  les  tablettes  dont  nous 
avons  parlé,  le  levant  et  le  couchant  sont  encore  dé- 
signés par  leurs  noms.  Le  milieu  du  ciel  ou  «  le 
centre  du  milieu  du  ciel  »  est  déterminé  par  la  ligne 
qui  va  de  haut  en  bas ,  coupe  à  angle  droit  tous  les 
parallèles,  passe  au  90*  degré  et  s'appelle  le  méridien , 
comme  nous  l'avons  dit.  11  est  évident  qu'en  partant 
de  ce  90®  degré  du  côté  où  les  parallèles  se  coupent 
tous  sur  cette  méridienne,  nous  aurons  le  côté  sud; 

*  Ce  doit  être  l'azimuth  qui  se  compte  sur  l'horizon. 

*  Sur  le  bord  de  la  tablette  extérieure  se  mesure  certainement 
l'angle  horaire ,  distinct  de  l'azimuth  ;  Sévère  désigne  tous  les  angles 
dièdres  (azimuth,  angle  horaire  et  longitude)  par  le  ménie  mot. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  97 

et  de  ce  même  90"  degré  vers  la  partie  opposée  où 
s'arrêtent  les  parallèles  nous  aurons  le  côté  nord.  La 
partie  de  la  tablette  où  sont  marquées  les  heures  est 
appelée  le  côté  de  dessous  la  terre ,  et  la  ligne  méri- 
dienne qui  y  passe  est  appelée  «  centre  de  dessous  la 
terre  » ,  ou  encore  «  des  pères  »  ;  le  levant  est  appelé 
«  centre  de  vie  »  et  le  couchant  a  centre  des  noces  »^ 
Les  trois  cercles  figurés  sur  chaque  tablette  pour 
tout  climat  au-dessus  et  au-dessous  de  la  terre  sont 
appelés  a  tropiques  »;  celui  qui  est  à  Textrémité  des 
tablettes  et  porte  constamment  le  commencement 
du  Capricorne  est  appelé  «tropique  d'hiver».  Le 
cercle  moyen  sur  lequel  se  meuvent  constamment  les 
commencements  du  Bélier  et  de  la  Balance  est  ap- 
pelé «  tropique  équinoxial  »  ;  enfin  le  cercle  intérieur 
sur  lequel  se  meut  toujours  le  commencement  du 
Cancer  est  appelé  «  tropique  d'été  », 

Il  nous  faut  encore  faire  soigneusement  remar- 
quer que  tous  les  cercles  figuiés  sur  l'astrolabe  par 
le  philosophe  comme  ceux  des  zones  tropicales ,  le 
méridien  et  les  parallèles,  tous  les  quatre  centres  et 
les  huit  heux  que  l'on  distingue  entre  eux  ^,  les  ho- 
rizons des  sept  climats,  Taxe  [â^œv)  et  ses  deux  pôles, 
le  cercle  du  milieu  du  zodiaque,  les  zones  arctiques 
et  antarctiques  situées  au-dessus  et  au-dessous  de  la 


*  Cf.  les  quatre  pivots  des  Arabes  chez  Sédillot  (mémoire  cité 
p.  96  et  Prolégomènes  des  tables  astronomiques  d'Oloug  Beg,  tra- 
duction, p.  195).  Cf.  Firmicus  Mat.  11,  xeii  etxivcité  plus  loin  (IX). 

*  Ce  sont  les  douze  «maisons  célestes  t.  Cf.  Sédillot,  Prolégo- 
mènes^ loc.  cit.  et  Firm.  Mat.,  loc»  cit,    (V.  infra,  probl.  IX.) 

XIII.  7 


98  JANVIER-FÉVRIER  1899. 

terre,  et  bien  d autres  choses  analogues  doivent  être 
aperçus  par  Tesprit,  mais  ne  tombent  pas  sous  les 
sens.  Aussi  le  philosophe  les  figurait  encore  dans  Tair 
sous  la  sphère  du  ciel;  il  les  considérait  par  Tesprit 
et  les  voyait  sur  la  sphère  qui  les  porte  tout  aussi 
bien  que  les  planètes  et  les  étoiles. 

Mais  je  crois  avoir  suffisamment  montré,  autant 
du  moins  qu'on  peut  le  faire  dans  un  court  traité, 
ce  que  porte  le  quart  de  la  tablette  extérieure  (le 
dos),  la  dioptre  et  les  parallèles  qui  figurent  sur 
chaque  tablette,  la  latitude  et  Tascension  droite  de 
toute  la  sphère,  le  méridien  et  ce  qui  est  sous  la 
terre,  les  zones  tropicales;  j  ai  enfin  averti  que  tout 
cela  ne  tombe  pas  sous  les  sens,  mais  doit  être  conçu 
par  l'esprit. 

J'ajoute  quelques  mots,  ô  ami  de  l'étude,  sur  la 
pièce  nommée  «  araignée  »^  Comme  nous  lavons 
dit  auparavant,  elle  est  située  au-dessus  de  toutes 
les  tablettes,  c'est-à-dire  au-dessus  des  parallèles  de 
tout  climat  qui  peut  nous  occuper.  On  peut  la  tour- 
ner et  la  faire  monter  peu  à  peu  jusqu'au  milieu  du 

*  Ce  nom  se  trouve  pour  la  première  fois  chez  Vitruve  [Arch,, 
IX,  9).  Cet  auteur  cite  les  inventeurs  des  diverses  horloges  et  cadrans 
solaires ,  et  ajoute  :  «  Ârachnen  Eudoxus  astrologus ,  nonnulli  dicunt 
ApoUonium»  Eudoxe  V astronome,  on  selon  quelques-uns,  Apollonius, 
(a  inventé)  Varaignee,  M.  Letronne  écrivait  à  ce  sujet  :  «M.  Ideler 
conjecture,  avec  beaucoup  d'apparence  de  raison,  qu'il  sagit  d'un 
quadrant  horizontal,  ainsi  nommé  à  cause  des  nombreuses  lignes 
partant  du  style  vertical  comme  centre  et  figurant  une  toile  d'arai- 
gnée •  (Journal  des  Savants ,  i84o-i84i).  En  réalité  cette  conjecture 
est  fausse,  comme  nous  l'avons  montré  longuement  dans  l'intro- 
duction. 


LE  TRAITE  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  99 

ciel,  puis  ia  faire  descendre  vers  le  couchant  et  sous 
ia  terre.  Sur  le  quart  de  cercle ,  où  nous  avons  dit 


Ahjucnée  portant  le  lodiaque  {excentrique)  divisé  en  degré»  et 
les  principales  étoiles  projetées  ttéréograpliiqnement  sur  le  plan  du 
tropique  d^ii  ver. 


qu'il  y  a  90  degrés  (le  dos),  on  regarde  parmi  les 
divisions  (après  avoir  fait  une  observation  de  hau- 


JANVIER-FEVRIER   1809. 
Fig.  3. 


Face  db  l'ïstholabe  portant  l'orai^n^e  sur  la  tablette  (fort  dimat. 
Sur  l'araignée  est  une  dioptre  (jui  perroel,  si  l'on  suspend  l'instrii- 
ment  de  faire  des  ohtervations  de  kauteai:  La  règle  de  la  diopti'i; 
permet  aussi  de  lire  des  angles  horaires  sur  le  bord  de  l'astrolabe 
divisé  en  36o  degrés.  Sévère  suppose  qu'il  y  a  une  dioptre  iden 
lique  à  celle-là  sur  le  do$  de  l'instrument  avec  une  division  qui  va 
.(^  b;fl^^:(9Ôr  rboiiiontalej  jusqu'il  90  degrés  (sur  la  verticUe} . 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  101 

teur),  sur  quel  degré  se  trouve  la  tête  de  la  dioptre 
nommée  «  index  ».  Après  cela  on  cherche  ce  même 
degré  dans  les  parallèles  du  climat  convenable,  qui 
est  celui  où  Ton  est;  puis,  comme  nous  l'apprendrons 
plus  tard  dans  le  traité  sur  Tastrolabe,  on  atteint  peu 
à  peu  ce  que  Ton  cherche  à  connaître. 

Voilà  une  explication  et  une  courte  introduction, 
consacrée  à  la  composition  de  l'astrolabe,  avant  d'en 
arriver  au  traité  lui-même.  Cela  suffira,  je  l'espère. 
Il  est  temps  dès  lors  pour  toi ,  ô  ami  de  l'étude ,  ô 
notre  fils  spirituel  et  chéri  dans  le  Seigneur,  d'abor- 
der le  traité.  Nous  allons  l'exposer  du  mieux  que 
nous  pourrons  et  nous  le  partagerons  en  règles  dis- 
tinctes, afin  que  celui  qui  lira  ces  règles,  les  retienne 
facilement  et  l'une  après  l'autre.  Je  commence  donc  : 

Fin  de  Vintroduction 
au  traité  sur  Vastrolahe, 


(La  suite  au  prochain  cahier.) 


102  JANVIER.PÉVRIER   1899. 

LES 

PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES 

DANS  L'AFRIQUE  DU  NORD 

(21-lOOH.  — 651-718  J.-C), 

PAR 

M.  GAUDEL. 


AVANT-PROPOS, 

Le  sujet  que  nous  abordons  a  ëté  déjà  souvent  et  forte- 
ment étudié ,  tant  par  l'orientalisme  que  par  la  science  occi- 
dentale ,  curieuse  de  savoir  comment  la  puissance  byzantine 
fut,  en  si  peu  de  temps  et  si  parfaitement,  réduite  à  rien 
dans  une  contrée  qui,  durant  de  longs  siècles,  avait  été  le 
plus  beau  joyau  de  Tempire. 

Nous  avons  repris  la  question  parce  que  des  sources  nou- 
velles, auxquelles  nos  prédécesseurs  n'avaient  pu  puiser,  nous 
donnaient  l'espoir  de  compléter  sur  quelques  points  les  détails 
trop  rares  qu'ils  avaient  rassemblés  ;  et  nous  l'avons  observée 
avec  d'autant  plus  d'ardeur  qu'il  nous  a  paru  que  cette  his- 
toire, interrogée  d'une  certaine  façon,  se  montrerait  peut- 
être  moins  revêche  qu'on  ne  le  pense  généralement ,  et  plus 
loquace;  nous  l'avons  traitée  en  tenant  très  grand  compte 
des  auteurs  arabes  qui  nous  servaient  de  guides  et  en  leur 
accordant  plus  de  créance  que  ne  le  fait  généralement  l'his- 
torien d'Occident.  Ce  dernier  accuse  volontiers  l'annaliste 
arabe  d'insuffisance  et  d'ignorance,  et  le  montre  trop  épris 
du  détail  puéril,  trop  enclin  à  broder,  sur  un  thème,  con- 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  105 

testable  par  iui-mème,  les  variations  que  lui  suggère  une 
trop  vive  imagination.  Quiconque  a  lu  dix  pages  d  un  anna- 
liste sait  ce  que  valent  ces  accusations.  D'imagination ,  il  n*en 
eut  jamais ,  et  sa  seule  mémoire  travaille  à  classer,  dans  Tordre 
chronologique ,  les  faits  que  la  tradition  lui  transmet.  11  écrit 
loin  des  événements  qu'il  relate ,  cela  est  vrai ,  mais  le  respect 
qu'il  a  pour  le  récit  qu'il  en  recueillit,  la  sûreté  de  sa  mé- 
moire et  la  facilité  des  confrontations  avec  les  ouvrages  simi-* 
laires  nous  sont  des  sûrs  garants  d'une  exactitude  très  satis- 
faisante. Aussi  bien ,  peut-on  le  critiquer  quand  l'occasion  s*en 
présente,  et  nous  n'y  manquerons  pas. 

L'historien  arabe  donne ,  sur  4a  période  très  lointaine  que 
nous  étudions ,  des  détails  suffisamment  nombreux  pour  per- 
mettre d'en  déterminer  assez  exactement  les  principaux 
aspects,  mais  trop  rares  encore  ou  trop  minces  pour  qu'il 
soit  facile  d'en  fixer,  en  ne  se  basant  que  sur  eux ,  le  carac- 
tère intime  et  la  signification  profonde.  Il  nous  a  paru  né- 
cessaire de  demander  au  théâtre  de  l'action  et  aux  acteurs 
eux-mêmes  les  explications  que  le  narrateur  était  empêché 
de  nous  fournir. 

L'ordonnance  du  présent  travail  suffit  à  expliquer  la  mé- 
thode que  nous  avons  adoptée.  Les  invasions  arabes  en 
Afrique  ont  réussi  à  islamiser  le  pays  et  leur  grand  succès 
étonne  l'historien  qui  assista  aux  efforts  impuissants  de  Car- 
thage,  de  Rome  et  de  Byzance  pour  se  l'assimiler.  C'est 
qu'en  dehors  des  faits  mêmes ,  il  y  avait  des  circonstances 
(jui  voulaient  que  cela  fût  ainsi.  Pour  les  déterminer,  nous 
interrogeons  la  contrée  et  les  hommes  et  leur  demandons 
les  raisons  géographiques ,  ethnographiques ,  économiques  et 
sociales  qui  rendirent  possible  l'assimilation  du  berber  à 
l'arabe. 

Cet  ouvrage  n'a  pas  la  prétention  de  résoudre  à  Jamais 
une  question  qui,  de  l'avis  de  quelques-uns  peut-être, 
restera,  après  lui,  entière.  La  vérité,  en  histoire,  ne  tient 
pas  dans  un  seul  livre ,  et  les  hommes  sont  rares  qui  peuvent 
donner  d'un  temps  la  notion  précise  et  d'une  évolution  la 


104  JANVIER-FEVRIER  1899. 

formule  exacte.  Mais  encore  peut-on  chercher  la  notion  et 
tenter  d'ébaucher  la  formule ,  en  indiquant  à  d'autres ,  plus 
heureux ,  qui  verront  plus  loin  et  trouveront  plus  juste ,  la  voie 
qu'il  faut  suivre  et  la  méthode  qu'il  convient  d'employer. 

Nous  avons  utilisé,  pour  cette  étude,  deux  sources  nou- 
velles : 

1°  Xe  Me'alem  el-lmânji  marifet  ehl  el-Quîrouân,  de  Mo- 
hanuned  ben  En-Nâdji,  manuscrit  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale. La  longue  notice  que  MM.  Houdas  et  Basset  consacrent 
à  l'œuvre  et  à  l'auteur  dans  la  Mission  scientifique  en  Tunisie 
(1882),  1  vol.  in-8°,  Alger,  i884,  p.  78,  nous  dispense  de 
donner  de  plus  amples  détails. 

2°  Le  Riâdh  en-nofous,  d'Abou  Bekr  abd  Allah  ben  Mo- 
hammed el  Maleki;  manuscrit  de  la  Bibliothèque  nationale 
(2i53  du  fonds  arabe)  auquel  Amari  a  consacré  une  notice 
dans  sa  Storia  dei  musulmani  di  Sicilia  (  Firenze ,  1 854  ;  t.  I , 
p.  XLii).  J'y  renvoie  également  le  lecteur. 

Le  travail  qui  suit  a  été  entrepris  sous  les  auspices  de  la 
Commission  de  publication  des  documents  archéologiques  de 
l'Afrique  du  nord  et  poursuivi  sous  la  direction  de  l'un  de 
ses  membres,  M.  O.  Houdas,  professeur  à  l'École  des  langues 
orientales  et  à  l'Ecole  libre  des  sciences  politiques.  M.  Hou- 
das n'a  cessé  de  nous  encourager  dans  notre  entreprise.  Nous 
avons  constanunent  mis  à  contribution  la  profonde  connais- 
sance qu'il  a  du  monde  arabe ,  sans  que  jamais  sa  bonne  vo- 
lonté se  soit  lassée.  Nous  sonmies  profondément  reconnaissant 
à  la  Commission  et  à  notre  excellent  maître  de  l'aide  maté- 
rielle et  morale  qu'il  nous  ont  prêtée. 

En  nous  accueillant  au  Journal  asiatique,  M.  Barbier  de 
Meynard  nous  donne  une  nouvelle  marque  de  la  bienveil- 
lance qu'il  ne  cessa  de  nous  témoigner  durant  nos  études 
à  l'Ecole  des  langues  orientales.  Nous  le  prions  d'agréer  nos 
plus  vifs  remerciements. 

M.  Caudel. 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  105 


PREMIERE  PARTIE. 

LE   PAYS   ET   LES   HABITANTS. 
LES  CONQUÉRANTS. 


I 

LE  PAYS. 


I.      Aspect  actuel  de  Tancienne  Byzacène  et  de  Sbeïtla  «  sa  capitale. 

IL  Position  géographique  de  Sbeïtla.  Routes  et  lignes  militaires. 
Les  plaines  de  la  Tunisie;  voies  ouvertes  à  l'invasion.  Impor- 
tance des  points  d'eau. 

m.  La  région  montagneuse  et  les  rivières.  Direction  des  vallées. 
Régime  des  eaux;  leur  importance  pour  l'irrigation.  Diffi- 
culté d'accès  du  haut  pays. 

IV.  Le  littoral,  ouvert  à  l'invasion,  mène  à  la  plaine,  de  facile 
conquête;  la  montagne  est  malaisée  à  entamer.  Hostilité  de 
l'habitant  des  plateaux  pour  celui  des  plaines  et  du  littoral. 

I 

Le  voyageur  qui ,  venant  de  Qairouan ,  a  dépassé 
Djilma  entre  en  plaine.  Il  laisse  derrière  lui  les  der- 
niers contreforts  du  Djebel  Mr  ilah  et  s  avance  dans 
la  Garaat  el  Onkel.  C'est  un  vaste  espace  vaguement 
ondulé ,  herbeux  par  endroits ,  le  plus  souvent  stérile , 
tacheté  de  touffes  d'alfa  qui  dardent  entre  les  pierres  ; 
lalfa  est  tenace,  les  pierres  sont  grosses  et  lourdes; 


lOÔ  JANVIEH'FÉVHIER  1800. 

la  triste  végétation  a  peine  à  les  soulever.  La  piste 
moutonne  sur  les  croupes  onduleuses  de  la  plaine, 
descend  en  pentes  douces  dans  les  replis  du  teiTain 
et  ramène  le  voyageur  au  sommet  du  monticule  sui- 
vant, d*où  rhorizon  interrogé  ne  dit  rien  de  nouveau, 
sinon  que  le  sol  est  plus  ingrat,  Therbe  plus  rare, 
la  rocaille  plus  revêche.  Peu  à  peu  la  houle  du  sol 
s  apaise  et  bientôt  la  plaine  s'étale  tout  unie  ;  au  loin , 
sur  la  gauche,  dans  la  direction  du  sud,  au  haut 
dun  dernier  ressaut,  s'élève  un  olivier  qui  marque 
sur  la  carte  de  reconnaissance  un  point  de  repère  et 
dont  la  silhouette  solitaire  compose  tout  le  paysage. 
Lœil  revient  toujours  à  elle  et  mesure  la  distance, 
qui  ne  semble  pas  décroître;  partout  ailleurs,  il  ne 
trouve  que  le  vide  et  se  fatigue  à  poursuivre  les  lignes 
basses  du  sol ,  qui  fuient  sous  la  lumière  bleue  du  ciel. 
Tout  à  coup  une  masse  s'élève  au-dessus  de  l'ho- 
rizon. Par  delà  un  vallon  étroit  où  coule  un  filet 
deau,  des  constructions  couronnent  un  monticule. 
Cela  paraît  vaste  et  la  symétrie  de  l'ensemble  étonne 
dans  cette  nature  étiolée  et  rampante;  la  silhouette 
carrée,  rigide,  mathématique  s'enlève  sur  le  fond 
ardoisé  de  l'occident.  On  s'approche;  les  chevaux 
marchent  sur  xm  gazon  épais  et  court  qui  étouffe  le 
bruit  de  leur  pas.  Dans  le  silence  lumineux  et  re- 
cueilli du  désert  montent  les  ruines  d'un  arc  de 
triomphe  et  de  trois  temples.  L*homme  est  passé  par 
ici  et  y  a  laissé  quelque  chose  de  grand.  L'arc  tient 
bon  :  les  pierres  du  couronnement  sont  tombées, 
quelques  autres  s'inclinent  et  penchent;  entre  les 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  107 

colonnes,  des  fissures  baillent;  la  symétrie  verticale 
des  lignes  est  légèrement  troublée;  il  semble  que 
quelque  géant  maladroit,  en  le  poussant  du  doigt, 
ait  dérangé  lassiette  du  monument;  mais  la  masse 
est  si  lourde  et  si  bien  ajustée  que  son  poids  main- 
tient les  assises  et  que  lappareil  maintient  le  poids 
en  place.  Les  temples  sont  éventrés;  à  travers  les  co- 
lonnades décimées ,  le  regard  plonge  dans  les  sanc- 
tuaires; beaucoup  de  pierres  sont  absentes;  les  fron- 
tons gisent  à  terre;  cependant  quelques  parties  des 
entablements  tiennent  encore  par  un  miracle  d'équi- 
libre. Entre  les  quatre  murs,  sur  le  sol  inégal,  dans 
Je  fouillis  des  sculptures  éparses,  Therbe  pousse 
drue;  des  arbrisseaux  croissent  dans  les  coins,  à 
labri  du  vent,  et  leurs  mcines  vont  chercher,  à  tra- 
vers les  joints  des  fondations,  rhumidité  rare.  Toutes 
ces  pierres  sont  belles,  les  arêtes  des  angles  sont 
restées  pures,  les  chapiteaux  d'acanthes  sont  à  peine 
efiFeuillés ,  la  courbe  des  voûtes  n  a  pas  fléchi.  L'homme 
a  brûlé  ce  qu'il  a  pu ,  vidé  les  niches  de  leurs  statues , 
écorné  à  droite  et  à  gauche  quelques  moulures ,  abattu 
des  murs  intérieurs  pour  fermer  les  issues  et  faire  du 
temple  ime  forteresse  ^ 

On  s  est  battu  là-dedans,  puis  vainqueur  et  vaincu 
ont  disparu  et  les  bâtisses  sont  restées  là.  Les  pluies 
d'hiver  les  ont  lavées  de  larges  ondées  douces,  les 

*  «  En  avant  de  Tenceinte  des  temples  transformés  eu  castram,  cinq 
réduits  fortifiés  couvrent  au  S.-E.  et  au  sud  les  approches  de  la 
place  et  les  détails  de  leurs  dispositions  attestent  la  rapidité  de  leur 
construction»  [Diehl,  393). 


108  JANVIER-FEVRIER   1899. 

soleils  d'été  les  ont  dorées,  la  nature  les  a  respectées 
et  embellies  :  elles  demeurent  au  milieu  du  désert , 
majestueuses , harmonieuses  et  sereines ,  images  splen- 
dides  du  génie  latin  qui  les  éleva. 

A  côté  des  ruines ,  un  ruisseau  d'eau  vive  court 
entre  des  berges  vertes,  et  va  se  jeter,  un  peu  plus 
loin ,  dans  Toued  Menasser,  qui  coule  au  fond  de  la 
vallée  et  se  perd ,  à  quelques  milles  de  là ,  dans  Taridité 
de  la  plaine.  Tout  près  de  Teau  des  épis  d'orge  ba- 
lancent leurs  têtes  sous  la  brise;  ils  poussent  à  travers 
le  caillou,  car  ce  ne  sont  partout  que  fondations 
rasées  au  niveau  du  sol.  Une  ville  populeuse  s'élevait 
jadis  ici;  on  peut  distinguer  le  plan  des  habitations 
et  mesurer  leur  étendue.  Du  portail  des  temples,  la 
vue  s'étend  au  loin.  Vers  le  sud,  au  delà  d'une  plaine 
de  i5  kilomètres  environ,  ondulent  les  croupes 
bleuâtres  du  Djebel  Margueba  et  du  Djebel  Kou- 
mine  ;  à  l'ouest ,  les  crêtes  lointaines  du  Djebel  Chambi 
annoncent  le  plateau  montueux  de  Feriana;  au  nord , 
la  masse  imposante  du  Djebel  Mr'ilah  domine  la 
vallée;  vers  l'est  la  plaine  s'abaisse  doucement  vers 
la  mer.  Adossée  au  Mr'ilah,  qui  l'abritait  des  vents 
du  nord,  assise  au  bord  de  l'oued  qui  arrosait  ses 
glèbes,  SufiFetula,  la  ville  byzantine,  se  chauffait  au 
soleil  du  midi  qui  mûrissait  ses  olives;  aujourd'hui 
les  glèbes  sont  sèches,  les  oliviers  coupés,  les  mai- 
sons rasées,  seuls  trois  temples  restent.  SufiFetula 
s'appelle  Sbeïtla  :  c'est  un  désert  inculte  où  ne  re- 
tentit plus  que  l'aboiement  des  chiens  du  douar  voi- 
sin. Le  spahi  de  l'Oudjak  qui  passe  par  là  s'y  aiTête 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  109 

un  instant  pour  resserrer  la  sangle  de  sa  selle,  abreu- 
ver son  cheval  et  repartir  bien  vite.  C'est  là  qu'en 
l'an  6^7  de  notre  ère,  27  de  Thégire,  l'armée  de 
*Abd  allah  ben  Sa*ad  culbuta  les  restes  de  la  puis- 
sance byzantine  et  conquit  du  même  coup  une  nou- 
velle province  au  khalife  et  une  seconde  patrie  à 
rislam. 

II 

SuflTetula  était  au  centre  du  pays^;  stratégique- 
ment,  elle  était  jetée  un  peu  dans  le  sud,  la  partie 
méridionale  du  Byzacium  obéissant  mal  au  grec, 
mais  elle  était  bien  placée  politiquement,  entre  la 
plaine  et  la  montagne ,  entre  le  nord  et  le  sud. 

La  ligne  de  l'oued  Zeroud  coupe  la  Txmisie  en 
diagonale  du  S.-O.  au  N.-E.;  en  arrière,  elle  est 
doublée  par  le  massif  montagneux  de  Tebessa  et  de 
la  Zeugitane;  ce  sont  deux  défenses,  la  première  très 
faible,  la  seconde  plus  solide,  appréciables  toutes 
deux  dans  un  pays  où  les  lignes  militaires  font  presque 
complètement  défaut.  La  vallée  de  l'oued  vous  porte 
sans  fatigue  de  la  montagne  à  la  plaine  el  de  la  plaine 
à  la  mer;  son  cours  supérieur  vous  mène  sans  grand' 
peine  à  l'orée  de  la  plaine  de  la  Medjerda.  Au  sud  et 
à  Test,  l'espace  est  ouvert;  à  l'ouest,  la  plaine  de 
Foussana  vous  élève  doucement  jusqu'au  plateau 
maurétanien. 

^  De  Suffetula  partent  six  routes  aboutissant  à  Hadrumète,  à 
Mustis,  à  Teveste,  à  Thaenaae,  à  Macoinades  et  à  Cellae  Picentinae 
(  La  Tunisie ,  I  ^  3 a  2  ). 


110  JANVIER-FEVRIER   1809. 

Qu'il  aille  vers  le  sud  ou  vers  Test,  notre  voya- 
geur ne  trouvera  plus  maintenant  que  surfaces  planes  ; 
le  sol  est  à  peine  ridé  dune  houle  légère;  très  loin 
s'élèvent  des  hauteurs  médiocres  qui  parfois  se  rap- 
prochent et  barrent  la  route  d'un  renflement  de  ter- 
rain sans  conséquence,  que  les  bêtes  de  somme  gra- 
vissent d'un  pas  à  peine  ralenti  ;  dans  les  fonds ,  brillent 
au  soleil  les  sebkhas ,  minces  couches  d'eau  aux  bords 
indécis,  que  la  chaleur  rétracte  et  que  les  pluies 
étalent  au  loin.  Ces  étangs  salés  augmentent  en 
nombre  et  en  étendue  à  mesure  qu'on  s'avance  vers 
le  Sahara;  sur  le  bord  du  désert,  ils  deviennent  des 
lacs  immenses  qui  ferment  la  frontière  :  ce  sont  les 
chotts.  Le  plus  vaste  d'entre  eux ,  le  chott  el  Djerid , 
se  poursuit  par  le  chott  el  Fedjedj  jusque  dans  le  voi- 
sinage de  La  mer  ;  il  ne  l'atteint  pas  ;  une  grande  plaine 
l'en  sépare,  Quverte  à  tout  venant,  traversée  par  la 
route  qui,  de  la  lointaine  Gyrénaïque ,  monte  vers  le 
Byzacium.  Il  y  a  là  un  hiatus,  une  porte  largement 
ouverte.  Le  Sahel  offre  un  accès  facile  à  celui  qui 
vient  du  désert  comme  à  celui  qui  l'aborde  par  la 
mer. 

Descendu  du  plateau  des  Matmata  ou  débarqué 
sur  la  côte,  l'envahisseur  trouvera  sa  route  toute 
tracée.  Le  manque  d'eau  seul  le  généra  dans  sa 
marche  ;  s'il  sait  se  restreindre  et  aller  vite  il  pourra , 
en  volant  d'oglet  en  oglet ,  gagner  rapidement  le  nord , 
les  rivières  permanentes  et  les  prairies  humides; 
c'est  ih  qu'il  trouvera  le  possesseur  du  pays  et  qu'il 
lui  livrera  bataille ,  parce  que  c'est  là  que  se  trouvent 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  111 

les  points  défendables,  les  lignes  de  combats,  les 
terres  qui  méritent  quon  les  dispute,  les  accidents 
du  sol  qui  retiennent  à  eux  les  populations ,  soutien- 
nent lenvahi  et  font  obstacle  à  Tenvahisseur.  La 
possession  des  plaines  méridionales  est  de  peu  d'im- 
portance; les  tribus  et  les  armées  glissent  sur  elles 
comme  les  gouttes  d'eau  sur  le  verre;  le  vaincu  en 
est  balayé  au  premier  choc  et  le  vainqueur  y  vague 
sans  trouver  de  point  de  ralliement.  Elles  sont  ou- 
vertes à  tous  les  assauts,  on  n*y  peut  pas  tenir;  elles 
sont  sèches,  on  y  peut  à  peine  vivre;  l'activité  se 
concentre  autour  de  quelques  puits  ou  oglets. 

On  en  rencontre  en  allant  de  Sfax  vers  Tinlérieur  : 
du  haut  d'une  des  ondulations  qui  plissent  le  tapis 
herbeux,  usé  et  jaunâtre  du  sol,  on  aperçoit  au  loin , 
dans  un  coin  de  la  plaine,  ordinairement  vide, 
des  êtres  qui  s'agitent;  on  reconnaît  en  s'approchant 
quelques  hommes  affairés  autour  des  bêtes  d'une 
caravane;  un  trou  creusé  en  terre  exhale  une  fraî- 
cheur humide,  qui  surprend  et  ravit  après  la  cha- 
leur de  l'étape;  à  côté,  la  glaise  fouillée  reçoit  l'eau 
saumâtre  et  trouble  que  les  hommes  tirent  du  puits 
dans  des  outres  ruisselantes;  tout  autour,  la  végéta- 
tion, ranimée,  verdoie.  Las  de  leur  marche,  les  cara- 
vaniers sommeillent  sur  le  sol ,  tandis  que  les  ânes , 
écrasés  sous  leurs  charges  d'alfa,  boivent,  lents  et 
silencieux,  les  naseaux  perdus  dans  l'eau  jaune.  Les 
gardiens  de  l'oglet  s'empressent,  tirent  l'une  après 
l'autre  les  deux  outres  du  puits  et  les  vident  dans  les 
réservoirs  et,  plus  loin,  les  chameaux  indifférents  ru- 


112  JANVIER-FEVRIER  1899. 

minent  en  balançant  leur  regard  noir,  clignotant  et 
stupide  aux  deux  extréniités  de  l'horizon.  La  fatigue 
jette  son  lourd  silence  sur  tout  cela  ;  on  n  entend  que 
le  choc  argentin  des  gouttes  d'eau  qui  retombent 
dans  le  puits,  la  coulée  rapide  des  outres  dans  le 
réservoir  el  le  souffle  satisfait  dune  bête  rafraîchie. 
L'homme  ne  vit  qu'autour  de  ces  points  d'eau; 
la  caravane  y  passe  et  la  tribu  reste  aux  environs; 
les  marchés  ont  lieu  à  côté.  Pour  tenir  la  plaine  il 
faut  les  tenir;  c'estpour  les  conquérir  qu'on  se  battra  , 
et  il  faut  les  conquérir  pour  aller  plus  loin. 

• 

III 

Au  nord  de  la  ligne  de  l'oued  Zeroud,  le  pays 
change.  Un  système  montagneux  compliqué  ferme 
la  vue;  on  l'appelle,  dans  son  ensemble,  massif  de 
la  Zeugitane  ;  détaché  du  plateau  central  numide ,  il 
court  du  S.-O.  au  N.-E.  el,  des  monts  de  Tebessa, 
s'avance  en  éventail  vers  la  mer.  Les  crêtes  sont  peu 
élevées ,  mais  abruptes  ;  les  pluies  les  ravinent  profon- 
dément et  taillent  leurs  silhouettes  en  traits  anguleux 
que  nul  gazon  n'amollit;  à  mesure  qu'elle  descend, 
l'eau  creuse  davantage,  entraîne  tout  ce  qui  n'est  pas 
le  roc  et  désagrège  le  roc  lui-même.  Au  fond  du 
val,  dans  la  coupure  nettement  tranchée  de  son  lit 
trop  large,  l'oued  scintille  sur  le  caillou,  s'étale  en 
nappes  tranquilles  sur  les  fonds  de  sable,  au  pied  des 
lauriers  roses,  gazouille  sur  les  pentes  rocheuses, 
tourne  brusquement  derrière  les  éperons  monta- 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  113 

gneux  et  glisse  en  s'épuisant  dans  la  plaine ,  où  il  se 
meutr  en  un  mince  filet  d'eau  qui  hésite,  ondule  et 
s'évapore.  Les  pluies  qui  tombent  sur  la  montagne 
enflent  rapidement  le  ruisseau  chétif.  Aucune  goutte 
n  est  perdue,  nulle  racine  ne  l'arrête;  les  gazons  rares 
la  retiennent  à  peine  un  instant;  elle  roule  très  vite 
dans  les  fonds;  chaque  roc  envoie  son  tribut,  chaque 
ride  du  sol  sa  cascade  et  l'inondation  galope  dans  la 
plaine  en  rongeant  ses  rives  sablonneuses  devenues 
trop  étroites.  Le  passage  est  alors  impossible,  mais 
le  flot  court  vite  et  le  ciel  a  eu  à  peine  le  temps  de 
bleuir  que  déjà  Toued  assagi  coule,  comme  devant, 
son  mince  filet  d'eau  qui  suffit  à  peine  à  mouiller  les 
sabots  du  cheval  qui  passe. 

Ces  oueds  ne  sont  pas  des  obstacles,  mais  ils 
n'ouvrent  pas  de  routes;  leurs  vallées  sont  trop  tour- 
mentées dans  la  montagne  et  mal  orientées  dans  la 
plaine;  elles  viennent  de  partout  et  ne  conduisent 
nulle  part.  On  se  ne  fixe  pas  sur  leurs  rives,  que 
le  moindre  flot  éboule.  Ce  ne  sont  pas  des  rivières, 
mais  de  l'eau  qui  court,  aujourd'hui  abondante, 
demain  tarie,  ici  bienfaisante,  là-bas  dévastatrice, 
partout  et  toujours  capricieuse  et  fantasque.  Ce 
pendant  cette  eau  est  précieuse;  sans  elle  le  sol  se 
dessèche  et  la  végétation  s'atrophie.  L'homme  la 
retient  du  mieux  qu'il  peut  par  des  barrages  et  la 
distribue  dans  ses  glèbes  par  des  canaux.  Il  regarde 
verdir  ses  moissons  tandis  que  son  voisin  d'en  bas  voit 
dépérir  les  siennes,  et  c'est  une  pei^étuelle  cause 
de  guerre  entre  l'habitant  de  la  plaine  et  celui  de  la 

Mil.  8 


114  JANVIER-FEVRIER   1809. 

montagne,  chacun  voulant  sa  part  de  Teau  bien&i' 
santé  qui  est  à  cette  terre  désolée  ce  que  le  sang  est 
à  notre  chair. 

Les  vallées  supérieures  sont  larges;  les  monta- 
gnes les  entourent  sans  les  étrangler  ;  chacune  d  elles 
constitue  un  petit  monde  à  part.  L  accès  en  est  diffi- 
cile. Un  homme  en  approche  sans  grand  peine  ;  une 
troupe  Taborde  malaisément  si  Thabitant  ferme  les 
passages  ^ 

Le  littoral  est  très  étendu  ;  il  regarde  le  septen- 
trion et  lorient  et  appelle  de  tous  côtés  lenA'ahis- 
seur.  Le  marin,  qu'il  rieniie  d*Espagne  ou  de 
France ,  de  Sicile  ou  dltalie ,  de  Grèce  ou  de  Syrie , 
le  trouve  sur  sa  route  et  y  pose  le  pied  ;  il  s  y  fixe  et 
ne  le  quitte  plus.  Il  faut,  pour  conserver  la  mer, 
posséder  ce  sol ,  y  créer  des  postes  qui  commandent 
les  deux  bassins  de  la  Méditerranée  et  des  escdes 
qui  abritent  les  flottes  de  commerce  et  offrent  un 
point  d  appui  aux  escadres  de  guerre.  Les  ports,  peu 
nombreux,  mais  bien  placés  et  suffisamment  sûrs, 
sont ,  dans  la  main  de  celui  qui  les  tient ,  xme  arme 
à  deux  tranchants  ;  avec  eux ,  on  domine  la  mer  et 

^  «  La  configuration  du  pays ,  qui  place  des  contrées  sauvages  au 
milieu  de  contrées  fertiles,  le  rend  très  difficile  à  garder.  La  na- 
ture semble  s'être  chargée  d'entretenir  la  barbarie  auprès  de  la 
civilisation  en  lui  procurant ,  au  milieu  même  des  terres  les  {dus 
riches ,  des  asiles  à  peu  près  inabordables.  C'est  ce  qui  a  rendu 
la  pacification  de  l'Algérie  si  difficile  à  nos  troupes.»  (Boissier, 
Afrique  romaine ,  p.  i  aS.  ) 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  115 

Ton  peut  conquérir  larrière-pays.  Mais  celui-ci  se 
défend.  La  montagne  s'oppose  et  Toau  se  refuse; 
les  vallées,  péniblement  atteintes,  ouvrent  d'autres 
vallées  qu'il  faut  encore  tenir,  et,  tant  qu'il  en  reste 
une,  rien  n'est  acquis.  Cependant  les  montagnes 
fuient  à  Thorizon,  les  hauts  plateaux  s'étendent  à 
perte  de  vue,  le  conquérant  va  toujours  plus  loin 
chercher  la  frontière  qui  fermera  son  empire,  et  ne 
la  trouve  nulle  part.  Quand  la  montagne  s'abaisse, 
le  Sahara  commence,  et  il  est  plein  d'ennemis.  Rien 
n'est  plus  singulier  que  la  structure  de  cette  contrée 
qui,  de  toutes  parts,  sollicite  l'invasion  puis  se  re- 
ferme sur  elle,  l'absorbe  et  la  dévore. 

Le  littoral  et  la  plaine  sont  conquis  aisément;  la 
montagne  est  difficile  à  occuper.  Le  littoral  est 
ouvert  à  toutes  les  civilisations  ;  la  montagne  est 
sourde  aux  échos  du  dehors.  L'homme  qui  Thabite 
est  jaloux  des  richesses  qu'il  voit  étalées  à  ses  pieds; 
il  les  convoite  et  cherche  à  s'en  emparer.  Le  maîlre 
du  littoral  se  sent  mal  assuré  dans  sa  possession  tant 
qu'il  n'a  pas  dompté  son  voisin  et  fait  tout  pour 
le  soumettre.  Entre  eux,  la  lutte  est  perpétuelle, 
acharnée,  inexpiable. 

Au  vif  siècle  de  notre  ère,  le  maître  du  pays 
plat  semblait  être  le  Byzantin. 


8 


116  JANVIER-FEVRIER   1899. 


II 

LES  BYZANTINS. 

I.  La  conquête  vandale  (427-429  J.-C).  Difficulté  qu'éprouvent 

les  Barbares  à  se  maintenir. -Genséric  traite  avec  TEmpereur 
(435).  Son  administration. 

II.  Campagne  de  Bélisaire.  Bataille  de  Decimum  (533).  Soumission 

et  coopération  des  chefs  berbers.  Bataille  de  Tricamarum  et 
fin  de  la  domination  vandale. 

III.  Organisation  de  la  conquête.  Mise  en  état  de  défense.  L'armée 

grecque;  armement  et  tactique.  Indiscipline  des  soldats. 
Les  lignes  de  forteresses. 

IV.  La  lutte  avec  les  Berbers;  leurs  grands  chefs  et  leurs  expéditions 

contre  le  limes,  —  L'administration  grecque.  Le  préfet  du 
prétoire  et  ses  bureaux.  La  législation  et  le  régime  fiscal. 
L'impôt  est  le  moyen  et  la  fin  du  gouvernement,  mais  son 
poids  écrase  le  contribuable.  L'administration  devient  mili- 
taire. Révolte  dupatrice  Grégoire.  —  État  du  pays  durant  les 
dernières  années  de  la  domination  byzantine. 


L'empereur  grec  possédait  le  pays  depuis  533  de 
notre  ère.  Rome  l'avait  jadis  conquis,  soumis  et 
presque  assimilé.  Au  v*  siècle,  vers  ^27  ou  ^29, 
les  Vandales  vinrent  avec  leurs  frères  les  Suèves  et 
les  Goths,  et  d'autres  barbares  encore,  et  supplantè- 
rent sans  grand  peine  l'Empire.  Ils  étaient  aryens  : 
les  Donatistes  avaient  facilité  leur  marche;  ils  appor- 
taient le  trouble  et  promettaient  le  pillage  :  les 
Maures,  alliés  peut-être,  sûrement  complices,  les 
avaient  aidés  ou  suivis  pour  profiter  du  butin  ^ 

^  Mercier,  id4. 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  117 

A  peine  installés  sur  leur  conquête ,  ils  s  y  senti- 
rent mal  à  Taise.  Pour  tenir  cette  contrée,  il  faut,  en 
partant  de  la  côte,  prise  comme  base  d'opération, 
cheminer  par  échelons  vers  l'arrière-pays ,  y  pousser 
des  troupes  et  y  établir  des  postes ,  comme  on  plante 
des  pilotis  dans  un  terrain  meuble ,  pour  jeter  une 
route  sur  le  marais.  Les  troupes  s'épuisent  et  de- 
mandent des  renforts  ;  les  postes  réclament  des  gar- 
nisons, des  armes  et  des  vivres;  mais  la  côte  n'a  rien 
de  tout  cela  et  appelle  à  son  tour  les  vaisseaux  et  les 
hommes  de  la  métropole ,  qui  y  envoya  les  premiers 
conquérants.  Elle  regarde  avec  inquiétude  l'intérieur 
qu'il  faut  tenir  en  respect  et,  s'il  se  peut,  soumettre, 
et  avec  impatience  la  mer  qui  lui  apportera  des 
secours.  Les  Vandales  avaient  tout  à  craindre  de 
l'intérieur  ^  et  rien  à  espérer  de  la  mer,  qui  n'était 
pas  à  eux,  mais  à  l'Empire.  La  position  était  inte- 
nable :  ils  se  trouvaient  entre  deux  feux  et  instinctive- 
ment ,  se  tournèrent  vers  Rome,  dont  la  majesté  ca- 
duque leur  en  imposait  encore,  ^n  435,  Genséric 
conclut  à  Hippone  xxn  traité  avec  l'Empereur;  il  pro- 
mettait de  payer  tribut.  Sept  ans  plus  tard,  il  ob- 


^  «  Dès  le  règne  de  Hunéric ,  les  montagnards  de  TAurès  se  procla- 
maient indépendants  sans  que  les  Vandales  pussent  réussir  à  les 
faire  rentrer  dans  le  devoir;  peu  après,  les  indigènes  du  Hodna  et 
des  Ziban,  les  grands  chefs  des  Maurétanies ,  suivaient  cet  exemple, 
rattachés  tout  au  plus  au  royaume  vandale  par  un  lien  de  vassalité. 
Bientôt  enhardies  par  l'impunité  de  leur  révolte,  on  vit  les  tribus 
maures  descendre  dans  la  plaine  et ,  franchissant  la  ligne  abandon- 
née des  forteresses  romaines. . .,  ravager  cruellement  les  hauts  pla 
teaux  de  la  Numidie »  (Diehl,  p.  1 1.) 


118  JANVIER. PEVRIER^  1899. 

tenait  de  Valcnlinien  la  cession  de  la  Byzacène 
jusqu'aux  Syrtes  et  la  partie  orientale  de  la  Numidie. 
Tranquille  du  côté  de  la  mer  qui ,  si  elle  ne  le  forti- 
fiait pas,  du  moins  ne  le  menaçait  plus,  il  se  tourna 
vers  Tintérieur  et  l'administra.  Ses  procédés  furent 
simples  ;  il  «  partagea  les  terres  en  trois  lots  :  les 
biens  meubles  et  immeubles  des  plus  nobles  et 
des  plus  riches  ainsi  que  leurs  personnes  furent 
attribués  à  ses  deux  fils,  Hunéric  et  Genson.  I^o 
deuxième,  se  composant  principalement  des  terres 
de  la  Byzacène  et  de  la  Zeugitane,  fut  donné  aux 
soldats  en  leur  imposant  Tobligation  du  service 
militaire.  Enfin  le  troisième  lot,  le  rebut,  fut 
laissé  aux  colons.  »  (Poulie,  MaarétamCf  p.  i  46-1  47.) 
Ce  partage  ne  satisfit  personne  ;  les  vainqueurs 
se  disputèrent  les  biens  que  regrettait  le  Romain  et 
que  convoitait  le  Maure.  Ils  s*y  usèrent  et  furent 
incapables  de  défendre  leur  domaine  contre  TEmpire 
grec  quand  celui-ci,  réveillé  par  Justinien,  entreprit 
de  rétablir  l'autorité  du  basileus  sur  la  terre  afri- 
caine et  envoya,  en  533,  Bélisaiie  à  sa  conquête. 

II 

Bélisaire,  débarqué  à  Caput  Vada  (Ras  Kaboudia), 
remit  en  peu  de  temps  la  main  sur  l'ancienne  pos- 
session de  ses  maîtres.  Alors  conmiença  l'histoire  de 
l'Afrique  byzantine.  Il  serait  audacieux  de  la  traiter 
après  un  auteur  qui  l'a  minutieusement  étudiée  et 
supérieurement  comprise.  M.  Ch.  Diehl,  dans  son 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  119 

remarquable  ouvrage  \  nous  dit  tout  ce  quon  en 
peut  savoir  et  nous  suggère  tout  ce  qu  on  en  peut 
penser.  H  est  là  dans  son  domaine.  Nous  y  pénétrons 
à  sa  suite,  en  intrus,  pour  y  demeurer  le  moins  pos- 
sible, embrasser  dun  rapide  coup  d  œil  les  caractères 
de  cette  époque  et  saisir  le  point  de  départ  de  ce 
qui  va  suivre. 

La  victoire  semble  avoir  été  facile  ;  les  colons  ac- 
cueillirent le  lieutenant  du  basileus  en  libérateur,  et , 
«  à  la  nouvelle  de  la  bataille  de  Decimum  et  de  la 
chute  de  la  capitale  vandale,  les  grands  chefs  des 
tribus  sortirent  de  leur  neutralité.  De  la  Byzacène, 
de  la  Numidie  et  de  la  lointaine  Maurétanie  même, 
ils  envoyèrent  des  ambassades  au  général  byzantin , 
chargées  d'apporter  leur  hommage  et  de  promettre 
leur  alliance  au  représentant  de  Justinien;  ils  de- 
mandaient en  échange  une  nouvelle  et  solennelle 
investiture  de  leur  commandement  »2. 

Le  succès  de  la  journée  de  Tricamarum,  qui  vit 
la  fin  de  la  domination  barbare  en  Afrique,  fut  dû 
en  grande  partie  sinon  à  leur  appui,  du  moins  à 
leur  neutralité  bienveillante. 


III 

Le  pays  conquis,   Bélisaire   l'organisa.   Il    com- 
mença par  construire  des  forteresses.  Cela   suffit  à 

*  L'Afrique   byzantine.     Histoire    de  la   domination  bytantine  en 
Afrûfue  (503-709);  Paris,  Leroux,  1896,  1  vol.  in-8*. 

*  Diehl,  p.   a 3. 


120  JANVIER-FEVRIER    J899. 

nous  montrer  le  caractère  de  la  domination  byzan- 
tine :  celle-  ci  n'est  qu  une  occupation  militaire.  Mais 
la  puissance  vandale  était  abattue  et  rien  n'en  sub- 
sistait^; la  population  du  Byzacium  et  de  la  Pro- 
consulaire était  pacifique  et  n'aspirait  qu'au  repos; 
contre  qui  ces  murailles  et  ces  garnisons?  Contre  le 
Maure,  allié  douteux,  ennemi  probable. 

L'armée  que  Bélisaire  avait  amenée  comptait 
environ  16,000  réguliers,  10,000  d'infanterie  et 
5  ou  6,000  de  cavalerie 2  avec,  en  outre,  4oo  Hé- 
rules  et  600  archers  huns^,  tous  aguerris  dans  les 
luttes  avec  les  Perses,  mais  indisciplinés*  et  volon- 
tiers pillards^.  Leur  chef  leur  en  imposait  cepen- 
dant, et,  tant  qu'il  fut  là,  l'ordre  régna.  Ses  succes- 
seurs n'eurent  pas  la  même  autorité  et  durent  souvent 
combattre  de  dangereuses  rébellions.  En  546, 
Aréobinde  fut  tué  par  le  duc  de  Numidie ,  Guntarith , 
qui  avait  soulevé  une  partie  de  l'armée^.  En  548, 
les  réguliers  se  révoltèrent  contre  Jean  Troglita  qui 
ne  put  les  soumettre  qu'avec  l'aide  de  ses  auxiliau*es 
indigènes^.  Lin  jour  vint  où  le  général  lui-même 
donna  l'exemple  aux  troupes  et  les  mena  à  l'assaut  de 
Byzance  et  du  pouvoir  impérial.  Vers  640,  le  pa- 

^  Les  chefs  et  les  meilleurs  soldats  furent  transportés  en  Asie. 
Voir  Diehl,  p.  37. 

*  Diehl,  p.  16. 
'  Diebl,  p.  16. 

*  Diehl,  p.  17,  27,  336,  passim, 
.    *  Diehl,  p.  27,  29. 

«  Diehl,  p.  354. 
'  Diehl,  p.  378. 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  121 

trice  Grégoire  tient  le  pays  sans  se  soucier  du  basi- 
leus  et,  avec  ce  qui  lui  reste  de  soldats,  le  défend 
pour  son  compte  contre  un  nouvel  envahisseur. 
Cette  armée  était  en  somme  une  force  médiocre  ;  le 
soldat  était  bon ,  marchait  droit  quand  im  mauvais 
esprit  ne  Tanimait  pas,  et  tenait  bien  devant  Tennemi 
quand  un  chef  vigoureux  maintenait  la  cohésion.  La 
troupe  était  lourde,  peu  maniable,  compassée  dans 
son  allure,  plus  apte  à  supporter  le  choc  de  ladver- 
saire  qu'à  foncer  sur  lui.  L'infanterie  marchait  en 
lignes  profondes,  couvertes  d'épais  boucliers,  et  la 
cavalerie  évoluait  sur  les  ailes  par  escadrons  com- 
pacts. L'ensemble  donne  l'impression  d'une  masse 
redoutable  qui  écrase  tout  ce  qu'elle  approche ,  mais 
dont  on  s'écarte  facilement.  Rien  n'est  plus  singulier 
et  plus  décisif  que  le  contraste  entre  la  tactique  du 
général  et  l'esprit  du  soldat.  Cette  tactique  ne  vaut 
que  par  la  cohésion  mathématique  et  l'ajustement 
précis  des  unités,  la  fermeté  inébranlable  du  front, 
l'élan  raisonné  et  la  marche  rythmée  du  corps  de 
bataille,  l'effacement  de  la  personnalité  du  soldat 
dans  l'ensemble.  Mais  le  soldat  est  indiscipliné;  il 
discute  la  marche  et  critique  les  ordres,  combat  s'il 
lui  plaît  et  lâche  pied  s'il  lui  convient,  court  plus  vite 
au  butin  qu'à  l'ennemi.  Si  les  rangs  flottent,  si  un 
escadron  s'arrête,  l'ordonnance  entière  est  rompue, 
le  front  oscille,  les  compagnies  se  disjoignent,  les 
ailes  se  détachent,  les  hommes  se  débandent,  et  la 
machine  de  guerre  tombe  en  pièces. 

C'était  l'ancienne  légion  sans  le  légionnaire.  On 


122  JANVIER-FÉVRIER   1899. 

comprend  facilement  que  les  gouverneurs  de  TAfrique 
se  soient  peu  souciés  de  mener  souvent  au  combat 
une  troupe  aussi  fragile  et  de  confier  à  une  force 
aussi  douteuse  la  défense  du  pays.  Denîère  des  mu- 
railles, ces  hommes  pouvaient  faire  bonne  conte- 
nance. On  couvrit  la  province  de  forteresses.  C'était 
d'autant  plus  facile  que  les  Romains  avaient  jadis 
élevé  un  prodigieux  système  défensif ,  qu'il  suffit 
parfois  de  remettre  en  état ,  et  qu'ils  avaient  laissé 
un  peu  partout  de  solides  constructions,  temples, 
cirques ,  théâtres  ou  maisons  que  quelques  remanie- 
ments transformaient  vite  en  donjons  respectables. 
Les  trois  temples  de  Sbeïtla  devinrent  —  M.  Diehl 
nous  le  dit  —  des  bastions,  et  de  tous  côtés  les  édi* 
fices  furent  mis,  de  même,  à  la  hâte,  en  état  de  dé- 
fense. Les  constinicleurs  «  ont  puisé  dans  les  ruines 
des  cités  qu'ils  rencontraient,  sans  distinguer  entre 
les  différentes  pierres  qui  leur  tombaient  sous  la 
main,  empruntant  aux  forums  leurs  bases  honori- 
fiques avec  les  statues  qui  s'y  élevaient,  aux  temples 
leurs  architraves ,  leurs  colonnes ,  leurs  inscriptions 
votives,  aux  cimetières  leurs  tombes  »  ^  Ils  ceignaient 
les  villes  de  murailles,  les  reliaient  par  de  petits  postes , 
et  tendaient  sur  toute  la  frontière  le  réseau  étroit  de 
leurs  places  fortes.  C'était  le  limes. 

Vers  le  sud ,  très  loin  en  avant  dans  l'intérieur, 
Capsa  (Gafsa)  fermait  la  route  qui ,  des  chotts ,  mon- 
tait vers  Suffetula ,  Sufes  et  la  Proconsulaire.  Sur  le 

*  Gagnât.  Timgad ,  cp,  Dichl y  p.  174. 


LES  PREMIKRES  INVASIONS  ARABES.  123 

litloral ,  Junca  (Ounga)  et  Macomades  Minores  com- 
mandaient celle  qui  venait  de  la  Cyrénaïqne  en  sui- 
vant le  bord  de  la  mer. 

Derrière  Capsa,  le  triangle  de  TheJepte  (Medinet 
el  Kedima),  Madarsuma  (Henchir-bou-Doukhan  ?) 
et  Suffetula  défendait  laccès  du  haut  pays.  Le  triangle 
dirigeait  sa  pointe  (SufFetuln)  vers  le  nord;  il  fallait 
s'engager  entre  Thelepte  et  Madarsuma,  prêter  le 
flanc  gauche  à  Tune  et  le  flanc  droit  à  laulre,  pour 
donner  de  front  sur  la  troisième  place.  Au  delà  de 
celle-ci,  Sufes  (Henchir  Sbiba)  et  Mamma  (Henchir 
Kouki)  en  première  ligne,  Tucca  Terebenthina  (Hen- 
chir Dougga),  Chusira  (Kessera)  et  Couloulis  (Hen- 
chir Djelloula  ?)  en  seconde  ligne,  complètent  dans 
le  Byzacium  la  défense  avancée  de  la  Proconsu- 
laire. Celle-ci  renferme  de  nombreuses  places  jetées 
au  hasard  dans  les  plaines  fertiles  dont  elles  dé- 
fendent les  récoltes.  Leurs  noms  nous  importent  peu  ; 
elles  ne  joueront  aucun  rôle  dans  ce  qui  va  suivre. 
Voilà  pour  Tintérieur.  La  côte  a  aussi  ses  forteresses. 
Jusliuianopolis  près  du  Ras  Khadidja,  SuUectum 
(Salekta),  Thapsus,  Leptis  Minor  (Lemta),  Hadru- 
metum  (Sousse),  Horrea  Caelia  (Hergla),  Uppenna 
(Henchir  Fragha),  Aphrodisium  (Henchir  Sidi  Kha- 
lifa)  sont  échelonnées  tout  le  long  du  littoral  et  dé- 
fendent chacune  un  point  de  débarquement. 

Entre  le  chapelet  des  places  de  la  côte  et  le  poly- 

'  M.  Diehl  place  à  26  milles  au  sud  de  Gabès.  à  Maret,  la  place 
de  Gallica  ou  Marta  et  signale  au  milieu  de  Tisthme  une  place 
forte  anonyme  citée  par  Corippus  (Diehl  p.  23 1). 


124  JANVIER-FEVRIER   1899. 

gone  irrégulier  dessiné  par  les  positions  de  l'inté- 
rieur, un  espace  reste  vide.  C'est  la  plaine  basse  du 
Byzaciuni ,  qui  ondule  des  plateaux  vers  la  mer  avec , 
an  fond  de  ses  déclivités ,  des  étangs  saumâtres  comme 
le  lac  Kelbia,  les  Sebkhas  Sidi  el  Hani,  Gheri  chira  et 
Meclieguig.  Rien  na  été  fait  pour  la  défendre,  et 
nous  avons  vu  qu'en  effet  elle  était  peu  défendable. 
L'occupant  reçoit  le  premier  choc  de  l'ennemi  vers 
Gapsa  ou  Jiinca  si  celui-ci  vient  du  sud,  sur  la  côte 
s'il  vient  par  la  mer.  L'envahisseur  victorieux  traverse 
la  plaine  sur  les  talons  des  défenseurs  et  les  pousse 
jusqu'aux  plateaux.  C'est  là  que  sont  accumulés  les 
réduits  et  que  se  joue  la  partie  définitive. 

Byzance  ne  craignait  rien  de  la  mer  et  se  gardait 
contre  le  sud ,  d'où  venait  le  Maure.  Toutes  ces  dé- 
fenses étaient  accumulées  contre  lui  et  le  contenaient 
à  peine  ;  si  parfois  elles  protégaient  le  citadin  contre 
l'assaut  et  le  pillage ,  elles  arrêtaient  rarement  le  flot 
des  tribus  qui  submergeait  les  campagnes;  les  villes 
semblaient  alors  des  îlots  battus  par  l'inondation. 

IV 

Le  patrice  Solomon  avait  à  peine  organisé  la  con- 
quête, que  la  lutte  commença.  Elle  fut  presque  per- 
pétuelle, épuisa  les  armées  et  ébranla  les  forteresses. 
Les  troupes  grecques  tenaient  bon  quand  la  trahi- 
son ne  les  travaillait  pas,  mais  leur  effectif  était 
souvent  très  bas  et  elles  durent  plus  d'une  fois  céder 
le  terrain. 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  125 

Elles  avaient  affaire  à  forte  partie.  Les  indigènes 
avaient,  à  la  faveur  des  troubles,  rongé  lancien 
limes  romain  mal ,  entretenu  par  les  Vandales ,  et  en- 
vahi les  territoires  qu'abandonnaient  les  colons.  Ils 
étaient  audacieux,  vaguement  organisés  —  nous  le 
verrons  plus  tard ,  —  mais  assez,  cependant ,  pour  cul- 
buter Tennemi  débile  qui  s  opposait  à  leur  marche. 
Les  confédérations  de  tribus  obéissaient  à  des  chefs  : 
Antalas  dans  le  Byzacium,  labdas  dans  TAurès ,  Cout- 
sina  à  lest ,  Orthaias  dans  le  Hodna  et ,  en  Mauré- 
tanie  Masuna  et  Mastigas.  Tel  d'entre  eux  pouvait 
mener  au  combat  3o,ooo  cavaliers  \  fils  de  ceux  qui 
jadis  avaient  culbuté  à  la  Trébie  et  à  Trasimène  les 
légions  de  Scipion  et  de  Flaminius.  Dès  545,  les 
hommes  d'Antalas  «  poussèrent,  incendiant  et  pillant 
fout  sur  leur  route,  jusqu'à  Hadrumète^  ».  —  «  Se  ré- 
pandant partout  ils  firent,  sans  même  avoir  d'égards 
pour  l'âge,  subir  aux  Africains  les  plus  indignes 
traitements.  Alors  la  plus  grande  partie  des  cam- 
pagnes se  trouva  vide  d'habitants;  les  populations 
échappées  aux  massacres  se  réfugièrent  partie  dans 
les  villes,  partie  en  Sicile  et  dans  les  îles;  la  plupart 
des  personnages  allèrent  chercher  asile  à  Byzance, 
et,  avec  une  hardiesse  croissante,  comme  personne 
ne  leur  faisait  résistance,  les  Maures  ravageaient  et 
pillaient  tout^.  »  Ils  poussaient  des  pointes  jusqu'à 
Carthage.   A  quoi  servait  le  limes?  «En  fait,  les 

1  DieW.  p.  43. 

2  DieW.  p.  345. 

^  Procope,  BelL  Vand.,  p.  5i2  ;  cp.  Diebl,  p.  348. 


126  JANVIER-FEVRIER    1809. 

frontières  étaient  insultées  et  forcées,  le  pays  ravagé  » 
les  habitants  surpris  et-traînés  en  esclavage  ^  »  Dans 
la  province  envahie,  Tarmée  tenait  mal.  En  669, 
Théodose,  préfet  d'Afrique,  est  tué  par  les  Maures; 
en  5-70,  Théoctistos,  magister  militum  de  la  pro- 
vince d'Afrique,  esl  battu  par  les  Maures  et  tué; 
en  5*7  1 ,  Amabilis  magister  mitoam  d'Alnque,  est  tué 
par  les  Maures'-^.  »  Tandis  quaux  soirs  de  combat 
le  générai  agonise  au  creux  d'un  vallon  et  que  la 
déroute  de  ses  troupes  émeut  tout  le  pays ,  «  les  po- 
pulations sont  contraintes  de  veiller  elles-mêmes  à 
ieur  sécurité  et  de  construire  à  leurs  frais,  à  côté 
des  places  fortes  impériales,  des  redoutes  où  elles 
trouveront  un  refuge^  ». 

S'il  en  est  ainsi  au  lendemain  de  la  mort  de  Jus- 
linien,  que  sera-ce  plus  tard? 

Le  salut  des  Grecs  était  dans  les  dissensions  de 
leurs  adversaires.  Les  gouverneurs  le  comprenaient. 
A  défaut  d'autorité  ils  usaient  de  diplomatie,  tem- 
porisaient quand  ils  ne  pouvaient  frapper  et,  faute 
de  vigueur,  traitaient.  La  paisible  population  se  sou- 
ciait peu  de  gloire  militaire  et  n'aspirait  qu'au  repos. 
La  sécurité  lui  suffisait;  elle  n'espérait  pas  «l'ordre 
parfait  »  que  lui  promettait  l'empereur  *,  et  se  serait 
volontiers  contentt^e  d'une  bonne  administration. 

On  lui  donna  un  préfet  du  prétoire  surchargé 


'  Diehl^p.  334. 
*  Diehl,  p.  459. 
3  Diehl,p.  464. 
^  Cod»  Just.,  37,  1,  10;  cp.  Diehi,  p.  97. 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  127 

d attributions ,  écrasé  d'honneurs,  assisté  dune  ar- 
mée de  fonctionnaires ,  escorté  de  courtisans  et  de 
serviteurs.  Les  fonctionnaires  suflBsaient  à  peine  à 
expédier  les  multiples  affaires  que  suscitait  ladmi- 
nistration,  et  cependant  ils  remplissaient  les  bureaux 
de  Carthage.  Les  hellénistes  nous  ont  conservé  la 
liste  de  leurs  charges  ;  c  est  un  annuaire  aussi  peuplé 
que  celui  d  un  de  nos  ministères  ^  De  la  capitale,  ils 
se  répandaient  dans  la  province  ;  chaque  ville  en 
comptait  une  troupe ,  et  chaque  bourgade  en  avait 
un.  Rien  ne  se  faisait  sans  eux:  justice,  finances, 
administration,  ils  connaissaient  de  tout.  Le  Gode 
justinien  et  les  Novelles  avaient  pénétré  en  Afrique 
avec  le  conquérant  et  réglementaient  à  outrance  ;  le 
colon,  longtemps  privé  de  lois,  en  voyait  mainte- 
nant une  avalanche  fondre  sur  sa  tête  et  sur  son  bien. 
Ce  dernier  surtout  était  menacé. 

Que  tous  nos  sujets  sachent  que ,  soucieux  de  leurs  intérêts 
et  pour  qu'ils  soient  à  fabri  de  toute  injustice  et  qu'ils  vivent 
en  pleine  tranquillité,  nous  avons  promulgué  cette  loi.  Mais 
il  faut  que  vous  aussi ,  mes  sujets ,  sachant  quelle  sollicitude 
nous  avons  pour  vous,  vous  payiez  avec  un  absolu  dévoue- 
ment les  impôts  publics  dans  leur  intégrité  sans  avoir  besoin 
de  la  coercition  administrative  et  que  vous  montriez  une 
obéissance  qui  nous  prouve  par  les  faits  toute  la  reconnais- 
sance que  vous  inspire  notre  extrême  clémence  *. 

Et  fauteur  auquel  nous  empruntons  la  citation 
ajoute  : 

'  Voir  Diehi,  p.  97  et  passim. 
*  Nov.  8,  10;  cp. Diehl,  p.  116. 


128  JANVIER-FEVRIER   1899. 

Si  l'empereur  recommandait  si  énergiquement  à  ses  gou- 
verneurs de  ménageries  contribuables,  c'est  qu'il  se  réservait 
à  lui-même  le  monopole  de  les  exploiter  ^ . 

Ce  fut  une  exploitation  savante,  méthodique, 
inexorable.  La  fortune  privée  était  traquée  dans 
tous  les  coins,  taxée  sous  toutes  ses  fornues.  Sur  la 
propriété  foncière,  le  tribatumylsicoeniptio,  ïéTriëoXrj, 
les  corvées;  sur  Tagriculture  et  le  commerce,  des 
prélèvements  divers  en  argent  ou  en  nature  [KOfÀfxep- 
Ktov)  ,\sinaaticatio ,  qui  frappe  la  navigation  et  encore 
les  douanes  '^.  Pour  percevoir  les  taxes  il  faut  beau- 
coup d'agents.  Des  dix  bureaux  de  scrinarii  de  lad- 
ministration  centrale,  quatre,  de  chacun  dix  em- 
ployés ,  expédient  les  aflaires  financières.  Parmi  les 
aaxiliares  de  la  préfecture,  «les  plus  nombreux 
étaient  ceux  que  réclamait  l'administration  des  fi- 
nances :  il  y  avait  soixante  exceptoreSy  greffiers  et 
commis  rédacteurs  employés  aux  écritures  adminis- 
tratives ,  et  cinquante  chartalarii  chargés  de  la  tenue 
des  comptes.  Pour  recueillir  les  impôts ,  le  service 
des  finances  employait  encore  cinquante  mittenda- 
rii^  ».  Soit,  sur  un  total  de  3 96,  200  employés 
affectés  au  fisc,  c est-à-dire  plus  de  la  moitié. 

Gela  s'explique. 

L'impôt  est  le  moyen  et  la  fin  de  ce  gouverne- 
ment, la  raison  d'être  et  le  principe  vital  de  cette 
administration.   Il  est  nécessaire  pour  défendre  le 

^  Diebl,  p.  106, 
^  Diehl,  p.  5  00. 
^  Diehl,  p.  io5. 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  129 

pays,  entretenir  Tarmée  et  les  forteresses,  payer  des 
tributs  déguisés  aux  chefs  indigènes  qu  on  n'a  pu 
vaincre ,  et  il  faut  défendre  le  pays  pour  s  y  mainte- 
nir et  continuer  à  lever  fimpôt.  La  victoire  le  rend 
plus  lourd  :  l'organisation  des  nouvelles  provinces, 
la  construction  dun  limes  plus  lointain,  la  solde 
de  troupes  plus  nombreuses  exigent  de  nouveaux 
sacrifices  et  ce  sont  toujours  les  mêmes  qui  payent. 
La  paix  le  rend  plus  odieux  :  à  mesure  que  le  danger 
s'éloigne,  l'assujetti  s'explique  moins  la  nécessité  de 
la  contribution;  à  mesure  que  l'ordre  s'affermit,  le 
percepteur  complète  ses  rôles,  perfectionne  ses  pro- 
cédés de  taxation ,  saisit  plus  sûrement  et  plus  com- 
plètement la  richesse  qui  se  cache.  Chaque  jour 
ajoute  un  rouage  de  plus  à  la  majchine  fiscale  et 
apporte  une  peine  nouvelle  au  sujet  taillable  et  cor- 
véable. 

L'impôt  a  nécessité  la  création  de  l'édifice  admi- 
nistratif qui  fait  si  belle  façade  sur  l'Afrique  byzan- 
tine, et  c'est  lui  qui  hâte  la  décomposition  du  gou- 
vernement. 

Tenté  par  le  gain ,  l'agent  prévarique  et  réclame 
plus  encore  que  ne  demande  l'Etat;  il  fausse  la  jus- 
tice pour  couvrir  ses  malversations  et  énerve  l'auto- 
rité qu'il  délient.  Le  sujet,  écrasé  sous  la  charge , 
résiste,  raisonne,  supplie,  désespère  et  finalement 
se  croise  les  bras  devant  son  champ  en  friche  ou  sa 
boutique  vide ,  et  maudit  celui  qui  le  ruine. 

Mais  l'impôt  survit  à  la  décomposition  îidminis- 
trative  cju'il  a  provoquée.  C'est  maintenant  un  tribut 

xni.  9 


130  JANV1ER'F£VRIE:R  1890. 

payé  à  des  gouverneurs  insoumis,  à  des  chefs  mili- 
taires en  rupture  d'obéissance;  il  est  toujours  aussi 
lourd  et ,  de  plus ,  il  devient  inégal ,  arbitraire.  H  reste 
attaché  comme  un  mal  inguérissable  au  flanc  de  la 
province  et  achève  d'épuiser  sa  substance.  Byzance 
est  partie,  mais  le  fatal  fardeau  quelle  a  imposé  à 
l'Afrique  pèse  toujours  sur  elle.  Le  sujet  de  Grégoire 
geint  d'ahan  sous  son  poids  et  ne  songe  qu'à  s'y  sou- 
straire. 

Il  y  réussit  quelquefois  à  la  faveur  des  troubles , 
et  c'est  un  singulier  spectacle  que  celui  de  ce  petit 
peuple  fait  de  vingt  nations,  sans  cohésion  politique 
ni  sentiment  national ,  assis  sur  un  sol  fertile,  entouré 
d'ennemis  qu'il  redoute  moins  que  ses  maîtres,  la- 
borieux, patient,  pacifique,  qui  ne  peut  prospérer 
qu'en  dépit  du  gouvernement  qui  l'opprime ,  et  trouve 
son  bonheur  dans  sa  faiblesse  et  sa  sauvegarde  dans 
l'insécurilé. 

L'administration  byzantine  alla  s'affai^sant  et  se 
désagrégeant  lentement;  elle  avait  d'abord  été  pu- 
rement civile;  en  lait,  elle  prit  vite  la  forme  mili- 
taire et ,  cinquante  ans  environ  après  la  conquête ,  la 
reçut  définitivement.  Où  le  préfet  du  prétoire  avait 
échoué ,  on  espéra  voir  réussir  ïexarqae.  L'empereur 
Maurice,  peu  après  son  avènement  (en  58a),  con- 
sacra la  prédominance  du  militaire  sur  le  civiP; 
dans  les  provinces,  à  côté  des  prœses,  on  plaça  des 

'  tll  )  a. .  .  loule  raison  déplacer  entre  58a  et  691  Tinstitution 
de  la  nouvelle  magistrature  (exarchat)  et  dVn  faire  honneur  à  l'em- 
peivur  Maurice.  ■  (  Diehl  p.  4  78  ). 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  131 

dacê;  cela  nen  alla  pas  mieux.  Aussi  bien,  à  cette 
date ,  ITiîstoire  s'obscurcit  et  c'est  à  peine  si ,  dans  ce 
crépuscule,  on  distingue  nn  goiivernemenl  désemparé 
qui ,  se  sentant  sombrer,  se  retient  k  tout  ce  (|ui  ré- 
siste. Les  exarques  s'appuyèrent  sur  le  clergé,  qui  ne 
tarda  pas  à  les  dominer;  la  carrière  du  militaire 
avait  clé  courte: au  commencement  du  vi* siècle,  les 
évêques  administraient  l'Afrique  ^  L'élément  reli- 
gieux jeta  dans  le  pays  un  nouveau  et  puissant  fer- 
ment de  décomposition. 

A  peine  maître  de  la  province,  l'Empereur  avait 

violemment  réagi  contre  les  dissidents.  «Tous, 

ariens,  juifs,  donatistes  et  païens  furent  traités 
avec  la  dernière  rigueur  *^.  »  Byzance  répandait  la 
bonne  parole ,  et  la  communauté  de  foi  afiFermissait 
les  liens  trop  faibles  qu'avait  noués  le  pouvoir  civil  ; 
mais  bientôt  les  dissensions  éclatèrent.  Ce  fut  l'affaire 
du  Jadicaiam  et  la  querelle  des  trois  chapitres.  La 
théologie  savante,  la  sophistique  contournée  du  Grec 
émurent  les  âmes  simples  et  la  foi  naïve  de  nos  Afri- 
cains. Le  schisme  fut  sur  le  point  d'éclater;  la  paix 
rétablie,  la  suspicion  subsista  et  la  dernière  attache 
qui  unît  l'Afrique  à  Gonstantinople  se  détendit.  Le 
pouvoir  civil  recouvra  par  instants  quelque  énergie  ; 
il  y  eut  des  gouverneurs  puissants,  mais  ils  le  furent 
si  bien  qu'ils  se  rendirent  indépendants  ^.  Au  milieu 

^  Diehl,  p.  507,  5 16. 
■  Diehl,  p.  4o. 

^  «En  Afrique  comme  en  Italie,  les  exarques,  après  s'être  élevés 
(lu  rang  de  généraux  à  la  situation  de  vice-empereurs,  finirent,  de 

9- 


132  JANVIER-FEVRIER  1899. 

du  yif  siècle,  le  dernier  d'entre  eux,  Grégoire ,  tenait 
le  pays  en  dépit  de  l'Empereur. 

En  6/i6  (Ibn  Khaldoun  place  le  fait  en  645  ^)  ce 
gouverneur  profita  de  la  minorité  dn  basileus  Con- 
stant II,  qui  n'avait  que  quinze  ans,  et  prétexta  de 
rattachement  que  ce  prince  marquait  au  mono- 
thélisme  pour  se  proclamer  empereur.  «  Les  popula- 
tions semblent  s'être  jetées  avec  empressement  dans 
la  révolte,  et  non  seulement  les  Africains  romanisés 
paraissent  avoir  soutenu  le  patrice,  les  tribus  ber- 
bères aussi  embrassèrent  le  parti  de  l'exarque,  et 
c'est  peut-être  pour  se  rapprocher  de  ses  alliés  que 
Grégoire,  quittant  Carthage,  alla  fixer  sa  résidence 
à  l'intérieur  des  terres ,  dans  la  grande  et  riche  ville 
de  SufFetula  ^.  » 

Le  choix  de  cetle  capitale  semble  indiquer,  en  effet , 
que  l'usurpateur  faisait  de  la  politique  indigène.  Aussi 
bien ,  n'avait-il  pas  d'autre  moyen  de  se  maintenir  au 
pouvoir  ^.  La  mer  était  pour  lui  menaçante  comme 
jadis  pour  le  Vandale,  et  il  était  moins  fort  que  ce 
dernier  :  une  flotte  pouvait  le  surprendre  dans  Car- 
thage et  anéantir  le  frêle  édifice  de  son  ambition.  A 
l'intérieur  des  terres,  il  se  sentait  plus  en  sûreté;  il  y 

vice-empereurs  qu'ils  étaient,  par  devenir  des  usurpateurs.  »  (Diehl, 
p.  48i.) 

^  Prolégom. ,  l ,  xix.  Le  fait  tient  probablement  à  ce  que  l'an  2  5  de 
l'hégire  est  à  cheval  sur  les  années  645-646  de  notre  ère. 

*  Diehl,  p.  557. 

'  C'était  même  le  seul  parti  qu'il  pût  prendre  si,  comme  le  croit 
de  Slane,  Carthage  et  les  autres  villes  de  la  Zeugitane étaient  restées 
fidèles  à  ]'£mpire  (de  Slanc  Ibn  Khaldoun,  I,  xix). 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARARES.  133 

avait  bien  les  Maures,  mais  radministration  byzan- 
tine lui  avait  appris  comment  on  transige  avec  eux. 
En  faussant  encore  un  peu  plus  ses  ressorts  fatigués, 
en  accordant  davantage,  en  renonçant,  en  se  rape- 
tissant sous  ie  manteau  de  commandement  ou  en  en 
cédant ,  à  ia  rigueur,  un  morceau  aux  chefs  les  plus 
exigeants,  il  pouvait  se  faire  accepter  et  attendre  der- 
rière ses  murailles  le  jour  où  leurs  slupides  querelles 
donneraient  à  sa  diplomatie  Toccasion  de  s'exer- 
cer. Ces  alliances  des  Maures  avec  Té  [ranger  n'é- 
taient pas  rares.  De  tous  temps  ils  avaient  vendu 
leur  épée  et  cherché  au  loin ,  sous  les  enseignes  car- 
thaginoises ou  romaines ,  le  pillage  que  l'occupant  in- 
terdisait en  Afrique.  Récemment  encore,  en  610, 
«  les  tribus  indigènes  avaient  envoyé  leurs  contin- 
gents pour  servir  sur  la  flotte  et  dans  larmée  ^  »  d'Hé- 
raclius,  révolté  contre  Phocas.  En  traitant  bien  les 
chefs  et  en  les  opposant  les  uns  aux  autres,  Gré- 
goire pouvait  défendre  les  derniers  vestiges  de  civi- 
lisation grecque  qui  subsistaient  dans  le  pays. 

Celui-ci,  en  dépit  de  tout,  était  florissant.  Le  per- 
cepteur le  laissait  respirer^  les  troupes  étaient  rares, 
le  Maure  était  sage  et  la  prospérité  renaissait  vite. 
L'administration  ruinée^,  la  hiérarchie  épiscopale 
décimée  laissent  les  colons  tranquilles.  Ils  ne  de- 
mandent pas  autre  chose.  Certes,  c'est  une  prospé- 
rité bien  relative  et  bien  précaire,  pâle  reflet  du 
merveilleux  épanouissement  qu'avait  provoqué  l'oc- 

^  Diehl,  p.  521. 

>  Diehl,p.  507,  5 16. 


m  JANVIER'FRVHIËR   1809. 

cupation  romaine;  mais  ce  serait,  à  notre  avis,  une 
grave  erreur  que  de  considérer  cetle  splendeur 
comme  la  vie  normale  de  l'Afrique,  le  but  quelle 
pouvait  souffrir  quatre  siècles  plus  tard  et  qu'elle 
pourrait  encore  viser  de  nos  jours.  C'était  un  éclat 
passager,  provoqué  par  le  voisinage  de  la  plus  gigon- 
tesque  métropole  quempire  ait  jamais  possédée. 
Rome  était  un  monde  au  milieu  d'un  désert.  Tltalie, 
dont  elle  avait  épuisé  le  sol.  Rome  avait  besoin  de 
blé  et  d'huile,  et  les  demandait  à  l'Afrique.  Sous  ce 
prodigieux  appel  d'air,  le  foyer  qu'elle  avait  allumé 
dans  la  province  flambait,  gagnait  au  large  et  res- 
plendissait.  Supprimez  l'appel  d'air  :  le  feu  baisse, 
languit,  rouve  sous  les  cendres  et  parfois  s'éteint. 

Au  vii''  siècle,  il  rougeoyait  modestement.  Les 
Arabes  nous  doiment  de  la  splendeur  du  pays  une 
description  hyperbolique.  «En  27,  nous  dit  El- 
Badji,  l'Ifriqïah  était  des  plus  florissantes,  remplie 
de  grandes  cités  et  de  belles  contrées.  .  .  De 
Tanger  à  Tripoli,  on  ne  voyait  que  des  arbres,  des 
eaux,  des  fleuves,  des  prairies  et  des  moissons  ^  » 
Mais  il  ne  faut  pas  oublier  que  l'Arabe  soii:  du  dé- 
sert et  que,  longtemps  après  l'exode,  il  garde  encore 
dans  l'œil  le  reflet  des  sables  et  des  rocs  du  sol  natal  ; 
le  plus  maigre  feuillage  l'étonné  et  le  moindre  gazon 
l'enchante  ;  il  fait  une  rivière  d'un  mince  filet  d'eau 
courante.  Les  frondaisons  pâles  et  tristes  des  oliviers, 
les  rameaux  des  lérébinthes,  des  pistachiers  et  des 

1  £i-Badji,  4. 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  135 

methnan,  le  gaettaf  des  plaines  basses  et  le  retem  des 
sables  du  littoral  lui  semblaient  une  vé^rétation  luxu* 
riante,  et  la  Medjerdah  un  fleuve  imposant.  Cepen- 
dant, celte  fois-.ci,  il  na  pas  exagéré;  «le  pays  était 
boisé  plus  que  de  nos  jours;  de  grands  arbres  cou- 
vraient les  crêtes,  et  la  végétation  forestière  était 
assez  dense  pour  que  des  villes  comme  Laiibus 
fussent  presque  cachées  au  milieu  des  bois.  .  .  L« 
presqu'île  du  cap  Bon  était  couverte  de  forêts.  .  .; 
de  même  le  littoral  de  la  Proconsulaire  '.  » 

De  cette  belle  contrée ,  le  Grec  n  avait  rien  su  faire. 
Son  administration  avait  été  néfaste.  Ses  procédés 
autoritaires,  inquisiteurs  et  tracassiers,  troublaient  le 
colon  et  l'indisposaient.  Ce  n'était  pas  tant  la  faute 
des  institutions  que  le  résultat  de  la  préoccupation 
qui,  perpétuellement,  tenaillait  le  gouverneur,  absor- 
bait sa  pensée  et  faussait  son  action.  Le  Maure  était 
là  qui  menaçait  toujours.  Il  a  fallu  s  appuyer  sur  lui 
pour  chasser  les  Vandales,  lutter  contre  lui  pour 
retrouver,  ou  à  peu  près,  l'ancienne  frontière  de 
Rome,  négocier  avec  lui  pour  la  maintenir  tant  bien 
que  mal.  Finalement,  les  efforts  de  l'armée  et  de  la 
diplomatie  sont  demeurés  vains;  vers  6/io ,  Byzance, 
trahie  [jar  les  siens,  a  renoncé  à  la  hitte,  et  les  Grecs 
qui  restent  se  berbérisent  et  s'abaissent  au  niveau 
de  leurs  farouches  voisins  pour  conserver  un  fan- 
tôme d'autorité.  L'Empire  n'a  pas  pu  s'emparer  de 

*  Diehl,  p.  /io6. 


156  JANVIER. FEVRIER    1899. 

TAfirique.  Le  véritable  maître  de  ceileH^i ,  c  est  Tindi- 
gène,  le  Berbère 

"^  «  La  resUoration  b}nsantiDe  fat  toale  on  &çade;  peo  de  colons 
se  bavardèrent  à  suivre  en  Afrique  les  fonctionnaires  et  les  soldaU 
grecs.  En  somme,  c'est  en  face  da  people  bcrbèfe  reconslitoé  en 
partie  comme  nation ,  mais  appauvri  par  les  lattes  incessantes  de  la 
période  byzantine,  en  partie  indépendant,  en  partie  soumis  à  une 
poignée  de  fonctionnaires  grecs ,  que  \ont  se  trouver  les  Arabes.  •  Im 
Tunisie,  t.  f,  p.  ^^i.) 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  137 


III 

LES  BERBEBS. 


1.  Origine  des  Berbers. 

II.   La  race  s'est  maintenue  malgré  les  invasions  successives. 

HT.  Le  type  berber. 

ÏV.  Le  caractère  berber.  Jugement  des  anciens.  Attitude  des  Ber- 
bers vis-à-vis  de  Carthage  et  de  Rome.  Les  soulèvements. 

V.  La  vie  berbère.  Sédentaires  et  nomades. 

VI.  Les  centres  de  ralliement.  Villes,  kejs,  guelaas. 

Vif.  Le  gouvernement.  L'aristocratie.  L'autorité  appartient  à  un 
chef  unique  ou  à  un  conseil.  Précarité  de  l'État  en  Berbé- 
rie.  Impuissance  et  insuffisance  du  chef.  La  loi ,  la  religion. 
Instabilité  des  tribus.  Ses  causes.  La  politique  des  grands 
chefs. 

VIII.  Tactique  des  armées  berbères.  Les  marches  et  les  batailles. 

IX.  Les  tribus  à  l'époque  de  l'invasion  arabe.  Leur  attitude  vis-à- 
vis  de  Byzance.  Pourquoi  le  Berber  n'a  pas  été  assimilé. 

I 

Salluste  les  appelle  Numides,  Procopc,  Maures. 
Nous  les  nommerons  Berbers ,  à  l'exemple  des  Arabes. 
Curieux  de  ramener  les  mots  étrangers  à  des  ra- 
cines de  leur  langue,  ils  s'ingénièrent  à  trouver  à 
ce  nom  de  naïves  étymologies  ^  Nous  n  y  voyons 
que  Tadtération  du  Barbari  des  Latins  -. 

Le  monde  civilisé  les  trouva  en  Afrique;  il  ne 

'  Bdadori,  Fotouh,  p.  229. 
'  Foumel,  I,  p.  Sa. 


138  JANVIËR-FÉVRfER    189tf. 

voulut  jamais  les  considérer  comme  autochtones  ; 
Salluste  voit  en  eux  un  mélange  de  Gétules  et  de 
Perses  ^  ;  les  Arabes  les  font  venir  du  Yemen ,  de  la 
terre  de  Kana'an  ou  de  la  Syrie  '.  Ibn  Khaldoun  les 
amène  d'Egypte^.  La  science  moderne  fiit  parfois 
tentée  d'admettre  de  semblables  hypothèses  :  d'Her- 
belot  affirme  que,  bien  avant  la  conquête,  on  parlait 
arabe  en  Afrique  '*  ;  Silvestre  de  Sacy  le  réfute. 
Caussin  de  Perceval  fait  régner  en  Maurétanie ,  entre 
liO  et  60  avant  J.-C.,un  roi  du  Yemen ,  Afriqous 
ibn  Abrahah  ^  ;  Foumel  le  rétorque  *.  La  science 
moderne  n'est  pas ,  sur  ce  point  comme  sur  beau- 
coup d'aulres,  plus  avancée  que  les  annalistes  de 
jadis. 

Quant  aux  Berbers  eux-mêmes,  ils  nont  pas 
d'opinion  là-dessus.  Certaines  de  leurs  tribus,  Zena- 
tah,  Kitamah,  Sanhadjah,  Hoouarah,  se  réclamèrent 
d  une  origine  arabe  :  ambition  de  conquis  qui  veu- 
lent se  mêler  aux  conquérants  ;  ceux-ci,  indififérents 
ou  politiques ,  admirent  volontiers  la  fable.  Le  fait 
ne  vaut  que  par  l'affinité  qu'il  dénote  entre  les  deux 
races. 

Il  n'y  a  pas  une,  mais  des  origines  berbères,  nom- 
breuses, confuses  et  lointaines.  Le  plateau  septen- 
trional du  continent  africain  appelle  l'envahisseur 

^  Salluste,  Bell,  Jugurth,,  xviii. 

*  Fournel,  I,  p.  33. 
'  Ibid,,  p.  177, 

*  Bibl,  Orient,,  Tp,  61,  c.  2. 

*  Essai,  t.  I,  c.  I. 

*  Fournel,  t.  I,  p.  27. 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  130 

de  toutes  parts.  Libère  y  pénètre  par  les  colonnes 
d*Hercule,  les  flots  méditerranéens  y  jettent  chaque 
jour  des  Baléares,  des  Corses  ou  desSicules,  en  at- 
tendant le  Romain;  du  désert  de  Libye  surgissent,  à 
chaque  saison,  les  Coptes  et  les  Juifs,  en  attendant 
l'Arabe  ;  et  la  marée  des  Gétules  monte  du  Sahara. 
C'est  là  qu'est  le  grand  réservoir  d'hommes  ; 
c'est  de  là  que  viennent  les  éléments  neufs  qui  re- 
nouvellent le  sang  des  habitants  du  nord,  tari  par 
les  guerres  ou  usé  par  la  vie  trop  facile.  D'où  sont 
ces  gens  du  sud  ?  Peu  nous  importe.  Il  nous  suffit 
de  savoir  que  leur  montée  submerge  périodiquement 
le  mélange  abâtardi  du  nord,  noie  Ibères,  Baléares, 
Sicules,  Juifs  et  Numides  dégénérés,  sous  une  nou- 
velle vague  berbère.  Grâce  à  eux ,  le  sang  reste  pur, 
Tesprit  intact,  et  la  race  conserve  la  plus  singulière 
vitalité  qui  se  puisse  voir. 

II 

11  y  a  une  race  berbère.  Des  hommes  d'origine 
commune,  de  même  sang,  de  même  apparence,  de 
même  langue,  de  même  caractère  et  de  même  pensée 
vivent  côte  à  côté,  obéissent  aux  mêmes  coutumes, 
s'unissent  dans  les  mêmes  pratiques. 

Malgré  les  mélanges ,  la  race  se  maintient  pure  et 
demeure  une.  Les  éléments  étrangers  sont  vite  assi- 
milés :  la  quasi  perpétuelle  infusion  du  sang  original 
du  sud  rajeunit  la  nation  et  fait  saillir  les  reliefs  pro- 
fonds de  sa  physionomie.  Aujourd'hui  encore,  rongé 


140  JANVIER-FEVRIER  1899. 

par  la  civilisation  européenne ,  martelé  sur  toutes  ses 
faces  par  nos  institutions,  privé  de  la  trempe  du  sud, 
le  métal  subsiste  intact  comme  au  premier  jour. 

Il  y  a  encore  un  type  et  un  caractère  berbers  ^ 
Combien  plus  accusés  étaient-ils  jadis,  aux  temps 
lointains  où  l'Islam  n'avait  pas  appesanti  sa  lourde 
calotte  sur  le  cerveau  numide,  alors  que  l'Africain 
du  nord  vivait,  en  fait,  indépendant  et  libre  de 
pensée  comme  de  corps  sur  ses  plateaux  et  ses  mon- 
tagnes. 

Chose  singulière  !  l'antiquité  méconnut  l'unité  de 
cette  race  et  son  existence  même.  Le  Carthaginois 
ne  s'en  soucia  guère  et  le  Romain  n'en  eut  cure.  Il 
ne  vit  qu'une  tourbe  de  barbares,  turbulents,  pil- 
lards ,  acharnés  ennemis  de  la  paix  qu'il  imposait  au 
monde;  il  les  broya  sous  le  poids  de  ses  légions. 

C'est  l'Arabe  qui ,  le  premier,  soupçorma  l'unité 
dans  la  confusion  numide;  pénétrant  plus  avant  que 
ses  devanciers  dans  la  vie  de  ses  sujets,  il  reconnut 
leurs  affinités,  discerna  leur  esprit,  et,  dans  les 
Maures,  découvrit  le  Berher^. 

III 

Il  y  a  un  type  berber.  A  l'intérieur  du  limes  by- 
zantin, nous  rencontrons  déjà  dans  les  campagnes, 
paissant  les  troupeaux  ou  rôdant  d'un  pied  furtif 
autour   des   cités,    des   hommes    que    leur  allure 

^  La  Tunisie,  I,  p.  17. 
*  La  Tunisie,  I,  p.  386. 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  141 

étrange  décèle  :  ce  ne  sont  pas  des  Grecs  ;  ils  n'en 
ont  ni  la  physionomie  éveillée  et  fine,  ni  le  costume 
apprêté;  ce  ne  sont  pas  des  colons  :  ils  n'ont  ni  l'at- 
titude soumise  du  sujet  ni  l'apparence  pacifique  du 
cultivateur.  Ils  restent  muets  et  observent;  leur  œil 
noir  fouille  tous  les  coins,  interroge  toutes  les  phy- 
sionomies, se  détourne,  quand  on  le  fixe,  avec  em- 
barras et  dédain.  S'ils  se  sentent  épiés,  ils  s'en  vont 
d'un  pas  agile ,  franchissent  le  limes  et  disparaissent 
derrière  la  prochaine  colline. 

Ce  sont  des  Berbers;  suivons-les  :  leur  marche 
élastique  et  bien  rythmée  les  porte  vite  au  flanc 
d'une  montagne,  vers  un  amas  de  huttes  tapies  sur 
le  sol;  on  vient  à  leur  rencontre,  un  groupe  se 
forme.  Ce  sont  de  beaux  et  grands  hommes;  la  tête, 
massive  et  carrée,  ouvre  sur  le  monde  de  petits 
yeux  noirs  fendus  en  amande,  enfoncés  dans  l'or- 
bite, scintillants  et  mobiles;  les  sourcils  se  contrac- 
tent facilement  et ,  dans  le  front  surbaissé ,  un  pli  têtu 
se  dessine.  L'entêtement  s'accuse  dans  la  mâchoire 
puissante,  armée  de  crocs  solides  et  couverte  d'une 
barbe  rude,  rare  et  courte,  dans  la  bouche  lippue, 
largement  fendue ,  aux  commissures  tombantes , 
dans  le  nez  aquilin ,  aux  narines  avides.  On  devine 
derrière  le  front  épais  une  pensée  rare  qui  som- 
meille; elle  éveille  parfois  dans  les  yeux  un  éclair  de 
malice;  le  visage,  alors,  se  détend,  le  hiatus  de  la 
bouche  s'élargit  et  les  lèvres  difformes  esquissent  un 
sourire.  Ces  lueurs  sont  lares ,  la  physionomie  reste 


142  JANVIER. FEVRIER  lâOO. 

le  plus  souvent  fermée  ^  Cetle  tête  repose  «ur  un 
corps  desséché  par  1  ardeur  du  soleil;  des  muscles 
serrés  e(  noueux  s  attachent  sur  une  charpente  mas^ 
sive  et,  sous  la  toile  qui  constitue  tout  le  vêtement, 
jouent  à  Taise,  par  brusques  détentes;  les  nerfs  sont 
à  fleur  de  peau  et  partent  avant  que  le  cerveau  n  ait 
commandé  :  de  là  des  mouvements  exhubérants,  une 
grande  emphase  du  geste ,  une  perpétuelle  saccade 
de  tout  Torganisme.  A  pareil  jeu,  celui-ci  s'épuise 
vite.  L'émotion  passée,  la  machine  s'arrête,  le  corps 
s  affaisse,  les  membres  se  détendent  et  tout  l'être  se 
fige  dans  une  immobilité  muette.  Gela  ne  marche 
que  sur  des  impulsions  vives  et  actuelles;  l'effort 
est  prodigieux,  parfois  disproportionné  avec  l'objet 
n  atteindre  :  supprimez  l'impulsion ,  le  mouvement 
cesse  aussitôt.  L'homme  manque  de  grâce,  la  femme 
n'a  pas  de  beauté;  ce  sont  des  corps  vigoureux, 
commandés  par  des  volontés  impérieuses  et  in- 
stables. 


IV 


Certes ,  à  ne  considérer  que  l'ifriqïoh  proprement 
dite,  le  type  est  déjà  fort  altéré  au  vu'  siècle  de 
l'ère  chrétienne;  le  sang  étranger  coule  en  larges 
ondes  dans  les  veines  des  hommes  qui  suivent  Fa- 
raxen  ou  Koçeïlah  :  l'esprit  reste  le  même.  «  Genus 

^  Considérer  les  belles  photographies  de  types  herbers  (pii  illus- 
trent rarticle  de  M.  le  D'  Bertholin  dans  la  France  en  Tunisie, 
(Paris,  1887.) 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  145 

hominum  mobile ,  infidum  » ,  avait  dit  d'eux  Sal- 
lusteM  «Gens  indomita  et  inter  accolas  latrooiniis 
fecunda  ■ ,  répète  Tacite  ;  Procope ,  cinq  cents  ans 
plus  tard,  nous  dit  que  «  chez  les  Maures,  il  ny  a  ni 
crainte  de  la  divinité,  ni  respect  des  homnnes.  Ils  ne 
s  inquiètent  ni  des  serments  prêtés ,  ni  des  otages 
livrés,  quand  bien  m^me  ce  sont  les  enfants  ou  les 
frères  de  leurs  chefs  ;  il  ne  peut  y  avoir  de  paix  avec 
eux  que  s'ils  sont  tenus  en  respect  par  la  crainte  de 
Tennemi  »  ^. 

//  ne  peut  y  avoir  de  paix  avec  eax  : 

La  pauvreté  du  sol,  la  précarité  des  récoltes,  Tar- 
deur  du  sang,  lappftt  des  richesses  voisines,  tout 
les  pousse  à  la  guerre  ;  ils  l'engagent  d'un  élan  fu- 
rieux, la  soutiennent  avec  la  ténacité  redoutable  du 
soldat  qui  sait  fuir  pour  revenir  à  la  charge ,  abu- 
sent de  la  victoire  comme  le  reltre  lâché  au  pillage^, 
et  subissent  la  défaite  avec  le  fatalisme  perfide  do 
gens  que  l'avenir  destine  à  l'Islam. 

Ils  se  sont  toujours  battus,  ils  aimeront  toujours 
la  guerre;  aujourd'hui  encore,  les  hommes  d'une  de 
leurs  plus  fières  tribus  répètent  à  demi-voix  leur 
dicton  familier  : 

Ës-serdj  oui'  iedjâm 
oui'  aïch  alal'  Islam. 

*  Bell,  J.,  X,  c.  I. 

*  Bell,  Vand.»  443 1  cité  par  Diehi,  p.  3i  i. 

*  Dans  la  guerre  de  Régulus  contre  les  Carthaginois,  «  les  Nu- 
mides faisaient  encore  plus  de  ravages  dans  les  campagnes  que  les 
Romains».  (Poiybe,  Hist.  Relig,,  liv.  I,  ch.  xxxi,  p«  2.) 


144  JANVIER-FÉVRIER  1899. 

«  La  selle  et  la  bride ,  et  la  vie  sur  rislam  »  :  les 
longues  chevauchées  nocturnes  dans  les  lauriers 
roses  des  oueds,  les  attaques  soudaines  à  la  tombée 
du  jour,  le  massacre  et  la  razzia,  les  retours  triom- 
phants, alourdis  de  butin. 

Mille  ans  avant  notre  ère,  ils  ont  eu  leurs  temps 
héroïques,  ils  ont  été  en  Egypte  et  se  sont  installés 
dans  le  delta;  chassés  du  pays,  ils  revinrent  en  Ifri- 
qïah,  se  battirent  entre  eux  et,  plus  tard,  attaquè- 
rent les  colonies  phéniciennes  de  la  côte. 

Les  Carthaginois ,  penchés  sur  leurs  comptoiis 
qu'abritaient  de  solides  murailles,  songèrent  plus  à 
traiter  qu'à  combattre  et  tournèrent  à  leur  profit  la 
rage  de  guerre  de  leurs  incommodes  voisins,  en 
achetant  leur  sang,  la  seule  chose  qu'ils  pussenl 
vendre.  Les  plus  rapprochés  étaient  payés  pour  dé- 
fendre le  domaine  punique  contre  les  autres.  Puis 
vinrent  les  Romains,  qui  prétendirent  imposer  la 
paix,  non  la  brocanter. 

On  se  battit  :  cela  dura  longtemps;  deux  cent 
trente-deux  ans^  Le  pays  se  défendait  autant  que 
ses  maîtres.  Enfin  la  légion  l'emporta  :  des  routes 
éventrèrent  les  montagnes ,  des  castella  surgirent 
sur  toutes  les  collines,  la  culture  gagna  rapidement 
sur  la  barbarie,  les  Numides  se  soimiirent  ou  s'en 
allèrent.  Ils  n'allèrent  pas  loin  ;  la  Maurétanie  leur 
servit  de  refuge,  l'Aurès  leur  fut  un  solide  bastion, 
et  le  constant  afflux  des  Gétules  ranima  leur  vigueur. 

*  Mercier,  I ,  p.  i  oo. 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARARES.  145 

La  paix  ne  dura  pas  cent  ans  :  la  pacification  géné- 
rale date  de  43  après  J.-C,  en  i38,  à  Tavènement 
d'Antonin,  les  Berbers  se  soulèvent;  ils  sont  vaincus 
et  débusqués  de  TAurès.  Cinquante  ans  plus  tard , 
nouvelle  attaque  repoussée  par  Pertinax.  En  222, 
la  Maurétanie  césarienne  est  en  feu;  en  260,  Faraxen 
entraîne  les  Fraxiniens;  vers  26/i,  les  Quinquégen- 
tiens  suscitent  un  mouvement  générad;  en  2-70,  Ara- 
dion  agite  la  Numidie.  Dès  lors,  les  attaques  ne  se 
comptent  plus,  le  limes  ruiné  ouvre  ses  brèches  aux 
barbares,  fesprit  des  légions  s  aigrit  (on  en  vit  s  unir 
à  fennemi^),  les  luttes  religieuses  s  en  mêlent, 
donnent  aux  Romains  des  prétextes  d'alliance  avec 
le  Numide,  au  Numide  des  prétextes  de  rapines  chez 
le  Romain.  Le  gouvernement  résiste  comme  il  peut; 
mais  rien  ny  fait,  ni  victoires  sans  lendemain,  ni 
soumissions  cauteleuses  des  grands  chefs ,  ni  transport 
imposé  des  tribus  d'un  canton  dans  un  autre  ^,  ni 
fixation  des  peuplades  au  sol  :  le  flot  monte  et  bat 
chaque  jour  plus  fort  la  muraille  romaine;  elle  était 
solide  et  eût  résisté  longtemps  sans  doute  ;  une  vague 
plus  dense  et  plus  brutale  la  balaya  d'un  seul  coup. 
Ce  fut  l'invasion  vandale. 

Vandale  ou  Romain,  pour  le  Berber,  c'était  tout 
comme.  La  lutte  continua  entre  l'homme  des  douars 
et  l'homme  des  villes.  L'attaque  du  premier  fut  plus 
vigoureuse  ;  il  se  renforçait  sur  la  ligne  du  désert  et 
brisait  enfin  la  chaîne  des  castella,  qu'avait  tendue 

*  En  372 ,  lors  de  la  révolte  de  Firmus. 

^  En  288,  Maximien  fait  transporter  une  partie  des  tribus. 

xm.  10 


140  JANVIER-FÉVRIER    1800. 

Rome;  la  riposte  du  second  fut  plus  maladroite;  ii 
arriva  moins  vite  à  la  parade,  rompit  sans  cesse, 
puis  traita.  En  4 3 7,  Tarien  Genséric  appela  le  Berber 
à  Taide  contre  les  catholiques  orthodoxes;  peut-être 
leur  céda-t-il  la  ligne  frontière  du  sud^  Fj  alliance 
dura  peu;  en  483,  les  indigènes  se  soulevaient  en 
masse  et  se  rendaient  maîtres  de  TAurès  et  du  Djer- 
djera.  Ils  en  descendaient  les  pentes  quand  parut  le 
Byzantin.  Nous  savons  quels  rapports  entretint  avec 
eux  le  nouveau  maître  de  Tlfriqïah  et  les  retrouvons 
au  vi*  siècle  ce  qu'ils  étaient  au  i**  :  «  Genus  hominum 
mobile,  infidum  ». 


V 


Leur  vie  n'a  pas  changé  :  tels  Salluste  nous  les 
dépeint,  tels  les  retrouve  Procope,  tels  les  décrit 
Ibn  Khaldoun. 

«  Les  Numides  ne  se  nourrissent  guère  que  de 
lait  et  de  la  chair  des  animaux  sauvages,  sans  y  ajou- 
ter le  sel  et  tous  ces  assaisonnements  qui  irritent  le 
palais  ^.  »  —  «  Les  Maures  habitent,  été  comme  hiver, 
dans  des  huttes  où  Ton  respire  à  peine;  ni  la  neige, 
ni  la  chaleur,  ni  aucune  autre  nécessité  ne  leur  font 
abandonner  ces  misérables  retraites.  Ils  couchent  par 
terre;  seuls  les  plus  riches  d'entre  eux  s'étendent 
parfois  sur  une  peau  de  bête,  ils  ne  changent  pas 


*  Mercier,  i,  i43. 
-  Sailu8te,^LX\xi\. 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  U7 

de  vêtements  selon  les  saisons;  en  tout  temps  ils  ne 
sont  vêtus  que  d  une  tunique  grossière  et  d  un  man- 
teau de  rude  étoffe.  Ils  n'ont  ni  pain,  ni  vin,  ni 
aucune  des  choses  qui  rendent  la  vie  agréable.  Le 
blé,  Tépeautre,  Torge  leur  servent  de  nourriture  ^  » 
— -  «  Ils  construisent  leurs  demeures  soit  de  pierre  et 
d  argile,  soit  de  roseaux  et  de  broussailles,  ou  bien 
encore  de  toiles  faites  avec  du  crin  ou  du  poil  de 
chameau  *^.  » 

Qui  ne  reconnaît  dans  ces  lignes  le  gourbi  et  la 
kheimah  de  nos  jours,  findescriptible  burnous,  les 
galettes  d'orge  arrosées,  toutes  brûlantes,  de  larges 
lampées  de  lait  de  brebis  P 

Salluste  nous  les  représente  «  tantôt  sédentaires 
dans  les  régions  montagneuses  ou  les  plaines  fertiles , 
tantôt  nomades,  errants  sans  autre  demeure  que  la 
place  où  la  nuit  les  contraignait  de  s'arrêter  ».  Ibn 
Khaldoun  nous  les  montre  «  s  adonnant  à  la  vie  no- 
made et  parcourant  avec  leurs  troupeaux  les  pâtu* 
rages  auxquels  un  court  voyage  peut  les  amener. 
Lors  de  la  conquête  musulmane,  toutes  les  tribus 
portant  le  nom  générique  de  Hoouara . . .  habitaient 
la  province  de  Tripoli  et  la  partie  du  territoire  de 
Barqah  qui  en  est  voisine;  les  uns  possédaient  des 
demeures  fixes,  les  autres  étaient  nomades^.  » 

Nomades,  ils  paissent  leurs  troupeaux,  brebis, 
bœufs  et  chameaux  ;  Therbe  rase  et  pauvre  des  plaines 

*  Procope,  Bell.  Vandal,  p.  435,  cité  par  Dlehl  p.  3o9. 

*  Ibn  Khalduun,  I,  p.  167. 
'"*  Ibn  Khaldoun,  I,  p.  975. 

10. 


148  JANVrER-FEVRIER   1899. 

est  vite  tondue,  Teau  des  puits  avares  plus  vite  bue 
encore,  et  la  tribu  se  transporte  de  plaine  en  plaine 
et  d'oglel  en  oglet,  montant  vers  les  pâturages  du 
nord,  quand  le  soleil  s'élève  sur  le  tropique,  et  redes- 
cendant au  sud,  quand  viennent  les  pluies  d'hiver. 
Chaque  année  voit  le  troupeau  poudreux  passer  des 
sables  du  sud  aux  prairies  septentrionales.  Bientôt 
les  tribus  se  font  une  accoutumance ,  le  pas  de  leurs 
bêtes  lassées  les  ramène  aux  mêmes  lieux;  ce  sont 
leurs  terrains  de  parcours.  Jalousement  défendus, 
ardemment  convoiiés,  ils  servent  souvent  de  champs 
de  bataille. 

Sédentaires,  les  Berbers  cultivent  le  sol.  A  nous 
autres ,  cela  paraît  tout  simple  :  cultiver  la  terre , 
quoi  de  plus  naturel,  de  plus  nécessaire  et  de  plus 
facile  .►^  Nous  commençons  par  là  :  nos  sociétés  sm- 
crustent  dans  le  lerroir,  elles  y  plantent  des  racines 
tenaces  et  s  y  accrochent  si  bien,  que  la  terre  et 
rhomme  se  combinent,  s'amalgament,  forment  un 
tout  quon  ne  peut  dissocier.  En  Berbérie,  il  n'en 
va  pas  de  même  :  la  glèbe  est  ingrate ,  et  répond  mal  à 
l'effort  du  tâcheron;  elle  est  aride  et  réclame  une 
eau  quon  ne  peut  lui  donner  qu'à  grand'peine  et 
grande  économie  ;  elle  s'étend  à  perte  de  vue ,  ouverte 
à  la  chevauchée  du  pillard  comme  au  souffle  du 
siroco. 

L'un  et  l'autre  brûlent  la  moisson  du  cultivateur 
paisible.  Défoncer  le  sol,  l'arroser,  le  défendre,  c'est 
trop  demander  à  ce  dernier.  De  guerre  lasse,  il  se 
retire  et  monte  sur  les  sommets.  Ici,  la  terre  est  plus 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  149 

maigre  encore,  mais  les  sources  sont  proches,  et 
i  ennemi  est  loin. 

La  tribu  s*accroche  au  flanc  d'une  montagne ,  met, 
à  Torée  du  val,  une  garde  qui  la  protège,  au  sommet 
du  mont  une  sentinelle  qui  veille  et  remue  avec 
courage  la  mince  couche  de  terre  que  les  pluies 
ont  laissée  sur  Tossature  du  roc.  Là  éclatent  l'endu- 
rance et  la  ténacité  de  la  race  :  des  pierres  rovdëes 
dans  le  lit  du  torrent  font  une  digue  qui  en  régularise 
le  débit,  des  canaux  ouverts  le  long  de  son  cours 
portent Teau  dans  les  cultures;  les  champs  s'étagent 
de  colline  en  colline  et  poussent  patiemment  leurs 
sillons  jusqu'au  sommet  le  plus  élevé;  la  terre  con- 
quise pied  par  pied  donne  un  peu  de  blé,  beau- 
coup d'orge  et  de  millet,  des  légumes  dans  les  fonds 
bien  arrosés.  Tout  au  haut  du  mont,  les  gourbis 
s'entassent  et  prospèrent. 

La  société  sédentaire  berbère  est  fondée.  Fait 
grave,  qu'on  n'a  pas  assez  observé  :  dans  i'Ifriqïah, 
la  mise  en  valeur  du  sol  marche  à  l'inverse  de  chez 
nous.  Nous  prenons  d'abord  les  terres  grasses  des 
vallées,  nous  nous  y  établissons  solidement  et  les 
défendons  par  de  bonnes  forteresses  élevées  sur  les 
collines  qui  dominent  le  fleuve.  L'occupation  assurée , 
nous  montons  dans  les  vallons  latéraux  et  prenons 
d'assaut,  un  à  un,  les  remparts  montagneux  qui 
ferment  la  plaine.  Dans  celle-ci,  l'air  et  les  idées 
circident  largement,  les  communicalions  faciles  dé- 
veloppent le  commerce,  des  rapports  s'établissent 
vite  avec  les  sociétés  voisines,  les  grands  horizons 


150  JANVIER. FÉVRIER   UOO. 

apprennont  à  l'œil  à  voir  irès  loin  ;  Tesprit  le  suit , 
s'élargit  et  s  assouplit.  —  Le  Berber  sMenlaire  tient 
les  sommets  :  d  abord  il  s*enchâss6  dans  une  gorge 
étroite,  se  dérobe  derrière  un  paravent  de  mon- 
tagnes, risque  à  peine  un  regard,  par  delà  ses  postes 
avancés,  dans  la  plaine,  y  descend  rarement,  en 
revient  vite.  Par  delà  Tarôte  de  rochers  qui  borne 
sa  vue,  il  ne  connaît  plus  rien  et  le  monde  finit 
où  Je  dernier  sillon  de  son  champ  va  mourir  dans 
le  caillou  do  la  pente  devenue  trop  rapide.  Après , 
cVst  rignoré,  c'est-à-dire  Tenneini.  Chaque  vallon 
couve  sa  tribu  ;  chaque  tribu  reste  à  1  écart  dans  son 
vallon;  ce  sont  autant  de  petites  sociétés  primitives, 
qui  ^e  suffisent  à  elles-mêmes,  s'interrogent  peu, 
pensent  moins  encore  et  s'entêtent  dans  le  labeur 
des  champs.  —  Ce  fait,  c'est  toute  Thistoire  de  la 
race. 

Elle  végète  dans  quelques  coins  ignorés,  cultivés 
et  tranquilles,  agite  dans  les  plaines  l'existence  vide 
du  nomade  et,  pi^rtout,  recommence  chaque  jour  la 
vie  de  la  veille,  sans  un  progrès.  Au  fond,  quel  était 
son  tempérament?  Sédentaire  ou  nomade?  Est-elle, 
comme  nous  le  supposions  foui  à  l'heure,  montée 
des  basses  terres  sur  les  plateaux,  pour  y  vivre  en 
paix,  ou  descendit-elle,  au  contraire,  du  mont  dans 
la  plaine ,  pour  y  vaguer  à  l'aise  ?  11  senible  que  le 
Berber  fut  plutôt  un  nomade. 

Certains  indices  pourraient  nous  faire  supposer  le 
contraire.  Rome,  pendant  un  temps,  réussit  à  le 
fixer  au  sol;  mais  de  nouvelles  invasions,  venues  du 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  151 

sud,  Ten  arrachèrent,  et  il  n  y  reprit  plus  racine.  On 
pourrait  le  comparer  à  sa  terre  natale  qui,  privée  des 
soins  de  Thomme,  retourne  au  désert.  S  il  revient 
à  la  vie  nomade,  c est  quelle  lui  convient  mieux; 
toute  Tantiquité  nous  montre  en  lui  un  vagabond 
invétéré  qui  ne  se  fixe  quelque  part  que  contraint  $t 
forcé.  Son  ambition  serait  de  tenir  la  plaine  et  de  la 
battre  en  tous  sens  ;  mais  les  tribus  les  plus  puissantes 
parviennent  seules  à  s'y  maintenir,  tandis  que  les 
autres,  refoulées  sur  les  hauteurs,  y  campent  vaille 
que  vaille,  n  attendant  que  l'occasion  propice  qui  les 
ramènera  dans  les  terres  basses.  Les  plus  forts  sont 
en  bas,  les  pauvres  et  les  faibles  son't  en  haut.  Ibn 
Khaldoun,  le  premier,  a  discerné  clairement  cette 
situation  des  tribus  :  «  Ceux  d'entre  les  Berbers  qui 
jouissent  de  la  puissance  et  qui  dominent  les  autres 

s'adonnent  à  la  vie  nomade Les  Berbers  de 

la  classe  pauvre  tirent  leurs  subsistances  du  produit 
de  leurs  champs ^  »  Vient  l'étranger,  qui  s'em- 
pare des  côtes  et  pénètre  dans  l'intérieur,  chasse 
devant  lui  le  nomade,  le  rejette  à  son  tour  dans  la 
montagne,  le  culbute  sur  les  édentaire  qui,  déjà,  s'y 
trouvait ,  rompt  l'équilibre  instable  de  la  société  ber- 
bère; les  peuplades  tourbillonnent  sur  elles-mêmes, 
combattent  l'ennemi  ou  luttent  entre  voisines,  s'ar- 
rachent par  lambeaux  les  terres  restées  libres,  s'y 
assoient  tant  bien  que  mal.  Suspendues  aux  flancs 
des  monts ,  elles  glissent  fatalement  dans  la  plaine  ; 

*  Il>»i  Khaldoun,  I,  p.  187. 


152  JANVIER-FEVRIER  1899. 

tous  leurs  instincts  les  y  poussent  ;  la  seule  puissance 
de  loccupant  les  en  détourne;  que  cette  puissance 
vienne  à  s'affaiblir,  et  de  nouveau  le  flot  roulera  vers 
la  mer.  Souvent  aussi,  une  force  invisible  le  pré- 
cipite; sans  causes  apparentes,  sans  raisons  plau- 
sibles, les  peuplades  dévalent  sur  la  pente;  c'est  une 
poussée  venue  du  sud  qui  les  meut.  Une  nouvelle 
onde  humaine,  montée  du  désert,  étend  ses  vibra- 
tions sur  tout  te  plateau,  et  la  masse  entière,  agitée, 
s'ébranle.  Cela  se  reproduit  périodiquement.  Nous 
n  avons  pas  sous  les  yeux  un  peuple  en  enfance  qui 
tâte  le  terrain  sur  lequel  il  s  assolera  définitivement , 
mais  une  race  perpétuellement  inquiète. 

L'instinct  avait  poussé  le  Berber  à  la  vie  nomade , 
la  nature  l'invitait  à  la  conserver  longtemps,  les  cir- 
constances le  condamnèrent  à  la  pratiquer  toujours. 

VI 

Si  errante  soit-elle,  une  tribu  a  toujours  un  point 
fixe  autour  duquel  elle  se  meut ,  im  centre  de  rallie- 
ment, forteresse  et  magasin  à  la  fois.  Les  Berbers 
ont  leurs  villages  et  parfois  même  leurs  villes. 

En  parcourant  les  plaines  de  l'Afrique  du  nord, 
soit  dans  le  bassin  inférieur  des  oueds,  soit  sur  les 
plateaux  du  centre ,  vous  voyez  parfois ,  en  quittant 
l'étape ,  se  détacher  en  vigueur,  au  fond  de  l'horizon , 
sur  le  ciel  clair  du  matin,  la  silhouette  bleuâtre 
d'un  rocher  de  forme  bizarre  ;  vous  piquez  dans  cette 
direction  et  le  voyez  lentement  grandir  au-dessus 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  153 

du  plat  pays,  étager  de  larges  assises  aux  contours 
capricieux ,  que  le  soleil ,  d'heure  en  heure ,  colore  de 
teintes  nouvelles.  Le  jour  s  avance;  vous  approchez 
encore;  la  marche  devient  plus  diflBcile,  le  sol  plus 
raboteux;  votre  monture  bute,  vous  la  surveillez  et 
restez  les  yeux  fixes  sur  Tétroit  sentier,  la  bride  courte 
et  le  jarret  tendu.  Tout  à  coup  le  guide  crie  :  «  Halte  !  » 
Les  bêtes  s'arrêtent ,  vous  levez  les  yeux,  le  rocher  est 
devenu  une  montagne  ;  il  ferme  tout  Thorizon  d'un 
mur  gigantesque  qui  plonge  dans  le  sol ,  à  vos  pieds ,  et 
que  la  nuit  qui  tombe  obscurcit  d  une  teinte  sombre 
uniforme;  la  route  semble  coupée.  Cependant,  au- 
dessus  de  vos  têtes,  dans  le  calme  du  soir,  des  voix 
lointaines  montent  :  il  y  a  des  gens  là-haut.  Le  guide 
fait  mettre  pied  à  terre,  grimpe  un  raidillon  caillou- 
teux qui,  de  lacet  en  lacet,  vous  amène  au  sommet. 
C'est  une  plate-forme  étroite,  suspendue  au-dessus 
du  vide,  balayée  des  brises  légères  de  la  mer,  encom- 
brée de  gourbis  ou  de  cahutes  en  terre  sèche.  Les 
derniers  rayons  du  jour  permettent  de  distinguer, 
au  bord  de  la  terrasse,  les  assises  d'une  vieille  mu- 
raille, l'arrachement  d'une  voûte,  les  vestiges  d'une 
porte.  Vous  êtes  sur  l'emplacement  d'une  antique 
ville  berbère.  Ces  rochers  ne  sont  pas  rares  dans  le 
pays;  les  Arabes  les  appellent  kefs^.  On  connaît  le 
kef-Teboursouk ,  le  Kef-Dougga,  le  Kef  proprement 
dit.  Les  touristes  ont  tous  vu ,  au  milieu  du  domaine 
de  l'Enfida,  non  loin  de  la  route  de  Tunis  à  Sousse, 

•  Kâf,  dans  l'arabe  du  Maghreb ,  désigne  un  rocher  abrupt  d'un 
accès  difficile. 


154  JANVIER. FÉVRIER    1809. 

le  kef  de  Takrouna.  «Ces  bastions  naturels,  abrupts 
et  faciles  à  défendre,  servent  de  Jieu  de  refuge  aux 
habitants  qui  circulent  aveclenrs  troupeaux  à  travers 
le  plat  pays.  C'est  là  que  se  dressent  ces  cités  numides 
dont  parle  déjà  Hérodote  :  on  se  les  imagine  aisé- 
ment présentant  Taspect  peu  monumental  de  nos 
villages  indigènes,  formés  comme  eux  de  gourbis 
en  chaume  et  de  masures  en  pisé,  aux  murs  de 
cailloux  et  de  boue  ^  » 

I^es  vestiges  de  muraille  que  nous  y  trouvons 
sont  du  travail  romain.  La  légion  est  venue  là,  a 
chassé  Thabitant  et  élevé  un  château  qui  garda 
longtemps  la  plaine  environnante.  L'indigène  est  re- 
venu et  s  est  mis  en  défense,  derrière  ce  qui  restait 
des  créneaux,  contre  les  collecteurs  des  taxes  de 
Byzance  et  des  gouverneurs  arabes. 

Parfois ,  peut-être ,  ils  ont  construit  quelque  chose 
qui  ressemble  à  la  gaélaa  ou  au  taqaeleth  des 
Aoulad  Daoud  de  nos  jourft^  :  un  carré  de  muraille 
un  peu  plus  élevée  et  plus  solide  que  celles  des  de- 
meures habituelles,  au  centre,  une  cour  bordée  de 
hangars  et  creusée  de  caveaux  et  de  silos.  C'est  le 
réduit  suprême  au  cas  d'une  attaque  heureuse  de 
l'onncmi,  le  magasin  qui  renferme  toutes  les  res- 
sources de  la  tribu*.  Elle  pivote  autour  de  ce  point 

^  La  Tunisie,  t.  I,  p.  297. 

*  Masqueray,  Note  sur  les  Aonlad  Daoud, 

^  «  La  destination  propre  d'un  village  des  Aoulad  Daoud  est  l'en- 
magasinement;  chacun  y  enferme,  d'abord  dans  sa  maison  privée, 
une  mince  partie  de  ses  provisions,  pais,  comiAe  les  voleurs  sont 
toujours  à  craindre,  il  en  dépose  le  principal  dans  la  forteresse 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  155 

dattache ,  l'abandonne  volontiers,  s'en  éloigne  parfois 
beaucoup,  y  revient  toujours  très  vite.  Un  coup  d'au- 
dace, une  belle  razzia  à  opérer,  l'honneur  dun  des 
siens  à  venger  peuvent  IVntraîner  dans  les  plaines 
voisines;  tous  ses  intérêts  conjures  la  rappellent  au 
village  :  il  faut  rentrer  la  récolte,  protéger  les  vieil- 
lards et  les  femmes  laissés  là-haut,  tenir  en  respect 
le  voisin  envahissant.  La  troupe  des  guerriers  décrit 
constamment  de  larges  cercles  autour  de  la  remise, 
risque  parfois  des  pointes  hardies,  mais  revient  fata- 
lement au  gîte.  Les  plus  nomades  sont  altachés  à 
un  coin  du  sol  qui  les  attire  et  les  relient. 

commune Une  guelaa  contient  à  peu  près  toute  la  richesse 

mobilière  des  Iiabitants ,  des  quantités  considérables  de  blé ,  d'orge , 
fie  laine,  de  dattes  pressées,  de  beurre,  de  viande  léchée  par  la- 
nières. (Masqueray,  /oc.  cit.) 

[La  suite  au  prochain  cahier.) 


156  JANVIER-FEVRIER  1899. 


NOUVELLES  ET  MELANGES. 


SÉANCE  DU  13  JANVIER  1899. 

La  séance  est  ouverte  à  quatre  heures  et  demie ,  sous  la 
présidence  de  M.  Barbier  de  Meynard. 

Etaient  présents  : 

MM.  Maspero  vice-président;  Decourdemanche ,  Spechl, 
I.-B.  Chabot,  Carra  de  Vaux,  Houdas,  Sonneck,  S.  Levi, 
Feer,  Halévy,  Gaudefroy  de  Monbine,  Halphen,  Clément 
Huart,    Schwab,  membres; 

M.  Drouin,  secrétaire  adjoint. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  de  décembre  dernier  est  lu 
et  la  rédaction  est  adoptée. 

Au  sujet  de  la  réimpression  de  Sidi  Khalil  dont  il  est 
paiié  au  procès- verbal ,  M.  le  Président  explique  que  cet  ou- 
vrage sert  depuis  longtemps  de  règle  aux  tribunaux  de  l'Al- 
gérie en  matière  de  jurisprudence  musulmane ,  ce  qui  a  né- 
cessité plusieurs  tirages  successifs  grâce  aux  clichés  qui  avaient 
été  conservés  du  premier  texte  arabe  imprimé  par  les  soins 
de  la  Société  asiatique  en  i855. 

Aujourd'hui  la  dernière  édition  est  épuisée  et  les  clichés 
sont  hors  d'usage  ;  on  a  reconnu  en  outre  la  nécessité  de  re- 
viser le  texte ,  et  ce  travail  a  été  entrepris  avec  une  sûreté 
d'érudition  et  un  zèle  qu'on  ne  saurait  trop  reconnaître ,  par 
un  de  nos  confrères ,  M.  G.  Delphin ,  qui  a  eu  a  sa  disposi- 
tion de  bons  manuscrits  africains  et  a  pu,  en  même  temps, 
considter  les  conmientaires  indigènes.  Toul  permet  d'espérer 
que  sa  tâche  sera  terminée  au  mois  de  mai  prochain.  M.  le 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  157 

Président  propose  donc  de  voter  la  réimpression  du  Traité 
de  jurisprudence  musulmane  de  Sidi  Kiialil  avec  les  caractères 
magrébins  et  dans  le  format  de  la  première  édition.  Celte 
publication  n'entraînera  pas  une  forte  dépense  pour  la  So- 
ciété et  sera  facilement  récupérée  par  la  vente  du  nouveau 
volume.  Le  Conseil,  acceptant  la  proposition  de  M.  le  Pré- 
sident, vote  la  réimpression  de  ce  document  important  à 
2,000  exemplaires  et  adresse  à  M.  Delphin  ses  sincères  remer- 
ciements. 

M.  de  Charencey  fait  hommage  à  la  Société  de  deux  mé- 
moires dont  il  est  Tauteur,  intitulés  : 

L'historien  Sahagan  et  les  migrations  mexicaines ,  ïn-i°.  Alen- 
çon,  1898; 

L'origine  de  la  légende  mexicaine  de  Huitzilopochtli  (Eixtr.). 
Paris,  1897. 

M.  Specht  communique  à  la  Société  un  essai  de  lecture 
d'une  légende  scythique,  jusqu'ici  non  déchiffrée,  qui  se 
trouve  sur  une  monnaie  d'argent  de  l'époque  indo-sassanide. 

M.  Feer  communique  quelques  pièces  d'un  dossier  qui  se 
trouve  à  la  Bibliothèque  nationale  (voir  ci-après,  p.  i6i). 

M.  l'abbé  J.-B.  Chabot  entretient  ensuite  la  Société  des 
inscriptions  sinaïtiques  en  général  ;  il  expose  que ,  selon  lui , 
ces  inscriptions  n'ont  en  général  aucun  caractère  religieux , 
alors  même  qu'elles  consistent  en  formules  qui ,  à  leur  origine , 
ont  pu  avoir  ou  ont  eu  réellement  un  sens  pieux.  Il  pense  que 
ces  inscriptions  ont  été  gravées  par  les  gens  d'une  tribu  na- 
batéenne  qui  se  serait  trouvée  contrainte  de  chercher  un  re- 
fuge dans  la  péninsule  à  la  suite  d'une  guerre  on  d'une  cir- 
constance tout  à  fait  accidentelle  ;  cette  tribu  ne  serait  restée 
que  peu  de  temps  dans  ces  parages ,  au  cours  du  11"  siècle  de 
noire  ère.  —  M.  Chabot  appelle  ensuite  l'attention  sur  les 
inscriptions  qui  mentionnent  des  prêtres  de  certains  dieux 
inconnus,  en  particulier  des  prêtres  du  dieu  TA  (Nn  pD). 
Il  signale  aussi  une  formule  où  il  est  question  d'un  dieu  Boa- 
ban  ou  Boubak  (plD  ou  ^313).  —   La  communication  de 


158  JANVIER-FEVRIRR   1890. 

M.  Chabot  forme  la  suite  de  ses  Notet  d^archeologie  et  d'épi- 
graphie,  qui  sera  publiée  dans  le  Joarnai  asiatique* 

M.  Halëvy  fait  observer  que,  de  la  forroe  de  certains 
noms  propres  des  inscriptions  libyennes,  il  avait  depuis  long- 
temps déjà  déduit  l'existence  d'un  dieu  portant  le  nom  de 
TA;  ce  qui  confirme  Tint^rprétotion  de  M.  Chabot. 

La  séance  est  levée  à  six  heures. 


ANNEXE  AU  PROGËS-VERBAL. 

(Séance  du   ii  novembre  1898.) 

L'ancienne  géographie  de  la  Syrie  présente  encore  maintes 
énigmes  à  l'investigation  moderne.  Je  demande  la  permission 
d'appeler  l'attention  de  la  Société  sur  les  trois  points  sui- 
vants : 

L  —  Lapana. 

Dans  une  lettre  trouvée  à  Ël-Amarna  (L.  ^7,  1.  56-59), 
Akizzi  le  gouverneur  de  Qatna  fait  part  à  Aménophis  III  (  Nam- 
niuriya) ,  de  ses  craintes  relativement  à  l'entente  de  certains 
gouverneurs  pour  soustraire  à  la  domination  égyptienne  la 
province  de  Ubé  avec  sa  capitale  Damas.  Il  écrit  :  «  0  Seigneur, 
si  Arzauya  de  Ruhizi  et  Teumatti  de  Lapana  restent  dans  le 
pays  de  Ubé,  et  Daàa  dans  le  pays  de  Amma,  que  mon  Sei- 
gneur sache  que  le  pays  de  Ubé  ne  lui  appartient  plus  I  » 
Parmi  ces  noms,  celui  de  Qatna  «petit»,  s'applique  encore 
aujourd'hui  à  plusieurs  villes  syriennes ,  tandis  que  ceux  de 
Ruhizi  («  bains  »  yn*^  ?)  et  de  Ubé  (31^?),  semblent  manquer 
dans  Tonomastique  actuelle.  Quant  au  pays  de  Amma,  je 
l'ai  i'Ientifié  avec  le  district  de  la  ville  moderne  de  fi*  'Imm 
située  sur  l'Oronte.  H  reste  la  ville  de  Lapana  assimilée  d'or- 
dinaire à  la  localité  nommée  en  grec  Ai^porif.  J'incline  à 
voir  dans  Lapana  la  forme  primitive  et  indigène  de  Rapha- 
neia  [Va(pav9ta),  petite  ville  [wi>Xl)(yiov,  Etienne  de  Byzanoe), 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  150 

également  située  surl'Oronte.  La  signification  de  ce  nom  de- 
meure très  douteuse. 


IL  —  non  Hamàih, 

T    -J 

Cette  ville  située  sur  le  moyen  Oronte  a  conservé  jusqu'à 
nos  jours ,  sous  la  forme  légèrement  modifiée  de  l'arabe  HL^ 
Ffamâ,  sou  ancien  nom  biblique  Hamâth  nçn.  Pendant  la 
période  séleucide  elle  reçut  officiellement  le  nom  d'Epipha- 
neia  (ETri^àveict)  «apparition,  célébrité».  On  croit  d'ordi- 
naire que  la  désignation  grecque  est  indépendante  du  nom 
ancien  que ,  sur  la  foi  de  la  forme  arabe ,  on  interprète  par 
«lieu  protégé,  gardé,  défendu».  J'incline  plutôt  à  supposer 
que  les  Grecs  ont  assez  fidèlement  traduit  le  nom  ancien  qui 
vient  de  la  racine  '•DD  «  voir  » ,  qui  est  fréquemment  employé 
dansl'araméensyro'palestinien ,  voiredans le  dialecte  moderne 
de  Ma'lula ,  au  nord  de  Damas,  nçn  signifie  donc  littérale- 
ment «  chose  visible ,  apparence ,  apparition  » ,  et  probablement 
aussi  «  célébrité  »  comme  le  grec  èiri^àveia»  J'ai  montré  ailleurs 
que  le  talmudique  ^^h}  n^3  «maison  de  l'apparence,  de 
l'éclat»,  ou  N^Vi  seul,  que  les  commentateurs  modernes 
identifient  avec  la  Gaule ,  n'est  autre  chose  que  la  ville  de 
Hamath-Ëpiphanie . 

m.  —  Tj^in  Hadrak. 

Le  nom  de  la  ville  de  Hadrak  ne  figure  en  apparence  qu'une 
seule  fois  dans  la  Bible.  L'auteur  prophétique  de  Zacharie  ix 
commence  son  discours  par  les  mots  suivants  :  «  (  Yahwé  ) 
posera  la  main  sur  le  pays  de  Hadrak  et  de  Damas»  (mn'') 
(pour  inm:D)n''  m:n  pt:;DTî  l"nn  V'^ÏO.  Dans  les  inscrip- 
tions assyriennes,  cette  ville ,  appelée  Hatarika ,  est  tantôt  nom- 
mée avec  la  ville  phénicienne  de  Arqa  (p'IÎ^  «  Arca  ») ,  tantôt 
avec  Damas,  circonstance  qui  semble  assigner  à  Hadrak  un 
site  parmi  les  villes  de  la  Phénicie  septentrionale.  Je  crois  ce- 
pendant être  à  même  de  signaler  le  nom  de  Hadrak  dans  un 


160  JANVIER-FEVRIER   1899. 

autre  passage  biblique  qui  fournit  le  moyen  d'en  déterminer 
mieux  la  situation.  Le  verset  Ezéchiel,  xlvit,  i5  ,  dont  l'état 
de  conservation  laisse  à  désirer,  a  été  méconnu  par  les  com- 
mentateurs, dont  quelques-uns  vont  même  jusqu'à  rejeter 
plusieurs  mots  comme  des  interpolations  postérieures.  Le 
prophète  y  trace  la  frontière  nord  de  la  Palestine ,  restaurée 
après  l'exil,  et  son  tracé  coïncide  au  fond  avec  celui  des 
Nombres  XXXIV,  7-8.  Cet  auteur  fait  tirer  une  ligne  qui  part 
de  la  mer  jusqu'au  mont  Hor  ("inn  1h)  et  descend  de  là 
en  touchant  la  ville  de  Hamath  pour  aboutir  au  point  ex- 
trême vers  l'est,  formé  par  la  localité  nommée  Sadad,  et 
existant  encore  de  nos  jours.  Dans  le  deuxième  hémistiche 
du  verset  d'Ezéchiel ,  il  faut  aussi  placer  riDn ,  qui  forme  le 
début  du  verset  suivant  a\ant  rmS.  Le  reste  porte  dans  le 
texte  hébreu  |Vpri  'îjlin  Vn3n  DTI  |D  «de  la  grande  mer 
(vers)  le  chemin  de  H^lon  (vers  l'entrée  de  Hamath  vers 
Sadad)  ».  Cette  description  étonne  d'abord  par  Tidée  bizarre 
de  fixer  un  point  géographique  par  un  chemin,  puis  par  l'im- 
possibilité de  considérer  yMtl  comme  étant  à  l'état  construit 
malgré  l'article  dont  il  est  muni.  Cette  faute  grossière  dispa- 
raît quand  on  corrige  l'absurde  ^lin  «  le  chemin  » ,  en  'îj'^'in 
Hadrak.  L'ensemble  ne  laisse  plus  rien  à  désirer.  Les  points 
de  repère  de  la  ligne  nord  sont  :  mer  Méditerranée ,  Hadrak , 
Hetlon,  Hamath,  Sadad.  A  la  désignation  antérieure  de  la 
partie  nord-ouest  par  le  mont  Hor,  Ezéchiel  substitue  les 
noms  des  localités  connues  de  son  temps,  Hadrak  et  Hetlon. 
Et  comme  cette  dernière  existe  encore  aujourd'hui  sous  le 
nom  de  el-Heitel,  située  à  deux  heures  du  bord  de  la  mer,  il 
s'ensuit  que  Hadrak  était  encore  plus  près  de  la  mer  si  ce 
n'est  pas  sur  le  bord  même,  dans  la  proximité  du  Djebel 
Arràq ,  qui  constitue  le  premier  pic  du  Liban  au  nord-ouest. 

J.  Halévy. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  161 

ANNEXE  AU  PROCES-VERBAL. 
(Séance  du  1 3  janvier  1899.) 

La  Bibliot'.ëque  nationale  a  fait  dans  ces  derniers  temps, 
l'acquisition  du  dossier  d'un  prince  indien  (aujourd'hui  dé- 
cédé) dépossédé,  il  y  a  un  quart  de  siècle,  par  le  gouverne- 
ment anglais  de  l'Inde,  Sucet  Singh,  prince  de  Cambâ  (ou 
Campa),  petit  Etat  situé  au  pied  de  l'Himàiaya  dans  la  partie 
N-E.  du  Pendjab.  Parmi  les  nombreuses  pièces  en  Hindi  et 
Urdu  qui  composent  ce  dossier,  deux  principalement  méritent 
l'attention. 

L  une  imprimée ,  en  sanskrit  avec  traduction  en  Hindi,  fait 
connaître  la  situation  du  prétendant.  Il  y  est  dit  que  son 
père  Cadhat- Singh  avait  contracté  treize  unions  avec  une 
première  épouse  qualifiée  Patlcirâni  (reine  au  turban ),  une 
deuxième  qualifiée  Mahàrànî  (  grande  reine  )  et  onze  autres  qui 
n'étaient  que  de  simples  Ràriî  (reines).  La  Mahàrànî  avait 
eu  trois  fils  :  Vajr-Singh,  mort  avant  son  père;  Çrî-Singh, 
Sucet-Singh;  une  des  Ranî  en  avait  eu  un,  Gopâl-Singh. 
Avant  de  mourir,  Cadhat-Singh  avait  sacré  roi  Çrî-Singh  et 
donné  à  Sucet-Singh  une  position  qui  faisait  de  lui  l'associé 
et  le  futur  successeur  du  prince  régnant.  Quanta  Gopàl-Singh 
et  à  la  mère  de  Gopàl-Singh ,  il  leur  avait  seulement  assuré 
des  moyens  d'existence  qui  les  réduisaient  à  la  condition  de 
simples  particuliers. 

A  la  mort  de  Çrî-Singh ,  qui  ne  laissait  aucun  descendant 
(1871),  Sucet-Singh ,  appelé  à  lui  succéder,  trouva  dans  Gopâl- 
Singh  un  compétiteur  qui  fut  soutenu  par  les  Anglais  et 
élevé  au  trône  avec  leur  appui,  mais  bientôt  (en  1878)  dé- 
posé par  eux  pour  misconduct ,  comme  dit  M.  Hunter  (Impé- 
rial Gazelle  oj'india,  III,  p.  3do). 

Une  déclaration  du  pandit  Nityànanda,  datée  du  9  Ehâ- 
(Ira  (août-septembre)  Sainvat  1938  (1872),  affirme  les  droits 
de  Sucet-Sino^h  comme  successeur  de  Crî-Sin^îh. 

L'autre  pièce ,  manuscrite  et  faite  avec  le  plus  grand  soin 
xrii.  1 1 


iii»ai»»aia  iAziu»Jkkm. 


102  JANVIëK-FëVRIER   1899. 

est  un  tableau  généalogique  de  la  famille  des  princes  de 
Cambâ.  Il  remonte  jusqu'à  Tannée  ii43  de  Tère  Samvat 
(  1087),  commence  parle  nom  de  Grî râja-saila-brahmâ  et 
se  termine  par  les  noms  des  trois  fils  de  Cadhat-Singh  et 
de  la  Mahârânî  Katoca ,  ainsi  que  du  fils  de  ce  même  Cadhat- 
Singh  et  de  la  râni  Dogarî.  Toutefois  un  point  m'embarrasse 
à  propos  de  ce  tableau  :  les  noms  des  fils  de  Cadhat-Singh 
viennent  dix-septièmes  dans  cette  liste ,  dont  le  premier  nom, 
celui  de  l'auteur  de  la  race ,  appartient  à  la  fin  du  xi'  siècle 
(  1 087).  Or,  à  compter  seulement  trois  générations  par  siècle , 
les  dix-sept  noms  ne  remplissent  guère  plus  de  cinq  à  six 
cents  ans,  ce  qui  nous  mène  au  milieu  du  xvii'  siècle  et  non 
à  la  seconde  moitié  du  xix*.  Il  manquerait  donc  six  à  huit 
noms(?). 

Position  de  la  question. 

Cadhata-Simha ,  roi  de  Campa,  mon  père,  avait  épousé 
treize  femmes.  C'est,  dans  notre  pays,  une  règle  constante 
que  la  première  épouse  du  roi  est  appelée  Pattarànî,  la 
deuxième  Mahârâni,  les  autres  sont  simplement  appelées 
Rânî. 

Parmi  ces  (treize),  celle  qui  avait  le  titre  de  Mahârânî, 
la  deuxième  épouse,  eut  trois  fils  nommés  Vajra-simha ,  Çrî- 
simha,  Suceta-siiîiha.  Parmi  les  dernières,  dites  Rânî,  une 
seule  eut  un  fils  unique,  qui  s'appelait  Gopâla-simha. 

Vajra-simha  mourut  du  vivant  de  son  père.  Alors  le  roi , 
qui  avait  donné  à  Gopâia-simha ,  dès  sa  naissance ,  en  même 
temps  qu'à  sa  mère ,  des  ressources ,  secours  et  moyens  de 
subsistance  le  réduisant  à  la  condition  d'un  particulier, 
sacra  Çrl-simha  dans  la  royauté,  et,  après  avoir  mis  le  jeune 
frère  utérin  de  celui-ci,  Suceta-simha,  sur  un  pied  conve- 
nable au  frère  utérin  d'un  roi,  s'en  alla  au  ciel. 

Gopâla-simha ,  ayant  reçu  ce  qui  lui  avait  été  donné  à  sa 
naissance  et  faisait  de  lui  un  simple  particulier,  vécut  ainsi. 
Gri-simha,  uni  à  Suceta-simha,  qui  vivait  en  commun  avec 
lui ,  exerça  la  royauté. 

Maintenant  Çri-simha  est  mort  sans  laisser  de  fils  ou  de 


NOUVKLLE?^  Et  MELANGES.       153 

petit-fils  pour  lui  succéder.  Est-ce  Suceta-simha ,  son  véritable 
continuateur,  son  frère  utérin,  qui  doit  avoir  la  royauté,  ou 
Gopâia-simha,  né  d'une  autre  mère?  Voilà  la  question. 

(Dans  la  traduction  de  cette  pièce,  les  noms  propres  ont 
été  donnés  sous  la  forme  sanscrite.  )» 

EXTRAIT  DU  TABLEAU  GENBALOGIQUË. 

Çri-Rajft-saiia-brahmâ. 
Mùsîbrahmâ. 

I 

Bhottbrahmâ. 

I 

Dronadeva. 

I 

Ganeçabrahmà. 

I. 

Pratâpasinigha. 
Virabh4na. 

1 

Baitkarna* 

I 

Janàrdaua. 
Prihvtsiâgha. 


Chatrasi&gha. 

I 

Ugrasimgha. 


Umedasimgha. 

.1 

Hâjasirôgha. 

.1 

Jftasimgha. 

!^ 

C«4baU8imgha. 
(Mahàrânî  Kaloca.)  |  [Ràiii  Dogari.) 


Vajra-Simgha.  Râjâ-Çrî-Simgha.  Suceta-Simgha.  Gupâia-Siingliu. 

(Dans  ce  tableau  ies  branches  collatérales  ont  été  omises.) 

i  1 . 


164  JANVIER-FEVRIER    1899. 

OUVRAGES  OFFERTS  À  LA  SOCIETE. 
(Séance  du  i3  janvier  1899.) 

Par  rindia  Office  :  Anniial  Progress  Report  of  the  archteo- 
logîcal  sarvey  Civcle,  north  -  western  Provinces  and  Oudh; 
June  1898.  Lucknow;  in-folio. 

—  H.  Sâstri  et  S.  Chandra  Gui,  A  descriptive  Catalogue 
of  sanskrit  manuscripts  in  the  Library  of  the  sanskrit  Collège. 
Calcutta,  1897-1898;  in-8". 

—  The  Indian  Antiquary,  July-October  1898.  Bombay; 
in4^ 

Par  la  Société  :  Bulletin  de  V Académie  impériale  des  sciences 
de  Saint-Pétersbourg,  octobre-décembre  1897,  janvier-juin 
1898;  in-4^ 

—  W.  RadlofF,  Versuch  eines  Wôrterbuches  der  tàrk-Dialecte, 
10'  Lieferung.  Saint-Pétersbourg,  1898;  in-4°. 

—  W.  Radloff  etMelioranski,  Les  anciens  monuments  turcs 
à  Kocho-Tsaïdam.  Saint-Pétersbourg,  1897;  in-4°. 

—  W.  P.  Wasilief .  La  partie  chinoise  de  la  stèle  de  VOrkhon, 
à  Kocho-Tsaïdam  et  à  Kara-Balgassoun.  Saint-Pétersbourg, 
1897;  in-4". 

-^  Bibliothèque  de  l Ecole  des  hautes  études.  Sciences  philo- 
logiques et  linguistiques ,  cxix" fascicute.  Paris,  1898;  in-8'. 

—  Comptes  rendus  de  la  Société  de  géographie.  Août-sep- 
tembre. Paris,  1898;  in-8°. 

—  Bulletin  de  la  Société  de  géographie.  3°  trimestre  1898. 
Paris,  in-8°. 

—  Mémoires  de  la  Société  de  linguistique  de  Paris,  Tome  X, 
6*  fascicule  1 898  :  in-8". 

—  Polybiblion,  parties  technique  et  littéraire;  décembre 
1 898  ;  in-8°. 

—  Transactions  and  proceedings  of  the  Japan  Society, 
Vol.  IV,  1897-1898;  Part  m.  London;  in-8°. 

—  Chambre  de  commerce  de  Lyon ,  La  mission  lyonnaise 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  165 

d'ejcploration  commerciale  en  Chine,  1896-1897 ^  Lyon  1898; 

in-4". 

—  The  Geoffraphical  Journal,  January  1899.  London; 
in-8'. 

—  Bollettino  n"  3 12.  Firenze,  1898;  in-8". 

—  Actes  du  XI'  Congrès  international  des  Orientalistes. 
Paris.  II*  section  (Langues  et  archéologie  de  TExtrôme- 
Orient).  Paris,  1898;  in-8*. 

Journal  of  the  Buddhist  Text  Society  of  India.  Vol.  IV, 
parts  III  and  IV;  vol.  V,  parts  III  and  IV.  1896-1897;  in-8". 

Par  les  éditeurs  :  Al- Machriq,  Xa/itt/i-c/-24M;a/,  1898.  Bey- 
routh; in-8". 

—  Sanscrit  critical  Journal,  November  1878.  Woking; 
in-8'. 

—  Revue  critique,  n"*  52,  53  (1898);  n"  1    (1899);  in-8". 

—  Le  Muséon ,  décembre  1 898.  Louvain  ;  in-8*. 

—  Revue  biblique ,  janvier  1899  ;  in-8". 

—  Journal  des  Savants,  novembre-décembre  1898;  in-4*. 

Par  les  auteurs  :  Paul  jVial,  Les  Lolos ,  histoire,  religion, 
mœurs,  langue,  écriture.  Chang-hai,  1898;  in-4°. 

—  S.  A.  Smirnov,  Les  légendes  turques  sur  Sainte-Sophie. 
Saini-Pétersbourg,  1898;  grand  in-4°. 

—  D.  Perron,  Balance  de  la  loi  musulmane.  Alger,  1898; 
in-8°. 

—  S.  G.  Ryvakoff ,  La  musique  et  les  chants  des  musulmans 
de  V Oural  (en  russe).  Saint-Pétersbourg,  1897;  in-A". 

—  B.  Touraïef,  Les  heures  de  l'Eglise  éthiopienne,  Saint- 
Pétersbourg  ,  1 897  ;  in-4°. 

—  G.  A.  Esov,  Le  rapport  de  Pierre  le  Grand  avec  le  peuple 
arménien  (en  russe).  Saint-Pétersbourg  1898;  in-4*. 

—  E.  Senart ,  Note  d'épigraphie  indienne  ;  fascicules  2 ,  4 
et  5  (extrait).  Paris;  1892-1899;  in-8*. 

—  J.  Sandalgian,  Uidiome  des  inscriptions  cunéiformes 
urartiques,  Rome,  1898;  in-4°. 


166  JANVIRR-FÉVRIKA   1800. 

Par  let  auteura  :  L.  W.  King,  The  lêtters  and  imeription» 

ofHammurabi.  Vol.  L  London,  1898;  in-8". 

•—  J.  Rouvier,  Rdpmiition  chronologitfne  du  monnayage  des 
rois  phéniciens  d*Arwad  avant  Alexandre  le  Grand  (extrait). 
Athènes,  1898;  in-8*. 

—  E.  Vitto,  Hassan  Kuêider,  Ditionario  dei  tripUci,  tra- 
dot'o.  Beînit,  1898;  i»i'8*. 

—  Le  même ,  Ebn  Malec,  l'AlJiiah,  tradotta  e  rommêniata, 
Beirat,  l898$in«8^ 

—  T.  Witton  Davies ,  Matjic ,  Divination  and  Demonolotfy 
among  the  Hehreirs  and  their  neighbours,  London ,  1 898  ;  in-8**. 

-^  M.  V.  Portman,  Noté  on  thê  languagês  of  the  Sonih 
Andaman  fjroiip  oftrlhes,  Calcutta,  1898;  in-8*. 

—  Dom  J.  Paritot ,  Musique  orientale.  Pari»,  1898;  in-8*'. 


SKANCE  DU  VENDREDI  10  FEVRIER  1890. 

La  léance  est  ouverte  à  4  heures  et  demie, par  M.  Barbier 
de  IVieynard,  président. 

Etaient  présents  : 

MM.  Maspero,  E.  Senai-t,  vice-présidents;  Houdas,  Clé- 
ment Huart,  Carra  do  Vaux,  Decourdemanche ,  Weii, 
M.  Schwab ,  P.  Boyer,  J.  Haiévy,  Foucher,  Claparède ,  Bœil , 
M.  Courant,  S.  Lévi,  Meiliet,  dç  Charenccy,  Halphen, 
L.  Feer,  F.  Grenard,  Guimet,  membres;  Drouîn,  secrétaire 
adjoint. 

Le  procès-verbai  de  la  séance  de  janvier  demi  r  est  lu,  la 
rédaction  en  est  adoptée. 

Est  admis  comme  membre  de  la  Société  : 

M.  Dussaud  (René),  demeurant  à  Paris,  rue  d*AnJou, 
n*  78,  présenté  par  MM.  Clermont-Ganneau  et 
Houdas. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  I«7 

Sont  ofFerts  à  la  Société  : 

Par  M.  Maurice  Courant ,  en  son  nom  personnel ,  le  tirage 
à  part  d*un  article  qui  a  paru  dans  les  Annales  des  sciences 
politiques,  intitulé:  Les  associations  en  Chine; 

Au  nom  du  collèofe  français  de  Zi-ka-weï,  le  n"  ii  des 
Variétés  sinologiques  publiées  par  cet  établissement  scienti- 
fique ,  et  qui  est  intitulé  :  Le  mariage  chinois  au  point  de  vue 
légal,  par  le  P.  Pierre  Hoang;  le  n"  i5  de  la  même  collec- 
tion intitulé  :  Exposé  du  commerce  public  du  sel  en  Chine,  par 
le  même  auteur.  M.  Courant  fait  le  plus  grand  éloge  de  ces 
publications  qui  dénotent  une  vaste  érudition  et  une  activité 
scientifique  très  remarquables  ; 

Par  Tauteur,  M.  Paul  Bœll,  une  brochure  :  Contribution  à 
V étude  de  la  langue  Lolo ,  parlée  dans  la  province  chinoise  du 
Yun-Nan  ; 

ParTauteur,  M.  Moïse  Schwab,  la  Meghillath  Taanith  «  rou- 
leau du  jeune»,  mémoire  publié  dans  les  Actes  du  Congrès 
des  Orientalistes  de  Paris ,  Î897; 

Par  Dom  J.  Parisot,  le  tirage  à  part  d'un  mémoire  dont 
le  titre  est  :  Contribution  à  l'étude  du  dialecte  néo-syriaque  de 
Tour-Abdin. 

Des  remerciements  sont  adressés  aux  donateurs. 

M.  de  Charencey  communique  à  la  Société  ses  Becherches 

sur  la  langue  Aïno,  et  établit  quelques  points  de  comparaison 
avec  la  langue  malaise  (voir  l'annexe  au  procès-verbal). 

M.  Drouin  donne  lecture  d'une  Notice  sur  les  titres  royaux 
chez  les  Indo-Scythes  (voir  ci-après). 

M.  Sylvnin  Lévi  communique  quelques  détails  sur  le  voyage 
qu'il  a  fait  dans  l'Inde  en  1898  comme  chargé  d'une  mission 
scientifique  par  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres; 
il  insiste  particulièrement  sur  sa  visite  aux  ruines  de  Rapila* 
vastu  et  au  jardin  de  Loumbini  (iNépàl),  en  compagnie  du 
D'  Fûhrer. 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 


168  JANVIER-FEVRrER  1899. 


ANNEXE  AU  PROCES-VERBAL. 


RECHERCHES  SUR  LA  LANGUE  AINO, 

Nous  nous  sommes  efforcés  dans  deux  précédents  mémoires 
de  faire  ressortir  la  parenté  de  l'Aïno  parlé  dans  Tîle  de  Yézo , 
les  Kouriles ,  le  sud  de  Tarakaï  et  la  côte  de  Mantchourie , 
avec  divers  idiomes  du  nord-est  de  l'Asie ,  spécialement  le 
Coréen  et  les  dialectes  jénisséiques  (Rotte,  Arine,  Assane, 
Ostyak  de  Pumpokolsk).  L'examen  du  Dictionnaire  coréen 
publié  à  Séoul  par  les  missionnaires  catholiques,  nous  a  dé- 
montré que  le  dialecte  parlé  dans  le  centre  de  la  Corée,  diffère 
grandement  de  celui  qui  est  en  vigueur  dans  le  sud  de  la 
péninsule  et  s'éloigne  bien  davantage  de  la  langue  Aïno. 
Bornons-nous  à  deux  ou  trois  exemples  :  Tool,  signifiant 
«  deiix  »  à  Séoul ,  diffère  plus  de  l'Aïno  Tup,  tupfcjae  la  forme 
Tu-pu  donnée  par  Klaproth  et  Balbi.  De  même  pour  Ha-na 
«un»,  d'après  le  dictionnaire  de  la  mission.  Il  ressemble 
moins  à  l'aïno  Schinep,  schinepf  [uiéme  sens),  que  le  Coréen 
méridional  i/o-c[/tt/i,  ho-tschun.  Une  remarque  identique  doit 
être  faite  pour  le  nom  de  nombre  «  cinq  » ,  qui  est  Ta-sat  à 
Séoul,  Tacha  dans  le  parler  du  midi,  et  enfin  Aschi,  aschiki 
en  Aïno. 

Maintenant  un  fait  important  à  signaler,  c'est  l'emprunt 
fait  par  la  langue  aïno,  d*un  certain  nombre  d'éléments 
lexicographiques  aux  dialectes  malayo-polynésiens.  On  pourra 
s'en  faire  une  idée  en  jetant  les  yeux  sur  la  liste  qui  suit  : 

A.,  voudra  dire  aïno.  —  J.,  japonais.  —  M.,  malais. 

i"  A.  Bai  «aller»;  M.  Api-     Tikopien;      Afi- 

M.  Pai,  m.  s.  Batta,  Apie,  etc. 

1°  A.  Ram6i  «  détruire  »  ;  h"  A.  Kotan     «endroit,     vii- 

M.  Mé-ramheh,  l&g6»; 

y  A.  Ahé  VI  feu  »  ;  M.  Kota  «  ville,  cité  ». 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  169 

5*  A.   Te ,  teké  msàn  n  ;  7°  A.  CAam6e  «  père  »  ; 

J.    Té  «main»;  J.  Sania  «Seigneur»  -  For- 

M.  Tangan  «  main  et  bras  »  ;  mosan   (  dial.  Sideia  ] , 

Javanais,  idem,  sama  «père». 

6°  A.   Eto ,  itu  «  nez  t  ;  8*  A.  Nunnu  «  sucer  »  ; 
M.  Idong,   hidong,    Milla-  M.  Lulum  «sucer». 

noyf,  udung,  9°  A.  Atté  ((donnent; 

M.  Per-idah  «  don  ». 

Jl  nous  eût,  sans  doute,  élé  facile  d'allonger  cette  liste. 
Elle  nous  fait  voir,  en  tout  cas,  que  TAïno  a  pris  aux  dialectes 
de  la  mer  du  Sud  jusqu'à  des  termes  fort  usuels ,  tels  (jue 
ceux  signifiant  «  feu»  ou  «  nez».  Parfois  même,  le  mot  ainsi 
adopté  n'a  pas  fait  tomber  de  l'usage  courant  son  synonyme 
indigène.  Tel  serait  le  cas  pour  A  hé  «  feu  » ,  qui  est  d'origine 
malayo- polynésienne.  On  l'emploie  concurremment  avec 
Undsclii  qui  avait  le  même  sens  dans  l'idiome  primitif  des  ha- 
bitants de  Yézo. 

En  tout  cas ,  si  le  Japonais  lui-même  contient  certains  élé- 
ments océaniens,  ces  derniers  semblent  moins  abondants 
chez  lui  qu'ils  ne  le  sont  en  Aïno. 

Ceci,  du  reste,  s'explique  facilement.  Pendant  plusieurs 
siècles,  sans  doute,  avant  l'établissement  de  la  race  japonaise 
dans  le  Nippon ,  les  Aïnos  ont  du  se  trouver  en  relation  intime 
avecles  émigrants  venus  du  sud.  C'est  la  conclusion  à  laquelle 
nous  mènent  les  recherches  faites  jusqu'à  ce  jour  sur  l'ethno- 
graphie de  l'Archipel  japonais.  Les  populations  semblent  s'y 
être  succédé  dans  l'ordre  suivant  : 

1°  Négrifos  analogues  à  ceux  des  Philippines  ou  des  îles 
Andaman ,  dont  M.  de  Quatrefages  a  reconnu  des  traces  parmi 
les  habitants  du  sud  de  l'Archipel  japonais  ; 

2°  Emigrants  désignés  par  les  ethnographes  sous  le  nom 
de  Pitt-dwellers  et  probablement  venus  du  nord ,  c'est-à-dire 
de  la  péninsule  du  Kamtchatka.  L'existence  antique  de  ces 
iiabiles  céramistes  ne  nous  est  révélée  que  par  leurs  poteries 
d'un  travail  si  original,  et  les  vestiges  de  leurs  habitations 
souterraines; 


170  JANVIER-FÉVRIER   1801>, 

S"*  Ainos  venus  de  la  Corée  à  une  époque  indëterminëe  et 
qui  ont  dû  occuper  tout  le  Nippon  et  îles  adjacentes  ; 

A*  Colons  malayo-polynésiens  quî  s*ëtablissent  dans  le  sud 
du  Japon  vers  le  milieu  du  vu"  siècle  avant  notre  ère.  Ils  ont 
pour  chefs  plus  ou  moins  mythiques ,  Cldn  mou-ten-wô ,  regardé 
comme  Tauteur  de  la  dynastie  des  Mikados,  et  le  roi  de  la 
mer; 

5°  Japonais  proprement  dits ,  lesquels ,  après  avoir  traversé 
la  Corée,  se  répandent  dans  TÂrchipel  un  peu  avant  notre 
ère  et  refoulent  les  Ainos  vers  le  nord. 

De  Charengey. 


OUVRAGES  OFFERTS  X  LA  SOGIST^. 

(Séance  du  9  février  1899.) 

Par  rindia  Office,  Sélections  of  the  records  of  the  Go^ 
v$rnment  of  India»  Papei's  relating  to  the  Réorganisation  of 
the educational  Service  in  India,  from  1891-1899.  Calcutta, 
1 898  ;  in-folio. 

Par  le  gouvernement  néerlandais:  Tijdschrift^  DeelXLi 
Afl,  3-6.  Batavia,  1898;  in-8% 

—  Dagh  Register, einno  1670-1671,  Batavia,  1898;  in-A". 
^  iVota/e/i,  DeelXXXVl,  Afl.  t.  4,  1898, 1  Stuk.  Batavia; 

in-8% 

Par  le  Ministère  de  l'instruction  publique ,  Ecole  française 
d'Athènes,  Bulletin  de  correspondance  hellénique,  novembre 
1898;  in-8\ 

—  Collections  scientifiques  de  l'Institut  des  langues  orientales 
du  Ministère  des  affaires  étrangères ,  publiées  par  ordre  et  aux 
frais  du  Département  asiatique  I-VIII.  Saint-Pétersbourg, 
1898;  in-8*. 

Par  la  Société  :  Bulletin  de  la  Société  da  linguistique  de  Pa- 
ris, décembre  1898;  in-8°. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  171 

Par  la  Société  :  Jonrnal  of  the  Peking  Oriental  Society, 
VoLlV,  Péking,  i898;in-8«. 

— «  Aetêsde  la  Société  philologique»  Tome  XX VU,  année 
1 898  ;  in-8". 

—  Atti  délia  Accademia  dei  Lincei»  Agoslo-Ottobre   1898. 

Roma;  in-A**. 

—  Rendiconti  délia  Academia  dfi  Lincei,  Vol.  VIÏ,  fa»c.  7- 
1 1.  Roma,  1899;  in-8'. 

~  Comité  de  conservation  des  monuments  de  l* art  arabe ,  ïfi%c. 
vt-b.  Le  Caire,  1895-1899;  in-d". 

— -  Bibliothèque  de  l'Ecole  des  hautes  études.  R.  Reuss: 
L'Alsace  au  xvii'  siècle.  II,  Paria.  1898;  in-8'. 

—  Ànalecta  Bollandiana.  Tome  XVIII,  fasc.  S.  Bruxelles, 
1 898  ;  in-8". 

—  The  Journal  ofthe  Royal  Asiatic  »SociWy.  January  1899. 
London;  in-8**. 

—  Revue  de  l'Orient  latin,  S*  année,  n*  4»  1898.  Paris; 
in-8*. 

—  Comptes  rendus  de  la  Sociéié  de  géogiYiphie ,  décembre 
1898.  Paria;  in'8-. 

Parles  éditeurs,  Revue  critique,  i-5,  Paris,    1899;  in-8*. 

—  Bollettino,  n**  3i3-3i/i  avec  Indici,  Firenze,  1899; 
iIl-8^ 

—  Al-Machriq,  Kanùn-el-thànî ,  1899.  Beyrouth;  i*^'^*' 

—  The  American  Journal  of  philology.  October,  Balti- 
more, i898;in-8°. 

-—  Revue  archéoloqiqne,  novembre-décembre  1898.  Paris; 
in-8". 

—  Revue  africaine,  i*  trimestre  1898.  Alger;  in-8". 

—  Polybihlion,  parties  technique  et  littéraire;  janvier 
l899;in-8^ 

—  American  Journ^  ofarchœol,  January-April  1898;  in-8". 

—  Al'Zhiya.  Janvier  1899.  Le  Caire;  in-8*. 

—  Thê  Sanscrit  crilical  Journal ,  Décember  1898.  Wol- 
king;  in-8*. 


172  JANVIER-FKVRIER    1899. 

Par  les  auteurs  :  Dr.  G.  Storm,  Regesta  norvegica,  Krono- 
logisk  Fortegnelse  over  Documenter  vedkommende  Norge ,  Nord- 
maend  og  den  norske  Kerkenprovins ,  I,  ggi-iîiGS.  Christiania, 
1898;  in-4^ 

—  Fr.  Rem ,  Innisau  Valimat  von  Mohammed  Bey  'Os- 
man Gelâl ,  neuarabische  Bearbeitung  von  Molière*s  Femmes 
savantes,  transkribiert ,  ûbersetzt,  eingeieitet  und  mit  einem 
Glossar  versehen.  Leipzig,  1898:  in-8". 

—  Charencey,  L'origine  de  la  légende  d'Haitzlipochtli  (ex- 
trait). Paris,  1897;  in-8°. 

—  Le  même.  L'historien  Sahagan  et  les  migrations  mexi- 
caines. Alençon,  1898.  in-4". 

—  Saphus  Bugge ,  Norges  Indskrifter  med  de  aeldere  Runes 
4*  Mefte  Christiania,  1898;  in-4°. 

—  M.  J.  de  Goeje,  Arîb,  Tabari  continaatus.  Lugduni- 
Batavorum,  1897;  in-8°. 

—  J.  Halévy,  Revue  sémitique ,  iomyier  1899.  Paris,  in-8*. 

—  H.  Cordier,  In  memoriam  Charles  Schefer.  1820-1898, 

Paris,  1899;  ^"  ^°* 

—  E.  Gourlian ,  Grammaire  complète  de  la  langue  nCzahite 
comparée  dans  ses  parties  essentielles  aux  dialectes  kahile  et  ta- 
machek.    Miiiana,  1898;  in-8°. 

—  Ch.  Clermont-Ganneau ,  Recueil  d'archéologie  orien- 
tale-, tome  I,  1888;  tome  11,  1898;  tome  111,  liv.  i-5, 
Paris  1899;  in-8*'. 

—  E.  Mittwoch,  Prœlia  Arahum  paganorum,  Berolini, 
i899;in-8°.  ^ 

—  01.  Benoit,  L'Ecole  homicide,  2"  édition  avec  Appen- 
dice, Paris;  in-8°. 

—  Le  même.  Un  professeur  pour  3,000  élèves.  Paris;  in-8*. 

—  J.  Rnebel,  Babad  Pasir  (texte  et  traduction),  1  Stuk. 
Batavia,  1898;  in-8". 

—  F.  Grenard,  Mission  scientifique  dans  la  Haute-Asie 
avec  Appendices  scientifiques.  T.  111,  Paris,  1898;  in-8". 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  173 


NOTE 
SUR  UNE  VERSION   TURQUE  DU  «LIVRE  DESBNDABAD». 

Parmi  les  nombreuses  recensions  du  «  Livre  de  Sendabad  » 
Roman  des  sept  Vizirs  ou  Roman  des  sept  Sages,  une  version 
persane  anonyme  en  vers,  datée  de  776  de  l'hégire  (A.  D. 
1374-1375),  a  été  analysée  pir  Falconer  Forbes,  sous  le 
titre  de  Sindibad-Nameh  en  i84i,  dans  les  tomes  XXXV 
et  XXXVI  de  The  Asiatic  Journal, 

Cette  analyse,  faite  d'après  un  manuscrit  de  l'East-India 
Office ,  a  été  complétée  par  W.  A.  Clouston  dans  son  ouvrage  : 
The  hook  of  Sindibad  or  the  Story  of  the  king,  his  son,  the 
damselj  and  the  seven  vazirs.  (Glascow,  i884)  Plusieurs 
contes  ou  fragments,  restés  inaperçus  pour  M.  Forbes,  ont 
été  signalés  par  M.  Clouston.  Malgré  cela  un  nombre  im- 
portant de  lacunes  existent  dans  le  manuscrit  et  n'ont  pu 
être  comblées.  Elles  font  obstacle  à  une  comparaison  continue 
entre  la  version  persane  et  les  autres  recensions  du  livre  de 
Sendabad. 

Mais  le  rédacteur  de  la  présente  note  a  pu  se  procurer 
un  manuscrit  turc  où  est  contenu  un  texte  intégral  en  prose , 
parallèle  à  celui  de  la  version  persane. 

L'auteur,  un  certain  Méhémet  Abdoul  Kérim  ben  Mé- 
hémet,  déclare  avoir  écrit  son  œuvre  —  traduction  du  déri 
et  du  persan  —  à  laquelle  il  donne  le  titre  de  ^Li^ill  SXsê 
«  Présent  aux  Meilleurs  » ,  sous  le  règne  du  sultan  Soliman 
ben  Séliiiu  II  la  dédie  au  Chah-Zadé  Bayézid,  fils  du  sultan 
Sofiman.  Comme  le  prince  Bayézid,  fils  de  Sofiman  I  le  légis- 
lateur,  fut  exécuté  le  26  septembre  i56i,  d'après  l'histoire 
ottomane  de  M.  de  Hammer,  cela  donne,  pour  la  date  de  3a 
traduction  turque,  une  époque  un  peu  antérieure  à  ce  fait. 

En  vue  de  donner  une  idée  du  contenu  du  manuscrit  turc 
il  nous  semble  utile  de  fournir  la  liste  des  récits  qu'il  con- 
tient. 

Pour  faciliter  la  comparaison ,  nous  mettrons ,  en  regard 


174 


JANVIER-FÉVRIER   1899. 


du  numérotage  ordinal  des  contes  dans  la  rédaction  turque , 
celui  applicable  au  même  récit  :  i"  Dans  la  recension  grecque 
de  Syntipas,  édition  Boissonnade,  Paris,  i8a8;  a"*  Dans  le 
Roman  des  sept  Vizirs ,  inséré  dans  Tédifion  arabe  des  Mille 
et  «fie  Naits,  publiée  à  Boulac  en  i3oa. 


REOITATBDR 

turc. 


TURC.        GRBC. 


ARABK. 


TITRB. 


Sindabad. 


1 

3 


Manque. 
Idem* 


Manque. 
Idmn^ 


Idem,  Idem, 


Grand  viiii*. 

4 

Idem. 

Idem. 

i"  vizir. 

5 

2 

2 

Idem. 

6 

5 

6 

Dame  i. 

7 

3 

3 

2"  viiir. 

8 

16 

ao 

9 

8 

9 

Dame  a. 

lO 

6 

7 

y  vizir. 

11 

i3 

Manque. 

Idem. 

12 

1 1 

12 

Dame  3. 

i3 

12 

Manque. 

4'  vizir. 

ih 

10 

11 

Idem. 

i5 

1 1 

12 

Dame  4* 

i6 

7 

8 

5*  viiir. 

*7 

4 

5 

Idem. 

i8 

Manque. 

Manque. 

Dame  5. 

19 

lÔ 

Manque. 

6*  vizir. 

20 

18 

18 

Idem. 

21 

i4 

22 

Dame  6. 

22 

9 

10 

7*  vixir. 

53 

1 

1 

Idem. 

24 

»9 

Manque. 

Prince. 

25 

20 

24 

Idem. 

26 

Manquf*. 

Manque* 

Le  Renard  et  le  Singe. 

Le  Renard,  k  Chameau  et 

le  Loup* 
Le  Roi  de  Cachemire  et  le 

Cornac. 
Le  Roi  des  Singes. 
La  Femme  et  le  Perroquet. 
Le  Soldat,  son  Valet  et  la 

Femme. 
Le  Foulon  qui  se  noie. 
Les  deux  Perdrix. 
La  Femme  et  TÉpicier. 
Le  Prince  et  la  Goule. 
Le  Chat  qui  tue  un  serpent. 
Le  Mari  mené  chex  lui. 
Le  Singe  et  le  Sanglier. 
Le  Prince  et  le  Baigneur, 
La  Vieille  et  la  Chienne. 
La  Goutte  de  miel. 
Les  Gâteaux. 
Les  Bracdets  enlevés* 
Le  Voleur,  le  Singe  et  le 

Lion. 
Les  trois  Souhaits. 
Le  Manteau  brtiié. 
Le  Prince  métamorphosé. 
La  trace  du  Lion. 
Les  ruses  des  Femmes. 
Le  venin  du  Serpent. 
L*Enfant  dans  ie  puits. 


Prince. 

27 

Idem. 

28 

Idem, 

29 

Idem. 

3o 

Idem. 

3i 

Sindabad. 

32 

NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  175 

.  TURC.        GREC.  ARABK.  TITRE. 

turc* 

2  1  36        L'Enfant  de  trois  ans. 

22  27        La  Bourse  volée. 

2  3  25        Le  Marchand  de  santal. 

Manque.    Manque.   La  Princesse  et  ses  quatre 

sauveteurs. 
3/1  Idem,      Le  Renard  qui  fait  le  moH. 

25  Idem,      Le  Roi  et  le  Voleur  fils  de 

vizir. 
—  33      Manque.       Idem.      La  Huppe  et  le  Dévot. 

Nota.  La  31*"  histoire  du  turc,  le  Renard  qui  fait  le  mort, 
manque  dans  l'édition  des  Mille  et  une  Nuits ,  de  Boulac,  mais  ell;? 
est  la  dernière  du  Roman  des  sept  Vizirs,  contenu  dans  l'édition 
arabe  des  Mille  et  une  Nuits,  publiée  à  Breslau  par  Habicht. 

Dans  l'édition  de  Boulac ,  comme  dans  Syntiptis ,  les  deux  récits , 
n°  1 5  et  12  du  turc  :  la  Vieille  et  la  Chienne ,  et  le  Mari  mené 
chez  lui,  sont  fondus  en  un  seul,  le  12*  de  Boulac,  le  1 1'  de  Syn- 
tipas. 

Vingt  des  récits  du  turc ,  correspondant  ainsi  à  dix-neuf  par 
suite  de  la  réunion  de  deux  récits  en  un  seul ,  se  retrouvent 
dans  les  recensions  de  Boulac  ou  de  Breslau  et  de  Syntipas. 
Il  y  a  lieu  de  remarquer  que  ces  dix -neuf  récits  sont,  en 
même  temps ,  les  seuls  qui  soient  communs  à  ces  deux  derniers 
recueils. 

Cinq  récits  du  turc,  les  ii%  i3*,  19*,  2 4*  et  32%  sont 
fournis  par  Syntipas  et  font  défaut  dans  l'édition  de  Boulac. 
Comme,  d'autre  part,  aucun  récit  rencontré  dans  Boulac 
el  manquant  dans  Syntipas  ne  se  trouve  dans  le  turc,  on 
peut  en  concluj'e,  en  ce  qui  concerne  la  classification  des 
diverses  versions  du  livre  de  Sendabad ,  que  le  turc  appartient 
au  groupe  dont  le  type  est  fourni  par  Syntipas  et  non  pas 
à  celui  représenté  dans  l'édition  de  Boulac. 

Ënfm  le  turc  donne  huit  récits  qui  ne  se  rencontrent  ni 
dans  la  version  de  Boulac,  ni  dans  celle  de  Syntipas,  savoir: 


176  JANVIER. FEVRIER  1899. 

le  i",  le  Renard  et  le  Singe;  le  2%  le  Renard,  le  Chameau 
et  le  Loup  ;  le  3%  le  Roi  et  le  Cornac  ;  le  4*,  le  Roi  des  Singes  ; 
le  i8%  les  Bracelets  enlevés;  le  26%  TEnfant  dans  le  puits; 
le  3o%  la  Princesse  et  ses  quatre  sauveteurs  ;  enfin  le  33%  la 
Huppe  et  le  Dévot. 

Mais  si  l'on  rapproche  la  rédaction  turque  de  celle  persane , 
analysée  par  Forbes  et  Clouston ,  on  trouve  une  identité  par- 
faite en  ce  qui  concerne  et  les  récits,  et  Tordre  dans  lequel 
ils  se  présentent;  à  cela  près  qu'ils  sont  complets  dans  le 
turc  et  souvent  tronqués  ou  manquent ,  par  suite  des  lacunes 
du  manuscrit,  dans  le  persan. 

Plusieurs  des  principales  différences  sont  à  signaler  : 

i"  Dans  le  persan  manque  complètement  le  4'  récit  de  la 
Dame ,  donné  par  le  turc ,  1 6'  conte  :  la  Goutte  de  miel  ; 

2*  Dans  le  persan  manquait  le  premier  récit  du  5"  vizir 
que  donne  le  turc,  17'"  conte  :  les  Gâteaux.  M.  Clouston  a 
placé  là  (p.  63,  op.  cit.)  un  fragment  rencontré  ailleurs  dans 
le  manuscrit.  Il  s'agit  d'une  fenMne  à  laquelle  on  coupe  les 
cheveux  dans  une  scène  de  débauche,  elle  feint  de  se  les 
être  coupés  sur  la  nouvelle  supposée  de  la  mort  de  son  mari. 
Peut-être  ce  fragment,  sans  relation  avec  aucune  autre  des 
recensions  connues  du  livre  de  Sendabad,  a-t-il  été  simplement 
relié  par  erreur  dans  le  manuscrit  de  la  version  persane,  où 
déjà  des  déplacements  de  feuillets  sont  constatés; 

3°  Enfin  les  3i%  32*  et  33'  récits  du  turc  ne  se  retrouvent 
pas  dans  le  persan. 

Ils  comblent  les  lacunes  signalées  par  M.  Clouston  pages 
1 10  et  112,  op,  cit. 

Le  33'  récit  du  turc  lui  est  absolument  spécial  et  nous  ne 
l'avons  retrouvé  dans  aucune  des  recensions  du  livre  de 
Sendabad. 

Il  s'agit  d'une  huppe  orgueilleuse,  disciple  d'un  ascète. 
Celui-ci  l'avertit  de  la  poursuite  de  chasseurs:  elle  se  vante 
de  leur  échapper  par  sa  finesse,  mais  elle  est  prise  au  piège 
inattendu  d'un  enfant.  Elle  reconnaît  ses  torts  et  l'ascète  la 
défivre. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  177 

Comme  remarque  fmaie  notons  que  ia  8'  histoire  du  turc 
et  du  persan  :  les  deux  Perdrix ,  di£Père  très  sensiblement  des 
versions  de  la  fable  des  deux  Pigeons  contenues  dans  Boulac 
(20*)  et  Syntipas  (i6*). 

J.-A.  Dbgourdemanghe. 


Le  Comité  de  rédaction  n'a  pas  voulu  refuser  l'hospitalité  à  la 
notice  suivante  pleine  d'une  admiration  sincère  et  bien  légitime 
pour  les  travaux  de  Bergaigne,  Mais  les  lecteurs  du  Journal  asia- 
tique sauront  aussi  se  rappeler  quelle  part  importante  revient  aux 
collaborateurs  de  notre  regretté  confrère  notamment  dans  le  déchif- 
frement des  inscriptions  khmèr  et  dans  la  création  toute  récente 

de  la  mission  archéologique  d'Indo-Chine. 

B.M. 

L'OEUVRE  D'ABEL  BERGAIGNE  ET  l.'INDO-GHINE    FRANÇAISE. 

a 

La  société  des  Rosati  et  le  comité  du  monument  de  Vimy 
en  mémoire  de  Bergaigne ,  viennent  de  réunir  en  un  fasci 
cule  les  discours  prononcés  lors  de  la  cérémonie  d'inaugura- 
tion (9  octobre  1898J. 

L'œuvre  de  G.  Engrand  reproduit  les  traits  du  savant  ;  la 
publication  reproduit  sa  vie  et  ses  travaux. 

M.  £m.  Senart  nous  a  montré  Tbomme  et  son  état  d'âme 
si  éprise  de  poésie  en  même  temps  que  de  science.  Il  n'a 
fait  que  citer  la  traduction  inachevée  du  Rig-Véda. 

M.  Michel  Bréal  a  indiqué  comment  la  linguistique  con- 
duisit Bergaigne  à  l'étude  du  sanscrit. 

M.  Barbier  de  Meynard  a  ënuméré  les  mérites  de  Tauteui* 
de  La  religion  védique  et  du  Manuel  de  langue  sanscrite, 

M.  Victor  Henry  a  rappelé  le  pas  décisif  que  Bergaigne  fit 
faire  à  l'histoire  des  religions  et  surtout  à  celle  du  brahma- 
nisme et  du  bouddhisme. 

M.  Boucher  Cadart  a  rendu  un  cordial  hommage  au  savant 
compatriote. 

XIII.  i  2 


iMraiMkaiB  atTiusAL* 


178  JANVIER-FEVRIER    1899. 

M.  Ansart,  maire  de  Vimy,  a  remercié  le  comité  et  salué 
i* enfant  de  la  localité. 

M.  L.  Bourgeois  a  loué  Tindianiste  et  le  poète,  le  chef 
d'école ,  en  termes  délicats  et  élevés. 

M.  Victor  Barbier  rappela  en  ses  vers  les  origines  et  les 
phases  de  la  vie  de  Bergaigne. 

Enfin ,  M.  Marc  Legrand  parla  en  poète  du  poète  traduc- 
teur de  Sacountala. 

A  côté  de  ces  brillantes  allocutions ,  j'aurais  voulu  voir  fi^ 
gurer  la  notice  historique  de  M.  Wallon. 

En  résumant  les  commentaires  quelles  contiennent,  le 
besoin  apparaît  de  les  compléter:  i*  en  mettant  en  relief 
Tune  des  grandes  œuvres  de  Bergaigne ,  laissée  un  peu  trop 
dans  Tombre;  et,  a°  en  signalant  une  nouvelle  création  à 
laquelle,  se  rattache  l'œuvre  de  Bergaigne.  En  montrant  la 
voie ,  il  n'a  pas  été  étranger  à  cette  fondation  et  il  lui  en 
revient  une  part  d'honneur  posthume. 

I 

Cette  œuvre  indo-chinoise  de  Bergaigne  c'est  la  publica- 
tion dans  le  Journal  asiatique  (1887,  ^*  ^^)  ^^  ^^  Chronologie 
des  rois  Kiams  (  ou  Tjams  )  et  l'essai  sur  V Histoire  du  royaume 
de  Tsiampa, 

«  Bergaigne ,  dit  M.  Senart ,  fut  l'interprète  patient ,  le 
lumineux  explorateur  des  documents  épigraphiques  que  nous 
livrait  le  Cambodge.  » 

«  Il  prit ,  dit  M.  Barbier  de  Meynard ,  une  part  active  à 
l'histoire  du  Cambodge  pendant  sept  siècles  et  au  déchiffre- 
ment de  la  riche  collection  épigraphique  dont  nous  sommes 
redevables  à  M.  Aymonier.  »  M.  V.  Henry  les  rappelle  d'un 
mot. 

«  Le  trait  caractéristique  de  son  esprit,  dit  M .  B.  de  Mey» 
nard,  fut  l'indépendance,  l'originalité,  l'initiative  hardie. • 

Ce  caractère  apparaît  surtout  dans  son  histoire  des  Tjams 
et  voici  comment  : 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  179 

Dans  son  exploraticm ,  M.  Aymonier  n*avait  pas  seidement 
recueilli  des  inscriptions  au  Cambodge ,  il  en  avait  rapporté 
de  précieuses  do  l'Annam  cJji  sud,  des  régions  cjui  séparent 
la  Cochiuchino  de  !  [ué  et  surtout  des  deux  provinces  du 
Tliuan  Klianh  où  vivent  les  derniers  habitante  de  la  race 
jaune  et  où  se  dressent  les  ruines  les  plus  nombreuses  de 
leurs  antiques  monuments. 

Or  ces  inscriptions  étaient  restées  indéchiffrables ,  on  n'a- 
vait pas  la  clef  de  cette  écriture;  cette  clef,  c'est  Bergaigne 
qui  la  découvrit  et  qui  s'en  servit  pour  o  déchirer  les  enve- 
loppes et  lever  les  voiles  de  Thistoire»  comme  Ta  dit  M.  L. 
Bourgeois. 

J'avais  signalé,  dès  1868,  étant  en  Cochinchîne,  tout 
l'intérêt  des  recherches  à  entreprendre  sur  la  civilisation  des 
Tjams,  ce  peuple  qui  a  précédé  les  Annamites  en  Annam. 
Ces  recherches ,  M.  Aymonier  les  avait  entreprises  avec  suc- 
cès de  i883  à  1886.  De  1886  à  1887,  ^®  ^^^  Bergaigne  qui 
étudia  les  inscriptions  rapportées.  Il  reconnut  que  la  langue 
et  l'écriture  de  ce  peuple,  datant  de  plus  de  i,5oo  ans, 
étaient  dérivées  du  sanscrit  et  des  dialecies  de  l'Inde  du 
sud  11  en  fit  la  transcription;  il  établit  que  ces  documents 
Japidaires  dataient  du  m*  au  xv*  siècle  de  notre  ère,  que  les 
plus  anciennes  inscriptions  étaient  en  vers  sanscrits  et  que 
celles  postérieures  au  ix*  siècle  étaient  en  prose.  11  put  ainsi 
donner  les  noms,  les  titres  et  la  généalogie  des  rois,  princes  et 
princesses  qui  avaient  élevé  ces  monuments,  et  il  démontra 
que  chez  les  Kiams  dominait  le  civaisme  en  même  temps 
que  le  culte  de  Vishnou,  celui  de  Uma  ou  Parvati  et  celui  de 
Laksmy,  leurs  épouses. 

Cette  découverte  de  Bergaigne  n'était  pas  seulement  pré- 
cieuse au  point  de  vue  de  la  science ,  de  la  linguistique  et  de 
l'histoire  ;  mais  elle  avait  lieu  au  moment  où  nous  venions 
d'établir  notre  protectorat  en  Annam,  comme  nous  l'avions 
établi  vingt-trois  ans  auparavant  au  Cambodge. 

fin  outre,  l'impulsion  était  donnée.  D'autres  Français 
poursuivaient  les  recherches  commencées  et  retrouvaient  les 

12 . 


180  JANVIKR-FÉVRIER    1899. 

vestiges  des  Kiams  au  nord  de  la  capitale  de  rAnnam  et 
jusque  dans  le  Tonkin.  Une  mission  archéologique  était 
subventionnée  par  le  iMini stère  de  Tinstruction  publique. 
D*autres  monuments  étaient  découverts  et  de  belles  inscrip- 
tions retrouvées,  rapportées  et  déchiffrées. 

Voilà  rœuvre  propre  de  Bergaigne  relativement  à  Tlndo- 
Chine  française. 

a 

II 

En  ce  qui  concerne  la  création  dont  nous  avons  parlé, 
elle  est  due  aux  travaux  de  M.  Aymonier,  de  plusieurs  explo- 
rateurs aussi  savants  qu*artistcs  et  aussi  à  leur  lumineux  ini- 
tiateur et  interprète  :  Bergaigne. 

M.  Doumer,  Gouverneur  général  de  Tlndo- Chine,  vient  en 
eflct  de  donner  une  large  satisfaction,  en  janvier  1899,  ^^ 
vœu  émis  en  séance  j)lénière  par  le  Congrès  des  orientalistes 
réunis  en  1897  à  Paris.  Ce  vœu  résultait  de  la  proposition  de 
MM.  Aymonier,  Lefèvre-Pontalis  et  Lemire.  Le  Gouverneur 
général  a  décidé  qu'une  mission  archéologique  permanente 
serait  entretenue  en  Indo-Chine  aux  frais  du  budget  général. 
Elle  serait  constituée  et  contrôlée  par  l'Académie  des  inscrip- 
tions et  belles  lettres ,  qui  vient  d'en  nommer  le  directeur. 

Elle  se  composera  d'élèves  envoyés  sur  place;  elle  aura 
pour  objet  l'étude  des  monuments,  des  documents  épigra- 
phiques,  des  langues  et  dialectes,  des  races  anciennes  et 
modernes  de  l'Indo-Chine.  Elle  proposera  les  mesures  de 
conservation  de  ces  monuments  et  de  ces  ruines  si  curieuses. 
Ainsi  la  France  protectrice  sera  fidèle  à  ses  traditions  en  fa- 
veur de  l'art  et  de  la  civilisation  des  peuples  nouvellement 
placés  sous  son  égide. 

«  Le  nombre  est  bien  petit,  a  dit  M.  Senart,  de  ceux  qui 
se  sentiront  appelés  à  fouler  les  sentiers  de  Bergaigne ,  mais 
le  savant  ne  sépare  jamais  l'ambition  des  découvertes  scien- 
tifiques du  dévouement  le  plus  passionné  au  pays.  » 

Les  découvertes  scientiliques  de  Bergaigne  auront  bien 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  181 

servi  son  pays,  la  métropole  et  la  France  d'outre-mer, 
comme  elles  ont  servi  la  science  des  indianistes  de  tous  pays. 

«D autres  disciples,  a  dit  M.  Michel  Bréal,  sont  venus; 
l'horizon  s'est  élargi  grâce  aux  progrès  de  la  science  et  aux 
voyages  lointains  devenus  plus  faciles.  De  nouvelles  espé- 
rances ont  surgi ,  mais  si  tout  ce  que  nous  désirons  et  rêvons 
se  réalise,  une  grande  part  devra  en  être  reportée  à  Ber- 
gaigne ...» 

Ces  paroles  étaient  prononcées  le  9  octobre  et  l'année 
n'était  pas  écoulée  que  le  désir  et  le  rêve  se  réalisaient ,  en 
ce  qui  concerne  notre  vaste  domaine  indo-chinois. 

«  Ainsi  le  nom  grandit  à  la  mort  du  savant  !  »  a  chanté 
Marc  Legrand.  «  C'est  que ,  reprit  M.  L.  Bourgeois,  Bergaigne 
est  un  chef  d'école.  Et  il  est  mort  en  montant  encore  vers 
les  sommets  !  » 

Bergaigne  était  peu  connu  en  France,  en  dehors  de  la 
Sorbonne ,  de  l'Académie ,  des  sociétés  asiatiques  ;  on  l'igno- 
rait presque  dans  le  Pas-de-Calais ,  son  pays  natal.  Mais  on  le 
connaissait  en  Indo-Chine  depuis  1887,  et  voici  maintenant 
que  ses  travaux  originaux  sur  ce  pays  vont  être  continués  sur 
place  par  un  groupe  permanent  de  disciples  qui  travaille- 
ront aussi  pour  la  science  et  pour  le  pays. 

11  n'était  donc  pas  hors  de  propos  d'exposer  sommaire- 
ment toutes  ces  considérations  qui  relèvent  encore  à  nos 
yeux  l'homme  et  son  œuvre  et  qui  nous  la  montrent  «  du- 
rable ».  Elles  augmentent  le  mérite  des  hommes  d'initiative 
du  comité,  MM.  Hamy,  Senart,  Bourgeois,  Wallon ,  Bréal , 
B.  de  Meynard,  Aymonier,  etc.  qui  ont,  en  élevant  à  Ber- 
gaigne un  monument,  perpétué  dignement  sa  mémoire. 

Constatons  enfin  que,  dans  l'hommage  rendu  à  notre  grand 
indianiste ,  la  Belgique ,  la  Suisse ,  l'Allemagne ,  l'Autriche , 
l'Angleterre ,  la  Hollande ,  les  Etats-Unis ,  les  Indes ,  l'Indo- 
Chine  ont  pris  une  part  effective.  Aussi  «l'idée  maîtresse» 
que  M.  Boucher-Cadart  a  déclaré  se  dégager  de  cette  inau- 
guration, c'est  V union  de  tous  ceux  qui  ont  apprécié  Ber- 
gaigne et  son  œuvre.  Cette  œuvre  a  resserré  plus  étroite- 


182  JANVIER-FÉVRIER   1899. 

ment  lunioii  de  Tlndo-Gliine  avec  la  mère-patrie.  Nous  qui 
comptons  parmi  les  ouvriers  de  la  première  heure,  nous  de- 
vons grandement  le  répéter  et  nous  en  féliciter. 

A.  Lemire. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Recueil  de  consultations  jubidiques  relatives  k  la 
CONDITION  des  «  OUAQF  » ,  publié  par  les  soins  du  Protectorat. 
Texte  arabe.  Tunis,  1898. 

Le  traditionniste  El-Bokhâri  rapporte  que  Mahomet  lui- 
même,  indiqua  au  futur  khalife  Omar  ben  Elkhettab,  le 
moyen  de  consacrer  à  perpétuité,  en  faveur  des  pauvres,  les 
revenus  d'un  champ  de  palmiers  et  d*en  faire  ainsi  le  pre- 
mier oaacif  institué  dans  le  monde  musulman.  L'exemple 
donné  par  un  aussi  célèbre  personnage  ne  pouvait  manquer 
d'être  suivi.  Les  fondations  pieuses  se  multiplièrent  avec 
une  extrême  rapidité  pendant  les  époques  de  grande  ferveur 
religieuse;  aujourd'hui  encore,  malgré  une  tiédeur  plus 
grande  de  la  foi,  la  pratique  de  ces  œuvres  charitables  est 
loin  d'avoir  complètement  disparu.  Il  convient  d'ailleurs 
d'ajouter  que,  sans  les  ressources  que  procure  cette  insti- 
tution ,  il  serait  impossible ,  dans  la  plupart  des  pays  musid- 
mans,  de  pourvoir  aux  frais  de  la  charité  publique,  à  l'en- 
tretien des  édifices  du  cuite  et  au  salaire  de  ceux  qui  y  sont 
attachés. 

Mais,  à  côté  de  cet  avantage  indiscutable,  les  ouaqf  pré- 
sentent au  point  de  vue  économique  de  graves  inconvénients. 
Le  détenteur  de  ces  biens  de  mainmorte  n'en  a  que  l'usu- 
fruit; il  ne  peut  en  aucune  façon  disposer  de  la  nue-pro* 
priéié  et  n'a,  par  suite,  aucun  intérêt  à  ménager  ou  i  amé- 
liorer la  valeur  du  fonds  qu'il  occupe.  Tous  ces  efforts  aç 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  1S3 

bornent  donc  à  faire  donner  au  bien  le  maximum  de  son 
produit,  sans  s*inquiéter  de  l^ëpnisement  du  sol  ou  de  la 
ruine  prochaine  des  constructions,  car,  le  plus  souvent,  peu 
lui  importe  la  situation  du  dévolutaire  appelé  à  lui  succéder 
dans  son  exploitation. 

Il  arrive  ainsi  qu'après  un  temps  plus  ou  moins  long  le 
dépérissement  de  Timmeuble  constitué  en  oaaqf,  devient  td 
que  les  administrateurs  n'en  tirent  plus  un  revenu  saffisant 
qui  leur  permette  de  se  conformer  aux  volontés  du  donateur, 
ou  même  de  faire  face  aux  charges  qui  grèvent  le  bien.  Si 
les  jurisconsidtes  musulmans  n'avaient  été  unanimes  pour 
accorder  force  de  loi  aux  stipulations  verbales  ou  écrites 
énoncées  lors  de  la  fondation ,  il  eût  été  aisé  de  remédier  à 
cet  état  de  choses.  Malheureusement  il  n'en  est  pas  ainsi  : 
car,  en  même  temps  qu'il  était  libre  de  fixer  à  son  choix  la 
série  des  dévolutaires;  le  fondateur  se  trouvait  pour  ainsi 
dire  obligé ,  de  par  la  tradition ,  de  déclarer  que  son  bien  ne 
serait  transmissible  par  aucune  des  voies  légales,  vente,  do- 
nation ou  succession.  Sans  doute  certains  docteurs  admettent 
le  oaa^ temporaire,  mais  cette  doctrine  a  rencontre  peu  de 
partisans  et ,  en  fait ,  le  oaaqf  éternel  est  à  peu  près  le  seul 
en  usage. 

Depuis  longtemps ,  les  musulmans  se  sont  émus  de  cette 
extension  incessante  d'un  régime  immobilier  qui  tendrait  à 
couvrir  le  territoire  de  terres  en  friches  et  de  maisons  en 
mine.  On  pouvait  prévoir  que  ces  immeubles,  retirés  pour 
ainsi  dire  de  la  circulation,  finiraient  par  être,  dans  un 
nombre  de  siècles  limité,  l'unique  forme  de  la  propriété 
immobilière  et  une  statistique  récente  nous  montre  qu'un 
dixième  de  la  superficie  utilisable  de  la  Régence  de  Tunis  est 
d'ores  et  déjà  immobilisé  par  des  fondations  pieuses.  Com- 
ment, sans  enfreindre  le  principe  rigoureux  de  l'inaliéna- 
bilité ,  était-il  pennis  d'utiliser  ces  vastes  espaces  plus  ou 
moins  ruinés  et  de  leur  rendre  leur  ancienne  prospérité  P 
L'embarras  était  grand ,  car  on  considérait  les  baux  à  long 
terrn^  comme  entachés  d'illégalité  et  la  location  à  court 


184  JANVIER. FEVRIER    1899. 

terme  (trois  ans  au  maximum,  ia  seule  autorisée  pari  usage) 
loin  d*être  un  remède  ne  faisait  qu*aggraver  le  mal. 

Les  souverains  musulmans  eurent  alors  recours  à  un 
moyen ,  singulier  en  apparence ,  et  cependant  conforme  aux 
idées  que  se  font  les  musulmans  de  la  puissance  législative. 
Chez  eux,  en  effet  le  Coran  et  la  Sounna  sont  les  bases 
primordiales  de  la  loi  et  revêtent  un  caractère  sacré  ;  mais 
la  formule  pratique,  le  texte  de  Tarticle  du  code,  si  je 
puis  m*exprimer  ainsi ,  a  été  élaboré  par  des  savants  dont 
Topinion  a  été  admise  à  raison  de  leur  valeur  personnelle  et 
nullement  par  suite  d*un  droit  de  légiférer  dont  personne 
n  est  investi  d*une  manière  formelle  dans  le  monde  musul- 
man. C'est  eu  vertu  de  cette  conception  particulière  que 
Vidjma*  et  le  giyâs  ont  contribué  à  Télaboration  du  code  mu- 
sulman et  qu*aujourd'hui  encore  le  mufti  peut  introduire 
dans  la  législation  des  dispositions  nouvelles ,  à  la  condition , 
bien  entendu,  de  ne  pas  violer  les  principes  fondamentaux 
exposés  dans  le  Coran  ou  rapportés  dans  la  Sounna.  Ce  fut 
donc  à  des  muftis  ou  à  des  docteurs  éminents  que  Ton  de- 
manda de  légiférer  sur  cette  question  si  grave  qui  menaçait 
de  causer  la  ruine  de  l*  Islam. 

La  plupart  des  personnages  consultés  furent  davis  que, 
les  baux  à  long  terme  n'ayant  été  formellement  interdits 
par  aucun  texte  d  origine  sacrée ,  rien  ne  s'opposait  à  ce  qu  on 
les  appliquai  aux  biens  ouaqf.  Puis  cette  première  réforme 
adoptée ,  ou  vit  avantage  à  aller  plus  loin  encore ,  c'est-à-dire 
à  admettre  le  bail  perpétuel.  Dès  lors ,  moyennant  une  rede- 
vance fixe  et  invariable ,  on  eut  la  faculté  de  s'assurer  pour 
une  durée  indéfinie ,  la  jouissance  d'un  immeuble  oaaqf,  et 
de  transférer  cette  jouissance  à  des  tiers  en  toute  liberté  et 
par  une  voie  légale  quelconque ,  à  la  seule  condition  que  la 
rente  fixée  fût  toujours  exactement  payée.Le  fait  de  contracter 
ces  sortes  de  baux  pour  les  biens  oaaqf  porte  des  noms  dif- 
férents suivant  les  pays  et  la  nature  de  l'immeuble  affermé. 

Pour  les  terres  de  cultures ,  on  se  sert  en  Tunisie  du  mot 
JJyjl,  vulgairement  emel,  et  parfois  du  mot^b^;  en  Algérie, 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  185 

c'est  le  terme  pLlc  ,  qui  prévaut  ;  en  Egypte ,  celui  de  Sa^  ;  au 
Maroc,  celui  de  *\y^^  ou  encore  ^-^-ju^ ,  ce  dernier  mot  d'ori- 
gine espagnole,  plus  employé  en  parlant  qu'en  écrivant.  S'agit- 
il  de  boutiques  ou  de  maisons ,  la  technologie  change  :  on  dit 
alors  qu'il  y  a  ^JU.  ou  jC{.aa3  ,  en  Tunisie  et  en  Egypte  ;  JLJLai. , 
au  Maroc  ;  enfin  le  preneur  est-il  juif,  c'est  le  mot  jSl^  qu  il 
convient  d'employer  en  Tunisie.  Quelques-uns  de  ces  tenues 
sont,  il  est  vrai ,  susceptibles  d'un  autre  sens  un  peu  différent, 
ainsi  qu'on  peut  le  constater  par  la  lecture  du  Recueil  dont 
nous  parions. 

Le  procédé  de  Venzel  peut,  dans  la  pratique,  présenter 
certaines  difficultés  d'application ,  et  deux  autres  moyens  de 
remettre  en  valeur  les  biens  ouaqf  ont  été  préconisés: 
l'échange  et  le  bail  à  long  terme ,  avec  renouvellement  pour 
deux  périodes  successives.  Avant  de  prendre  une  décision  à 
l'égard  de  ces  deux  autres  modes  d'aliénation ,  dont  le  pre- 
mier n'est  autorisé  que  par  le  rite  hanéfite,  le  gouvernement 
du  Protectorat  a  voulu  procéder  à  la  façon  des  souverains 
musidmans ,  c'est-à-dire  de  demander  aux  iilcnia  de  décider 
la  légitimité  de  ces  nouvelles  mesures.  Et,  pour  donner  plus 
de  poids  à  cette  procédure,  il  a  tenu  à  ce  que  les  opinions 
émises  sur  ce  sujet  fussent  pour  une  large  part  antérieures  à 
l'établissement  de  la  France  en  Tunisie.  On  a  retrouvé,  en 
effet,  des  consultations  juridiques  qui  remontent  à  une 
époque  où  les  beys  étaient  dans  une  absolue  indépendance 
et  qui,  par  conséquent,  ne  peuvent  être  suspectées  d'avoir 
été  faites  pour  les  besoins  de  la  cause  ;  on  les  a  ensuite  réunies 
en  une  brochure  qui  a  été  imprimée  par  les  soins  de  M.  Roy, 
l'éminent  secrétaire  général  du  Gouvernement  tunisien. 

La  lecture  de  ces  fetoua,  au  nombre  de  sept,  est  intéres- 
sante à  un  double  titre.  D'une  part  on  y  trouve  l'explication 
détaillée  des  termes  techniques  cités  ci-dessus,  avec  les  opi-  •'" 
nions  diverses  qui  se  sont  produites  sur  la  validité  des  contrats 
qu'ils  représentent;  et,  d'autre  part,  on  y  voit  exposées  très 
nettement  les  évolutions  successives  que  la  législation  mu- 
sulmane peut  parcourir  sur  un  sujet  donné  sous  la  pression 


IM  JANVIER-FÉVRIER   1899. 

de  l'intérêt  public.  C'est  en  effet ,  d'abord  pour  Tagrandift- 
sèment  des  mosquées  que  le  principe  de  Tinaliénabilité  des 
ouaqf,  subit  une  première  atteinte,  puis  c'est  pour  une  voie 
publique  et  eniin  pour  une  chose  quelconque  d'utilité  géné- 
rale. Contrairement  à  l'opinion  ordinairement  reçue,  la  loi 
musuhnane  est  donc  perfectible  dans  une  large  mesure  et 
par  des  moyens  qui  ne  répugnent  ni  à  la  foi,  ni  à  la  raison; 
c'est  là  un  fait  cpii  mérite  d'appeler  Tattention  de  tous  ceux 
qui  s'occupent  k  un  titre  scientifique  ou  autre  des  choses  du 
monde  musulman. 

O.  HOUDAS. 


Le  Yi-KiNG,  traduit  d'après  les  interprètes  chinois  avec  la  version 
mandchoue,  par  G.  de  Harlez.  Paris,  E.  Leroux,  1897;  in-8*  de 
290  pa^s. 

On  pourrait  croire  que  ce  nouveau  volume  est  le  dernier 
mot  de  M.  de  Harlez  sur  le  Yi-King,  si,  depuis  qu'il  a  paru, 
l'auteur  n'avait  mis  un  nouvel  article  dans  le  Journal,  à  pro- 
pos de  ce  livre  célèbre,  réputé  mystérieux,  qui  a  pour  base, 
on  le  sait,  les  64  kua  ou  hexagrammes  attribués  a  Fo-hi, 
figures  composées  de  six  lignes  horizontales,  parallèles,  les 
unes  continues,  les  autres  discontinues,  dont  chacune  a  son 
nom ,  son  sens  propre  et  sa  valeur  symbolique.  Après  avoir 
exposé  ses  vues  sur  l'origine ,  la  nature  et  l'interprétation  de 
cet  ouvrage  obscur,  dans  un  article  du  Journal  asiatique 
(avril-juin  1857) ,  M.  de  Harlez  publiait  à  Bruxelles,  en  1889, 
une  traduction  du  Yi-King  faite  sur  les  bases  établies,  com- 
posée de  64  articles  répondant  aux  64  kua,  et  renfermant  : 
1**  l'hexagramme  traduit  par  un  caractère  chinois;  a**  deux 
textes  dont  l'un  est  général,  l'autre  divisé  en  points  corres- 
pondant aux  six  traits  de  l'hexagramme  ;  ^  de  deux  commen- 
taires dont  le  premier,  correspondant  à  peu  près  au  premier 
texte,  renferme  une  observation  générale;  le  second  entre 
dans  des  explications  détaillées  se  rapportant  aux  traits  de 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  187 

l*he]uigranime.  Un  troisième  commentaire  qui  ne  fait  guère 
que  répéter  le  second  en  insistant  sur  la  valeur  de  l'hexa- 
gramme  considéré  comme  le  double  dun  trigramme,  est 
ajouté  aux  deux  autres  avec  la  rubrique  «  Symbolisme  ». 

M.  de  Haiiez  cherchait  toujours  la  version  mandchoue 
qui  devait  être  la  pierre  de  touche  de  la  justesse  de  sa  tra- 
duction. Ayant  pu  se  la  procurer,  il  se  mit  aussitôt  à  l'œuvre 
et  reconnut  que  cette  version  mandchoue  donnait  une  tra* 
duction  ne  différant  pas  essentiellement  de  celle  qu'il  avait 
obtenue  du  texte  chinois  lui-même.  Il  a  donc  publié  cette 
traduction  parallèle  à  la  traduction  faite  sur  le  chinois  et 
renfermant,  pour  chacun  des  64  chapitres,  le  premier  texte 
suivi  du  premier  conunen taire  intitulé  twan,  d'après  le  chi- 
nois ;  le  deuxième  texte  accompagné  du  deuxième  commen- 
taire appelé  siang,  et  enfm  du  Symbolisme. 

Pour  compléter  son  travail,  l'auteur  a  mis  à  la  suite 
(pages  94-149)  cinq  commentaires  qu'il  avait  cru  pouvoir 
laisser  de  côté  dans  sa  précédente  publication,  et  sur  les- 
quels il  donne  quelques  explications  (pages  94-95)  :  I,  le 
Wen  yen  (explication  des  sentences);  II,  le  Hi sze  (explica- 
tion des  termes)  relatifs  l'un  et  l'autre,  surtout  le  premier, 
aux  deux  premiers  kua;  III ,  le  Shwo-kua  (explication  des  huit 
trigrammes)  ;  IV,  Sa-kua-fu  (ordre  des  hexagrammes  d'après 
leur  signification);  V,  Tsa-kua-tchuen  (sens  des  kua  mêlés, 
c'est-à-dire  groupés  par  catégories  d'idées).  Ces  deux  der- 
niers (IV  et  V)  figuraient  par  extraits  à  la  fin  de  la  traduc- 
tion du  texte  chinois  publié  en  1 889 ,  sous  les  numéros  VI 
et  VII,  apparemment  parce  que  le  traducteur  comptait 
comme  I  et  II  les  commentaires  Twan  et  Sicmg ,  ce  qu'il  ne 
fait  pas  dans  le  présent  volume. 

Pour  mettre  le  lecteur  qui  sait  le  mandchou  en  état  de 
contrôler  sa  traduction ,  M.  de  Harlez  termine  par  la  repro- 
duction (en  transcription)  du  texte  mandchou  (p.  i5o-2i4). 

Le  lecteur  qui  veut  se  rendre  compte  du  secours  prêté  à 
l'interprétation  du  Yi-King  par  la  version  mandchoue  fera 
bien  de  lire  le  volume  que  nous  annonçons ,  et  qui  a  paru  à 


188  JANVIER-FEVRIER    1899. 

Paris,  chez  Leroux,  en  1897,  avec  celui  paru  à  Bruxelles, 
en  1 889 ,  chez  Hayo.  Cette  comparaison  Tamënera  sans  doute 
à  conclure  que  M.  de  Haiiez  donne,  d*une  manière  géné- 
rale ,  le  vrai  sens  de  ce  livre  mystérieux. 

L*impression  qui  reste  de  ces  travaux  est  que  le  Yi-King 
doit  être  considéré  comme  un  traité  de  morale ,  présenté 
sous  une  forme  bizarre  et  énigma tique.  On  s*en  est  servi  et 
Ton  s'en  sert  encore  comme  dun  livre  de  divination;  mais 
il  n*a  pas  été  composé  pour  cela,  et  Temploi  superstitieux 
qu*on  en  fait  tient  à  sa  haute  antiquité  et  au  respect  extra- 
ordinaire dont  son  ancienneté  même  le  rend  Tobjet. 

L.  Feeb. 


U  gérant, 
RUBENS  DuVAL. 


JOURNAL  ASIATIQUE. 

MARS-AVRIL  1899. 


LES 

PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES 

DANS  L'AFRIQUE  DU  NORD 

(2M00  H.  — 651-718  J.-C.) 

PAR 

M.  CAUDEL. 

(suite.) 


VII 

Qui  commande  dans  la  tribu?  à  qui  appartient 
le  souverain  pouvoir?  Question  difficile  à  résoudre. 
Les  temps 'dont  nous  parlons  sont  loin,  et  n'ont 
laissé  quun  faible  écho  dans  Thistoire.  Le  Berber 
lui-même  reste  muet  et  les  étrangers  qui  font  vu  à 
des  époques  variables  dans  des  lieux  différents  té- 
moignent contradictoirement.  Confrontons  leurs 
dépositions ,  elles  nous  apprennent  à  peu  près  ceci  : 

L'indigène  des  plaines  voisines  de  la  mer  vivait 
sous  Tautorité  étrangère.  Les  chefs  avaient  fait  leur 
soumission,   payaient   Timpôt  et  fournissaient  des 

xiif.  i3 


190  MARS. AVRIL   1800. 

contingents.  «  Dans  les  campagnes  situées  en  dehors 
de  l'action  des  grandes  villes,  où  il  y  avait  toujours 
des  garnisons  importantes,  les  Berbers,  forts  par 
leur  nombre  et  leurs  ressources,  obéissaient  à  des 
rois ,  des  chefs ,  des  princes  et  des  émirs.  Ils  y  vi- 
vaient à  Tabri  d'insultes,  loin  des  atteintes  que  la 
vengeance  et  la  tyrannie  des  Romains  et  des  Francs 
auraient  pu  leur  faire  subir  ^  » 

Ces  tribus  ont  un  gouvernement  :  lequel  ?  H  se- 
rait oiseux  de  rechercher  sa  forme  insaisissable  et 
fuyante,  d analyser  ses  aspects  divers,  de  classifier 
et  d'étiqueter.  Notre  terminologie  moderne  est  trop 
précise,  elle  évoque  trop  d'idées,  fait  trop  d'abstrac- 
tions et  complique  inutilement  pour  nous  le  pro- 
blémo.  Les  hommes  groupés  en  société  ont  besoin 
d'une  autorité  qui  les  dirige ,  veille  sur  eux ,  protège 
les  bons,  châtie  les  mauvais,  défende  les  intérêts 
supérieurs  que  la  foule  soupçonne  vaguement  ou  mé- 
connaît, discerne  pour  tous  la  voie  qu'il  faut  suivre, 
la  fraye  et  l'aplanisse.  Un  pouvoir  supérieur  détient 
cette  autorité;  mesurée  au  plus  juste  poids,  elle  reste 
sensiblement  toujours  la  même ,  exerce  sa  perpétuelle 
et  puissante  influence  dans  un  sens  déterminé  et 
pousse  la  nation  tout  entière  vers  tm  but  précis: 
elle  est  mathémathique ,  inexorable,  impérative  et 
tutélaire.  Le  peuple,  venu  à  pas  lents  du  fond  de 
l'histoire,  l'a  sentie  grandir  au-dessus  de  lui  et  s'af- 
fermir; il  saisit  confusément  son  sens  profond  et  son 

'  Ibn  Kbaldoun,  I,  p.  207. 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  191 

rôle  hautain ,  et  voit  à  merveille  ses  instincts  sourds , 
ses  aspirations  aveugles,  ses  ambitions  maladroites 
prendre  corps  dans  la  politique  que  l'autorité  su- 
prême applique. 

Ce  peuple  a  des  destins  à  accomplir;  il  est  cohé 
rent,  conscient  et  intelligent  de  ses  devoirs;  il  ac- 
cepte ,   raffermit   et  encourage    l'autorité   qui   lui 
rappelle  ces  devoirs  et  le  pousse  vers  ces  destinées. 

Rien  de  tout  cela  en  terre  d'Afrique.  Le  peuple 
berber  ne  se  sent  pas  être,  ne  se  sait  pas  vivre;  c'est 
une  poussière  humaine  répandue  sur  le  sol ,  un  peu 
plus  épaisse  au  creux  des  vallées,  plus  clairsemée 
sur  la  surface  lisse  des  plaines,  et  qui  ^isse  sans, 
trêve  ni  merci;  le  moindre  vent  la  balaye,  im 
autre  souffle  la  ramène,  et  de  cette  agitation  per- 
pétuelle rien  ne  sort.  Le  Berber  est  encore  et  sera 
toujours  ce  qu'il  fut  jadis,  un  molécule  humain  qui 
roule  dans  l'histoire  sans  jamais  s'arrêter  :  tel  le 
sable  de  son  désert  natal  qui  naontC;  s'accumule  et 
retombe  en  vagues  lentes  et  molles  que  rien  ne  fixe, 
et  qui  ne  portent  rien.  Cependant  il  y  a  une  société; 
parlant,  une  autorité  s'exerce.  Mais  la  société  est  pri- 
mitive, instable  et  grossière;  partant,  l'autorité  est 
rudimentaire ,  précaire  et  maladroite.  C'est  l'aristo- 
cratie qui  la  détient. 

Y  eut-il  jamais  une  aristocratie  berbère  .'^Question 
longtemps  controversée,  encore  douteuse^,  destinée 
à  le  rester  toujours ,  si  l'on  continue  à  toujours  dis- 

*  Masqueray,  Cité  berbère,  p.  49. 

i3. 


192  MARS-AVRJL    1899. 

CLiter  non  le  fait  même,  mais  le  ternae  qui,  en  l'es- 
cortant, Tobscurcit.  Au  fond,  la  question  est  fort 
simple  :  Entendez-vous  par  aristocratie  une  caste  ou 
au  moins  une  classe  très  supérieure  à  la  masse  envi- 
ronnante ,  solidement  assise  sur  le  sol ,  qui  lui  appar- 
tient, puissante  par  la  richesse  quelle  possède, 
investie  de  droits  précis  et  de  fonctions  spéciales, 
jalouse  de  ses  privilèges,  férue  de  son  antiquité,  au- 
toritaire et  hautaine,  dominant  de  toute  la  tête  le 
vulgaire  dont  la  séparent  éducation,  lois,  caractère 
et  aspirations  ?  11  n'y  a  pas  d'aristocratie  berbère.  — 
Desserrez  le  faisceau  d'idées  que  le  terme  évoque  en 
nos  esprits  d'Occidentaux,  et  n'y  prenez  que  quel- 
ques traits  simples  et  rudimentaires.  Vous  entendrez 
alors  par  aristocratie,  dans  une  société  en  enfance, 
l'ensemble  des  hommes  supérieurs  par  la  richesse, 
l'intelligence  ou  la  valeur  militaire.  Us  ont  des  trou- 
peaux plus  nombreux  et  plus  gras,  de  plus  belles 
tentes  et  de  plus  riches  armes.  D'autres  gardent 
pour  eux  les  troupeaux  et  surveillent  la  tente;  ils 
ont  du  loisir;  jeunes,  ils  s'exercent  au  combat;  vieux , 
ils  lisent,  raisonnent  ou  songent.  Leur  esprit  est 
plus  ouvert,  plus  libre,  plus  clair  et  plus  audacieux 
que  celui  du  commun;  ils  vivent  dans  la  tribu,  mais 
la  tribu  les  sent  au-dessus  d'elle  et,  dans  les  cas  diffi- 
ciles, lève  les  yeux  vers  eux,  s'incline  devant  la  sen- 
tence du  vieillard  et  suit  le  jeune  guerrier  au  com- 
bat. La  sagesse  du  jugement  ou  le  succès  militaire 
allermissent  leur  autorité  :  ils  commandent  et  sont 
obéis.  Le  sol  n'est  pas  leur  bien ,  la  tribu  n'est  pas 


LES  PREMri:RES  [NVASIONS  ARABES.  193 

leur  sujette ,  la  loi  n'est  pas  leur  œuvre ,  la  coutume 
les  régit  comme  elle  régit  tous  les  autres;  mais  ils 
rappliquent,  mènent  la  tribu  et  défendent  le  sol. — 
Si  cest  cela  que  vous  entendez  par  aristocratie ,  il  y 
a  une  aristocratie  berbère,  et  cest  bien  elle  qui  gou- 
verne; mais  elle  nest  pas  partout  ni  toujours  la 
même,  son  autorité  est  précaire,  ses  capacités  de 
gouvernemen  sont  limitées. 

Son  autorité  est  précaire  :  elle  est  basée  sur  la  ri- 
chesse matérielle  et  Imfluence  morale;  la  richesse 
pastorale  est  fugace,  Tinfluence  est  personnelle  et 
meurt  avec  Thomme  qui  l'exerça.  Les  circonstances 
ne  se  présentent  pas  toujours  qui  permettent  h  la 
richesse  ou  à  l'influence  d'établir  leur  suprématie. 
Aux  temps  faciles ,  quand  l'abondance  règne  et  quand 
l'ennemi  s'éloigne,  elles  perdent  singulièrement  de 
leur  valeur,  et  l'on  pourrait,  ce  semble,  déterminer 
une  gradation  de  l'autorité  en  partant  de  la  peuplade 
installée  en  plaine,  combattante  et  assaillie,  orga- 
nisée et  commandée  militairement ,  pour  aller  à  In 
tribu  retranchée  dans  la  montagne  et  assurée  de  ses 
défenses. 

Dans  la  première,  commande  le  chef  unique; 
dans  la  seconde ,  l'assemblée  de  la  peuplade  entière 
délibère  et  décide.  Dans  les  deux,  un  lien  très  fort 
unit  les  membres  de  la  petite  société  en  un  solide 
faisceau;  c'est  le  sentiment  de  la  solidarité,  de  la 
communauté  d'origine  et  d'intérêts;  c'est  ce  que  le 
Berber  de  nos  jours  appelle  la  horma,  «l'honneur». 
«On  n'est  pas  noble  parce  quon  descend  directe- 


194  MARS-AVRIL    1899. 

ment  dancêtres  qui  se  sont  illustrés  par  leur  vail- 
lance ou  ont  occupé  de  hauts  emplois,  mais  parce 
qu  on  a  fait  partie  d'une  tribu  dont  tous  les  mem- 
bres sont  demeurés  intimement  unis  depuis  une 
haute  antiquité  ^.  » 

Et  voilà  ce  qui  m'inciterait  à  dire,  si  je  ne  crai- 
gnais que  l'inexorable  précision  du  terme  ne  trahît 
ma  pensée,  que  la  société  maure  est,  en  principe, 
démocratique.  C'est  l'assemblée  du  peuple,  la  djemaa 
de  nos  jours,  qui  règle  les  affaires  communes,  dis- 
cute et  juge  ;  les  puissants  n'y  tiennent  pas  plus  de 
place  que  les  autres,  mais  ils  sauront  vite  prendre 
la  direction,  saisir  l'autorité  et  la  garder  dès  que 
la  tribu  descendra  dans  la  plaine  et  entrera  en  con- 
tact avec  l'ennemi.  Le  grand  chef  s'élève  alors,  il 
prend  ses  gens  dans  la  main  et,  avec  eux ,  soumet  les 
voisins ,  leur  impose  le  tribut  et  l'assistance  militaire. 

Voilà  un  royaume  fondé;  ses  frontières  s'étendent 
aussi  loin  que  porte  la  lance  du  souverain.  Rien  autre 
que  son  prestige  et  que  la  terreur  qu'il  inspire  ne  les 
fixe.  On  s'incline  devant  lui,  on  prête  hommage,  on 
paye  l'impôt.  Mais  le  chef  porte  tout  son  empire  au 
bout  de  son  bras;  qu'il  faiblisse,  vieillisse  ou  meure, 
tout  s'évanouit.  Les  peuples  refusent  le  tribut  et  re 
tournent  à  leur  indépendance  première.  Vous  voyez 
constamment  s'élever  des  empires  qui ,  le  lendemain, 
s'en  vont  en  fumée.  Tel  chef,  qui ,  comme  Antalas , 
labdas  ou  Carcasan,  menait  au  combat  3o,ooo  ou 

'  Ibn  Khaldoan,  prol.  I,  p.  38a. 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  195 

5 0,000  guerriers ,  n  a  pas ,  au  soir  de  la  défaite,  trente 
hommes  qui  l'escortent  ^  et  ne  trouvera  plus  désor- 
mais d'asile  que  dans  sa  tribu  d'origine;  les  autres 
lui  seront  indifférentes  ou  hostiles.  Une  brusque  dé- 
tente nerveuse  avait  pu  les  soulever  un  instant;  la 
soif  du  butin ,  peut-être  même  parfois  la  conscience 
obscure  d  un  danger  national  ont  pu  déchaîner  leur 
élan  :  elles  ont  suivi  celui  qui  parlait  haut  et  bien. 
Elles  ont  obéi  même  à  des  femmes  :  la  Kahina  les 
mène  au  viif  siècle,  comme,  auxiv*,  Chimcy  mènera 
les  Beni-Iraten  2  ;  mais  l'élan  tombe  vite,  la  méfiance 
s'éveille ,  la  trahison  couve ,  la  révolte  éclate ,  le  chef 
est  désobéi ,  abandonné  ou  livré.  Vous  voyez  à  quel 
point  son  autorité  est  précaire  ! 

Ses  capacités  de  gouvernement  sont  limitées. 

Il  faudrait  vraiment ,  pour  parler  de  ces  hommes 
et  de  ces  choses,  un  vocabulaire  spécial,  pétri  de 
doutes ,  d'hésitations  et  de  réticences.  Nos  mots  trop 
sonores  détonnent  dans  ce  vide  et  y  éveillent  de  fal- 
lacieux échos.  «  Gouvernement  » ,  cela  signifie  pour 
nous  :  autorité  largement  et  puissamment  assise  sur 
une  terre  délimitée,  traditions  séculaires,  vues  à 
longue  portée,  conseils  tenus  et  résolutions  mûries, 
niarche  patiente  et  irrésistible  vers  un  but,  évolution 
et  progrès.  Le  gouvernement  se  trouve  en  présence 
de  circonstances  déterminées,  défavorables  ou  pro- 

'  «  Chez  les  Numides ,  personne,  excepté  les  cavaliers  de  sa  garde, 
ne  suit  le  roi  après  une  déroute.  Chacun  se  retire  où  il  juge  à  pro- 
pos». (Salluste,  LIV.  ) 

*  Ibn  Khaldoun,  I,  p.  267. 


196  MARS-AVRIL   1899. 

pices  ;  à  travers  ces  circonstances ,  en  usant  de  moyens 
puissants,  dès  îongtemps  préparés,  il  vise  un  objet 
précis,  permanent  et  lointain. 

Ici  les  circonstances  sont  implacablement  hos- 
tiles ,  les  moyens  sont  précaires  et  la  faiblesse  de  son 
esprit  ne  permet  pas  à  Thomme  de  déterminer  un 
but. 

Et  d'abord  l'élément  principal,  l'objet  même  du 
gouvernement,  l'Etat,  le  royaume ,  n'existe  pas.  Vous 
ne  pouvez  appeler  de  ce  nom  l'ensemble  de  tribus 
unies  par  l'allégeance  de  toutes  à  ime ,  ou  l'alliance 
librement  consentie;  c'est  une  masse  amorphe  et 
fluide,  qu'aucune  frontière  n'arrête  et  ne  consolide, 
qui  s'étale  ou  se  rétracte,  s'agglomère  ou  s'éparpille. 
Pas  de  frontière  physique  :  par  suite,  pas  de  sécu- 
rité. 

Ce  n'est  ni  le  sentiment  de  la  communauté  d'ori- 
gine, ni  l'usage  d'ime  même  langue,  ni  la  poursuite 
d'une  même  ambition  qui  groupent  les  tribus  ;  cha- 
cune d'elles  a  peut-être  l'impression  obscure  de  ces 
choses,  mais  pour  elle-même,  et  ne  la  partage  pas 
avec  ses  voisines.  Pas  de  frontières  morales  non  plus  : 
par  suite,  pas  d'homogénéité  ni  de  traditions.  Celui 
qui  édifie  im  royaume,  le  taille  à  coups  de  sabre  en 
pleine  chair  et  aggrège  les  hordes  à  sa  façon.  Ni  le 
sol,  ni  le  sentiment  populaire  ne  lui  donnent  de 
points  d'appui  :  les  circonstances  lui  sont  hostiles. 

Ses  moyens  ne  sont  pas  moins  précaires.  Nous 
avons  entrevu  tout  à  l'heure,  nous  verrons  bien 
mieux ,  par  la  suite ,  avec  quelle  facilité  l'union  se  dés- 


LES  PREMTÈRESiTNVASïONS  ARABES.  197 

agrège  et  liarmée  s'évapore.  Or  la  confédération  im- 
posée ou  consentie  est  ia  seule  forme  de  TEtat;  Tar- 
mée  est  sa  seule  force.  En  disparaissant,  elle  laisse 
le  chef  en  face  du  néant;  il  passe  sa  vie  et  use  sa 
vigueur  à  consolider  le  faisceau  des  alliances  et  à 
maintenir  cohérents  les  éléments  disparates  de  son 
armée  ;  chaque  tribu  est  animée  d  une  force  centri- 
fuge qu'il  faut  neutraliser,  chaque  escadron  joue  au 
corps  d'armée  et  veut  combattre  pour  son  propre 
compte.  Vous  imaginez-vous  les  tours  de  force  diplo- 
matiques qu'il  faut  accomplir  et  la  prodigieuse  au- 
torité qu'il  faut  exercer  pour  maintenir  la  confédé- 
ration unie  et  faire  de  ces  bandes  un  outil  militaire 
qui  ne  gauchisse  pas  dans  la  main  ? 

Mais  ces  merveilles  de  diplomatie  et  d'autorité 
doivent  cependant  atteindre  à  un  résultat ,  inventer 
les  frontières  que  la  nature  refuse  et  découvrir  au 
peuple  les  avantages  de  l'union  permanente  et  de 
l'effort  commun. 

La  diplomatie  et  l'autorité  s'usent  à  la  poursuite 
de  petites  choses  et  ne  portent  pas  leurs  fruits.  Cela , 
c'est  la  faute  de  l'esprit  berber. 

L'esprit  berber  est  étroit  et  court.  Il  n'embrasse 
pas  beaucoup  de  choses  à  la  fois  et  ne  porte  pas 
loin;  c'est  un  esprit  myope  qui  ne  saisit  que  le  pre- 
mier plan  des  aspects,  ce  qui  éclate  aux  yeux  et 
s'impose,  mais  qui  ne  peut  percer  l'ombre  des  se- 
conds plans;  les  demi-teintes  du  doute,  de  l'inconnu 
l'inquiètent  :  il  se  cabre  devant  et  se  dérobe. 

Les  conséquences  possibles  des  faits  actuels  lui 


198  MAHS-AVRFL   18Q9. 

échappent,  toute  l'intensité  de  son  action  se  porte 
sur  la  minute  présente;  il  nen  distrait  rien  pour  in- 
terroger le  passé  ou  scruter  Tavenir. 

Sa  réflexion  est  lente,  sa  pensée  courte;  les  pré- 
occupations de  rheure  actuelle  Tencombrent  et  ab- 
sorbent tout  son  effort;  ces  préoccupations  sont 
simples,  naïves  et  impérieuses.  Il  faut  vivre  d  abord , 
acquérir  ensuite,  s'étendre  aux  dépens  du  voisin; 
manger,  voler  (en  parlant  d'un  chef,  dn  diracon^oé^- 
rir),  voilà  les  deux  buts  à  atteindre.  L'imagination 
berbère  s'y  dépense  tout  entière;  elle  stagne  au  ras 
du  sol ,  s'épuise  à  la  recherche  des  petits  moyens , 
des  sournoiseries  puériles,  des  ruses  mesquines  qui 
la  hisseront  péniblement  sur  le  caillou  quelle  con- 
voite. Au  delà ,  rien  ;  demain  sera  ce  qu'il  pourra. 

Le  souverain  berber  ne  voit  pas  plus  loin  que  ses 
sujets,  il  n'a  pas  d'idées  politiques,  et,  si  par  hasard 
il  s'avise  d'en  avoir,  son  peuple,  stupide  et  méfiant, 
l'abandonne. 

Mais  j'avance  des  affirmations  gratuites.  C'est 
chose  délicate  que  mesurer  le  développement  moral 
d'un  peuple ,  chose  plus  délicate  encore  que  scruter 
son  âme.  L'historien  trouve  généralement  dans  la 
législation  l'exacte  mesure  du  développement  moral; 
]a  religion  lui  donne  l'empreinte  fidèle  de  l'âme.  Vé- 
rifions cette  règle.  Interrogeons  la  législation  et  la 
religion  berbères. 

Il  ne  nous  reste  rien  des  législations  du  passé, 
mais  nous  pouvons  nous  en  faire  une  idée  suffi- 
sante en  considérant  les  qanouns  actuels  de  nos  tri- 


LKS  PRKMTÈRES  INVASIONS  ARABES.  199 

bus  du  Djurdjura  et  de  i'Aurèg.  H»  »ont  primitifs, 
puérils,  positifs  et  précis  i. 

La  loi  salique ,  la  loi  Gombette ,  placées  en  regard , 
semblent  des  chefs-d'œuvre  de  science  et  do  pro- 
fondeur juridiques  ;  on  y  démêle  un  certain  souci 
de  l'harmonie ,  une  apparence  d  enchaînement  entre 
les  articles  et  de  classement  des  matières.  Le  Qanoun 
ne  renferme  que  des  dispositions  répressives.  Toutes 
les  manifestations  du  crime  sont  prévues  et  châtiées , 
mais  la  notion  du  droit  n  existe  pas  encore  ;  on  ne 
voit  point  apparaître  la  personnalité  juridique, 
rhomme  entouré  de  toutes  les  garanties  que  la  loi 
élève  autour  de  sa  personne  et  de  ses  biens  ;  on  voit 
à  peine  s  estomper  la  notion  de  ses  devoirs  ;  le  fait 
présent  et  brutal  domine  seul  :  tu  as  mal  fait,  tu 
seras  puni.  Pas  de  principe,  pas  de  théorie  géné- 
rale; une  énumération  d'atrocités  réprimées  par  un 
supplice  correspondant,  puis  la  kyrielle  des  menus 
méfaits  punis  d  une  amende  tarifée  au  plus  juste. 

Un  homme  a  fait  un  acte  que  la  tribu  juge  ré- 
préhensible;  l'assemblée  délibère  et  prononce  un 
arrêt;  voilà  un  article  de  plus  ajouté  à  ce  singulier 
code.  Constatation  du  fait,  conscience  précise  de 
son  caractère  délictueux,  fixation  de  la  peine;  trois 
opérations  bien  simples  que  toute  intelligence  peut 
faire  :  c'est  la  notion  du  droit  et  de  la  justice  réduite 
à  ses  éléments  primitifs.  L'esprit  berber  en  est  tou- 
jours resté  là. 

'  Voir  les  textes  dans  Masqueray,  Cité  berbère ,  in  fine. 


200  MARS-AVRIL    1899. 

11  s'est  à  peine  interrogé  lui-même  ;  il  n'a  pas  re- 
gardé le  ciel.  Vous  ne  trouverez  pas  de  religion  ber- 
bère. 

Jadis  le  Maure  adorait  des  idoles  ;  iHes  conserva 
longtemps.  En  667  de  notre  ère,  lerna,  roi  des 
Levathes ,  se  fait  tuer  en  cherchant  à  sauver,  dans 
le  flot  d'une  déroute,  l'image  du  dieu  GurziP.  Ido- 
lâtrie n'est  pas  religion ,  adorer  n'est  pas  croire.  Edifier 
une  foi  religieuse,  cela  demande  un  travail  psy- 
chique délicat  et  long,  une  profondeur  d'observation , 
une  intensité  de  réflexion,  une  finesse  de  sentiment 
que  tous  les  esprits  ne  possèdent  pas;  l'homme  con- 
sidère d'abord  le  monde  extérieur,  il  soupçonne  une 
vie  et  une  harmonie  qui  l'intriguent;  il  se  replie  sur 
lui-même,  entend  vagir  son  Ame,  assiste  stupéfait 
à  son  épanouissement  et  voit,  en  soi,  se  poser  le 
problème  que,  déjà,  la  nature  lui  donnait  à  ré- 
soudre. Devant  ces  deux  mystères,  sa  pensée  chan- 
celante se  prosterne  ;  elle  est  trop  faible  encore  pour 
fixer  froidement  leur  vertigineuse  profondeur;  toute 
sa  vigueur  d'observation  et  de  réflexion  est  tarie  et 
son  âme,  épuisée  et  ravie,  évoque  l'image  d'un 
créateur,  auquel  elle  fait  hommage  de  l'harmonie  du 
monde  extérieur  et  de  sa  propre  essence.  Mais ,  pour 
discerner  cette  harmonie  et  distiller  cette  essence , 
il  faut  un  esprit  clair,  sagace,  puissant  et  vibrant; 
le  berber  n'a  pas  cet  esprit.  Il  ne  regarde  jamais 
derrière  ses  idoles.  Il  y  tenait  du  reste  fort  peu,  les 

'  Dielil,  370. 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  201 

• 

abandonna  pour  la  première  religion  qui  s'offrit  et  se 
fit ,  avec  une  égale  désinvolture ,  suivant  les  temps  et 
les  circonstances,  païen,  juif  ou  chrétien.  De  sa 
part,  c'était  calcul  et  ruse  :  il  adoptait  la  religion  du 
vainqueur  pour  se  faire  bien  voir  et  s'assurer  la  sécu- 
rité; il  ne  s'y  attachait  pas.  La  foi  phénicienne  était 
trop  lointaine ,  la  romaine  trop  hautaine ,  la  catho- 
lique trop  humaine  pour  qu'il  les  pût  bien  saisir. 
Au  fond,  il  restait  indifférent.  Au  vn*  siècle,  nous 
ne  trouvons  pas  de  religion  berbère;  chacune  des 
croyances  qui ,  tour  à  tour ,  dominèrent  l'Afrique ,  a 
laissé  dans  une  vallée  des  adeptes  assez  tièdes.  Il  y 
a  des  tribus  païennes ,  juives  et  chrétiennes.  Les  Le- 
vathes  sont  païens;  les  Djeraoua  de  l'Aurès,  les 
Nefouça  de  l'Ifriqiya,  les  Fendelaoua,  les  Mediouna, 
les  Behloula,  les  Ghiâtha  et  les  Fazaz  du  Maghreb- 
el-Aksa  sont  juifs ^.  Cette  croyance  leur  était  venue 
des  Israélites  de  Syrie'-.  De  nombreuses  populations 
du  Djerid,  de  l'Aurès  et  du  Zab,  les  Aurâba,  les 
tribus  des  enviions  de  Tiaret  et  celles  qui  avoisinent 
la  Byzacène  sont  chrétiennes^;  la  propagande  byzan- 
tine ramenait  à  l'orthodoxie  celles  qui  avaient  versé 
dans  le  donatisme. 

Le  Berber  est  trop  primitif  pour  concevoir  une 
religion  ;  il  accepte  sans  examen  celles  qu'on  lui  ap- 
porte toutes  faites ,  en  méconnaît  le  sens  profond ,  les 
délicatesses  et  les  subtibilités ,  les  pratique  avec  indo- 

^  Ibn  Kaidoun,  I,  208. 
^  Ibn  Kaldoun,  1,  208. 
^  Diehl,  527. 


:J02  mars-avril  1899. 

• 

Jence.  Elles  ne  poussent  point  de  racines  dans  son 
ame  et  ne  se  concilient  pas  son  cœur. 

Telle  est  la  société  berbère,  nomade  ou  séden- 
taire, belliqueuse  ou  pacifique,  dans  ses  plaines  ou 
dans  ses  vallées.  C'est  un  grand  corps  aveugle ,  dif- 
forme et  maladroit ,  agité  sans  cesse  de  soubresauts 
convulsifs.  Pourquoi  cette  agitation?  Nous  le  savons 
de  reste.  La  vie  difficile,  lappétit  du  bien  d'autrui, 
Imvasion  du  voisin,  la  pente  vers  la  mer,  la  brutale 
riposte  de  l'étranger  établi  sur  la  côte,  autant  de 
raisons  au  perpétuel  tourbillonnement  des  peuplades 
sur  elles-mêmes. 

Or,  ce  corps  mal  bâti  possède  une  force  colossale  ; 
les  hommes  sont  nombreux  et  vaillants  \  les  chefs 
ambitieux  et  entreprenants;  tous  sont  prêts  pour  fac- 
tion et  tout  les  pousse  à  faction.  Combinée,  celle-ci 
serait  décisive;  mais  elle  est  confuse,  maladroite  et, 
partant,  stérile. 

Cela  tient  au  caractère  même  des  hommes,  nous 
f avons  vu  tout  à  f heure;  cela  résulte  plus  inexora- 
blement encore  de  la  configuration  géographique 
du  pays  et  de  la  situation  politique  et  économique 
des  peuples.  Les  vallées  sont  trop  hautes,  trop 
étroites  el  trop  courtes.  Ce  ne  sont  pas  des  routes  de 
commerce  et  de  civilisation  qui,  par  leurs  ramifica- 
tions ,  portent  au  loin  les  richesses  et  les  idées ,  mais 

'  Diehl,  537. 

^  Au  printemps  de  5d8 ,  Coutsina  amène  à  Jean  Troglita  3o,ooo 
hommes,  labdas  12,000,  Ifisdaîas  100,000  (ce  dernier  chiffre  est 
notoirement  exagéré).  Diehi,  877. 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  203 

des  culs-de-sac  sans  issues ,  refuges  des  vaincus  que 
tente  toujours  ia  plaine.  Et  encore  ny  a-t-il  de 
trous  de  ce  genre  que  dans  TAurès,  le  Djurdjura  et 
rOuarensénis  ;  partout  ailleurs,  c  est  la  plaine  ouverte. 
Des  montagnes  la  bordent,  mais  elles  s  ouvrent  en 
éventail ,  vers  la  mer.  On  peut ,  entre  leurs  rameaux , 
s'avancer  et  conquérir,  à  la  condition  de  surveiller 
les  crêtes  qui  abritent  la  marche  de  Tennemi  et  favo- 
risent ses  attaques  à  revers.  Notez  ce  fait,  il  est  pré- 
pondérant :  toute  la  tactique  berbère  est  basée 
dessus.  Les  monts ,  trop  écartés  pour  arrêter  la  mar- 
che de  l'envahisseur,  sont  assez  élevés  pour  séparer 
les  habitants  des  plaines  parallèles.  Ils  permettent  de 
faire  traîner  la  défense  sans  lui  assurer  le  succès  final , 
et  opposent  un  obstacle  presque  insurmontable  à  la 
création  dun  vaste  et  puissant  Etat.  Il  faudrait,  pour 
triompher  de  la  nature ,  un  esprit  politique  que  les 
chefs  berbers  ne  possèdent  pas.  Ils  agissent  sous 
l'empire  de  l'émotion  présente ,  dans  un  intérêt  étroit 
et  personnel  et  sont  irrémédiablement  jaloux  les 
uns  des  autres.  «  Aucune  politique  suivie  ne  dirige 
leurs  résolutions.  On  chercherait  à  tort  dans  leurs 
insurrections  quelques  traces  d'un  sentiment  na- 
tional, quelque  désir  de  sauvegarder  l'indépendance 
de  leur  peuple ^  »  Et  ce  n'est  point  là  un  fait  isolé, 
un  état  d'esprit  transitoire,  né  des  circonstances  : 
c'est  un  vice  de  constitution  propre  à  la  race.  Elle 
en  souffre  encore  aujourd'hui.  «  En  1 879,  les  Aouled- 

'  Diehl,  36i. 


iOÏ  MARS-AVRIL  189U. 

Daoud  rebelles  ont  été  écrasés  par  nos  troupes  sans 
que  les  Oulad-Abdi  et  les  Oudjana,  leurs  voisins, 
aient  témoigné  d'autres  sentiments  qu  une  véritable 
joie^  »  Le  grand  chef  qui  veut  agir  court  de  tribu  en 
tribu,  de  douar  en  douar,  raisonne  Tun,  prêche 
Tautre,  et,  soit  par  menace,  soit  par  persuasion, 
organise  une  confédération;  cestia^^6i7ades  Kabyles 
de  nos  jours;  mais  «chaque  tribu  marche  à  son 
heure,  combat  comme  elle  veut,  se  retire  quand  il 
lui  plaît -^  »,  et  le  chef  est  plus  préoccupé  de  mainte- 
nir uni  le  faisceau  mal  noué  de  ses  •forces  que  de 
méditer  un  plan  do  campagne. 

«  Ce  quil  faut  à  la  qehila,  dont  les  éléments  sont 
toujours  indépendants  et  distincts  les  uns  des  autres, 
nicnie  à  Theure  des  plus  grands  périls,  c'est  un  po- 
litique assez  rompu  aux  intrigues  locales  pour  la 
maintenir  compacte  pendant  toute  la  durée  des  hos- 
tilités ,  assez  ferme  pour  réprimer  les  défections  in- 
dividuelles,.  .  .  assez  riche  pour  payer  les  muni- 
tions^. »  Il  se  heurte  toujours  à  l'inertie,  il  bute 
souvent  dans  la  trahison  :  «  Il  suffit  de  Tinsurrection 
d'un  chef  pour  que  Tautre  demeiure  neutre  ou 
vienne  offrir  ses  services  à  l'empereur;  souvent 
même  les  indigènes  provoquent  ou  sollicitent  Tin- 
terventioii  byzantine'.  » 

Derrière  ces  agitations,  pas  la  moindre  idée  poli- 

'  Masqueray,  (jité  berbère ,  iG3. 

^  Masqueray,  /.  c,  io5. 

•''  Masqueray,  /.  c,  118. 

*  Diehl,  pariant  de  rinsiirrection  de  ô3.i,  |).  G/|. 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  205 

tique.  Le  but  est  le  pillage;  le  moyen,  la  révolte; 
l'occasion ,  les  embarras  du  voisin.  La  date  importe 
peu.  L'histoire  se  répète  avec  une  désespérante  mo- 
notonie. En  SgS  avant  Jésus-Christ,  à  la  nouvelle 
de  la  défaite  des  Carthaginois  en  Sicile,  les  hordes 
berbères  viennent  assiéger  leur  capitale  et  la  mettent 
en  grand  péril;  elles  se  débandent  du  reste  sans 
avoir  rien  fait^ 

En  3 1  o  avant  J.-C. ,  Agathocle,  tyran  de  Syracuse, 
assiège  Carthage;  les  Maures  se  joignent  à  lui  d'en- 
thousiasme'^. 

En  1  y  de  notre  ère ,  Tacfariiias  entraîne  les  Mu- 
sulames  de  l'Aurès;  aussitôt  Mazippa,  chef  des 
Maures,  l'imite;  ils  sont  battus  tous  deux  par  M.  F. 
Camilius^. 

En  546,  Antalas  soutient  le  duc  de  Numidie, 
(juntarith,  révolté  contre  le  gouverneur,  Aréobinde. 

Ce  ne  sont  là  que  quelques  faits,  choisis  entre 
bien  d'autres. 

La  révolte  a  été  subite,  irraisonnée;  tout  aussi 
prompte  est  la  soumission.  Quand  le  trouble 
s'apaise ,  quand  le  Romain  ou  le  Grec  reprennent  le 
dessus,  quand  les  occasions  de  pillage  font  défaut 
et  quand  le  brigandage  est  sûrement  et  sévèrement 
réprimé,  les  chefs  viennent  les  uns  derrière  les 
autres  demander  l'aman  (j'emploie  le  terme  à  des- 
sein, il  est  aussi  juste  pour  ce  temps-là  que  pour  le 

*  Mercier  ,1,8. 
■-'  Mercier,  I,  92. 
^  Mercier,  J,  10. 

Mil.  I  '1 


i<ir.ii<lMil»'    ««Tiii^tir. 


200  MARS-AVRIL   1899. 

nôtre:  ces  choses  n'ont  pas  changé);  ils  mettent  la 
paix  aux  enchères  et  cherchent  à  se  distancer  dans 
les  bonnes  grâces  de  Tétranger;  s'ils  sont  faibles,  ils 
lui  demandent  Imvestiture  de  leur  commandement; 
s'ils  sont  encore  puissants,  ils  exigent  en  outre  des 
pensions  et  cherchent  à  tirer  de  la  paix  le  bénéfice 
que  la  guerre  ne  leur  a  pas  fournie  Ils  ont  beau- 
coup du  condottieri  :  le  coup  d'épée  facile,  la  con- 
science large,  l'absence  de  pensée  supérieure, 
l'âpreté  au  gain ,  la  vénalité  et  la  rapacité.  Ils  orga- 
nisent une  expédition  comme,  de  nos  jours,  on 
monte  une  affaire  financière,  ramassent  des  capi- 
taux ,  calculent  les  chances  pour  et  contre ,  risquent 
un  coup  et,  à  la  liquidation,  balancent  les  profits  et 
les  pertes.  Ils  sont  les  directeurs  et  les  bailleurs  de 
fonds  de  l'entreprise,  fournissent  les  armes  et  les 
munitions  et  encaissent  la  plus  grosse  part  du  béné- 
fice. Ce  ne  sont  plus  de»  hommes  d'Etat ,  mais  des 
entrepreneurs  de  brigandage.  Que  ce  soit  brigandage 
ou  opération  militaire  d'un  ordre  plus  relevé,  les 
circonstances  économiques  ne  servent  pas  mieux  le 
chef  que  les  circonstances  politiques.  D'abord  la 
mise  de  fonds  est  vite  épuisée^.  Tous  ces  gens  sont 
pauvres  et  n'apportent  avec  eux  que  leurs  armes  et 
leurs  montures  ;  la  fortune  du  général  ne  saurait  suf- 

'  «  A  la  nouvelle  de  la  bataille  de  Decimum ,  les  grands  chefs  des 
tribus  envoyèrent  des   ambassades  au  général  byzantin,  chargées 
d'apporter  leur  hommage  et  de  promettre  leur  alliance  au  repré 
sentant  de  Justinien;  ils  demandaient   en  échange  une  nouvelle  et 
solennelle  investiture  de  leur  commandement,  i  (Dieih»  aS). 

*  Masqueray ,  Cite  ^erAère ,  118. 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  207 

iîre  à  tout;  de  plus,  son  armée  est  menacée  de  la 
famine.  Il  faut  vivre  et  la  guerre  ne  nourrit  pas  tou- 
jours son  homme,  n'entretient  sûrement  pas  sa  fa- 
mille. 

Pour  vivre ,  il  faut  cultiver  la  terre ,  si  peu  que  ce 
soit,  et  faire  une  récolte  quelconque  qui  permette 
de  passer  Thiver.  Pas  de  récolte,  cest  la  disette  et 
la  mort.  De  là,  les  deux  caractères  de  la  guerre  en 
pays  maure  :  le  subit  éparpillement  des  armées  en 
rase  campagne,  la  résistance  exaspérée  des  derniers 
hommes  dans  leur  dernier  réduit.  L'armée  s'évapore 
dès  qu'arrive  le  moment  des  semailles ,  «  qu  elle 
soit  vaincue  ou  victorieuse^  ».  Chacun  court  à  sou 
chanip,  le  retourne  et  l'ensemence.  On  reprendra 
la  campagne  plus  tard,  s'il  en  est  temps  encore; 
mais  il  n'est  pas  de  raisonnement  politique  ni  de 
nécessité  tactique  qui  tienne  devant  l'impérieux  com- 
mandement de  la  faim. 

Mal  assis  sur  un  territoire  tït^  ouvert,  incapables 
de  s'unir  pour  tenter  une  action  commune,  pauvres 
et  mal  outillés  pour  la  guerre,  les  Berbers  sont 
pourtant  de  rudes  et  fiers  combattants  :  Carthagi- 
nois, Romains,  Vandales  et  Grecs,  l'apprirent  à 
leurs  dépens.  Pour  vaincre  les  mercenaires  puni- 
ques, déconcerter  les  légions  de  Rome,  tenir  tête 
aux  guerriers  de  Tràsamond  et  rompre  les  cata- 
phractaires  de  Byzancé .  il  ne  fallait  pas  seulement 
être  soldat,  il  fallait  aussi  savoir  la  guerre,  combiner 

'  Masqueray,  Cite  berbère ^  io5,  107. 

i4. 


if08  MARS-AVRIL  1899. 

et  appliquer  une  tactique.  Etudions  un  peu  celle-ci. 
Elle  en  vaut  la  peine ,  et  seule  nous  expliquera  plus 
tard  certains  faits  que  la  politique  laisse  obscurs; 
elle  est,  de  plus,  un  curieux  et  convaincant  exemple 
de  la  pérennité  des  choses  en  terre  d'Afrique.  Vallée , 
Clauzel  et  Bugeaud  retrouvèrent  là-bas  les  guerriers 
qu'avaient  combattus  Métellus ,  Marius  et  Jean  Tro- 
glita.  Echappés  brusquement  du  lointain  passé, 
nous  taisons  de  l'histoire  toute  moderne.  Ce  chapitre 
pourrait  ouvrir  une  étude  de  nos  guerres  de  ce  siècle , 
comme  il  entame  celle  des  luttes  d'il  y  a  mille  ans. 
On  ne  vit  jamais,  nulle  part  ailleurs,  semblable  im- 
mobilité. 

Nous  savons  ce  qu'est  le  pays  :  une  série  de 
plaines  étagées,  communiquant  par  des  pentes 
douces  ou  d'abrupts  sentiers,  suivant  le  niveau  au- 
quel on  parvient;  autour,  des  montagnes  peu  élevées 
mais  âpres,  qu'il  ne  faut  pas  songer  à  franchir  si  on 
ne  les  connaît  bien ,  qui,  souvent,  restent  infranchis- 
sables à  celui  qui  les  connaît  le  mieux.  Mais  elles 
sontparalhMes,  puis  vont  en  s'évasant  vers  le  littoral; 
elles  seront  un  auxiliaire,  non  une  défense.  Au  mi- 
lieu des  plaines  et  sur  les  plates-formes  supérieures, 
des  kefs  inaccessibles,  donjons  gigantesques  d'une 
forleresse  naturelle;  au  fond  des  vallées,  des  oued 
encaissés,  qui  brisent  l'élan  des  troupes  et  rompent 
la  marche  des  convois,  des  sehkhas  trompeuses, 
dont  l'eau  saumâtre  donne  la  fièvro  sans  étancherla 
s  )if,  des  puits  rares  et  avares,  espérés  des  heures 
entières  et  trouvés  vides.  Sur  tout  cela  un  soleil  fé- 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  2011 

roce  qui  boit  r eau,  grille  la  pierre  et  fait  trembler 
dans  réther  surchaufiFé ,  aux  yeux  que  la  soif  trouble , 
des  mirages  décevants.  Entrer  est  facile,  avancer 
devient  pénible,  se  maintenir  est  fort  diffirile. 

Le  Berber  est  partout  qui  vous  guette. 

Il  a  pour  lui  deux  auxiliaires  puissants  :  la  soif,  et 
la  rapidité  de  ses  mouvements. 

Le  manque  d'eau  fait  souffrir  fenvahisseur  ;  la 
préoccupation  du  breuvage  Tempétre  et  lie  tous  ses 
mouvements.  Il  traîne  derrière  lui  des  approvision- 
nements considérables  qui  retardent  sa  marche  ^;  cette 
ressource  est  précaire  et  vite  épuisée;  il  faut  aller 
aux  points  d'eau;  ceux-ci  sont  peu  nombreux;  le 
Berber  les  connaît  bien,  et,  par  eux,  il  prévoit  la 
marche  de  l'adversaire  ;  dès  lors ,  plus  de  surprise  pos- 
sible, plus  de  coup  de  main  à  tenter,  Tindigène  sait 
toujours  où  vous  allez,  vous  ne  savez  jamais  où  il  est. 

A  la  première  attaque,  il  s  est  dérobé;  la  nouvelle 
de  la  guerre  a  été  portée  de  tribu  en  tribu  par  des 
coureurs  ou  des  signaux  convenus,  et  le  prochain 
soleil  n'a  plus  trouvé  sur  l'emplacement  des  douars 
que  quelques  feux  mourants ,  à  côté  des  cercles  de 
terre  battue  que  recouvraient  les  tentes.  La  plaine  est 
vide. 

Les  tribus  sont  passées  du  pied  de  paix  au  pied  de 
guerre.  Tout  le  monde  est  mobilisé  et  utilisé  :  les 
hommes  préparent  leurs  armes,  les  femmes  soignent 
les  montures  et  les  harnachements;  il  n'est  pas  jus- 

^  Voir  ia  difficulté  de  la   marche  de  Marins  sur  Capita.    (Sali. , 
Bell,  Jug,^  xc.) 


210  MARSAVRÏL  1899. 

qu'aux  troupeaux  qu  on  n'emploie  ;  iis  feront ,  lors  du 
combat,  des  retranchements  vivants.  Mais  nous  n en 
sommes  pas  encore  là  :  il  faut  d  abord  lasser  lennemi , 
et,  pour  cela ,  battre  vivement  en  retraite  ^,  lui  laisser 
la  plaine  et  gagner  la  montagne,  pour,  de  là-haut, 
Tépier  et  le  surprendre.  «Cependant,  Jugurtha  les 
suivait  (Métellus  et  Marius)  le  long  des  collines ,  épiant 
le  moment  et  le  lieu  propres  à  lattaque.  Là  où  il  ap- 
prenait que  les  Romains  devaient  porter  leurs  pas,  il 
gâtait  les  fourrages  et  empoisonnait  les  sources  si  rares 
dans  ce  pays  ;  il  se  montrait  tantôt  à  Métellus  et  tantôt 
à  Marius,  tombait  sur  les  derniers  rangs  et  regagnait 
aussitôt  les  hauteurs,  puis  il  revenait  menacer  lun , 
harceler  lautre;  enfin,  ne  livrant  jamais  de  bataille, 
ne  laissant  jamais  de  repos, il  réussissait  à  empêcher 
l'ennemi  d'accomplir  ses  desseins  '^.  »  Le  général  n'em- 
ploie même  pas  toutes  ses  troupes  A  cette  guerre 
d'escarmouches  ;  il  laisse  le  gros  de  son  armée  dans 
ses  cantonnements  et  ne  met  on  mouvement  qu'une 
petite  élite  ^,  qui ,  non  contente  de  troubler  ia  marche 
de  l'ennemi  pendant  le  jour,  jette  l'alarme  dans  son 
camp  pendant  la  nuit*.  Le  Maure  d'Afrique  traite 
l'ennemi  comme  son  demi -descendant,  l'Espagnol, 
traite  le  taureau  dans  les  corridas  de  maerte,  La 
troupe  légère  des  batteurs  d'estrade' a  harcelé  l'armée 

*  «  A  la  nouvelle  de  i'arrivce  de  Marius ,  les  rois  se  retirèrent 
chacun  de  leur  côté  dans  des  lieux  très  difficiles  d'accès»  (Sali. 
ihid,,  Lxxxvn). 

2  Sall.,LV. 
»  Sali.,  LIT. 

*  Sali. ,  Liv. 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  211 

à  souhait;  beaucoup  d'hommes  sontmorts  déjà,  beau- 
coup d'autres,  dans  les  rangs,  sont  blessés;  la  soif 
les  étrangle,  les  outres  sont  vides;  sous  le  soleil,  les 
casques  brûlants  couvent  des  idées  de  révolte  ou 
de  lutte  à  outrance.  Le  général  appelle  la  bataille  : 
Tannée  s'arrête  hésitante,  déconcertée,  exaspérée, 
s  aligne  et  fait  tête.  Alors,  le  Maure,  mahre  du 
lieu  et  de  l'heure ,  descend  à  son  tour  dans  la  plaine , 
comme  Yespada  dans  l'arène,  et,  posément ,  en  homme 
sûr  de  lui,  offre  le  combat.  Mais,  là  encore,  il  prend 
ses  précautions ,  s'avance  derrière  un  rideau  vivant  de 
bétes  de  sommes,  de  chameaux  surtout,  car  il  sait  la 
frayeur  que  ces  animaux  inspirent  aux  chevaux.  Au 
premier  choc,  félan  de  l'ennemi  se  brise  contre  cet 
obstacle;  les  archers  abrités  derrière  le  criblent  de 
flèches  et  le  contraignent  à  reculer;  si  la  seconde 
charge  n'est  pas  plus  heureuse,  si  la  ligne  ennemie 
faiblit  et  ondule  le  Berber  quitte  son  retranche- 
ment et  attaque  à  visage  découvert;  sa  longue  pa- 
tience et  sa  courte  audace  lui  donnent  souvent  la  vic- 
toire. 

Telle  est  la  tactique  classique.  A  la  veille  de  l'in» 
vasion  arabe,  le  Maure  l'applique  contre  le»  Van- 
dales avec  le  même  succès  que  contre  ses  ennemis 
de  jadis.  En  5 20,  Gabaon,  à  la  tête  des  tribusde  la 
Tripolitaine ,  attaque  la  frontière  méridionale  de  la 
Byzacène;  Trasamond  envoie  contre  lui  une  armée. 
Le  rebelle  range  ses  troupes  en  demi-cercle  et  cou- 
vre son  centre  d'une  ligne  de  chameaux,  entre  les 
jambes  desquels  il  place  des  archers;  la  cavalerie 


212  MARS-AVRIL   1899. 

ennemie,  effrayée  par  Todeur  des  animaux,  prend 
la  fuite ,  et  le  champ  de  bataille  reste  à  Gabaon  ^  Sou- 
vent aussi,  le  Maure  attaque  à  la  tombée  du  jour, 
quand  le  crépuscule  rapide  de  fOrient  déforme  les 
objets,  agrandit  les  ombres  et  peuple  les  fonds  du 
paysage  de  visions  indécises  et  troublantes.  «  Après 
avoir  réuni  leurs  armées,  au  moment  où  Mariuspart 
pour  ses  quartiers  d'hiver,  ils  (Bocchus  et  Jugurtha) 
l'attaquent  lorsqu'il  restait  à  peine  une  heure  de 
jour^.  » 

Parfois  même  il  assaille  en  pleine  nuit  le  camp 
harassé  qui  sommeille.  «  Lorsque  Jugurtha  eut  tout 
disposé  selon  ses  vues,  tout  à  coup,  au  milieu  de  la 
nuit,  une  multitude  de  Numides  cernent  le  camp 
d'Aulus  ^  ». 

Enfin,  avant  tout,  il  fait  une  guerre  de  pillage  et 
de  dévastation  :  «Jugurtha  entre.  .  .  brusquement, 
à  la  tête  dune  troupe  nombreuse,  dans  les  États  d'A- 
dherbal,  enlève  les  hommes  et  les  troupeaux  avec 
un  riche  butin ,  brûle  les  maisons  et  fait  ravager  par 
sa  cavalerie  presque  tout  le  pays;  puis  il  reprend, 
ainsi  que  toute  sa  suite ,  le  chemin  de  son  royaume*.  » 
Ce  n*est  pas  une  armée,  c'est  un  essaim  vorace  qui 
s'éparpille,  dévore  et  gaspille  en  cent  fendroits,  se 
masse  pour  darder  la  main  qui  Técarte,  puis  s'égaille 
de]  nouveau,    va,    revient,  s'emmêle,   bourdonne, 

^  Mercier,  I   i54  ,  d'après  Procope,  livre  I,  chap.  9. 

*  Sali.,  Bell,,  Jug,,  xcvn. 

3  Sali.  \BelU  Jug. ,  xxxviiî. 

*  Sali.,  BeU,Jag.y  w. 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  213 

pique  et  use  sa  force  en  un  tourbillonnement  buti- 
neur qui,  tout  à  coup,  safiFaisse  et  tombe.  On  né- 
crase  pas  plus  le  Berber  dans  une  bataille  rangée 
qu'on  ne  détruit  un  essaim  dun  revers  de  main, 
quelque  brutal  et  bien  assené  qu'il  soit.  Ilfaut ,  pour  le 
dompter,  une  guerre  spéciale,  faite,  comme  sa  pro- 
pre tactique,  de  petits  moyens,  de  marches  rapides, 
de  vastes  coups  de  fdets  jetés  sur  toute  une  région , 
de  razzias  et  de  dévastations,  de  défaites  infligées 
coup  sur  coup.  Tous  les  généraux  africains  le  com- 
prirent ,  de  Mélellus  à  Lamoricière.  «  Métellus  se  dé- 
cide à  éviter  les  engagements  et  les  batailles  rangées , 
pour  adopter  un  nouveau  plan  d'opérations;  il  se 
dirige  dans  les  cantons  les  plus  riches  delà  Numidie, 
ravage  les  champs ,  prend  les  châteaux  et  les  places 
peu  fortifiées  ou  sans  garnison,  les  livre  auxflammes, 
passe  au  fd  de  l'épée  tout  ce  qui  est  en  état  de  porter 
les  armes ,  et  abandonne  aux  soldats  le  reste  de  la 
population.  La  terreur  de  ces  exécutions  fait  qu'on 
livre  aux  Romains  une  foule  d'otages ,  qu'on  leur 
apporte  des  blés  en  abondance  et  tout  ce  dont  ils 
peuvent  avoir  besoin  ^  » —  «  Le  général  de  Lamori- 
cière pensait  que  la  soumission  complète  de  l'Algérie 
n'était  pas  au-dessus  de  nos  forces ,  mais  que ,  pour 
l'accomplir,  il  fallait  changer  de  fond  en  comble  les 
vieux  errements  et  passer  résolument  de  la  défensive 
à  l'offensive;  que  pour  cela  il  fallait  plonger  dans 
l'intérieur,  non  pas  au  moyen  de  petites  garnisons 

^  Salluste,  Liv. 


214  MARS-AVRIL  1890. 

sans  puissance  et  sans  action ,  retranchées  derrièi^ 
des  murailles  et  submergées  dans  le  flot  indigène, 
mais  au  moyen  de  fortes  colonnes  mobiles  parcou- 

0 

rant  le  pays  en  tous  sens,  vivant  sur  lui,  nourrissant 
la  guerre  par  la  guerre  et  frappant  sans  relâche  dans 
leurs  intérêts,  et  jusqu^à  ce  quelles  demandassent 
grâce ,  ces  populations  dont  nous  n'avions  pu  vain- 
cre l'hostilité  ^  ». 

Pour  obtenir  la  paix  de  ces  gens-là,  il  faut  les 
battre  et,  pour  les  battre,  les  poursuivre  jusqu'au  fond 
de  leur  dernière  retraite,  tenir  leurs  personnes  et 
leurs  biens,  les  réduire  à  merci.  Cela  fait,  rien  n'est 
fait  encore  :  il  faut  rester  au  milieu  d'eux ,  le»  domi- 
ner par  des  postes  bien  placés,  les  menacer  d'un 
prompt  et  inexorable  châtiment  à  la  première  incar* 
tade,  les  terroriser  et  les  fouailler  sans  cesse.  H  faut 
encore  séparer  les  tribus  domestiquées  du  dedans 
des  peuplades  insoumises  du  dehors,  fixer  les  pre- 
mières au  sol,  élever  une  chaîne  de  forteresses  qui 
tienne  les  autres  à  distance  respectueuse.  Quand 
on  a  fait  tout  cela,  si  l'on  reste  très  fort,  toujours 
armé  et  en  éveil,  on  peut,  mais  alors  seulement,  se 
dire  le  maître  de  l'Afrique. 

Le  Byzantin  pouvait-il  dire  cela  au  vn*  siècle  ?  H 
avait  en  face  de  lui  des  tribus  puissantes  :  sur  le  haut 
Bagradas,  les  Cannes  et  les  Silzactœ;  au  S.-E.  de  la 
Byzacène,  les  Naffur  (probablement  les  Nefouça  de 
Ibn  Khaldoun^),  entre Fernana  et  Thala,  les  Frèxes; 

^   Du  Baraii,  Souvenirs,  I,  iii. 
^  D'après  Diehl. 


LKS  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  215 

entre  le  littoral  et  les  chotts ,  les  Mecales ,  les  Astrices , 
les  Anacutasur,  les  Urceliani;  derrière  eux,  dans  les 
Maurétanies ,  les  Masnioudah ,  les  Zenatah ,  les  Aura- 
bah;  entre  la  Byzacène  et  Leptis Magna, les  Austures 
(Houara  des  Arabes)  et  les  Ilaguas  (Louatha);  au 
delà,  les  Gadabitani,  et,  plus  loin  encore,  dans  la  Cy- 
rénaïque,  les  Barcéens^  tous  peu  ou  point  soumis. 

Les  premières  années  de  Foccupation  avaient  été 
belles.  Après  Decimum  et  la  chute  de  la  domination 
vandale,  les  grands  chefs  avaient  prêté  volontiers 
l'hommage  ;  «  ils  demandaient  en  échange  une  nou- 
velle et  solennelle  investiture  de  leur  commande- 
ment^». Habileté  diplomatique  qui  assurait  le  pré- 
sent sans  engager  lavenir;  ils  tâtaient  le  nouvel 
occupant  et  mesuraient  sa  puissance.  Elle  était  faible. 
Dès  Tannée  suivante  (534),  ils  commencèrent  à  s'a- 
giter dans  la  Byzacène.  Le  gouverneur  les  tint  en 
respect  et  les  plaça  sous  l'autorité  de  l'un  d'eux,  resté 
fidèle,  Antalas^(535).  C'est  le  système  du  protec- 
torat :  on  ne  réduit  pas  l'indigène,  on  le  ménage;  tout 
à  l'heure ,  on  le  craindra  et  on  traitera  avec  lui. 

En  543 ,  les  Louatha  se  révoltent  en  Tripolitaine*; 
l'année  suivante,  Antalas,  dont  un  gouverneur  mala- 
droit avait  supprimé  la  pension,  les  imite  ^.  Le  pa- 
trice  Solomon  est  battu   et  tué   à  Cillium ,  malgré 


'  Diehl,  p.  3o5. 

2  Diehl,  p.  2  3. 

^  Diehl ,  p.  71. 

*  Mercier,  I,  172. 

•'  Diehl,  p.  3/|2. 


210  MARS-AVRIL   1899. 

Tappui  que  lui  donnaient  Je  chef  Coutsina  et  ses 
3 0,000  cavaliers  ^  A  quelques  mois  de  là,  cest 
Jean ,  fds  de  Sisinniolus ,  qui  est  défait  et  tué  à  Tha- 
cia.  Or  Thacia  est  entre  Sicca  et  Carthage  ;  l'ennemi 
est  au  cœur  du  pays  ;  ce  sont  les  tribus  domestiquées 
qui  s'ébranlent;  le  système  du  protectorat  ne  vaut 
rien;  le  protégé  tient  hardiment  tête  au  protec- 
teur. On  traite  avec  lui;  il  n'est  que  temps  :  en  547, 
Antalas  était  venu  jusque  sous  les  murs  de  Carthage^. 
En  548,  la  mort  de  Carcasan,  chef  des  Louatha, 
rétablit  les  affaires  des  Grecs  ;  ils  en  profitèrent  pour 
acheter  la  paix  aux  rebelles.  Les  Berbers  prêtaient 
hommage  au  basilens;  leurs  princes  recevaient  des 
insignes  spéciaux  et  le  titre  depatrice;  ils  fournissaient 
des  contingents  irréguliers  {fœderati,  gentiles)  qui 
concouraient  avec  les  limitanei  à  la  défense  de  la 
frontière,  lempereur  leur  payait  un  subside  annuel, 
ïannona  ^. 

Voilà  tout  ce  qua  pu  obtenir  le  général  Jean 
Troglita.  Les  vieilles  troupes  venues  d'Orient  en  546 
n'ont  pu  empêcher  sa  défaite  par  Carcasan  à  Gallica  ; 
pour  venir  à  bout  du  chef  des  Levathes  et  d' Antalas , 
il  a  dû  demander  l'appui  de  trois  chefs  indigènes, 
Kisdaïas,  Coutsina  et  labdas,  et  ce  sont  les  hommes 
de  ces  auxiliaires  qui  ont,  un  jour,  rétabli  l'ordre 
dans  son  camp  révolté.  11  faut  traiter  avec  les  uns 
pour  obtenir  une  paix  très  onéreuse  des  autres,  et 

»  Diehl,p.  343. 
*  Mercier,  I,  174. 
•''  Diehi,  p.  32  i-3Q.'i. 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  217 

acheter  le  concours  de  tous  pour  défendre  la  fron- 
tière. 

On  avait  armé  celle-ci  à  la  hâte.  Chaque  fissure 
était  fermée  d'une  soJide  forteresse  ;  les  places  for- 
maient deux  lignes  ;  chacune  d'elles  était  reliée  à  sa 
voisine  par  une  chaîne  ininterrompue  de  petits 
postes.  M.  Diehl  a  étudié  à  fond  Torganisation  de 
celte  défense  dans  son  savant  ouvrage  sur  TAfrique 
byzantine.  Les  cartes  qu'ils  a  dressées  nous  indiquent 
les  postes  fortifiés;  ils  sont  nombreux;  de  Sitifis  à 
Théveste,  j'en  compte  plus  de  vingt,  d'inégale  im- 
portance, placés  au  milieu  des  plaines,  à  la  source 
des  oued  ou  à  l'orée  des  vallées;  quelques-uns 
sont  jetés  en  sentinelles  avancées  sur  le  versant  occi- 
dental de  l'Aurès  ;  ce  n'est  là  qu'une  première  ligne  ; 
à  cinquante  kilomètres  en  arrière,  s'en  trouve  une 
seconde  tout  aussi  formidable.  Dans  le  Byzacium, 
le  système  défensif  est  moins  régulier  :  les  places  sont 
semées  le  long  de  la  côte  ou  jetées  au  hasard  dans 
l'intérieur,  sur  le  plateau,  depuis  Gapsa,  au  sud, 
jusqu'à  Ammaedera  (Henchir-Haïdra) ,  Sufès  (H.  Sbi- 
ba),  Mamma  et  Couloulis.  Notez  que  la  plaine  intermé- 
diaire est  sans  défense  :  le  quadrilatère  compris  entre 
Suffetula  à  l'ouest,  Junca  au  sud,  Justinianopolis  à 
l'est  et  Hadrumète  au  nord  ne  renferme  pas  une 
forteresse. 

Ce  prodigieux  appareil  de  défense  avait  été  élevé 
dans  les  premières  années  de  la  conquête.  11  ne 
semble  pas  avoir  été  jamais  d'un  bien  grand  secours 
à  l'occupant,  qui  n'avait  pas  assez  d'hommes  pour 


218  MARS-AVRIL    1899. 

garnir  tant  de  murailles  et  dut  recourir  aux /(tderati 
indigènes  pour  assurer  leur  défense.  Autant  deman- 
der au  loup  de  protéger  la  bergerie.  Après  quelques 
années  de  paix,  une  révolte  éclata  en  563;  il  fallut, 
pour  la  réprimer,  appeler  des  troupes  d'Orient.  Deux 
ans  plus  tard ,  à  Theure  où  mourait  Justinien ,  nous 
voyons  un  gouverneur,  Thomas ,  fortifier  à  la  hâte 
Thubursicum-Bure,  Agnia  et  Thignica.  Jetez  les 
yeux  sur  la  carte ,  voyez  où  sont  ces  places  :  en  pleine 
Proconsulaire,  à  loo  kilomètres  et  plu«  derrière  la 
ligne  de  Sufès  à  Justinianopolis ,  à  moins  de  i  oo  kilo- 
mètres de  Carthage;  elles  ferment  les  vallées  con- 
fluentes  de  loued  R'Meul  et  de  Toued  Siiiane,  qui 
débouchent  dans  celle  de  la  Medjerda.  Que  signifie 
un  semblable  système  défensif,  sinon  queleBycantin 
se  gare  du  Berber  allié  comme  de  son  frère  insoumis , 
et,  après  s  être  fortifié  contre  Tun ,  se  bastionne  main- 
tenant contre  Tautre  ? 

Mauvaises  années  que  celles  qui  s*écoulent  de 
569  à  584:  trois  généraux  sont  battus  et  tués  suc- 
cessivement, et  il  faut  l'arrivée  du  magister  mïlitam 
Gennadius  pour  rétablir  Tordre  ;  encore  n'y  parvient*il 
qu'en  consentant  des  subsides;  il  ne  soumet  pas,  il 
traite;  et  la  paix  doit  être  bien  précaire,  car,  pour  la 
mieux  assurer,  il  inaugure  en  Afrique  un  nouveau 
système  de  gouvernement.  Lui-même  est  exarque, 
gouverneur  militaire  et  prend  le  pas  sur  le  préfet  du 
prétoire,  le  gouverneur  civil;  dans  les  provinces ,  des 
ducs  sont  placés  à  côté  des  praeses;  l'administration  est 


LES  PREMIERES  JNVASIONS  ARABES.  219 

militarisée,  le  pouvoir  civil  s'efface  peu  à  peu,  fait 
d'une  importance  capitale:  c'est  la  fin  de  la  domina- 
tion byzantine. 

Celle-ci  n'a  qu'une  raison  d'être  en  Afrique  :  as- 
surer la  défense  des  frontières  et  maintenir  l'ordre 
à  l'intérieur,  donner  la  sécurité  au  cultivateur  et  au 
marchand ,  leur  rendre  bonne  justice ,  présider  à  l'ex- 
ploitation normale  et  méthodique  du  pays,  ouvrir 
des  routes  et  les  entretenir,  creuser  des  ports  et  les 
remplir  de  bâtiments  grecs,  consolider  la  propriété 
dans  les  mains  de  l'occupant  et  donner  à  ses  produits 
des  débouchés , remplir  toutes  les  tâches  délicates  cl 
multiples  que  sous-entend  le  mota  administrer  ».  Elle 
s'y  est  employée  avec  ardeur  :  elle  a  jeté  dans  la  By- 
zacène  et  la  Proconsulaire  ime  armée  de  fonction- 
naires (iVl.  Diehl  nous  en  donne  la  liste)  qui  ont,  h 
l'envi ,  réglementé ,  régenté ,  jugé  et  ordonné  ;  elle  a 
atteint  à  certaines  heures  de  bons  résultats ,  mais  les 
revers  sont  survenus  :  l'indigène  soulevé  a  troublé  cette 
belle  organisation ,  et  le  scribe ,  pâle  de  frayeur,  s'est 
caché  derrière  le  soldat.  Ce  dernier  ne  connaît  que 
la  guerre;  il  la  fait  par  goût,  par  ambition,  la  pro- 
voque et  la  traîne  en  longueur  avec  un  superbe  dé- 
dain de  l'intérêt  immédiat  de  celui  qu'il  défend  : 
battu,  il  se  replie  en  maugréant  sur  le  territoini 
qu'il  devait  couvrir  et  en  traite  l'habitant  avec  la  dé- 
sinvolture qu'il  apporte  dans  ses  relations  avec  les 
peuples  soumis;  vainqueur,  il  se  sent  pousser  des 
idées  d'indépendance ,  écoute  distraitement  le  pouvoir 
central,  obéit  mal  ou  point,  tranche  du  petit  souve 


220  MARS  AVRIL   1899. 

raiii  et,  un  beau  jour,  se  révolte.  C'est  ce  qui  arriva 
en  Afrique. 

En  608,  un  changement  de  prince  à Byzance  dé- 
plut à  Fexarque  Héradius;  il  envoya  contre  le 
nouvel  empereur  (c'était  Phocas)  une  armée  com- 
mandée par  son  fils ,  qui  portait  le  même  nom  que 
lui.  Héraclius ,  le  fils,  détrôna  Phocas  et  fut  proclamé 
à  sa  place  (5  octobre  610).  Du  même  coup,  le  lieu 
un  instant  rompu  fut  renoué  entre  TAfrique  et  l'Em- 
pire. Ou  en  advint-il  plus  tard?  Les  historiens  éclai 
rent  mal  cette  période,  à  peine  perçoivent-ils  dans 
Tobscurité  quelques  faits  épars  :  vers  63'/i ,  le  stra- 
tège Pierre,  appelé  au  secours  de  l'Egypte  qu en- 
vahissaient les  Arabes,  refuse  net  de  s'y  rendre.  Au 
moment  où  l'Islam  pénètre  en  Afrique,  le  patrice 
(irégoire  vient  de  se  proclamer  empereur. 

C'en  était  bienfait  de  la  domination  byzantine!  Sa 
destruction  était  l'œuvre  du  Berber;  c'était  lui  qui 
avait  désolé  les  campagnes,  déconcerté  les  gouver- 
neurs ,  paralysé  l'administration ,  exaspéré  les  troupes 
contre  leurs  chefs,  suscité  et  soutenu  leurs  révoltes, 
puis  jeté  la  population  paisible  dans  les  bras  des  gé- 
néraux ,  et  chassé  de  la  .province  le  pouvoir  civil  by- 
zantin ,  c'est-à-dire  Byzance  tout  entière. 

Et  maintenant  nous  allons  juger  sa  valeur  poli- 
tique d'un  seul  coup  d'œil.  De  cette  lutte  presque 
perpétuelle  de  cent  années,  quel  profit  retire-t-il !^ 
Aucun  :  Antalas  s'est  révolté  et  a  soutenu  Aréobinde; 
Carcasan  s'est  révolté  et  abattu  Jean  Troglita;  Gar- 
nuil  s'tvst  révolté  o{  a  tenu  dix  ans  la  campagne;  vingt 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  221 

autres  soulèvements  ont  bouleversé  la  province ,  le 
patrice  Solomon  a  été  battu  et  tué  à  Cillium;  Jean, 
fils  de  Sisinniolus,  a  été  battu  et  tué  à  Thacia;  Jean 
Troglita  a  été  battu  à  Gallica;  en  669,  Théodore, 
préfet  d* Afrique,  a  été  battu  et  tué;  en  Syo,  Théoc- 
tîstos,  magùter  militam ,  a  été  battu  et  tué;  en  Sy  1 , 
Amabilis  son  successeur,  a  été  battu  et  tué,  et  cepen- 
dant les  frontières  grecques  n  ont  pas  reculé  d'une 
ligne,  les  forteresses  sont  encore  debout,  les  colons 
tiennent  derrière  leurs  murailles;  siByzance  est  par- 
tie, le  Grec  et,  avec  lui,  Tesprit  byzantin  àont  restés. 
L'empereur  ne  tient  plus  le  pays,  mais  le  Berber  ne 
le  possède  pas  non  plus. 

Cent  années  de  guerre  ou  de  vie  côte  à  côte  avec 
l'homme  le  plus  civilisé,  le  plus  raffiné  du  monde 
antique,  ne  lui  ont  rien  appris.  Le  Grec  était  débar- 
qué avec  tout  un  cortège  d'idées  lumineuses  et  de  lois 
savantes,  une  religion  attirante,  une  administration 
modèle,  une  littérature  délicate,  des  arts  charmants, 
des  mœurs  faciles,  tout  ce  qu'avait  à  peu  près  le 
Romain  de  jadis,  avec,  de  plus ,  l'esprit  aimable  et 
conciliant  de  l'Oriental,  l'ardeur  de  prosélytisme  et 
la  soif  de  sympathie  du  chrétien.  Tout  cela  s'est  im- 
planté, a  vécu  et  prospéré  sur  le  sol  d'Afrique,  à 
deux  pas  du  Berber;  il  n'a  rien  senti,  rien  compris, 
n'a  pas  été  entamé,  pas  même  effleuré. 

Il  s'est  âprement  défendu,  hargneux,  grondant  et 
farouche,  comme  la  bete  sauvage  qui  se  raidit  sous 
l'étreinte  qui  l'écrase,  et  mord  dès  qu'elle  se  re- 
lâche. Il  a  combattu  follement,  sans  plan  ni  but,  un 

Mil.  l5 


222  MARS-AVRIL   1899. 

peu  pour  rindépendance,  beaucoup  pour  le  butin; 
il  a  mené  sans  souci ,  sans  peur  et  sans  pensée ,  la 
belle  vie  de  combat  qu'il  aime.  Ses  légers  escadrons 
ont  harcelé,  exaspéré  et  rompu  les  cataphractaires 
byzantins,  puis  se  sont  évaporés  au  galop  fébrile  de 
leurs  petits  chevaux.  Ils  laissaient  derrière  eux  le  vide 
et,  par  terre,  les  débris  dune  civilisation  vieille  de 
mille  ans  et  plus. 

La  mobilité,  Tinstabilité,  le  désordre,  la  verve 
batailleuse  du  Maure ,  la  régularité ,  Talignement  mé- 
thodique et  la  précision  compassée  du  Grec  s  étaient 
heurtés  chaque  fois  plus  violemment  sans  jamais 
pouvoir  se  concilier.  Les  hommes,  les  caractères,  les 
esprits  et  les  âmes  différaient  trop. 

L'esprit  grec  est  vaste,  lumineux  et  précis;  il  ne 
recèle  pas  de  coins  sombres  où  le  doute  se  gîte,  d'où 
l'eiTeur  et  l'ignorance  s'élancent;  il  est  équilibré  et 
stable,  perçoit  vite,  porte  loin,  conçoit  droit  et 
juste,  pense  sans  défadlance,  calcule  sans  hésita- 
tion ,  imagine  avec  précision  et  construit  avec  logique. 
C'est  un  tout  harmonieux  qui  connaît  son  harmonie 
et  s'y  complaît ,  la  veut  porter  partout  et  l'imposer 
à  tout,  il  taille  délibérément  dans  la  masse  informe 
des  observations  l'abstraction  sobre  et  brillante, 
étend  sur  le  monde  entier  le  réseau  régulier  de  son 
système,  échafaude  avec  amour  les  conceptions  géo- 
métricpies,  élève  pièce  à  pièce,  posément  et  sensé- 
ment, son  édifice  de  logique  et  jette  sur  lui  les  teintes 
délicates  d'une  sensibilité  exquise  et  raffinée. 

On  connaît  la  société  que  conçut  cet  esprit. 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.       .      225 

L*homme  y  est  classé,  enregistré,  inséré,  comme 
un  manuscrit  est  catalogué  dans  la  bibliothèque 
d'Alexandrie;  son  rôle  est  prévu  et  mesuré;  son  ac- 
tion est  régularisée,  suscitée  ou  réfrénée,  ses  devoirs 
sont  impérieusement  dictés,  ses  droits  constatés  et 
délimités;  il  marche  dans  un  chemin  rectiligne, 
étroit  et  plat.  Sa  vie  est  monotone  et  laborieuse  : 
agriculteur,  il  remue  un  champ  aux  bornes  précises , 
arrache  à  la  terre  une  récolte  soigneusement  pré- 
parée, emmagasine  Thuile  de  ses  olives  et  le  blé  de 
ses  moissons,  engraisse  des  troupeaux  et  les  accroît, 
plante  des  arbres  et  élève  des  maisons ,  se  fixe  en  un 
coin  du  sol,  le  transforme  et  y  enfouit  tout  son  être, 
Tempht  de  souvenirs  et  l'embellit  d'espoirs.  Com- 
merçant, il  calcule  et  combine,  discute  et  suppute, 
brasse  des  affaires,  escompte  des  résultats,  prévoit 
des  bénéfices,  guette  de  bonnes  opérations,  et,  lente- 
ment amasse  de  Tor.  Soldat,  il  médite  ses  marches, 
arrête  un  plan  délibéré  et  sûr,  s  avance  avec  méthode, 
voit  toujours  derrière  la  bataille  le  but  politique  à 
atteindre,  négocie  autant  qu'il  combat.  Magistrat, 
il  scrute  la  confusion  des  causes,  pénètre  leur  ca- 
ractère intime,  rarnène  leurs  aspects  ftiultiples  à 
quelques  faits  simples ,  détermine  le  point  de  droit 
et  tranche  net  la  question  litigieuse.  Tous  ont  tou- 
jours une  idée  dans  la  tête;  une  pensée  supérieure 
les  domine ,  les  éclaire  et  les  guide  :  accroître  le  pa- 
trimoine de  la  famille,  augmenter  la  prospérité  de 
la  cité,  défendre  et  étendre  le  sol  de  la  patrie,  affer- 
mir, améliorer,  simplifier  le  gouvernement.  Tous  se 

i5. 


224  MARS-AVRIL   1899. 

sentent  vivre  pour  autre  chose  de  meilleur,  de  plus 
grand ,  de  plus  stable  qu'eux-mêmes  :  la  famille,  la 
cité,  la  pjatrie.  Ils  se  savent  dépositaires  de  destinées 
qui  ne  sont  pas  les  leurs,  mais  quil  faut  préparer, 
artisans  de  choses  futures  quils  ne  verront  jamais, 
mais  qu'ils  soupçonnent  et  qu'ils  ébauchent  avec 
confiance.  Leurs  volontés  se  tendent  dans  un  effort 
commun  pour  défendre,  grandir,  glorifier  VÉtat.  C  est 
leur  intérêt,  et  ils  y  mettent  leur  orgueil;  l'Etat  les 
protège,  leur  assure  la  justice,  le  calme,  la  sécurité, 
les  heures  fécondes  du  labeur  et  les  loisirs  de  la  ré- 
flexion ;  il  est  doux ,  judicieux  et  tutélaire  ;  il  est ,  aussi , 
puissant  et  redouté;  l'éclat  de  sa  majesté  rejaillit  sur 
cliacun  des  citoyens.  Ceux-ci  lui  ont  abandonné  peu 
à  peu  des  prérogatives ,  cédé  des  droits,  confié  des  at- 
tributions; il  les  exerce  au  nom  et  pour  le  plus  grand 
bien  de  tous;  son  administration  est  nombreuse,  sa 
compétence  illimitée ,  son  action  permanente  et  h'- 
résistible.  L'immense  mécanisme  est  lancé  d'un 
mouvement  rythmé,  placide,  inexorable  et  muet; 
l'homme  suit  d'un  œil  satisfait  et  craintif  la  marche 
qu'il  ne  saurait  plus  arrêter.  Une  machine  ne  rai- 
sonne pas  :  elle  assiniile  ce  qui  plie,  broie  ce  qui  ré- 
siste. 

La  machine  byzantine,  transportée  en  Afrique, 
essaya  de  broyer  le  Berber;  mais  elle  était  vieille 
alors,  un  peu  déjetée ,  mal  équilibrée  et  édentée.  Ce  fut 
le  Berber  qui  la  brisa.  Tout  le  heurtait  chez  le  Grec  : 
l'esprit  trop  net  de  l'Aryen  concevait  trop  de  choses 
que  lui  n'entrevoyait  même  pas;  sa  méfiance  d'igno- 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARARES.  225 

rant  et  de  naïf  s'éveillait  au  contact  de  pensées  trop 
profondes  ou  trop  fragiles,  dont  le  sens  intime  lui 
échappait.  11  ne  comprenait  ni  la  complexité  de  Tad- 
ministration,  ni  la  régularité  de  la  vie,  ni  la  stabi- 
lité des  institutions,  ni  le  rythme  méthodique  de 
l'ensemble.  Il  ne  saisissait  que  l'aspect  extérieur,  la 
réglementation  tatillonne  et  taquine,  la  discipline 
sévère;  il  voyait  surtout  s'approcher  trois  hommes 
qu'il  honnissait  :  le  collecteur  d'impôts  qui  réclame 
de  l'argent,  le  soldat  qui  exige  qu'on  lui  livre  les 
armes  et,  derrière  eux,  l'administrateur  qui  impose 
des  parcours ,  découpe  les  terres ,  broyé  la  tribu  et 
garrotte  chaque  homme  sur  un  coin  du  sol ,  entre  le 
tribunal  et  la  prison.  Pour  se  faire  Grec,  il  lui  fallait 
devenir  un  autre  homme;  il  ne  le  voulait  ni  ne  le 
pouvait;  il  tint  tête  et  demeura  libre,  trop  farouche 
pour  se  soumettre,  Irop  maladroit  et  trop  indécis 
pour  jeter  l'étranger  à  la  mer. 

Ces  faits  valent  la  peine  d'être  médités,  aujour- 
d'hui plus  que  jamais.  Nous  sommes  Aryens  comme 
le  Grec  et,  sur  plus  d'un  point,  Byzantins.  Le  Maure 
n'a  pas  changé. 


226  MARS-AVRIL   1889. 

IV 
LES  ARABES. 

I,  Apparition  de  l'islamisme.  Mohammed  et  les  premières  vic- 
toires. 

n.  Les  conquêtes.  Invasion  de  la  Syrie.  Causes  de  Texpansion 
musulmane. 

m.  Le  Pays.  Aspect  de  l'Arabie.  Son  isolement;  il  assure  à  la 
race  son  homogénéité.  Importance  de  celle-ci.  Pauvreté  du 
pays.  Instabilité  de  l'homme.  Les  routes  vers  l'extérieur. 

IV.  L'homme.  Influence  de  la  nature  sur  son  moral.  Vivacité  et 

vigueur  des  impressions.  Sens  du  monde  extérieur.  L'intel- 
ligence. Médiocre  faculté  d'abstraction.  Défaut  d'imagina- 
tion. Conception  de  l'art  et  de  la  poésie. 

V.  L'Esprit.  Sa  structure;  ses  procédés  de  raisonnement.  Forme 

du  discours.  Construction  de  la  langue. 

VI.  Le  caractère.  Passion.  Défaut  de  nuances.  Bravoure.  Cru- 

auté. Générosité.  Orgueil.  Instabilité.  Insubordination. 

VII.  La  religion  et  la  guerre  sainte.  Le  Prophétisme.  Moham- 

med et  s^  doctrine.  L'enthousiasme  rdigieux.  La  guerre 
sainte.  Les  armées  et  la  tactique  arabes.  Organisation  des 
conquêtes  et  traitement  des  conquis. 

Vni.  La  législation  et  le  gouvernement.  Caractère  de  la  loi.  Les 
différences  essentielles  d'avec  la  loi  romaine.  Caractère  du 
pouvoir  et  sa  dévolution.  Les  gouverneurs  et  l'administra- 
tion. Les  impôts.  Les  révoltes. 

IX.     Conclusion.  Le  monde  gréco-latin  et  les  Arabes  au  vn*  siècle. 

I. 

En  Tan  61  2  de  notre  ère,  Héraclius  étant  empe- 
reur de  Byzance,  etChosroës,  Roi  des  Rois,  régnant 
sur  l'Iran,  un  chamelier  arabe  eut,  au  fond  de  la 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  227 

solitude  oii  il  aimait  à  se  retirer,  des  visions  de  lau- 
delà  :  il  entendit  des  voix  et  sentit  passer  en  lui  ua 
esprit  surnaturel.  C'était  un  homme  ignorant  et 
simple,  né  dans  la  pauvreté  et  quun  heureux  ma- 
riage avait  mis  dans  laisance.  Chef  de  caravane ,  il 
avait  visité,  pour  les  besoins  de  son  commerce,  les 
villes  de  Syrie  et  en  était  revenu  sans  avoir,  semble- 
t-il,  beaucoup  observé  ni  bien  compris  ce  qu'on  y 
voyait.  Il  savait  à  peine  lire  les  caractères  primitifs 
que  ses  frères  traçaient  sur  des  omoplates  de  cha- 
meaux ou  des  feuilles  de  palmier,  et  les  imitait  mal- 
aisément; le  plus  clair  de  sa  science  consistait  en  lé- 
gendes, en  traditions  si  vieilles  que  les  lèvres  des 
conteurs  les  avaient  usées  en  même  temps  que  leur 
ignorance  les  déformait,  en  récits  véridiques  peut- 
être,  sûrement  embellis  de  fiction,  recueillis  dans  la 
demi-somnolence  des  veillées  autour  du  feu  mou- 
rant, sous  le  ciel  à  peine  refroidi  et  scintillant 
d étoiles,  quand  tout  dormait  à  l'entour.  Récits,  tra- 
ditions, légendes  avaient  fermenté  dans  cet  esprit  in- 
quiet, surexcité,  surchauffé  comme  la  nature  qui 
Tentourait ,  et  un  obscur  travail  de  réflexion  latente , 
ignorante  d'elle-même,  d'imagination  maladroite  et 
puérile,  délia  et  étendit  à  la  lumière  Tâmé  repliée  et 
sombre  du  chamelier.  Il  conçut  lunité  divine, 
comprit  la  bonté  du  Créateur  et  reçut  de  lui  la  foi 
qu'il  fallait  suivre  et  l'ordre  de  la  communiquer  aux 
hommes;  il  devint  prophète  de  Dieu. 

Mais  Mohammed  était  faible  et  sa  voix  ne  portait 
pas  bien  loin.  Il  enseigna  d'abord  ses  proches,  en 


228  MARS-AVRIL   1899. 

reçut  quelque  encouragement ,  recruta  d  autres 
adeptes  encore,  en  petit  nombre  mais  fidèles,  qui 
faisaient  profession  de  se  confier  à  Dieu  et,  à  cause 
de  cela,  se  nommaient  Moustimouna  (Musulmans). 
La  masse  de  la  nation  restait  sourde  à  ses  appels. 
Elle  obéissait  à  la  puissante  tribu  deQoraïch,  mai- 
tresse  de  la  Mekke ,  gardienne  des  lieux  saints ,  atta- 
chée par  tradition  et  par  intérêt  au  culte  des  idoles. 
Bientôt  persécuté ,  le  prophète  s  enfuit  de  la  Mekke 
avec  son  fidèle  Abou-Bekr  et  gagna  Médîne;  des 
Qoraïchites  le  suivirent  dans  fexil;  il  fit,  dans  son 
lieu  de  refuge,  de  nouvelles  recrues  et  continua 
sa  prédication.  Les  Mohadjériens  (on  appela  ainsi 
les  Mekkois  qui  s'étaient  joints  à  lui)  et  les  Ansariens 
(ce  fut  le  nom  qu'il  donna  aux  habitants  de  Mé- 
dine  qui  embrassèrent  la  nouvelle  religion)  étaient 
de  purs  Arabes,  desprit  exalté  mais  de  sens  pra- 
tique, très  fervents  mais  très  près  des  biens  de  ce 
monde,  ardents  à  propager  la  foi  mais  soucieux  aussi 
de  leur  fortune.  Les  Mekkois  étaient  de  gros  com- 
merçants dont  les  caravanes  passaient  près  de  Médine 
pour  gagner  la  Syrie.  En  s  emparant  de  leurs  convois, 
on  faisait  œuvre  pie  et  on  arrondissait  son  bien.  Les 
expéditions  commencèrent  aussitôt.  *Abd  Allah  ibn 
Djahch,  à  la  tête  de  huit  musulmans,  s'embusqua 
à  Nakhla,  entre  la  Mekke  et  Taiëf,  et  pilla  une  ca- 
ravane qoraïchite  dont  il  tua  le  chef.  C'était  un  bien 
petit  commencement,  le  premier  coup  de  sabre 
donné  par  le  bras  musulman ,  bras  qui  se  reposa  ra- 
rement, sabre  qui  retrouva  difficilement  le  fourreau. 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  229 

Peu  après,  le  Prophète  lui-même  marcha  à  la  re- 
cherche de  la  grande  caravane  qui  revenait  de  Syrie. 
Il  avait,  en  tout,  sous  ses  ordres  3i3  hommes, 
presque  tous  gens  de  pied,  car  la  petite  armée  ne 
possédait  que  70  chameaux  et  3  chevaux.  Il  ne  ren- 
contra pas  la  caravane,  mais  se  heurta  aux  Qoraï- 
chites  venus  pour  la  secourir  et  les  vainquit  h  Bedr. 
La  lutte  continua,  le  plus  souvent  heureuse ,  et  bien- 
tôt Mohammed  put  rentrer  à  la  Mekke  et  détruire 
les  idoles  qui  souillaient  la  Ka^bah  sainte.  Les 
Qoraïchites  subjugués  embrassèrent  Tlslamisme,  et 
presque  aussitôt  celui-ci  déborda  de  l'Arabie  sur  les 
pays  voisins. 


IL 


Ils  partirent  quatre -vingt  ou  cent  mille  pour 
conquérir  le  monde,  allant  droit  devant  eux,  vers 
les  villes  de  la  Syrie,  la  vallée  du  Nil,  celle  de  TEu- 
phrate,  là  où  il  y  avait  de  Teau,  de  Tor,  des  pâtu- 
rages à  tondre  et  des  soldats  à  combattre.  Tadmor, 
pleine  d'effroi,  les  vit,  un  jour,  sortir  poudreux, 
hâves,  altérés  et  terribles  du  désert  de  Djof,  que 
nulle  armée  avant  eux  n'avait  traversé.  Durant  cinq 
jours  de  soleil  torride  et  de  mirages  ils  avaient  mar- 
ché, sans  presque  faire  halte,  n ayant  pour  boisson, 
hommes  et  bêtes,  que  le  lait  des  chamelles  et  leau 
que  recelait  l'estomac  des  dromadaires  égorgés. 

On  les  avait  vus  jadis,  caravaniers  paisibles  et 
indifférents,  passer   par   petites  troupes,   derrière 


230  MARS-AVRIL  1899. 

leurs  bêtes  de  somme,  s  arrêter  aux  portes  des  villes 
et  attendre  patiemment  un  nouveau  chargement 
pour  regagner  le  sud.  Ils  pariaient  peu  et  n'étaient 
point  curieux;  on  ne  connaissait  pas  leur  pays;  on 
disait  qu ils  vivaient  pauvrement,  sous  la  tente,  du 
croit  de  leurs  troupeaux.  Us  revenaient  maintenant 
en  grand  nombre  et  grand  tumulte;  ils  montaient 
des  chameaux  rapides  et  des  chevaux  bondissants 
que  nulle  étape  n  effrayait  et  qui ,  du  lever  au  cou- 
cher du  soleil,  traversaient  la  plus  vaste  plaine.  Us 
semblaient  sortir  de  terre  au  milieu  du  tourbiUon 
de  poussière  soulevé  par  les  sabots  de  leurs  mon- 
tures, et,  tout  à  coup  disparaissaient  au  fond  de 
l'horizon,  comme  emportés  par  le  vent  qui  les  avait 
amenés.  Us  avaient  des  vêtements  grossiers  comme 
ceux  que  revêtent  les  pâtres,  mais  leurs  armes  étaient 
brillantes  et  affilées,  et  leurs  batteurs  d'estrade  pous- 
saient dans  la  nuit  chaude,  pour  s'appeler  l'un 
l'autre ,  de  grands  cris  gutturaux ,  longuement  espa- 
cés, qui  faisaient  frémir  de  crainte  les  Syriens  der- 
rière leurs  murailles.  Ces  cris  appelaient  d'autres 
hommes  qui,  le  lendemain,  envahissaient  la  plaine 
avec  les  rayons  du  soleil,  et  les  paisibles  cultiva- 
teurs des  bords  del'Oronte  etdu  Yarmouk  n'avaient 
plus  d'espoir  que  dans  l'armée  byzantine,  qui  seule 
pouvait  délivrer  leurs  terres  de  ce  fléau. 

Les  troupes  grecques  étaient  solides,  les  soldats 
étaient  de  beaux  et  fiers  hommes,  bien  payés  et 
bien  armés;  leurs  habiles  stratèges  avaient  tenu  tête 
à  tous  les  barbares  et  vaincu  le  Roi  des  Rois,  Chos- 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  231 

roès le  Perse.  Armée  et  généraux,  dernière  sauve- 
garde de  l'empire,  marchèrent  au-<levant  de  Ten* 
vahisseur.  Ce  fut  une  lutte  gigantesque  que  jamais 
rOrient  ne  revit.  Les  lignes  byzantines  étalent  iné- 
branlables, les  assauts  des  Arabes  ne  cessaient  pas, 
et,  quand  la  nuit  tombait,  les  soldats  restaient  à 
leur  place  tout  armés  pour  le  combat  du  lendemain. 
Les  rangs  des  Grecs  s'éclaircissaient  et  les  Arabes 
étaient  fauchés  comme  moisson,  mais  ils  revenaient 
toujours,  caries  femmes,  devant  leur  camp,  frap- 
paient au  visage  ceux  qui  tournaient  le  dos  à  Ten- 
nemi  ;  les  blessés  couraient  à  de  nouvelles  blessures 
et  recevaient  la  mort  avec  des  cris  de  joie  et ,  dans  les 
yeux ,  une  extase  qui  faisait  songer,  sous  leurs  casques 
de  fer,  les  soldats  de  TEmpereur.  Lacier  lui-même 
s'émousse,  et  quand  les  épées  byzantines  ne  purent 
plus  trancher,  après  trois  jours  de  lutte,  le  barbare 
inlassable  brisa  la  ligne  de  bataille;  Tannée  byzan- 
tine se  retira  aux  chants  de  victoire  des  Arabes. 
Ceux-ci  marchèrent  alors  contre  les  villes;  leurs  mu- 
railles élevées  et  bien  défendues  les  arrêtèrent;  ils 
demeurèrent  à  leurs  pieds,  flairant  la  proie  pro- 
chaine qu ils  ne  pouvaient  saisir  et  guettant  laven- 
ture  qui  la  leur  livrerait  :  la  fatigue  de  l'assiégé ,  la 
ruse  de  l'assiégeant ,  la  famine  ou  la  trahison  ouvrirent 
toutes  les  portes j  mais  les  hommes  du  désert,  dé- 
daigneux des  gens  de  l'argile,  restèrent  au  dehors, 
sous  leurs  tentes ,  en  mettant  garnison  dans  les  châ- 
teaux. 

Les  populations  venaient  maintenant  en  masse 


232  MARS-AVRIL   1899. 

implorer  la  paix  et  offrir  de  splendides  rançons  qui 
saccumulaient  sous  les  tentes  des  nomades.  Elles 
s'approchaient  avec  crainte  de  ces  hommes  basanés 
et  superbes  qui,  le  combat  fini,  reposaient  pares- 
seusement sur  le  sol ,  pensifs  et  préoccupés  de 
quelque  chose  d'invisible.  Elles  cherchaient  en  vain 
parmi  eux  celui  qui  les  commandait;  si  elles  de- 
mandaient le  chef,  on  leur  montrait  un  homme 
vêtu  comme  les  autres,  et,  comme  les  autres, 
accroupi  près  de  son  cheval  et  de  sa  lance  fichée 
en  terre.  11  n'avait  pas  d'habits  brodés  ni  d'armes 
de  prix ,  et  tous  s'approchaient  de  lui  sans  fléchir 
le  genou  ni  baisser  la  tête;  le  dernier  des  soldats 
l'appelait  par  son  nom  et  celui  de  son  père,  et  lui 
parlait  comme  à  un  compagnon  d'armes,  et  les 
hommes  qui  entendaient  leur  langue  disaient  qu'ils 
n'usaient  jamais,  en  s'adressanl  à  lui,  des  formules  de 
respect  et  des  locutions  adulatrices  que  la  hiérarcliie 
sait  si  bien  composer,  mais  qu'ils  le  tutoyaient  sim- 
plement. Tous  ces  guerriers  semblaient  très  fiers.  Si 
quelque  Syrien  plus  hardi  leur  demandait  pourquoi 
ils  étaient  sortis  de  leur  pays  et  faisaient  ainsi  cam- 
pagne, et  comment  ils  remportaient  tant  et  de  si 
foudroyants  succès,  ils  répondaient  qu'ils  avaient 
reçu  un  ordre  d'En  Haut,  que  leur  vrai  maître  était 
le  Dieu  unique,  qui  leur  avait  envoyé  un  prophète  et 
ordonné  par  sa  bouche  la  conquête  du  monde,  et 
que  c'était  Dieu  qui  combattait  pour  eux  et  leur  don- 
nait la  victoire.  Quand  l'Arabe  parlait  de  ces  choses, 
son  œil  s'allumait  et   l'on  y  voyait  passer  le  reflet 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  233 

fauve  (le  ses  déserts  et  la  lueur  dun  feu  intérieur 
qu'attisait  une  grande  passion.  Le  Grec  comprenait 
alors  ce  que  signifiait  le  cri  Allah  Akbarl  «  Dieu  est 
le  plus  grand!  »  qu'il  lui  entendait  rugir  au  milieu  du 
cliquetis  des  épées  quand  Tattaque  commençait,  et 
qui  flottait  encore,  après  le  combat,  sur  les  lèvres  des 
mourants.  Toujours  curieux  des  choses  de  lau-delà, 
il  interrogeait  encore  et  apprenait  que  le  Dieu  unique 
ordonnait  d  être  compatissant  aux  faibles  etbon  pour 
les  misérables ,  de  faire  faumône  et  de  garder  son  âme 
des  souillures  du  péché ,  de  le  prier  souvent  et  de 
mener  une  vie  pure  pour  aller  au  jour  du  jugement 
dans  le  Paradis  qu'il  réserve  à  ses  fidèles.  Prier,  don- 
ner aux  pauvres,  jeûner  au  mois  prescrit,  faire  le 
pèlerinage  des  lieux  saints  et  payer  la  dîme,  il  n  en 
fallait  pas  plus  pour  gagner  le  céleste  séjour.  Mais 
le  plus  sûr  moyen  dy  parvenir  était  de  trouver  la 
mort  dans  le  combat  contre  les  infidèles.  Pour  deve- 
nir musulman ,  il  suffisait  de  confesser  l'unité  de  Dieu 
et  de  reconnaître  Mohammed  pour  son  prophète. 
Celui  qui  faisait  cela  entrait  dans  les  rangs  des  Arabes , 
était  considéré  par  eux  comme  leur  frère  et  prenait 
part  au  butin.  Beaucoup  de  Syriens  prononcèrent  la 
formule  et  partirent  avec  l'armée.  Ceux  qui  demeu- 
rèrent chrétiens  ne  furent  pas  maltraités.  Ils  payèrent 
l'impôt  et  restèrent  libres  de  pratiquer  leur  culte , 
mais  les  musulmans  les  regardaient  comme  des  su- 
jets et  ne  leur  accordaient  aucune  considération.  Les 
uns  après  les  autres,  ils  confessèrent  la  foi  pour  se 
mêler  aux  vainqueurs. 


234  MARS-AVRIL   1899. 

Cependant  ils  avaient  relevé  leurs  villes  et  obéis- 
soient  à  des  gouverneurs  que  nommait  un  prince 
puissant,  successeur  du  Prophète,  qui  régnait  dans 
le  pays  des  Arabes.  C'était  lui  qui  ordonnait  les 
expéditions,  conquérait  TElgypte,  menaçait  l'Asie 
Mineure  et  détruisait  TEmpire  perse«  On  apprit  un 
jour  que  ce  souverain  venait  visiter  Jérusalem,  la 
ville  sainte,  et  le  peuple,  patriarche  en  tête,  se  porta 
à  sa  rencontre.  Il  vit  venir  du  désert  un  pauvre 
homme  monté  sur  un  chameau  et  vêtu  de  grossiers 
habits  avec ,  à  la  ceinture ,  un  fouet  qui  pendait ,  et  à 
Tarçon  de  sa  selle,  un  petit  sac  de  dattes  et  une 
outre  d*eau.  Les  Arabes  rappelaient  par  son  nom , 
qui  était  Omar,  et  le  tutoyaient  comme  ils  faisaient 
avec  leurs  chefs,  mais  lui  témoignaient  cependant 
beaucoup  de  déférence  et  lui  donnaient  le  titre  de 
KhaUfe,  c  est-à-dire  successeur  du  Prophète.  Cet 
homme  fit  reproche  aux  officiers  arabes  des  riches 
habits  qu'ils  portaient  et  de  leurs  armes  précieuses , 
visita  les  lieux  saints,  ordonna  d'y  construire  une 
mosquée  et  retourna  dans  son  pays  comme  il  était 
venu. 

Les  gouverneurs  que  le  Khalife  nommait  étaient 
des  hommes  simples,  grands  guerriers  et  piètres 
administrateurs  qui  n'amenaient  point  de  scribes 
avec  eux  et  n'avaient  pas  de  bureaux  affairés.  Ils 
rendaient  eux-mêmes  la  justice  aux  musulmans  ou 
la  faisaient  rendre  par  des  hommes  sages  et  versés 
dans  la  Loi.  Les  Zimmi  gardaient  leurs  magistrats  ; 
on  ne  leur  demandait  que  le  payement  de  l'impôt 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  235 

et  l'observation  de  la  paix.  Si  quelqu'un  d'eux  trou- 
blait celle-ci,  il  était  puni  sévèrement,  mais  la  loi 
nouvelle  n'était  pas  plus  arbitraire  ni  plus  cruelle 
que  rie  l'était  la  byzantine ,  et  elle  était  plus  simple 
et  plus  expéditive. 

Peu  à  peu,  ceux  des  Arabes  qui  n'avaient  pas 
suivi  leurs  compagnons  dans  les  expéditions  loin- 
taines ou  qui  en  étaient  revenus  quittèrent  leurs 
tentes  pour  habiter  les  maisons  de  la  ville.  Ils  se 
rencontrèrent  tous  les  vendredis  dans  la  mosquée 
avec  les  indigènes,  chaque  année  plus  nombreux, 
qui  avaient  embrassé  l'Islamisme;  ils  épousèrent 
leurs  filles  et  les  admirent  au  milieu  d'eux,  si  bien 
que  cent  ans  plus  tard  il  eût  été  difficile  de  distin- 
guer le  descendant  du  vainqueur  de  celui  du  vaincu. 
Ces  hommes  qui  étaient  venus ,  poussés  par  un  vent 
d'orage  et  semblaient  devoir  aussitôt  repartir,  avaient 
fondé  une  société  nouvelle,  si  bien  assise  qu'elle 
dure  encore  après  douze  siècles  ;  ils  firent  de  même 
dans  bien  d'autres  pays  et  ils  continuent  aujour- 
d'hui. Telle  fut  la  conquête  musulmane. 

Le  récit  de  cette  expansion  rapide,  irrésistible 
confond  notre  raison  d'Occidentaux.  Son  premier 
succès  ne  nous  étonne  qu'à  demi ,  accoutumés  que 
nous  sommes  à  considérer  l'Orient  comme  une  ré- 
gion vouée  aux  débâcles  soudaines  et  aux  brusques 
détours  d'une  histoire  sans  préparation  et  sans  len- 
demain; mais  la  durée  de  ses  conséquences,  la 
continuité  de  ses  effets  nous  émeuvent  et  nous  ne 
sommes  point  éloi^és  de  voir  là  une  grande  erreur 


236  MARS-AVRIL   1899. 

de  la  Providence,  une  défaillance  de  notre  race,  un 
malentendu  de  Thomme  avec  la  destinée.  Pendant 
longtemps ,  le  Musulman  a  été ,  à  nos  yeux ,  le  fléau 
de  Dieu,  le  païen  sacrificateur  d'enfants,  finfidèle 
qui  souillait  de  sa  présence  nos  lieux  saints ,  Thomme 
sans  foi,  sans  loi,  sans  mœurs  et  sans  conscience 
qu'il  fallait  combattre  à  mort,  massacrer  sans  pitié, 
balayer  de  la  surface  de  la  terre.  L'horreur  et  la 
crainte  quil  nous  inspirait  alors  expliquent  assez  ce 
sentiment.  Nous  connaissons  mieux  maintenant  son 
caractère  et  sa  religion  ;  il  ne  nous  effraye  plus  ;  nous 
le  jugeons  plus  sagement  ;  et  cependant  bien  des 
choses  chez  lui  nous  étonnent  encore,  et  plus  d'un 
point  de  son  histoire  nous  parait  inexplicable.  Il  faut, 
pour  comprendre  tout  cela,  savoir  quel  mobile 
l'anima,  de  quelles  ressources  il  disposait,  quels 
étaient  ses  movens  d'action,  son  caractère  et  son 
esprit.  Son  expansion  s'explique  par  la  charge  élec- 
trique qu'accumula  dans  ses  membres  une  religion 
nouvelle  ;  son  succès  se  conçoit  si  l'on  considère  la 
forme  de  son  gouvernement;  religion  et  gouverne- 
ment se  déduisent  de  la  tournure  d'esprit  et  de  la 
manière  de  vivre,  esprit  et  manière  de  vivre  décou- 
lent de  la  nature  intime  de  l'homme  et  du  pays 
qu'il  habite. 

Notre  étude  nous  entraîne  en  des  considérations 
lointaines  qui  nous  retiendront  longtemps;  nous 
faborderons  d'un  esprit  très  large  qui  admette  qu'on 
peut  penser  autrement  qu'il  pense,  croire  à  autre 
chose   qu'à  ce  qu'il  croit,    aspirer  à  un  autre  but 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES. 


237 


qua  celui  qu'il  vise;  nous  tenterons,  par  un  eftbrt 
soutenu  de  volonté,  de  nous  imaginer  qu'il  peut 
y  avoir  des  hommes  qui,  quoique  d'tme  appa- 
rence physique  semblable  à  la  nôtre,  sont  d'tme 
complexion  mentale  si  différente,  que  les  compren- 
dre soit  difficile  et  que  les  juger  soit  pénible.  Effa- 
çant douze  siècles  d'histoire,  oubliant  Charlemagne, 
Louis  XIV  et  Napoléon,  la  merveilleuse  expansion 
de  notre  nation  et  le  prodigieux  épanouissement  de 
notre  pensée,  faisant  abstraction  du  monde  qui 
nous  entoure,  des  traditions  de  famille,  des  préju- 
gés (le  race  et  des  préventions  religieuses ,  voyons 
ce  qu'était  l'Arabe  au  vu®  siècle  de  noire  ère. 

[La  suite  au  prochain  cahier.) 


\\\\. 


16 


MPBIMF.BIR    **TIU\*l.r 


338  MARS-AVmiL  1899. 


ï3S«^S9S?-^5SSn 


LE 

TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN 

DE   SÉVÈRE  SABOKT, 

iCMT  KV  Ylf  8ISCU  O^APRES  DBS  S0URGB8  GRECQUES, 
ET  FUBUB  POUR  U  PBEMIÈRI  FOIS  P'APRÈS  UN  MS.  DE  BERLIN , 


PAR 

M.  F-  NAU. 
(suite.) 


II 


JS.^âo)  ^po^  uo^î  JLLSL»)|)LaJtoiâte  k^^iAo\  JL^A^d 


^Vvov^ii»!^  oo  a»ai>t^qL^ 


Jboâa^jl^  )Jbâ^  iJUA^  j^fi  ibuab^lf  • 

• 

O   jiiCLLO 

4AoL  ax*)o 

• 

>|o  )tl^  ^eU 

J-IO.JLXL^ 

V* 

;ojL»t  ooi 

Im^oa.  ms.  —  ^  Lire  >^wja«  »otoM  «aoI  • 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  239 

I»  »Ji  ^o  JLûttA,!  l^^w.»  «i^aaei  ^JU  ^^^.Jbo^  «^ 


^ 


^i»vi»»  «^f  ««e*  Jbk^fi^  •JLûQA.f  Jlo*N>  ^oot3  u^X-f? 
'  |u-àe)»èo!  Jt^  h      ^     So     >!t  (fol.  88  r")  OMà.9  «^ 

^ouAo  J  JL»ooif  JLoQji.f  IwflUBo)  oi^f  of^k^t  ^^^^\ 

f  t  * 

t  JUo«:wo  •  h^-M^^  f'^i'go  J^i^o)  Q^iiirf^f JLd 

•  «  • 


^  ^^.JUoJIa  ms.   —  ^11   doit  manquer    ici   quelques   mots ,  par 
exemple  t'Vfe»  ««»taaot  h  -t  rr^ 

i6. 


240  MARS-AVRIL   1899. 


^ ^  9>  "Vf  Itow^  Kr^^^  yP^^  r^^!  Joi^v^^  Jlo*Nf 
^  n  »^)L3  o^^  ^  oo  Jl:^^)  J^iA*»!  ^JU*  ^«^eio 

JLa.««-i«^o  ^^jLfoj^  JL*âJ^A^t  Ha^o  ^fl  d^  oo» 

.fooJLd 
ua»9a-âof«  U^a-**-^  )i^*a.«*J^«of  «^)  )oom  ^a^l  «4^1 1 
loo^o  (foi.  88  v*>)  "^f  Hq:^^  |;.^âa«^t 

liL^UAO?  IJt^o  v>»  f»  Ifo-^f  JL^W^  JliJLâtI  ^ud;.â^oo 


^  Lire  )v^o«fd}.  —  "^  ya^ooiold  nis.  —  ^  ya«f»oid  ms. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  241 

U^u  «?  )JSi  »  v>»  x>  Mo-âof  JUow^  .JliJLdtjll  ^J^«^^ 

|oe*  *«e*o^)t  U-Sl^I  .^^L?  oe*  ua»|L^);Ad  foeiL 
^foff  IfaJbd:^  ^JU*o  «lu^ida^ff  uofo^of  U»OmV» 

)Nk     •     "»  JLvt)   J^^-^w^Lf  *«OI  )tdO«.3  jbâ^JD)  «i^!^? 

.);;.^.-LJD?  )J^..-Jboj^  ^1.^^]^^  j^  ;^>^^i>M^iiV» 
l^>    y»  ^JL-JD)  ^oLo  •o^^  «.^  oo  Vo}  ^}  4a;V 

^  *«e*  It^  a  "»  JLm^!!  *«o^  JUoW^  J;-^)! 
«fiO?a-SLu)  «ArfJD  JU^^  OMiu9  ooi  ^JLo?  JLâ^U  JL>oW^ 

);^ào)  ^1  >  M  "fca  y»  JL^tL  );.^^^Ao]ll  ^iJS«^  UoiviS. 

^  ^}  ms.  —  ^  LLaiL»}  ms.  —  ^  ^oiwpkw  nis. 


242  MARS-AVRIL   1899. 

Jbûj^û^l  Lo.^^  ^owdt  ^ojùi  (fol.  89  r*>)  Q^ii^ri^f  JLao 

♦•  *  I  *  ■  •• 

Jl  ^ncio  o)  •JLûqa.'^I)  Jboâa*)  La^.ft^^l^t  l^^*^^ 
•  KiMbJ  Jii<i\ft  Jl   ^r^  ^^  ^?aJo  4.:»^  ^4^1  •  liv^l 

•  JL^od  ^ 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  243 

jl  a  \ft  il  o^  ;ojLôt  Ho^  «*o^  JL^tl  Km*L  ^lu 

fJbftiA.  OM^I?  ^l^\  Lodoio  •  ILjàj  Ifete.  It^l  "^k^f 


^^e*  ^L«2^t^  Ito^t  Uoo  .]io^')^%h  lio^ 

iLa^QASO  JKfiiD   IK^^id^f  **0«   IKite?  «£»?aàO  JbdâÀt 
^0 lo»)   il     i>i    I    V»  "^(^  OfJ:^  (fol.  89  V*]  ^|,Yi,<i%rtO 

««  )4aJA^  JLâi..4)  Km.L  ^lU  ^«->Qie  .(&.^?Jill 


U^Hms. 


244 


MARS.AVRIL   1899. 


o)  •  )fo».«o  o)  JLA:ba.A.)  ^^jlNii"»  ^«:^a^  liD^f  JLzîs^o 
^^^)  •  IHiiViV  liDfî  Jl^a^t  o»^«d  /9yJ>f  d^^M^tJLd 


uo^i  jbLj^lt  .  Jii^âilj    iiaUD 


ow^u»)  «»io  JLi:^aiLt  JUooD  J^i*do) 


! 


U— Soi  ^"^%o^  ^  rf>)  w^^o 


Lire  ^wito|}  ou  ^^}. 


LE  TRAITE  SUR  L'ASTROLABE  PLAN. 


245 


)«— «JL^O   yO-AfOl    Ibl^Jl^f   ,  ^1  »V  »^   OO^OO   .C^^É^^tilâ! 

uDff  hoi  i^>Jl    v»i     o  JU|  .of^^f  ^}o$  oooo  JLi:^aiL 

)$^j(^df 'Uâ^l  .ooi  UdjLd  OM^I  Jido^^  1^1  I^Oa.? 
fQ     >É  N>    ^  (fol.  90  r**)  ^jL*  )ooM  Jiâow^  «^eif  ^Jt^fof 


^a^L 


uDfi  jb^a-^lf  •  ]Liâad^5   AJQJLO 


^  Adde  iui»}.  Lege  deinde  )&^Lf.   —  *  JL^^of  ms.  —   ^  Lire 

ou  ttUDOd). 


246  iMARS-AVRIL  1899. 

JLI^  JLâlâod  jjiûû^  \^o»t  «d|o  |9o»J»t  JUooi»  A«*A«| 


•V" 


OâiS^OW^I 


^  «^  <%^  ^   yMbJOJK^Jà.^   jlf -  **^  JûAAdf  kJDf^M9   JuL*AmiAO 

•;oaj»Lt  'JliJbiU  ^ii»n*iii  |feo#t  ^ô^  •^o  .Ji^^i 
)^^«»:^k.A^9  «*o»  |J(<i:^a3f 'luoto^  JboaAf  |;i^iAa^w>f 

ua»?a— Mf  II  ^o  .-  v»f  ILuiào  La^ojo  oof  jfo^o  **e*o 

Jb\    Ho^A)    UmJïwm]    ILmO^  0»»0  «JL:^  OOI^   liOl^f 


^  «Sic.  —  '  U«l|l  ms.  —  ^  Les  mots  entre  crochets  figurent  en 
marge  du  ms. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  247 

U^  l^goo  ëï  ^<^eif  jUoop  J^.kJ)o|  uûaB«i 


• 


^  i    ^  ^1»    >  llLA^h  >  )^>^l?     IlOXD 


o>  X    >f  «fioto— ^  )»Of    m  ^  ^1  »  "^mi  v^^lt  U^^) 

— —  •  •  * 

ei  Mot     fo  o>     >i^»|  .m     n    m   aV   .rv^  Itoof  i*o^) 

i3oL  ««eio  .oei  ;^^^  |90i.xdf  ^f  ooi  «ooi  w^  JLi^ 

V    ^^    U-dl   OOI   ^«-j|    «JUtol    %\..^   ^   IfOftXD   OM^I 

-c»o  o«  ;_-3^  Uo^  ^t  ^t  o<;  .o«  u^  i-% 


ms.  —  *  ypjL  **  ms.  —  •  y»jL  "  ms. 


248  MARS-AVRIL   1899. 

^^  Udf  ^  oei  y\}  ô»  >^«:^a^  ^}i  JLadoi)  ^o^f  ««o» 
fol.)  ^  I  .;,  v>)  ^^i(w  |90i.xd)  ^^  ooi  ooi  w«d  JLi^  y 
^«^1  .^ll}ot   li^^  ^   \iot£ù  OM^I  )J^»iVi>lf  (90  v° 


•v^ 


oa^;.^!  001  j-a:^  U^ 


•  *  ■  *  __ 

1  v>»v  JI1JL99JU  ^^i>*VS.o»v»  ^L  ^o  .JLâOLiL  ft^  f^">? 

^  JLtfof  ms.  —  ^  Iw^Vor»  ms. 


LE  TRAITE  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  249 


'    LLatL»;    ms.   —   *   I»<3îî   ïïis.   —  ^   Item.   —  *   Kav^v. 
)^'  -^ft  '^«■^  ms.  —  "  LâOAf  m  s.  —  '  ^eXiStov,  —  "  y|f  ms. 


250  MARS-AVRIL   1899. 

IfOJhBO  ^Ob^fol  *^XA  Ifo*  «#oi  )l.ft  VI» r>  oi^o  •{••m 


Il    g  •  J  ^t  viv  uoti  Uji^lf .  jLuol;  jiicLUD 


•  ua»?a^t  Ibuo^tf.^  »^"^v   {«^tL 


lO 


Ir^o*^^  iUûaA.t  «liUâfli^  «4»ti  «o^d  ^|}  |:flJS,i>  ^^o^ 


1 


•dbf  ms.  —  ^  Uo^  ms.  --*  '  b^«  ms,  —  *  i^a/  ms. 


^  ^jLo*  ms.  —  « 


ms. 


LE  TRAITE  SUR  L'ASTROLABE  PLAN. 


2M 


^1  iYiofii»  ^«^0*0  «^JLd  ^^CLÛN^fol  ooi?  U*)t  w»?a^ 

j^^t  |&à*do  •JLûOA  hk.JiX» 
U^ajot  U>j^  .Uml^!  KSkI:^  I^Aa*!f  .-«Ofow 

U  *a  ■■•Il  %ri?  ^  iuj-Jo  ^f*oi9  oomIo  >09«»&àcC^  )m^ 

)o«  ..^J  i^  »^j^  i^  H»»  oi  .'  A^î 
uo9a..ji9t  U    >a    »ii  »>  >#>v  4»)  «#91}  ^uel  «^m»! 

Uf  ^  I  0  V  »  >  >  A>|ti|.t»|  ^wl  «Ml  UW^O  (fol.  91  V) 


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^r  ^'^  •  ^^'  *^^ 


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^oêi  ^  Jbaâf 

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J(s«.d^  JLL») 

• 

lvi>i.D  '^^Od 

Il             ** 

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00» 

^;,^aja3  uotodjL^JL»  ^^ 

jLbOâ  .jLâQA. 

•  Ji^f)      J^«MMI*Lt     0010     J^IaO 


^  Lire  ya«tof .  —  *  oi 


ms. 


JUjbw  m».  —  ^  jLa«9M0|  ms. 


252  MARS-AVRIL   1899. 


•  Jii    ^k 


Vi    il   %\.«^)o  JLli*f  uotoM  ^M«  jbodt 


uotaAjbuIf  uoto^o  l^^l^f  ii]LDf)f  kjDfa^t  U^om^m? 
kx^VjLftd  oC^  ■  1.1^;  *\vy  JImi  h  y»  «oJUtoJl^ 

'JllJLj99)f   «fiOtO-âO^    JbuOritf.^   1^9?  ^^^O)   «UoVodUjh 

^— «o».— ^i^»)^  ^^  I  »\  \o)  La— do>  .JLuj^o  o»^  |o9i) 
j  Vi  >  mlt^  li--^??  |J(^-oo«jD  Ho^o)  *«l^te)f  IiJLdI 
I  o^jÊ^i  **oiOi^»)f  ooi  «JliJLâtlf  uoto^of  U^OmV» 

JP>   ■•^V»    )00l    •  Wa^I?    ilJLâtl?   «fiOtO^O)    li*Q»V>   JLjkAdf 

Lo-âoio  «ooi  JL^fo  XI N>^^  «fioVo^o   JLàâA.  Jb^.^  ^ 


'  )i;k.;aA.  ins.        -  ^*âoi  ins.    -    -'  ]L|La>)?  ")^«  -     ^   Lo  iiis.  ajoule  * 
^-I  ^1}.  —  ^  Uâ?î  ms. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN,  253 

ooi^  .>^.»\d^  ^i^.V7»f  (fol.  92  r°)  ^o>  «£d?a^p  >Q^?ol 

^jLof  JLâL^I  ^  tJliJLDfjf  ^£D?a^f  U>o*»v>  «A^fft^; 

^o— ^fol  oo>?  «xoVo^jli)  ^ôo>f  ^^lâoj  Lo-de»  •JLâOAr 
^JLâOA.  Jb^^^a:^  J^«.aj9o)  «jL^^^L  );.AaLcbid 

'^"i   r»  #^a-^fol  ^^1   ^  ^^^01  ^^a:^  ^ocii}  JbojSf 

"^^o  ;^-âojli  i^»JL-â û ff  '  )i^»)  .^o^to  I.V1  >»>x> 

""^^o  •  JUail^f  «£d?a^f  J(^«i«bâo)  jLd;:btef  «£d7aâJL^JLD 


^  hfol  nis.  —  ^  ya.«iL»folLd  ms.  —  -^  luu»o  ms.  —  *  JLûoa.  ms. 
^  .Sic  m  s.  —  "^  Lire  t*] . 

\Tir.  17 

iMraiMr.Bl»'   R*iiu»4i.r:. 


!254  MARS-AVRIL   1809. 

IL)  ^1  iVi  >  m  «..do  «JUd^âÉo  ^^Mo|3  ^i^s^^t  oei 
oei  |ia-^o  ^o-^tpl  oo»  oi2m  K^^t  i^^W^  «I^JLdtU 


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i,  >  I  y» 


I*  «J90  •(a;v.  o2^t  jUo«:^o  #J^»iYiV 


I  La-do»  .^oôi}  Jbaâo  •Iftf  ^ôî  «flo?oàfl^ 
•^L<:kdf  ooi  JYi>Vfir%  ^fol  ooif  «£0?aAjL^ljo  ^^o»t 
jL^ff  ^1^}  «£d?auftJL^JLD  "^gbeo  iLo^i^  ^t  ôi^d 

fondit  |.^|]6^}  oo»  ^l^^OJOd  ^f  OJoi  i^i)  feWJ^Od 

^  U^  .K.  ^3^  ,._^  .  ,..  .^ 

•  ooi  |4a^  n»Nft  -»  LiJLdth  «^^o-^?  Ibuo^»^  W^o»} 
ooif  ^ii^oeif  «£0>a^JL^JLD  Loâeit  ^V^l  ^IaI^  ^ 


JLm^}}  ««o;^  Jiv>»v   li-^h  oMiUkf  ^  ^ooi  «£d>adUj) 


»9)?  J^-iâo) 

*  ya«f»oid  ms.  —  *  ùpoffKàitot. 


LE  TRAITE  SUR  L  ASTROLABE  PLAN. 


S55 


**Ol 


K.A.âo|  ,>n>o  ff^AjPflt  (fol.  9s  v°)  ««ofi^  jUo«^  Iv^l? 
tfc  ■<>  i  y»  001  4^  ^{  001  •  ^lioV^t  001  JLKa^  jhfiiVO'^ 


)U.il  I 


If  00»  jlialAdO  •  yy^J^AM  «Adta^UjI} 


jil 


o|  Jlvi^n  >h  K^!  It 


^-^i 


Adde  boâ}.  —  ^ 


ms 


.-3  11 


ms.  —  ^  ^ttiA»?  ms. 
17- 


256 


l^flV 


MARS-AVRIL   1899. 


«£da3d^o^.^^fl»)  ^  JliQXD  ^^  ^  ^}  JU.< 


^^...A-Do»  ^  ooi^l  •  j.vi  N  o  "^^  JÇj^k  U3I0  JbfcJL 


idVi^m  .^ab: 


I  <iVl»OV» 


d^âio 


JboÛO^If   iml\M 


J(^*iJiûOM^ 


.^JL— iD  I     ^     >)?  iiJLDflf  00»  «£d?adof  jLuoMâad  )L| 

^fJ^-do  t  Jl^S*»xo  ^jUfojLd  )oQjol}  Jlv>»v  cL^M^yjLd 

^  I J(^^ka.A:bû.A  Hodo  IffL}  ^^iA.  «^  ^  .iiJLDfjL^f 


)  La...doi  ^^ifi9ii?  |J^JSl  Jbodo 

JL^âb^f   JII.A.VA    U^IfO   JbkJL}  IloiVi^  ^«M»|    .^Otf^^ 


r***^  lus.  —  -  \a«f»o]L>  ms.    —    '  U^Orfi^^ad  ms.  —  *  Lire 


LE  TRATTK  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  257 

U — â.^)    .jllJLoflf   «£d7Q.te?    U  »OMV>f   JLfC^    J^«.aJ9o| 

Jl  Va?  ^  oo^i-i)  ^oo>f  «£d?a^  Jbojdo  •  ^«^)  )^4-^t 
IViA  ^LM.âA^o  ^ Ôm^  ^oi^  ^i>i^9if  >a>>»\d^  ^uv^ 

Jl  ^-^^  o)  «JLJ^  ^  jboûo^l  w^}  ^<-^)  jlcuàoo 

•  Jboûo^l  ^ 

JL^  .lil  hou^  J^jjj^ud  w^o  ,  rirwik   U^lfo  jbkA.} 


^  o^  ms.  —  *  ^'^^?  ms. 


258  MARS-AVRTL   1899. 

i^avj^  ^f  ItoA:^  «l^xul  y^s^;:^  oôit  oi^^^t  lâflû^ft 


■  «'«^  ■  I  II  ■■■■W  IIM^.MI  ■—■M.»!  —  fl  I  ,»■»■■■ 

(fol.  93  v°)  )K  *  V»»  io  HeûOdo  luoJL»  ^JLd  jjÊùosL  wa 
JboLat  ^juo  >^iioV">»  1^1  )J^ll>»vi^  IL^^L  JLââjL 

ms,  —  *  Lire  "V  • 


LE  TRAITÉ  SUR  L*ASTROLABE  PLAN.  259 

«d|  JD|  .;oJUb  'Ivdfd  Imùclêl  ^t  ?OmV^  )ooi  U  jteio 


^  Le  texte  renvoie  à  la  marge  où  l'on  a  )^>0id.  —  * 
ms.  —  ^  IlSfc.^  ms.  —  ^  eoi  ms,  —  ^  \flk0^m  rias. 


260  MARS-AVRIL    1899. 

JUcbOuiL?  Jboâ  "^t  ^^>^  «"«^  )J^»iiVi.l  *^J^^  «-^^! 
w-^i^.  Lo-jdoi  .  k^A^i  JldJU  ^^  «A^;^  (fol.  94  r<*) 
,ot  N>  ^tii  '^  i;tf»  w^?  jt^û^  «^^o*!  Jbâ^  >9imov» 

I 


•  »      "  •  •    • 

— I «^ • 


JL^fo— j^t  U— ^JL-d  •  )J^^^  r»v>  ^L?Lt  JLâOjL  fc^,Ao 
*  ]f^}  ms.  —  *^  ms,  —  '  JLm^  ms. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  261 

.Ȕo^,  U-o^  w)  U^  ^^,  u:)  ^  U.^ 


^  lii^tftOMt}  ms,  —  *  ^ttta]  ms.  —  '  ^wp?  ms.  —  ^  ^^aa^ 


ms. 


262  MARS-AVHIL   1899. 


i£D?a^]Lj|  '(%  ^rt.ièrfv  iidt*i  U^^lf  •  o^;   iiaJUD 


•  ^LOjf  ^01  lio^O  ^fOl   httJ&^dP  90lt  iuid  ^LiM 


Uvisk   Udl  ^;«^^«^a  U^uaot  lA^^^fiO 


^  Jlfto  f*3  w»  DIS.  —  ^  ooi  ms.  —  •"*  Lire  ^.  —  *  Lire  y^Âki.  - 
'  i-jHfcal    ms.  —  "  Ms.  addit  âë.  —  '  Adde  lia»».  —  *  ma  mt. 


LK  TRAITE  SLR  L'ASTROLABE  PLAN. 


263 


kZ>mj>  ^of:^  ^J  <igl9l\w>  «»0  ^2^01 


lAo^i^p 


«^  '0^9  ^ioV>f  IfOL^oo  ^fol  oôo  l^lvi  iNi>» 


^  >a.fbd:^  jOfl  ]Ll^)}  •  JL;   iiCLLD 


^^•1  JboJ^uD  iio^t  £^  Vf  i^^-i^ 


U  >o    <i*v>  (fol.  95  r°]  *i*«ft)t  «aÔi  If 


'   o*df  ms.   —    ^   Médoâot,   —   *  I 
,  cf.  IV. 


I   ms.    —    *   Adde 


26/i  MARS-AVRIL   1899. 

•  JLKa^  jViiNn  ^i><v>) 


.  *>  a\rt>fc  jofi  Il^I^  •  Mi»;  jjauo 


.l^Jbûb^ 


^JL^9o|  ""^^f  ^a-Jo>  «xoVa.^  A.JD9  l^>iA  ^o^^lt 

^■;s.cH^  ^oC^o  |;.^h  ««ôi  '  Ifo^  )iJ»h  i^^l  JLâOA, 

•  ILûû^L  ^  ^i*v>f  JI.VI  N  f»  oôii  jUJt^ 


^  Lire  sans  doute  :  ^L  )?,mS^  ^A.flaft  vie .  —  *  i^MAf  v«Jleid|t 
ms.  —  ^  liojo  .  J^}  nis. 


LE  THAITÉ  SLR  L'ASTROLABE  PLAN.  265 


»     »     •>  ^a>>»    VI 


J09l  U — a^— «h  •  ^^-»?    AIoUjD 


Jofi  ^ — toi  ^  I  *  I  VI  »l  oô».^  ô)  il)  ;..^o)  JLa3W^ 
JLûfo)  ^f  "^i^  •  ^o-oJLtoh 


^  jlâÊsjd  w»|  JLd 


90> 


( fol.  9()  r") 

JLJ(s.sL3  jn*a»f  <xo?ato  Jbû^fo  jl:^  JD  ^o>  ^  «.«2^ 

jf^-««.-JD9  U-â»^|  liJLdfl  ^^1  >o;  '^v»  ^  JLJ^^  "^^o 
t^,iVi  ^  ^JLb  jooM  ^i*v>f  Jl*^oriO  oôi  JL^«:^  •  Wa^I 
liol  Jl    VI     0    x>  g'V  oV)v-a  Jbo^t  ^JU»o  .JLâOA. 


^  Lire  J^SL^  J|.  —  -  Lire  ^.  —  "'  Adde  yx^.  —  *  )l->{>o*>  ooit 
»?oao  ms. 


266  MARS-AVHIL   1899. 

<^|  |\n  o^  IfolbOd^  ^iti'^av»  j#>Mj>in  ^JUfoJLd  o{^ 
*NoQ^  ^^  y^^ot  lu)  ^  jliol}  JLd9oJLdf  (fol.  96  v'j 


oj^oi,^£ù\  ^  ^«:^0k!^  jofi  U^^h  «OLd;    AIoUjD 


-)  Aïoi  ^  ^ 

»tol 

'"^  ^i.:^!  Im 

»  lâodt 

,^îlr-^l 

'Jb^aJ^uD  ^^0:^ 

JLi 

j^a^Lo  JL^;^ 

i^ 

'lioJ  )^l  , 

0  Vo»   M   ]^ 

^^j 

t  <;.^.)  |^^o{  1 

►*Jl»to 

.1 


^  ^  ms.  —  *  LâOA.  ms.  —  '  <I>aoi(.  —  *  La^Jie  ms.  —  * 
ms.  —  **  l^i^^iid  ms.  —  '   Lire  jnuioK 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  267 

^}»  ^  i>Vi  «.  m  ^  )oo»L}  Jbui^l  «l;-^)!  )^««A^4-^  Ho^? 

ilOl   ^     I      0     V  ,'     »    JL-D90»  ^O  «Jl^il    K^uiftL  C>MJ^•h 

^1  n  "^nfiio  .JLâOA.  ^«^  OM^h  *^^  JLy^ViwPorHW 
•  d^krf^?Jls^d}  oêi  JbL^;.a»}  IJ^m^^^mO  Ho^f  o»^n»{  Jbui^o 

i  Vi    oo  »^-J^f»'^  V»  ^^!  ^oi  ^  ^T^i  ^eio 


*  JL^ff  ms.  —  *  Lof  nis.  —  '  ^^M^;3  ms.  —  *  ^  ms.  — 
^    llof  ms. 


268  MARS-AVRIL   1899. 


)to   Vi    »  VJ  ^»VlX   liDfl  U-^^)f  •  s^^9    Al 


il  VI    >l^o  JL>,3W^^  lua^^ûa^h  )N>of  ^  JLaaoj^f 


•  HoâOO    yO^^Oi    ^^a3    (foi.  97  !•") 


1  Vw 


.sic.  Liie  ^^«df^o.  —  -  Lire  ^^  o)   j&wmO  wq:^.  —  ^  J\«)a«o«| 

ms. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  269 


)f^  ^^  |Lacu^9o  JL^S^Qg»  J^.*do)  jbûo^l^  J^^^ 


of 


Jl    vit   vo  ;.^^.m)  ;^t-09  ]LLa«)  «)Ki^^£>  jliof  Ôm^I 
•  «Â  «£090..^  J^f^^  )J^Mk^4J^  jfo^o  Iboo)  Ôm^)  **o»f 


'   Adde  ^.  —  -  )jS«A:vAto  ms. 

XTII.  i8 


larKimckiK  ntTiuNtLa 


S70  MÀES'AVRIL  1800. 

(fol.  97  ¥<*)  (^oLo  •  I  >  I  Vi  »l  Of^mS. 

i^»Jii  I,  »  iV>)t  ^**êi  <nf>o  fi  >  ^X»j)  ôi  ywiol  ^  JLJ^^  00» 
ftlw«ia  ^Oj  iff^fMD  JLdûA.  ibX«ld:^  JUe«X  «JUjUfeto 


'  M»  ms.  —  -  »o»  ms.  —  ^  ..o»,^  ms.  —  *  1^^  ms.  —  *  Lire 
peut-éti'e  -  ^  -Q>^^^i^>l  ,  Q-epivos  rpoTnxôt, 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAiN.  271 


•  «£d9Qu^  o^  «AoL  »£pa  ft  *  ^uPf JL^)  JLwDfetet  «*o« 
JLd^  ^  )i^»paAa«|  ô)  1^L9  r^  «£d9a>o  )J(^*.^Mjd 


^  loT7fAep<i>o$  Tpoirixd;,  le  manuscrit  Técrit  en  deux  mots,  le 
second  est  «ado^^o*».  —  *  Deest  ms.  —  ^  )J^mj^«»J  ms.  —  *  Deest 
ms.  —  *  Xef/xepivo$  rpo-ntxôs  ;  ^Noad  ....  ms.  —  ^  r»l  "^'*''  — 
'  ktilpopéfios.  —  ®  i(w)LtofM  ms.  —  •  ApxTfxd;.  —  *®  J^  ms.  — 
"  Item.  —  •*  kmapHxtxés» 


18. 


272  MARS-AVKIL   1899. 

•  JLfWfio^  **o»aju9  ^omH  ^^«aa.«£Of  ^ujoottte  ^o»<>ift>t 
^  J^\w  >V.I  ^JLdOft  '^i^oeitte  (fol.  98  r^)  3h  "ooi 

JlvaoN  x»^'^^^  y.a^&riSi  J^}i  U^^h  «OiâJ   AIClUD 


â|o  JLJl  OM^h  **ô«  JL*4W^d?  oêi  '^JLfof;  «£d9adUjj 


JLââA.  Nv  Ai'vt  ^i^t^h 


]LLa«)  *^io^SS.   Uâoi  ^<^o»  JCL*d^  «£d9adUj)  ^0» 


'  IfiDoJ  ras.  —  *  i«aâ*«»  nis.  —  ^  ^ooiJ^sd  nos.  —  *  Locam  /ta- 
Aen5  pour  w^^Uf .  Le  ms.  porte  i>o^t.  —  ''  )«r*oft  ms.  —  ^  L»JW  ms. 


«' 


LE  TRAITÉ  SLIK  L'ASTROLABE  PLAN.  273 

•  ^a-^9ol  OOI9  «£d9adUj)  ^ju;^|  ^oC^  ^^^!  ^Joio 


•  )m  «£090..^  Jba.â^9  iiJLofJLd)  oô«  «£090^9  Jbu< 
|oo)L  JLILdi*i  |9a-^9  Jl  v»»iV   JliJLdf)  ^ii>nrs.o>v>  (^oLo 

%fi09a-^  ^i^i^mJ^^o  «JliJLdfl^  «AdVoâoi  U'>o«<.v>  <*^o« 


274  MARS-AVR[L   1890. 


TRADUCTION. 


IL  USAGES  DE  L'ASTROLABE. 

I.  Trouver  dorant  le  jour,  à  l'aide  de  l'astrolabe  y 
l'heure  solaire;  puis  trouver  pour  cette  heure  le  degré 
[du  zodiaque)  qui  se  lève,  celui  qui  se  couche,  celui  qui 
est  au  milieu  du  ciel  [au  méridien)  et  celui  qui  est  sous 
la  terre\ 

Nous  regardons  d'abord  (dans  les  tables)  la  posi- 
tion vraie  du  soleil  et  dans  quel  signe  du  zodiaque  il 
est  ;  puis ,  à  rheure  que  nous  cherchons ,  nous  diri- 
geons tout  Tinstrument  en  face  du  soleil  jusqu'à  ce 
qu  un  rayon  passe  à  travers  les  deux  ti'ous  percés  en 
face  lun  de  Tautre  dans  la  dioptre.  Il  est  évident 
que  si  nous  plaçons  une  tête  de  la  dioptre ,  nommée 
((index»,  sur  le  quadrant,  c est-à-dire  sur  le  quart 
de  cercle  divisé  en  90  degrés,  nous  verrons  de 
combien  de  degrés  Tindex  se  déplace  sur  le  qua- 
drant. Nous  notons  le  nombre  ainsi  obtenu  (c'est  la 
hauteur  actuelle  du  soleil),  puis  nous  retournons 
Tastrolabe  sur  Tautre  côté  et  faisons  tourner  le  cercle 
du  zodiaque  qui  est  au  milieu  de  Taraignée  sur  le 
climat  dans  lequel  nous  sommes  et  sur  les  inter- 
sections des  parallèles,  c'est-à-dire  proches  l'un  de 
l'autre ,  jusqu'il  ce  que  le  degré  où  se  trouve  le  soleil 

*  Ce  problème  est  posé  et  résolu  de  manière  anidogue  chez  Ma- 
carius  Hieromonarhus  [Rhein.  Mns,,  t.  VI,  p.  iSg). 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  375 

soit  sur  Tintersection  de  ces  parallèles  au  degré  même 
où  nous  Tavons  observé ,  à  Taide  d'un  rayon  solaire 
traversant  les  deux  trous  de  ladioptre  ^  Noiis  regar- 
dons alors  sous  la  terre,  quel  est  le  degré  diamétra- 
lement opposé  au  soleil  sur  le  zodiaque ,  et  dans  quelle 
heure  se  trouve  ce  degré  parmi  les  heures  écrites 
au-dessous.  Cette  heure  est  celle  que  nous  cher- 
chons. Nous  trouvons  dès  lors  facilement  le  degré 
(c  de  vie  » ,  celui  «  des  noces  » ,  celui  du  milieu  du  ciel 
et  celui  de  dessous  la  terre,  car  le  degré  et  le  signe 
qui  se  trouve  sur  Thorizon  est  de  notre  climat  à 
rheure  observée  sera  dit  être  «  à  la  vie  »,  celui  qui 
est  diamétralement  opposé  sur  Thorizon  ouest  sera 
dit  «  aux  noces  » ,  celui  qui  est  à  sa  plus  grande  élé- 
vation dans  ce  climat ,  c  est-à^ire  sur  le  méridien ,  est 
«  au  milieu  du  ciel  »  et  celui  qui  est  diamétralement 
opposé  sous  la  terre  est  dit  «  aux  pères  ». 

Par  exemple,  supposons  que,  dans  le  quatrième 
climat,  Tindex  de  la  dioptre  ait  été  sur  le  3o*  degré 
et  que  le  soleil  soit  dans  le  premier  degré  du  Can- 
cer. Tournons  Taraignée  jusqu'à  ce  que  le  premier 
degré  du  Cancer  soit  sur  l'horizon  est,  puis  conti- 
nuons à  tourner  Taraignée  vers  le  haut  jusqu'à  ce 
que  le  premier  degré  du  Cancer  soit  sur  le  3o'  pa- 
rallèle de  hauteur  où  était  l'index,  puis  cherchons 
le  degré  du  zodiaque   diamétralement  opposé   au 

^  Le  soleil  étant  ainsi  placé  dans  sa  position  vraie,  il  en  est  de 
même  de  tous  les  astres  et  de  tous  les  cefcles.  Lft  fâ<j6  de  râstroUbé 
représente  donc  la  position  du  ciel  à  ce  Moment  et,  il  tuffit  de  la 
regarder  pour  avoir  Theure,  le  signe  qui  est  à  l'hofiiOti,  ttc* 


270  MARS.AVR[L    1899. 

Cancer,  qui  est  le  premier  degré  du  Capricorne.  Ce 
degré  se  trouve  sous  la  terre  dans  la  troisième  heure. 
Telle  est  Theure  du  jour. 

Je  dis  que  Ion  trouve  ensuite  facilement  les  quatre 
centres  ;  on  les  trouve  en  cherchant  leurs  places  pour 
le  quatrième  climat.  Au  levant .  on  trouve  le  5"  de- 
gré du  Lion;  au  couchant,  le  même  degré  du  Ver- 
seau, au  méridien,  le  2  4*  degré  du  Bélier  et  sous  la 
terre ,  le  même  degré  de  la  Balance.  Pour  connaître 
les  ascensions'  depuis  le  commencement  du  Bélier 
jusquau  point  qui  se  Jève  à  cette  heure,  nous  regar- 
dons où  se  trouve  Tindex  de  laraignée  qui  est  le 
commencement  du  Capricorne,  puis  nous  comptons 
les  degrés  depuis  le  milieu  du  ciel  (le  méridien) 
jusqu  au  point  où  se  trouve  le  commencement  du 
Capricorne,  et  nous  trouvons  i  i  2  degrés  pour  ces 
ascensions  dans  le  quatrième  climat'^.  Nous  trouvons 
aussi  que  le  Lion  se  lève  et  que  le  Verseau  se  couche 

'  Cf.  i/i/ra,  IX. 

*  Ce  chiffre  (en  nombres  ronds)  est  exact.  Il  faut  résoudre  le 
triangle  suivant  : 


Tare  7II  représente  les  ascensions  cherchées  (v.  I\);  la  latitude 
du  quatrième  climat  est  de  36°  et  Tare  d'édiptique  qui  s*étend  du 
Bélier  au  5*  degré  du  Lion  est  de  12  5°. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  277 

dans  le  5*  degré.  Quand  nous  portons  ce  nombre 
sur  la  sphère  droite,  nous  trouvons  que  le  Bélier 
est  au  milieu  du  ciel  dans  le  2  4'  degré  :  il  est  évident 
que  la  Balance  est  sous  la  terre  dans  le  même  de- 
gré. Depuis  la  première  heure  jusqu'à  la  sixième,  le 
soleil  est  sur  les  parallèles  (la  partie  des  parallèles) 
qui  précèdent  le  milieu  du  jour;  de  la  sixième  jus- 
qu'à la  douzième,  il  est  sur  les  parallèles  qui  suivent 
le  milieu  du  jour.  On  reconnaît  la  position  du  soleil , 
s'il  est  avant  ou  après  midi,  à  l'aide  de  l'index.  Si  les 
degrés  indiqués  par  l'index  augmentent  (pour  deux 
observations  successives)  le  soleil  monte  vers  le  mi- 
lieu du  jour.  Si  les  degrés  diminuent,  le  soleil  des- 
cend après  le  milieu  du  ciel.  Il  en  est  de  même 
pour  un  astre  quelconque. 

II.  Trouver  Vheare  darant  la  nuit  à  l'aide  des 
étoiles. 

On  cherche  d'abord  à  l'aide  de  l'instrument  en 
quel  degré  (de  hauteur)  la  dioptre  nous  montre  l'une 
des  étoiles  fixes  désignées  sur  l'araignée,  comme  on 
l'a  déjà  fait  pour  le  soleil.  Puis  faisons  tourner  l'éloile 
observée  et  plaçons-la  sur  le  degré  que  nous  avons 
trouvé  à  l'aide  de  la  dioptre ,  regardons  ensuite  sous  la 
terre  dans  quelle  heure  tombe  le  degré  où  se  trouve 
le  soleil  :  nous  dirons  que  telle  est  l'heure  nocturne 
avec  ses  fractions.  Il  est  évident  aussi  que  nous  con- 
naîtrons dès  lors  le  degré  «  de  vie  »,  celui  du  milieu 
du  ciel,  et  ceux  qui  leur  sont  diamétralement  op- 
posés. 


278  MARS*AVRIL   189Q. 

IIL  Trouver  l heure  durant  la  nuit,  à  l'aide  de  la 
lune. 

Il  faut  d'abord  chercher  avec  soin  (à  laide  des 
tahles)  dans  quel  signe  et  dans  quel  degré  se  trouve 
la  lune.  Quand  nous  le  savons,  nous  cherchons, 
comme  nous  Tavons  fait  pour  le  soleil  (par  une 
observation  de  hauteur),  en  quel  degré  du  quart  de 
cercle  se  trouve  la  lune  ;  puis  nous  tournons  Taraignée , 
c'est-à-dire  le  lieu  xtslx  de  la  lune,  jusqu'à  ce  qu'il  se 
trouve  dans  les  parallèles  (de  hauteur)  sur  le  degré 
où  la  dioptro  nous  a  montré  que  la  lune  se  trouvait. 
Nous  regardons  ensuite  sous  la  terre  en  queUe  heure 
se  trouve  le  degré  où  est  alors  le  soleil;  cela  nous 
indiquera  les  heures  déjà  écoulées.  Mais,  de  jour  ou 
de  nuit,  il  faut  avant  tout  savoir  sî  le  soleil,  la  lune 
ou  Tétoile  considérée  sont  avant  le  méridien;  on  les 
cherche  alors  sur  les  parallèles  qui  précèdent  le  milieu 
du  jour,  ou ,  après  le  méridien ,  sur  les  parallèles  qui 
suivent  le  milieu  du  jour.  Il  est  évident  qu'ici  encore 
nous  connaissons  «  les  centres  »  dont  nous  avons 
parlé. 

IV.  Trouver,  à  taide  de  l'astrolabe ,  téTto/^tf,  c  est- 
à-dire  la  station  du  soleil. 

Pour  trouver  la  station  du  soleil  nous  dirigeons 
rinslrument,  un  peu  avant  la  sixième  heure  ^,   de 

^  11  s^agit  de  trouver  la  liauteiir  méridienne  ou  la  culmination 
du  soleil,  c'est-à-dire  le  point  où  le  soleil  cesse  de  monter  au-dessus 
de  l'horizon  pour  redescendre.  Chez  Jean  Philoponus  :  U&t  (h^tm 


LE  TRAITE  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  279 

manière  qu'un  rayon  de  soleil  traverse  les  deujt  trous 
de  la  dioptre  (du  dos  de  lastrolabe)  ;  puis ,  peu  à  peu , 
à  mesure  que  le  soleil  monte,  nous  élevons  aussi  la 
dioptre  de  manière  que  le  rayon  de  soleil  traverse 
toujours  les  deux  trous;  quand  nous  voyons  que  le 
soleil  ne  monte  plus  )  mais  commence  à  redescendre, 
nous  disons  que  c  est  le  milieu  du  jour.  Nous  regar- 
dons alors  sur  quel  degré  du  quadrant  se  trouve 
Tindex  de  la  dioptre;  puis,  retournant  Imslrument, 
nous  faisons  tourner  la  zone  du  zodiaque;  et  le  degré 
du  zodiaque,  que  nous  voyons  coïncider  avec  un 
certain  nombre  de  Tintersection  intérieure  de  ces 
parallèles,  égal  au  degré  observé  à  laide  de  la  dioptre 
quand  le  rayon  du  soleil  la  traversait,  nous  fait 
connattrc  dans  quel  signe  et  dans  quel  degré  se  trouve 
le  soleil  pour  ce  jour-là.  Nous  dirons  que  le  soleil 
est  dans  ce  degré  et  dans  le  signe  qui  le  contient. 

Mais  avant  tout,  il  faut  savoir  dans  quelle  saison 
nous  sommes,  afin  de  ne  chercher  que  dans  les  trois 
signes  qui  correspondent  à  cette  saison,  et  d'éviter 
toute  erreur. 

V.  Trouver,  à  l'aide  de  r astrolabe  y  téiroxffy  (^'^^^t-à- 
dire  la  station  de  la  lune  et  des  cinq  planètes  \ 

Nous  prenons  d'abord  Tune  des  étoiles  fixes  mar- 

eôpsTv  èx  Tov  Spydvov  riiv  roQ  ijMov  ^iro;^ify  *  ^i^  ^  ^h¥,  vUs  éfo7i 
Aa^cTi»  TÔ  xaB*  ixdal'nv  •fifiépav  roC  "fiUov  fiiytolop  Cf^^a. 

^  Le  titre  désigne,  (oinme  dans  l'article  précédent,  la  hauteur 
méridienne,  bien  que  ce  ne  soit  pas  spécifié  en  dessous* 


280  MARS-AVRIL   1899. 

quées  sur  Taraignée  et  ciierchons  sur  le  quadrant 
(à  I aide  dune  observation)  quel  est  son  degré  (de 
hauteur).  Nous  tournons  l'araignée  jusqu'à  ce  que 
rétoile  arrive  sur  le  même  degré  de  rintersection 
intérieure  des  parallèles;  nous  fixons  alors  l'araignée 
dans  cette  position.  Nous  cherchons  ensuite  à  l'aide 
de  Tindex  de  la  dioptre  en  quel  degré  (de  hauteur) 
se  trouve  la  lune ,  puis  nous  retournons  l'instrument 
et  cherchons  sur  les  parallèles  le  même  nombre  que 
nous  a  donné  la  dioptre  :  le  signe  et  le  degré  qui 
correspondent  à  l'intersection  du  parallèle  égal  au 
degré  de  la  dioptre  nous  donnent  la  position  de  la 
lune  pour  cette  nuit  (ou  plutôt  :  le  degré  du  zodiaque 
qui  a  même  hauteur).  On  opérerait  comme  on  vient 
de  le  faire  pour  la  lune ,  si  Ion  voulait  trouver  Xinoy(i{, 
cest-à-dire  la  station  des  cinq  planètes. 

VI.  Trouver  les  changements^  d'ascension  et  de 
descente,  cest-à-dire  la  latitude  de  la  lune. 

On  peut  connaître  les  drgrés  d'ascension,  c'est-à- 
dire  la  latitudo  de  la  lune,  de  la  manière  suivante  : 
Nous  cherchons,  comme  d'habitude,  l'heure  noc- 
turne à  Taide  des  étoiles  fixes;  puis  nous  cherchons 
soigneusement,  comme  nous  l'avons  dit*-^,  les  degrés 


'  Mot  à  mot  :  «  les  rétrofçradations  ».  Mais  il  ne  s'agirait  alors 
que  de  trouver  le  maximun  et  ie  minimum  de  la  latitude  de  la 
lune ,  tandis  que  la  démonstration  semble  donner  le  sens  de  la  lati- 
tude à  une  époque  quelconque. 

'  Cf.  chapitn^  v. 


t 


LE  TRAITE  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  281 

de  la  lune^  Si  les  deux  temps  sont  égaux,  nous  dirons 
que  la  lune  est  au  lieu  des  éclipses ,  c  est-à-dire  dans 
le  (plan)  diamétral  du  zodiaque.  Si  le  temps  donné 
par  les  étoiles  est  moindre  que  le  temps  donné  par 
la  lune  et  que  celle-ci  soit  au  méridien ,  nous  dirons 
que  la  lune  est  au  nord  de  Técliptique.  Si  le  temps 
donné  par  les  étoiles  est  plus  grand  que  le  temps 
lonné  par  la  lune  "^  et  que  celle-ci  ne  soit  pas  encore 
irrivée  au  méridien ,  ce  sera  l'inverse  :  si  le  temps 
lonné  par  les  étoiles  est  moindre,  nous  dirons  que 
a  lune  est  au  sud  de  Técliplique  :  si  le  temps  donné 
)ar  les  étoiles  est  plus  grand,  nous  dirons  que  la 
une  est  au  nord  de  Técliptique,  c'est-i'i-dire  au  nord 
du  plan  qui  passe  au  milieu  de  la  zone  du  zodiaque. 

VIL    Vérifier  si  l'astrolabe  est  bien  oa  mal  construit. 

Supposons ,  par  exemple ,  que  nous  sommes  dans 
e  quatrième  climat  et  que  le  soleil  est  dans  le  pre- 
mier degré  du  Bélier,  nous  tournons  alors  laraignée 
de  manière  à  amener  ce  premier  degré  du  Bélier  sur 
l'horizon  oriental  :  nous  regardons  en  même  temps 
combien  de  degrés  marque  l'index  qui  est  sur  l'arai- 
gnée. Supposons  qu'il  soit  alors  au  milieu  du  ciel. 
Tournons  ensuite  l'araignée  (avec  l'index)  jusqu'à  ce 
que  le  degré  opposé  à  celui  du  soleil,  qui  est  le  premier 
degré  de  la  Balance,  arrive  aussi  sur  l'horizon.  Voyons 

^  C'est-à-dire  le  degré  du  zodiaque  qui  a  même  hauteur. 
^  Le  parallélisme  semble  demander  ici  le  membre  de  pbrase  : 
(  nous  dirons  que  la  lune  est  au  sud  de  Técliptique  ». 


882  iMARS-AVRlL  1899. 

le  nombre  des  degrés  d'équateur  que  l'index  de 
Taraignée  a  parcourus  du  milieu  du  ciel,  depuis  le 
moment  où  le  premier  degré  du  Bélier  était  placé  sur 
l'horizon  est  jusqu'à  celui  où  le  point  diamétralement 
opposé  au  degré  du  soleil  y  est  arrivé,  on  en  trou- 
vera ici  180  (si  l'astrolabe  est  bien  construit),  et 
écrivons-les  sur  un  côté^  Après  cela,  multiplions 
par  1  2  heures  le  nombre  des  temps  *^  d'une  heure  qui 
est  écrit  en  face  du  premier  degré  du  Bélier  sur  la 
tix)isième  table  pour  le  quatrième  climat  dans  le 
canon  donné  par  Ptolémée,  et  ajoutons  le  nombre 
des  ascensions  placé  en  face  du  degré  du  soleil  pour 
ce  même  quatrième  climat,  dans  la  seconde  table. 
Si  le  nombre  tiré  du  canon  est  égsd  au  nombre  donné 
par  l'index  de  l'araignée,  l'astrolabe  est  bon;  s'il  y  a 
une  différence  de  deux  ou  trois  degrés  on  voit  par 
cette  méthode  que  l'astrolabe  est  mauvais. 

Nous  pouvons  le  savoir  aussi  à  l'aide  du  canon 
fait  par  Ptolémée  pour  la  sphère  droite.  En  effet» 
la  quantité  dont  s'est  éloigné  l'index  de  l'araignée, 
depuis  le  degré  ou  le  signe  du  milieu  du  ciel ,  est 
égal  au  nombre  des  levers  sur  la  sphère  droite  de 
ce  degré  du  milieu  du  ciel.  Nous  pouvons  connaître 

^  Il  s*agit  d'évaluer  directement  les  ascensions  d'un  certain 
nombre  de  signes,  puis  de  comparer  ce  nombre ,  donné  par  iutro- 
labe,  à  celui  que  donne  une  table  construite  par  Ptolémée,  dit 
Tauteur,  et  analogue  sans  doute  à  celles  que  Ton  trouve  dans  VAl- 
maijeste  au  livre  11 ,  eh.  vu. 

^  «  Les  temps  d'une  heure  »  sont  les  degiH^s  d*équateur  qui  corres- 
pondent à  une  heure,  on  les  obtient  en  divisant  par  dooie;  l'arc 
d  equateur  compris  entre  les  points  du  lever  et  du  coucher  du  s(Ml. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  283 

cela  pour  un  signe  et  un  degré  quelconques.  Et 
quand  nous  cherchons  ainsi  les  levers  d'un  signe 
quelconque* et  les  levers  de  la  sphère  droite,  il  est 
évident  que  si  nous  faisons  tourner  laraignée  jus- 
qu'au point  diamétralement  opposé  à  celui  que  nous 
cherchons,  et  si  nous  regardons  en  même  temps  de 
combien  l'index  de  Taraignée  s'éloigne  du  milieu 
du  ciel,  puis  que  nous  comparions  le  canon  à  l'as- 
trolabe et  que  nous  ne  trouvions  pas  le  même 
nombre,  nous  devrons  en  conclure  que  le  canon 
ou  bien  l'astrolabe  est  mal  fait,  et  nous  contrôlerons 
les  deux,  car  le  canon  de  Ptolémëe  est  fait  d'après 
l'astrolabe. 

VIII.  Comment  on  pourra  vérifier  si  l'index  est 
exact  et  bien  construit. 

Dans  tout  climat,  il  faut  d'abord  savoir  en  quel 
degré  et  dans  quel  signe  est  le  soleil  ;  alors  nous  pla- 
çons la  tablette  relative  au  climat  qui  nous  occupe , 
puis  nous  tournons  l'araignée  jusqu'à  ce  que  le  degré 
du  signe  où  est  le  soleil  soit  au  milieu  du  ciel  (on 
note  alors  sa  hauteur).  Puis,  vers  la  sixième  heure, 
nous  regardons  le  soleil  à  travers  les  deux  trous  de  la 
dioptre  jusqu'au  moment  où  le  degré  indiqué  par 
l'index  n'augmente  plus ,  mais  commence  à  diminuer  ; 
et ,  si  le  nombre  indiqué  alors  par  l'index  de  la  dioptre 
est  le  même  que  le  nombre  obtenu  quand  nous 
avons  amené  le  soleil  au  milieu  du  ciel  (à  l'aide  de 
l'araignée),  nous  dirons  que  l'index  est  bien  fait,  si- 
non, nous  reconnaîtrons  qu'il  n'est  pas  exact. 


284  MARS-AVRIL   1899. 

IX.  Comment,  à  laide  de  tout  l astrolabe,  on  peut 
connaître  quelles  sont  les  ascensions  de  chaque  signe 
dans  un  climat  quelconque^,  soit  au  centr'e  de  vie,  soit 
à  celui  du  milieu  du  ciel,  et  quelles  sont  les  «  descentes^  » 
au  centre  «  des  noces  i»  et  à  celui  qui  est  sous  la  terre^. 

Nous  regardons  quels  sont  les  degrés  de  vie  et 


^  On  appelle  ascensions  [àvalfopai)  au  centre  de  vie  (sur  Thori- 
zon  est)  qui  correspondent  à  un  signe,  le  nombre  des  degrés  de 
réquateur  qui  montent  au-dessus  de  Thorizon  pendant  que  ce  signe 
lui-même  monte  tout  entier  au-dessus  de  l'horizon.  (Cf.  Ptolémée, 
Composition  matkématiciue ,  1.  II,  ch.  vu,  et  Bar  Hébréus,  Cours 
d'cLstrononiie,  1.11,  ch.iii,  sect.  i,  a,  3,  4.)  Le  mouvement  de  l'arai- 
gnée reproduit  le  mouvement  diurne;  les  degrés  d'équateur  sont 
notés  sur  le  bord  de  Tastrolabe.  Voir  au  ch.  i  en  note ,  le  triangle 
à  résoudre  pour  trouver  les  ascensions. 

*  xara^opa/,  par  opposition  aux  «ascensions»  dva^opai, 

^  Voici  la  signification  de  ces  quatre  centres;  on  peut  lire  :  i**  à 
rhorizon  est;  2°  au  méridien  supérieur;  3**  à  Thorizon  ouest,  et 
4'  au  méridien  inférieur.  Ces  quatre  lieux  appelés  centres  par 
Sévère ,  furent  aussi  appelés  pivots ,  ce  qui  est  la  traduction  du  mot 
cardines  (  geniturarum  )  employé  par  Firmicus  Matemus  II.  xiii. 

On  divisa  encore  en  trois  parties  chacun  des  intervalles ,  ce  sont 
les  douze  loci  de  Firmicus  II.  xvii,  ou  les  douze^ maûons  de  Sévère, 
car  chacun  de  ces  lieux  loge  un  signe  du  zodiaque  et  quelque  pla- 
nète. Le  premier  lieu  [i^j  yow^oo)  commence  à  Thorizon  est  et  se 
prolonge  vers  le  méridien  inférieur  jusqu'au  trentième  degré  tin 
hoc  loco  vita  hominum  et  spiritus  continetur  F.  M.  II.  xvn.  2  ».  Le 

quatrième  ]^i]  J^ij  ^  ou  |loih»lt  commence  au  méridien  inférieur 
«  Quartus  locus ,  id  est  imum  cœlum,...  ostendit  nobis  parentes, 

patrimonium.  . .  F.  M.  IL  xvii.  5.»  Le  septième  )!^Li»f  J^  com- 
mence au  méridien  ouest  «  appellatur  occasus  a  nobis ,  a  graecis  vero 
èiiats*  . .  Ex  hoc  loco  qualitatem  et  quantitatem  quaeramus  nnp- 
tiarum  F.  M.  IL  xvn.  8  ».  Le  dixième  )Lâa*,  JB^^^t  commence  au 
méridien  supérieur  «a  nobis  médium  cœlum,  u  Grœcis  fie<rovpd' 
vrifia  appellatur  F.  M.  II.  xvn.  1 1  ». 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  285 

ceux  du  milieu  du  ciel  dans  le  climat  où  nous  sommes , 
puis  nous  plaçons  en  conséquence  Tindicateur  des 
degrés  de  Taraignée,  qui  se  trouve  sur  les  degrés 
d'ascension.  Après  avoir  mis  le  commencement  du 
signe  qui  nous  occupe  sur  riiorizon  est,  nous  lui 
faisons  décrire  un  parallèle  et,  pendant  que  ce  signe 
s'élève,  nous  comptons  les  degrés  d'ascension  que 
décrit  l'indicateur  des  degrés  de  l'araignée  depuis 
que  le  commencement  du  signe  était  sur  l'horizon 
jusqu'à  ce  que  tout  le  signe  se  soit  levé  :  le  nombre 
obtenu  nous  donne  les  ascensions  de  ce  signe  pour 
ce  climat. 

Supposons,  par  exemple,  que  le  premier  degré 
du  Bélier  soit  sur  l'horizon  Est,  qui  est  le  centre  de 
vie ,  l'index  de  l'araignée ,  qui  est  le  commencement 
du  Capricorne,  se  trouvera  alors  au  milieu  du  ciel; 
et,  quand  tout  le  Bélier  se  lèvera  dans  le  quatrième 
climat ,  l'index  de  l'araignée  dont  nous  avons  padé 
s'éloignera  du  milieu  du  ciel  d'environ  trente  degrés  ; 
telles  seront  les  ascensions  du  Bélier  dans  le  qua- 
trième cUmat.  Et  si  nous  voulons  connaître  les  as- 
censions du  Taureau,  nous  compterons  le  chemin 
parcouru  par  l'index  de  l'araignée  depuis  l'endroit 
où  il  se  trouvait  d'abord  jusqu'au  moment  où  tout 
le  signe  du  Taureau  a  monté  au-dessus  de  l'horizon 
est  :  ce  sera  le  nombre  des  ascensions  du  Taureau. 
Nous  en  ferons  autant  pour  les  autres  signes. 

Nous  opérons  encore  de  même  sur  la  sphère 
droite,  pour  le  signe  et  les  degrés  que  nous  voulons 
connaître.  Nous  plaçons  alors  au  milieu  du  ciel  (sur 

Mil.  19 


286  MARS-AVRIL   1899. 

le  méridien)  le  commencement  du  signe  dont  nous 
cherchons  les  ascensions,  puis  nous  le  faisons  passer 
tout  entier  au  milieu  du  ciel  ;  et  ia  quantité  dont 
Tindex  de  i araignée  s'éloigne  du  point  où  ii  était, 
quand  nous  avons  placé  le  commencement  du  signe 
qui  nous  occupe  au  milieu  du  ciel ,  nous  donne  les 
ascensions  de  ce  signe  sur  la  sphèi*e  droite,  c'est-à- 
dire  au  milieu  du  ciel. 

Après  avoir  écrit  quel  est  le  nombre  des  ascen- 
sions au  degré  «  de  vie  »  et  au  milieu  du  ciel ,  pour 
tout  signe  et  pour  tout  climat,  nous  devons  parier 
«des  descentes»  à  l'occident,  c'est-à-dire  au  degré 
«  des  noces  »  et  à  celui  du  milieu  de  ia  terre  (sur  la 
moitié  inférieure  du  méridien).  Plaçons  le  commen- 
cement du  signe  qui  nous  occupe  sur  l'horizon  ouest, 
puis  notons  où  se  trouve  l'index  et  faisons  tourner 
l'araignée  jusqu'à  ce  que  tout  le  signe  descende 
(sous  l'horizon);  l'index  a  parcouru  im  certain  es- 
pace depuis  que  le  signe  a  commencé  à  descendre 
jusqu'au  moment  où  il  a  été  complètement  couché; 
si  nous  comptons  alors  les  degrés  ainsi  parcourus 
par  l'index ,  ils  nous  donnent  «  les  descentes  »  de  ce 
signe  dans  le  climat  qui  nous  occupe.  Nous  opére- 
rons de  même  pour  trouver  «  les  descentes  »  au  mi- 
lieu de  la  terre ,  c'est-à-dire  au  centre  «  des  pères  » , 
puis  nous  tournerons  l'araignée  vers  l'horizon  est 
jusqu'à  ce  que  tout  le  signe  ait  passé  par  le  centre 
du  milieu  de  la  terre,  et  le  nombre  des  degrés  par- 
courus par  l'index  de   i'araignée  durant  ce  temps 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  287 

nous  donnera  le  nombre   «  des   descentes  »   de  ce 
signe  au  milieu  de  la  terre. 

X.  Trouver  combien  il  y  a  d'ascensions  depvds  le 
commencement  du  Bélier  jusc^n  an  degré,  [du  zodiaque) 
qui  se  lève,  c'est-à-dire  jusqu'à  l'horoscope. 

Si  nous  voulons  savoir  combien  il  y  a  d'ascen- 
sions depuis  le  conunencement  du  Bélier  jusqu'à 
rhoroscope,  c  est-à-dire  jusqu'au  degré  du  zodiaque 
qui  se  lève  à  l'heure  considérée,  soit  de  jour  soit  de 
nuit,  nous  plaçons  le  degré  (l'horoscope)  qui  nous 
occupe  soit  de  jour,  soit  de  nuit,  sur  l'horizon  est; 
puis  nous  comptons  de  combien  de  degrés  l'index, 
qui  est  au  commencement  du  Capricorne,  est 
éloigné  du  milieu  du  ciel  :  nous  dirons  que  le  nombre 
ainsi  trouvé  donne  les  ascensions  depuis  le  commen- 
cement du  Bélier  jusqu'au  degré  qui  se  lève  à  cette 
heure. 

Nous  pouvons  aussi  trouver  les  ascensions  en 
prenant,  dans  la  table  de  Ptoléniée,  le  nombre  écrit 
dans  la  seconde  colonne  en  face  du  degré  qui  était 
sur  l'horizon  est,  et  pour,  le  climat  qui  nous  occupe  ^ 
Ce  nombre  des  ascensions  se  trouve  aussi  dans  la 
table  pour  la  sphère  droite. 

XI.  Comment  on  peut  connaître  y  à  l'aide  de  l'astro- 

^  Dans  VAimayeste,  livre  IJ ,  rh.  vni,  on  trouve  les  ascensions 
des  signes  du  zodiaque,  de  lo  en  lo  degrés  pour  les  divers  cli- 
mats. 


288  MARS-AVRIL   1899. 

labcy  la  composition  des  heures  dajour  ou  de  la  nuit, 
ou  la  longueur  et  la  brièveté  du  jour  et  de  la  nuit  qui 
nous  occupent  ^  cest-à-dirc  [la  plus  ou  moins  grande 
distance)  du  degré  «  de  vie  »  ou  du  degré  «  des  noces  ». 

Nous  avons  donné  des  régies  pour  trouver  les  as- 
censions; ii  convient  maintenant  de  chercher  les 
heures  (équinoxiales)  et  les  degrés  d^équateur  d'une 
heure  (temporaire)  pour  tous  les  climats.  Pour 
trouver  la  longueur  et  les  degrés  d  une  heure  d'un 
certain  jour,  nous  plaçons  le  degré  du  (zodiaque  où 
se  trouve  alors  le)  soleil  sur  l'horizon  est,  puis  nous 
notons  l'endroit  où  se  trouve  l'index  de  l'araignée. 
Nous  faisons  ensuite  tourner  le  degré  du  soleil  au- 
dessus  de  la  terre  sur  les  parallèles  jusqu'à  ce  qu'il 
arrive  sur  l'horizon  ouest;  après  quoi  nous  comp- 
tons de  combien  de  degrés  a  avancé  l'index  de  l'arai- 
gnée pendant  que  le  degré  du  soleil  se  déplaçait  de 
l'horizon  est  jusqu'à  l'horizon  ouest.  Si  nous  cher- 
chons les  heures  (équinoxiales  du  joiu*)  nous  divi- 
sons ce  nombre  de  degrés  par  i5,  et,  si  nous 
cherchons  les  degrés  d'une  heure  (temporaire)  nous 
divisons  ce  mêir.o  nombre  par  1 2  ^. 


'  On  distingue  deux  sortes  d'heures  :  i**  le^  heures  temporaires, 
âpas  HaiptHas.  Il  y  en  a  toujours  douze  du  lever  au  coucher  du  so- 
leil; elles  sont  donc  plus  ou  moins  longues  selon  la  saison;  a**  les 
heures  équinoxiales ,  celles-ci  correspondent  à  quinze  degrés  de  Téqua- 
teur  ;  elles  sont  donc  égales  entre  elles ,  mais  les  jours  en  contiennent 
plus  ou  moins,  selon  la  saison.  Cf.  Bar  Hébréus,  Cours  d^astrono- 
mie ,  11,  ch.  v,  sect.  i. 

*  O   passage   a  été  altén*.  On  l'a  restitué  d'après  son  pariditt- 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  289 

Si  nous  cherchons  à  connaître  les  heures  et  les 
degrés  dune  heure  de  la  nuit,  nous  plaçons  le  de- 
gré (du  zodiaque)  opposé  (au soleil)  sur  Thorizon  est, 
puis  nous  le  faisons  tourner  jusqu'à  ce  qu'il  arrive 
sur  rhorizon  ouest.  Evaluons  la  marche  de  Findex 
de  Taraignée,  comme  nous  Tavons  dit;  puis  si  nous 
voulons  les  heures,  divisons  ce  nombre  par  i5  et 
nous  aurons  les  heures  équinoxiales  de  cette  nuit;  si 
nous  cherchons  les  degrés  dune  heure,  divisons 
par  1  2 ,  et  nous  aurons  les  degrés  d'une  heure  pour 
le  point  diamétralement  opposé  au  soleil.  Si  nous 
retranchons  les  heures  du  jour  de  celles  de  la  nuit, 
le  plus  petit  nombre  du  plus  grand,  le  reste  nous 
donnera  Texcès  de  la  nuit  sur  le  Jour  ou  du  jour  sur 
la  nuit. 

On  peut  encore  procéder  de  la  manière  suivante 
pour  trouver  avec  plus  de  facilité  le  nombre  des 
heures  et  les  degrés  d  une  heure  :  Quand  nous  au- 
rons trouvé,  par  la  méthode  indiquée  ci-dessus,  les 
heures  et  les  degrés  d  une  heure  qui  correspondent 
ou  bien  au  degré  du  soleil ,  ou  bien  au  point  diamé- 
tralemenl  opposé,  c'est-à-dire  à  partir  du  degré  de 
la  vie,  ou  bien  du  degré  des  noces  \  nous  retranche- 
rons de  vingt -quatre  les  heures  que  nous  aurons 
trouvées  soit  pour  le  jour  soit  pour  la  nuit,  et  le 

lisme  avec  le  suivant.  L'auteur  a  pu  vouloir  dire  aussi  qu'après  avoir 
divisé  par  i5,  ce  qui  donne  les  heures  équinoxiales  du  jour,  s'il 
reste  quelques  degrés ,  on  obtiendra  les  minutes  équinoxiales  qu'il 
faut  ajouter  aux  heures,  en  multipliant  par  !\,  ces  degrés  qui  restent. 
*  Cela  signifie  que  l'on  évalue  le  temps  mis  par  le  soleil  pour 
passer  de  l'horizon  est  à  l'horizon  ouest  et  vice  versa. 


290  MARSAVRIL   1890. 

reste  nous  donnera  les  heures  de  la  nuit  ou  du  jour 
pour  cette  journée.  Quant  aux  degrés  dune  heure 
(équinoxiale),  nous  retrancherons  de  3o'  les  degrés 
de  l'heiu'e  de  jour  ou  de  nuit  (jue  nous  avons  trouvée 
pour  le  soleil  ou  pour  le  point  diamétralement  op- 
posé, et  le  reste  nous  donnera  les  degrés  d'une  heure 
de  nuit  ou  de  jour. 

Xni.  Comment  on  peut  connaître  ^  à  r aide  de  l'as- 
trolabe,  quelle  est  la  plus  boréale  et  la  plus  australe  de 
deux  villes  considérées. 

Quand  le  soleil  est  au  premier  degré  du  Bélier, 
nous  cherchons  à  la  sixième  heure,  à  Taide  de  la 
dioptre,  quelle  est  sa  hauteur  méridienne.  Nous 
lisons  les  degrés  de  cette  hauteur  sur  ie  quadrant 
(qui  est  au  dos  de  lastrolabe),  puis  nous  allons  dans 
lautre  ville  que  nous  voulons  comparer  à  la  pre- 
mière et  à  la  sixième  heure ,  quand  le  soleil  est  dans 
ce  même  premier  degré  du  Bélier,  nous  prenons 
de  la  même  manière  sa  hauteur  méridienne.  Si,  en 
passant  de  la  première  ville  à  la  seconde  Tindicateur 
des  degrés  du  quadrant  (du  dos  de  Tastrolahe)  in- 
dique un  nombre  plus  fort,  autant  il  a  ajouté  de 
degrés,  autant  la  seconde  ville  est  plus  australe  que 

^  C'est  exact,  car  si  le  parallèle  décrit  par  le  soleil  a  n  degrés 
au-dessus  de  Thorizon ,  comme  à  ces  n  degrés  correspondent  douze 
heures  temporaires  du  jour ,  chaque  heure  de  jour  comprendra  _ÎL  de- 
grés. Mais  le  môme  parallèle  aura  3 60  —  n  degrés  sous  l*horizon 
auxquels  correspondront  douze  heures  de  nuit.  Chaque  heure  de  liuit 
comprendra  donc  3^°"  degrés  ou,  comme  le  dit  Sévère,  3o—  A 

1»  n  • 


LE  TRAITE  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  891 

la  première;  et  s'il  indique  moins  de  degrés»  la  se- 
conde ville  est  d'autant  plus  boréale  que  la  pre- 
mière. Il  n'est  pas  nécessaire  que  le  soleil  soit  dans 
le  Bélier;  il  peut  être  dans  la  Balance  ou  dans  un 
autre  signe  quelconque.  On  peut  encore  se  servir 
des  étoiles  fixes,  en  opérant  comme  nous  l'avons 
fait  pour  le  soleil.  Nous  prenons,  à  l'aide  de  la 
dioptre,  la  hauteur  méridienne  de  l'étoile,  et,  quand 
l'index  indique  plus  de  degrés,  la  ville  correspon- 
dante est  plus  méridionale;  quand  il  indique  moins 
de  degrés,  la  ville  est  plus  boréale.  Nous  trouvons 
aussi  de  celte  manière  en  quel  climat  nous  sommes. 
Nous  pouvons  encore,  à  l'aide  d'une  autre  mé- 
thode ,  arriver  au  même  résultat  :  Prenons  un  style 
de  fer,  ou  de  roseau,  ou  de  bois,  ou  d'une  autre 
matière  quelconque,  et,  quand  il  est  exactement 
six  heures  dans  la  ville  où  nous  sommes,  cherchons 
combien  de  pieds  a  l'ombre  du  style  que  nous  avons 
élevé;  puis  nous  en  ferons  autant  dans  l'autre  ville, 
le  même  mois,  le  même  jour,  à  la  même  heure  (^vec 
un  style  de  même  longueur);  quand  le  nombre  de 
pieds  sera  plus  grand,  nous  dirons  que  la  ville  cor- 
respondante est  plus  boréale  ;  quand  ce  nombre  sera 
plus  petit,  nous  dirons  que  la  ville  est  plus  australe , 
car  l'ombre  est  d'autant  plus  grande  que  le  soleil  est 
plus  éloigné  de  nous  vers  le  midi,  et  d'autant  plus 
courte  qu'on  est  plus  près  de  lui  ^ 


'  Cette  dernière  méthode  est  classique ,  mais  n;a  aueun  rapport 
avec  l'astrolabe;  la  prc^rédente,  si  l'on  se  sart  du  toieil,  tuppoM  un 


292  MARS.ÀVRIL   1809. 

XIV.  Comment  on  peut  cormaitre  la  longitude  Jtaae 
ville  par  rapport  à  une  autre  :  quelle  est  la  plus  orien- 
tale et  quelle  est  la  plus  occidentale^ 

On  peut  connaître  ceci  par  les  éclipses  de  lune 
ou  de  soleil.  Nous  prenons,  à  Taide  de  Tastrolabe,  le 
(degré  du  zodiaque  qui  est  au)  milieu  du  ciel  dans 
les  deux  villes,  au  commencement,  ou  à  la  fin,  ou 
durant  tout  le  temps  de  Téclipse  ;  puis  nous  envoyons 
(le  résultat. trouvé  sur)  lastrolabe  dune  ville  dans 
l'autre  dont  nous  voulons  connaître  la  position  rela- 
tive, orientale  ou  occidentale.  Nous  avons  dit  plus 
haut  comment  on  prend  le  degré  du  milieu  du  ciel 
dans  les  deux  villes ,  puis  nous  comparons  le  degré 
de  la  dioptre  trouvé  (au  même  instant)  dans  les  deux 
villes.  Quand  le  nombre  indiqué  par  la  dioptre  est 
plus  grand,  nous  disons  que  la  ville  correspondante 
est  plus  orientale  que  l'autre  pour  laquelle  Tindex 
indique  un  nombre  plus  petit', 

XV.  Comment  on  peut  trouver  la  différence  des 
midis  dans  deux  villes. 

Nous  trouvons  ensuite  de  la  manière  suivante  la 
différence  des  midis  dans  deux  villes.  Nous  retran-» 
chons  le  plus  petit  nombre  de  l'indicateur  des  degrés 
de  la  dioptre  du  plus  grand  et  nous  divisons  la  diffé- 

intervalle  de  six  mois  entre  les  deux  observations,  d'après  Texposé 
qu'en  donne  Sévère. 

^  En  effet,  les  degrés  des  signes  du  zodiaque  vont  en  croissant 
de  l'occident  vers  lorient. 


LE  TRAITE  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  293 

rence  par  i5:  le  nombre  obtenu  représente  des 
heures  équinoxîaies ,  et  nous  dirons  que  la  distance 
dune  ville  à  lautre,  à  lorient  ou  à  l'occident,  est 
égale  au  nojiîbre  de  ces  heures.  Il  sera  d  abord  midi 
dans  la  ville  qui  est  plus  orientale. 

Ainsi,  quand  il  est  trois  heures  à  Carthage,  il  en 
est  six  à  Arbelles,  parce  que  la  diflférence  des  midis 
entre  Carthage  et  Arbelles  est  de  trois  heures  et  cette 
dernière  ville  est  de  trois  heures  plus  orientale  que 
la  première.  En  effet  la  longitude  d' Arbelles  est  de 
80  degrés  et  celle  de  Carthage  de  35  degrés^;  dès 
lors,  si  nous  retranchons  le  plus  petit  nombre  du 
plus  grand,  il  nous  reste  1x5  degrés  qui,  divisés 
par  1 5 ,  nous  donnent  trois  heures  équinoxiales* 

XVI.  Comment  on  peut  chercher  les  ascensions  de 
la  sphère  droite  dont  a  écrit  PtoUmée. 

Nous  cherchons  pour  chaque  climat  le  signe  et 
le  degré  qui  nous  occupent,  puis  nous  multiplions 
le  nombre  des  degrés  d'une  heure  qui  est  écrit  en 
face  de  ce  degré  par  les  six  heures  qui  vont  du  degré 
ft  de  vie  »  au  milieu  du  ciel.  Nous  ajoutons  ensuite 

'  Ces  longitudes  sont  comptées  à  partir  de  Tile  de  Fer,  et  sont 
même  un  peu  exagérées.  —  On  comptait  aussi  les  longitudes  à 
partir  du  continent  qui  était  à  1  o  degrés  à  l'est  de  l'île  de  Fer  (  cf. 
Bar  Hebréus,  Cours  d'astronomie,  II,  chap.  1;  sect.  1).  Ceci  nous 
explique  comment  la  longitude  du  Caire  pouvait  être  de  55  degrés, 
comme  le  soutenait  M.  Marcel ,  bien  qu'elle  dût  être  de  65  degrés , 
selon  M.  Sédillot  (Mémoires  de  l'Acad.  des  inscr,,  t.  I,  i8di» 
p.  59].  Les  deux  nombres  sont  exacts,  Torigine  seule  dv>s  longi- 
tudes est  différente. 


a04  MARS^AVRIL  1800. 

les  asoanaions  écrites  en  face  de  oe  signe  sur  la  se 
conde  tabla,  et  obtenons  ainsi  les  ascensions  sur  la 
sphère  droite. 

Ainsi  dans  le  quatrième  climat,  en  faoç  du  premier 
degré  du  Cancer,  sont  ticrits  las  degrés  dWe heure, 
à  savoir  :  1 8  degrés  et  7  minutes.  Si  nous  lês  mul- 
tiplions par  6  heures,  nous  obtenons  108*  /ia';  puis, 
si  nous  ajoutons  les  osoensions  écrites  en  face,  qui 
sont  ya"  ^^'\  nous  obtenons  180  degrés^  pour  la 
sphère  droite,  au  premier  degré  du  Cancer,  dans 
notre  climat. 

Nous  procéderons  de  marne,  avec  la  même  xni^ 
thode,  pour  les  autres  climats  et  pour  un  signe  et 
un  degré  quelconques.     . 

XVII.  Comment  on  peut  connaître  en  t/ael  climat  on 
est  y  à  l*aiàe  du  soleil  ou  de  l'une  des  étoile»  fixe». 

Nous  observons  le  soleil  h  Taide  de  la  dioptre 
jns({u'à  ce  ({u'il  ne  monte  plus,  au  moment  où  il 
atteint  le  milieu  du  jour.  On  écrit  alors  le  degré  que 
marquait  è  la  sixième  heure  Tindex  de  la  dioptre. 
On  prend  alors  le  degré  du  soleil  (dans  les  tables), 
et  on  l'amène  au  méridien  en  tournant  Taraignée 
sur  le  troisième  climat.  Si  le  degré  du  soleil  coupe 
sur  lo  méridien  le  cercle  de  hauteur  correspondant 
au  nombre  indiqué  par  Tindex,  nous  dirons  que 

'  On  peut  fléduii'e  re  nombre  des  rhiflIVes  donnt^  par  Ptoltoéi^ 
dan»  V Alinaffette ,  pour  \v  parallèle  de  THellespont  (Ed.  Halma, 
p.  106). 

*  En  réalité  181"  V. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABK  PLAN.  295 

nous  sommes  dans  le  troisième  dimat,  sinon  i] 
faudra  chercher  dans  le  quatrième  climat  ou  dans 
le  cinquième,  ou  dans  lun  des  autres  jusqu'à  ce 
quil  y  ait  coïncidence.  Quand  cela  arrivera,  nous 
dirons  que  le  climat  correspondant  est  le  nôtre. 

XVni.  Comment  on  peut  trouver  la  latitude  des 
sept  climats, 

La  latitude  commence  au  sud  sur  la  sphère  droite 
(Téquateur);  elle  est  donc  divisée  en  90  degrés, 
c'est-à-dire  la  moitié  des  180  degrés  qui  sont  au- 
dessus  de  rhorizon  du  ciel.  Nous  tournons  Taraignée 
dans  chacun  des  climats,  jusqu'à  ce  que  le  premier 
degré  du  Bélier  soit  au  méridien  ^  Nous  lisons  alors 
le  degré  écrit  sur  les  parallèles  du  milieu  du  ciei  (te 
degré  de  hauteur)  qui  correspond  au  premier  du 
Bélier,  puis  nous  Iç  retranchons  de  90  degrés  et 
nous  disons  que  le  reste  est  la  latitude  du  climat 
qui  nous  occupe   à   partir  du  sud  (de  Téquateur), 

XIX.  Comment  on  peut  connaître»  à  l'aide  de  t as- 
trolabe,  la  longitude  et  la  htitude  des  étoiles  fixes;, 

*  Le  premier  degré  du  Bélier  étant  situé  sjir  l'équateur,  sa  hau- 
tour  donne  la  colatitude  de  l'endroit  correapondant.  Il  ne  s'agit 
ici ,  on  le  voit ,  que  des  pays  pour  lesquels  ont  été  construites  les 
tablettes  de  l'astrolabe.  Celte  règle  est  donnée  par  Macarius  Hiero- 
monacbus  [Hhein,  Mus.,  p.  lôg).  Mais  celui-ci  ne  suppose  pas  que 
le  premier  degré  du  Bélier  est  indiqué  sur  Tastrolabe.  Il  dit  donc 
que  l'on  observe  le  soleil  au  moment  où  il  est  au  premier  degré  du 
liélier  ou  de  la  Balance  et  qu'on  prend  sa  hauteur  méridienne.  Ici 
l'astrolabe  n'est  d'aucune  utilité.  On  ne  se  sert  que  de  la  dioptre. 


296  MARS-AVRIL   1899. 

Pour  ccnnaître  la  laliludo  des  étoiles  fixes  ^,  on 
fait  tourner  laraignée  jusqu'à  ce  que  Tétoile  qui  nous 
occupe  arrive  sur  le  côté  sud  du  méridien.  On  re- 
garde alors  de  combien  de  degrés  de  latitude  cette 
étoile  est  distante  de  la  zone  du  zodiaque  vers  le 
nord  ou  vers  le  sud.  Pour  la  longitude 

(//  manque  ici  un  feuillet,) 

chacune  de  ces  étoiles  fixes ,  et  quelle  est  sa 

distance  en  latitude  jasq a  aux  étoiles  fixes ,  à  laide  de 
tastrolabe. 

Pour  la  latitude,  nous  tournons  l'araignée,  comme 
nous  Tavons  dit  plus  haut,  jusqu'à  ce  que  l'étoile  qui 
nous  occupe  se  trouve  au  milieu  du  ciel  ;  puis  nous 
regardons  sur  quels  parallèles  se  trouvent  cl  la  zone 
du  zodiaque  et  l'étoile  qui  nous  occupe.  Nous  pre- 
nons la  distance  des  zones  du  zodiaque  aux  étoiles 
et  obtenons  ainsi  celle  de  notre  étoile  à  la  zone  du 
zodiaque,  soit  au  sud,  soit  au  nord.  De  la  même 
manière,  en  nous  servant  toujours  du  zodiaque  et 
en  plaçant  (l'étoile)  sur  l'horizon  est,  nous  trouvons 
sur  quel  degré  de  la  longueur  de  la  zone  et  avec  quel 
signe  se  lève  et  tte  étoile.  Nous  trouvons  en  plus  par 
ce  moyon  si  l'étoile  apparaît^  à  l'orient  ou  à  l'occident 

*  H  ne  s'agit  encore  que  des  étoiles  figurées  sur  raslrolabe;  eMt»s 
sont  en  petit  nombre,  une  trentaine  au  plus.  Cf.  Sédiiiot,  loc,  cit,, 
p.  167. 

*  Sur  jn««aA,  cf.  Bar  Hebréus,  Traité  d! astronomie,  p.  77. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  2^7 

du   soleil.  Une  étoile  est  visible   quand  elle  est  à 
a 5  degrés  à  lest  ou  à  Touest  du  soleil. 

XXII.  Commenta  à  l'aide  de  l'dstrolabe ,  on  peut 
connaître  Vinclinaison  de  tout  signe  da  zodiaqae  sur  la 
zone  de  Véquatear^  au  nord  et  au  sud  pour  cha/fue  cli- 
mat ,  et  en  quel  endroit  se  trouvent  les  trois  zones  tropi- 
cales. 

L'inclinaison  des  signes  sur  la  zone  de  Téquateur 
se  trouve  de  la  manière  suivante  :  Nous  prenons 
TinsliTiment  et  tournons  Taraîgnée  jusqu  à  ce  que  le 
premier  degré  du  Bélier^  soit  au  point  de  dessous 
la  terre  (sur  le  méridien  inférieur);  nous  connaissons 
alors  la  position  de  Téquateur  en  quelque  climat  que 
ce  soit:  il  nous  suffit  de  regarder  dans  quel  degré 
des  parallèles  se  trouve  le  premier  degré  du  Bélier 
et  dy  faire  une  marque;  puis  nous  tournons  Tarai- 
gnée  jusqu'à  ce  que  le  premier  degré  du  Cancer 
vienne  au  méridien  au  milieu  du  ciel,  et  nous  pre- 
nons le  degré  des  parallèles  où  se  trouve  le  premier 
degré  du  Cancer  ainsi  que  le  degré  des  parallèles 
noté  précédemment;  nous  retranchons  le  moindre 
du  plus  grand ,  et  les  degrés  qui  restent  nous  donnent 
l'inclinaison  du  Cancer  sur  l'équateur  du  côté  sud, 
c'est-à-dire  la  zone  d'hiver.  Cette  même  recherche 
nous  donne  a  Ix  degrés  pour  l'inclinaison  du  Cancer 


'    U  s'agit ,  je  crois ,  de  la  déclinaison  des  degrés  du  zodiaque ,  ce 
que  Bar  Hebréus  appela  JLùo*.o  I^*  (Cours  d'cLstronomie ,  p.  17-18). 
^  Le  premier  degré  du  Bélier  marque  toujours  Téquateur. 


298  MARS-AVRIL    1899. 

au  nord,  c  est-à-dire  de  la  zone  d'été  sur  Téqualtiir^ 
On  trouvera  de  la  même  manière  a  4  degrés  pour 
Finclinaison  du  Capricorne  du  côté  sud  ou  de  la  zone 
d'hiver  sur  le  premier  degré  du  Bélier  ou  Téquateur. 
Nous  en  ferons  autant  pour  tout  degré  et  pour  tout 
signe  que  nous  voudrons,  et  trouverons  ainsi  son 
inclinaison  sur  Téquateiu*  au  nord  ou  au  sud;  on  en 
ferait  autant  pour  le  soleil ,  comme  nous  allons  le  dire. 

XXin.  Comment  on  peut  trouver  VincUnaison  du 
soleil  sur  l'é(fuateur  au  nord  et  au  sud  dans  tout  signe 
et  dans  tout  degré. 

Nous  tournons  l'araignée  jusqu'à  ce  que  le  degré 
du  soleil,  en  quelque  signe  qu'il  soit,  arrive  au  mé- 
ridieti,  puis  nous  regardons  quel  degré  des  paral- 
lèles^ occupe  le  degré  du  soleil.  Si  ce  nombre  est 
moindre  que  celui  qui  correspond  à  Téquateur,  nous 
dirons  que  là  différence  indique  finclinaison  du  so- 
leil sur  l'équateur  vers  le  sud,  qu'il  monte  ou  qu'il 
descende.  Si  ce  nombre  est  plils  grand  que  celui  qui 


^  L'auteur  prend  un  nombre  rond  pour  l'obliquité  de  l'édip- 
tique,  ou  bien  il  emprunte  ce  chiffre  à  un  auteur  extrêmement 
ancien.  Car  ce  fut  au  temps  d'Aristote  qu'Ëudemus  représenta  cette 
obliquité  par  un  côté  d*un  polygone  à  i5  faces  (Letronne,  Les 
écrits  et  les  travaujc  (tEndoxe  de  Cnide,  ap.  Journal  des  Savants, 
i84o-i84i).  Si  Ton  divise  36o  par  i5,  on  trouve  qu*à  un  coté  du 
polygone  à  1 5  faces  correspondaient  2  i  degrés.  —  Il  est  remar- 
quable que  Jean  Philoponus ,  décrivant  l'astrolabe  plan  d'après  des 
sources  analogues  à  celles  de  Sévère ,  prend  aussi  s  4  degrés  pour 
l'obliquité  de  Técliptique  (p.  i55). 

^  Il  s'agit  encore  des  parallèles  de  hauteur. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  299 

correspond  à  l^équateur,  nous  retrancherons  Je  se- 
cond du  premier  et  dirons  que  le  reste  représente 
Tinciinaison  du  soleil  au  nord  de  Tëqnateur,  qu'il 
monte  ou  qu  il  descende.  Le  soleil  monte  du  Capri- 
corne au  Cancer  et  descend  du  Cancer  au  Capri- 
corne. 

XXIV.  De  la  mesuie  en  latitude  de  la  demi-sphère, 
cest-à-dire  des  180  degrés  [qui  s  étendent)  du  nord 
au  sud.  Division  et  distance  relative  des  diverses  zones, 

La  latitude  de  la  sphère  se  mesure  du  nord  au 
sud  de  la  manière  suivante  ^  Nous  mesurons,  comme 
nous  Tavons  dit,  à  l'aide  de  l'astrolabe  sur  le  méri- 

^  En  réalité  la  latitude  semble  rapportée,  dans  te  premier  para- 
graphe, au  zénith  de  l'observateur.  Je  vais  en  rendre  compte  sur 
la  figure  suivante  : 


PP'  est  l'axe  du  monde;  EE'  l'équateur;  ee'  Técliptique ;  Z'Z  la  ver- 
ticale d'un  lieu  du  quatrième  climat;  ff/f  l'horizon  du  même  lieu; 
AH'  le  cercle  polaire  antarctique  ;  e'e'  le  tropique  du  Capricorne. 


300  MARS-AVRIL    1899. 

dien  à  partir  du  premier  degré  du  Cancer  qui  est  la 
zone  d'été  jusqu'au  go""  degré  (jusqu'au  zénith  dans 
le  quatrièrncî  climat)  ;  nous  trouvons  i  a  degrés.  Et 
de  i'équateur  jusqu'au  même  90*  degré,  on  trouve 
36  degrés  ^  Du  même  90*  degré  jusqu'à  la  zone 
d'hiver,  qui  est  le  lieu  du  premier  degré  du  Capri- 
corne ,  on  trouve  60  degrés^.  Et  jusqu'à  la  zone  du  sud 
appelée  «  antarctique  »  qui  est  constamment  cachée, 
il  y  a  90  degrés^.  Et  depuis  Textrémîté  nord  de  la 
zone  appelée  «  arctique  «qui  est  constamment  visible 
jusqu'au  point  qui  est  le  centre,  c'est-à-dire  le  pôle 
nord  où  passe  l'extrémité  boréale  de  l'axe  (du  monde), 
il  y  a  36  degrés*.  Et  de  ce  centre  (pôle  nord)  dont 
nous  venons  do  parler  jusqu'à  Texti^émité  sud  (op- 
posée de  la  zpne  arctique),  il  y  a  encore  36  degrés^. 
El  de  la  zone  constamment  visible,  c'est-à-dire  arc- 
tique ,  jusqu'au  milieu  du  ciel  (zénith) ,  il  y  a  18  de- 
grés*. Ces  (derniers  degrés  additionnés)  ensemble 
donnent  90  degrés,  car  si  l'on  ajoute  à  la  double 
(largeur  de  la  zone  arctique)  la  distance  de  celte 
zone  qui  est  constamment  visible  jusqu'au  milieu 
du  ciel  (zénith),  on  trouve  90  degrés'',  et  depuis  le 
milieu  du  ciel  jusqu'à  la  zone  australe  constamment 

^  Ze  =  1 2*;  puis  zE  =  ze  +  cE  =  12°+  2  4*»  car  on   a  vu  que 
Sévère  prend  2.\  degrés  pour  l'obliquité  de  l'écliplique. 

*  Ze"  =  ZE  +  Ee"  =  36"  +  2/1^ 
5  zH  =  ze"  +  e"H  =  60°  +  3o°. 

•  AP  =  36". 
'  Pli'  =  36". 
«  AZ=  18°. 

'  irP  +  PA  +  AZ  =  90". 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  301 

cachée,  c'est-à-dire  antarclicqbe,  on  trouve  90  de- 
grés^: donc  toute  la  latitude  donne  180  degrés. 

Il  existe  une  autre  division  en  cinq  zones  faite 
par  le  philosophe.  La  première  zone  appelée  «  arc-» 
tique  »  est  froide  et  inhabitable;  sa  latitude  est  de 
36  degrés  du  pôle  nord  vers  le  sud.  La  seconde  est 
appelée  «  tropique  d'été  »  et  compte  3o  degrés,  La 
troisième  est  appelée  «  tropique  équatorial  »  et  compte 
48  degrés  (dont  ilx  degrés)  au  nord  de  Téquateur 
et  les  i[\  autres  (au  sud).  La  quatrième  est  appelée 
«  tropique  d'hiver  »  et  compte  3o  degrés,  La  cin- 
quième est  appelée  «  antarctique  »  et  compte  aussi 
36  degrés,  à  savoir  depuis  son  extrémité  jusqu'au 
pôle  austral:  en  tout  j  80  degrés. 

Il  y  a  encore  une  autre  division  faite  par  l'astro- 
nome Ptolémée.  D'abord  la  zone  arctique  de  36**  9'. 
En  second  lieu,  la  zone  d'été  de  3o  degrés.  JEn  troi- 
sième lieu,  lazoneéquatoriale,qui  est  de  2  3**„5i'  au 
nord  (de  l'équateur)  et  autant  au  sud^.  La  quatrième 
est  la  zone  d'hiver  de  3o  degrés.  La  cinquième  est  la 
zone  antarctique  de  36°  9'.  Cela  fait  en  tout  j  80  de- 
grés; il  est  évident  qu'ici  encore  ce  philosophe  nous 
apprend  à  mesurer  la  latitude  depuis  le  pôle  nqrd 
jusqu'au  pôle  sud. 

Les  pôles  sont  des  points  ou  des  positions  sur  les- 
quels on  conçoit  que  sont  situées  les  dèiix  extrémîtA^î 

ï  ZE  +  EH  =  9o". 

*  Dans  ÏAlmaijeste,  1.  1,  ch.  x,  Ptolémée  dit  que  la  distance  des 
deux  tropiques  est  comprise  entre  47°  ko'  et  47"  45'.  Si  Tori  prend 
47"  42'  on  obtient  2.^51'  pour  l'obliquité  de  Técliptique. 

xni.  20 

lUi'Riur.niF    \.\Tio\.\i.r. 


30i  MARS'AYRIL  1890. 

de  Tajie  que  Ton  imagine  mené  obliquement  du  haut 
en  ba«,  c'eat-à-dire  du  nord  au  Mid ,  6n  passant  direc- 
t^nent  au  milieu  du  centre  de  la  terre  qui  est  aussi 
placé  également  au  milieu  de  la  sphère. 

XXV.  Gomment,  en  tout  ctimat,  on  peat  trouver  les 
ascenrions  da  signe  ffui  est  à  Varient  et  qu'on  appelle  •  le 
signe  de  vie  * ,  et  celles  du  signe  gui  est  au  ndlieu  da  ciel 

Nous  prenons  les  ascensions  du  degré  de  vie 
comme  nous  lavons  déjà  exposée  Nou3  plaçons 
d'abord  le  degré  de  ce  signe  sur  lliorîzon  est  et  le 
degré  occidental  sur  Itorizon  ouest.  Nous  regardons 
alors  à  quel  degré  se  trouve  Tindicateur  des  degrés 
de  Taraignée ,  puis  nous  faisons  monter  tout  le  signe 
au-dessus  de  rhorizon  et  regardons  de  combien  a 
avancé  Tindicatem^  des  degrés.  Nous  regardons  alors 
les  degrés  du  mouvement  de  Tindicateur  des  degrés 
delaraîgnée,  etceux{qu*il  marquait  au  commence- 
ment) de  ce  signe,  nous  retranchons  le  plus  petit 
nombre  du  plus  grand,  le  reste  nous  donne  les  as- 
censions de  ce  signe,  et  de  la  même  manière  son 
pouvoir  sur  le  nombre  des  années  ^. 

En  opérant  jusqu'au  milieu  du  ciel,  nous  trou- 
vons combien  un  signe  met  d'heures  pour  aller  au 
milieu  du  ciel ,  parce  que  les  divers  signes  ne  mon- 
tent pas  de  la  même  manière  au-dessus  de  l'horizon 
est  et  à  la  position  de  la  sphère  droite.  Par  exemple, 

»  Voir  IX. 

^  Cf.  Firm.  Mal.  IL  \\v.  De  distributione  temporu  m. 


LE  TRAITÉ  SUR  L'ASTROLABE  PLAN.  303 

lorsque  dans  le  quatrième  climslt,  iioUs  prenons  les 
ascensions  des  degrés  des  levers,  comme  on  la  vu 
précédemment,  on  îrëgërde  ettsUite  de  combien  de 
degrés  a  avancé  l'indicateur  des  degrés  de  l'araignée; 
puis  on  tourne  laraignée  jusquà  ce  que  le  degré  de 
vie  soit  sur  le  méridien  et  on  regarde  de  combien  de 
degrés  a  avancé  rindîcâteUr  des  degi*és  de  1  araignée , 
on  retranche  les  degrés  de  vie  des  degrés  du  milieu 
du  ciel,  et  dans  le  reste  on  trouve  les  degrés  dune 
heure  ^  pour  le  point  de  vie. 

Fin  du  traité  sur  tastrotdbe  composé  par  l'abbé  Mar 
Sévère  de  Nisibe,  cest-à^dire  Sabokt.  Priez  pour  celui 
qui  a  écrit. 

'  Voit  XI. 


20. 


304  MARS-AVRIL   1899. 


SPECIMENS 


DE 


LA  LITTÉRATURE  MODERNE 

0 

DU   TURKESTAN   CHLNOIS, 


PAR 


M.   F.  GRENARD. 


Au  cours  du  voyage  que  j'ai  accompli  en  Asie  centrale 
sous  la  direction  de  Dutreuilde  Rhins,  je  me  suis  beaucoup 
occupé  de  rechercher  des  spécimens  de  la  littérature  popu- 
laire du  Turkestan  chinois.  Un  grand  nombre  des  chansons  et 
des  contes  que  j'ai  recueillis  des  lèvres  du  peuple  de  Khotan  ou 
de  Kéria,  avaient  déjà  été  publiés  par  M.  Radlof  dans  ses 
Spécimens  de  la  littérature  populaire  des  Tarantchi,  ou  par 
M.  Pantoucof  dans  son  Becueil  de  chansons  tarantchi,  La 
langue  et  les  traditions  des  Tarantchi  sont  en  effet  semblables 
à  celles  des  habitants  de  Kàchgar  ou  de  Khotan.  C'est  une 
opinion  généralement  admise  dans  le  Turkestan  que  si  ces 
derniers  sont  plus  habiles  musiciens  que  les  Tarantchi ,  ceux- 
ci  ont  plus  d'imagination ,  plus  de  goût  littéraire  et  produisent 
un  plus  grand  nombre  de  nouveautés.  Quoi  qu'il  en  soit, 
cette  littérature  populaire  n'est  pas  une  littérature  orale; 
j)resque  toutes  les  chansons  de  M.  Pantoucof  se  retrouvent 
dans  des  livres  anonymes  répandus  dans  le  Turkestan,  tels 
que  :  Ahmed  et  Youçouf,  et  la  Légende  ^' iVific/ira^.  Les  seules 
poésies  f|iie  je  n'ai  vues  écrites  nulle  part  sont  ces  kouchak 


LITTERATURE  MODERNE  DU  TURKESTAN  CHINOIS.     305 

ou  rhapsodies  sur  les  événements  contemporains  dont  j'ai 
publié  quelques  spécimens  dans  le  troisième  volume  de  mon 
ouvrage  sur  la  :  Mission  scientifique  de  la  Haute-Asie,  De  même , 
les  contes  populaires  sont  empruntés  le  plus  souvent  à  des 
livres  qui  circulent  dans  tout  le  Turkestan,  et  qui  sont  en 
général  traduits  du  Persan,  tels  que  le  Chah  nâmeh,  VIs- 
kander  nâmeh,  le  'Ali  nâmeh,  le  Kitâb-i-létâif,  le  Chah  touti, 
le  Tchahar  dervîch,  le  Bûkhtiâr  nâmeh,  Ferhâd  ou  Chîrîn, 
Hamzah,  DU  Avâm,  Mais  ordinairement  la  forme  est  sim- 
plifiée et  les  ornements  de  rhétorique,  chers  aux  écrivains 
persans,  sont  réduits  au  minimum  dans  l'adaptation  turque. 
Quelques  contes  cependant  n'ont  point  de  modèle  persan 
connu ,  et  peut-être  sont-ils  originaux ,  autant  du  moins  qu'un 
conte  populaire  peut  être  original.  Car  les  conles  du  Tur- 
kestan  présentent  les  mêmes  caractères  de  merveilleux  naïf 
et  de  farce  grossière  que  dans  tous  les  pays  du  monde ,  les 
motifs  en  sont  à  peu  près  les  mêmes ,  et  les  bonnes  vieilles 
plaisanteries  que  nos  paysans  se  lèguent  de  père  en  fils  sont 
également  familières  aux  paysans  du  Gobi. 

Aux  six  contes  qui  sont  insérés  dans  mon  ouvrage ,  j'en 
ajoute  ici  un  septième  plus  long  que  les  autres  et  offrant 
l'avantage ,  quelle  que  soit  son  origine ,  d'avoir  une  saveur 
locale  bien  marquée. 

Très  répandu  parmi  le  peuple  du  Turkestan  chinois  avec 
des  variantes  diverses ,  il  a  été  rédigé  sous  sa  forme  présente 
par  un  nioUa  de  Khotan  qui  a  reproduit  assez  exactement  le 
langage  parlé  des  personnes  de  cette  ville  qui  parient  bien. 
Toutefois  il  a  laissé  subsister  quelques  expressions  persanes 
trop  recherchées ,  qui  ne  sont  jamais  employées  dans  la  con- 
versation ordinaire,  et  qui  sont  probablement  des  vestiges 
d'un  original  persan. 

C'est  un  chapitre  de  ce  recueil  célèbre  en  Orient  sous  le 
titre  de  ^^Li;  JC«,  dont  les  indigènes  disent  qu'il  se  développe 
incessamment  sans  qu'on  en  puisse  jamais  voir  la  fin.  Le 
recueil  de  ce  nom ,  traduit  du  turc  osmanli  par  M.  Decourde- 
manche,  ne  contient  pas  de  conte  semblable  à  celui-ci.  Je  n'ai 


30A  MA KS  AVRIL   1800. 

rien  change  à  Tortliographe  dn  molU  khotanau,  qui  dittere 
sur  certains  points  de  celle  que  j*ai  adopUle  dam  mes  travam 
précédents.  La  particularité  la  plus  importante  en  est  la  sub- 
stitution du  c>  au  y. 

La  littérature  historique  a  de  tout  temps  été  fort  pau^Te 
dans  le  Turkestan  chinois.  Je  donne  ici  an  fragment  et  le 
résumé  d*un  opqscule  sur  le  fds  cadet  de  Ya'koub  Bek.  C'est 
une  contribution  utile  à  Thistoire  de  TAtalyk  Gh&d  dont  nous 
ne  possédons  pos  encore  de  version  complète.  Il  en  existe  une 
cependant  dont  je  n*ai  pu  trouver  que  les  premiers  feuillets. 
J*ai  rapporté  de  môme  des  fragments  d'une  chronique  de 
Sâdik  Bek.  Il  serait  intéressant  d*avoir  des  exemplaires  en- 
tiers de  Tun  et  Tautre  ouvrage.  En  dehors  de  ce  que  je  viens 
de  mentionner,  je  ne  sache  pas  qu  il  ait  été  rien  éorit  dans 
le  Turkestan  chinois  sur  le  temps  de  Ya'koub  Bek ,  si  ce  n'est 
les  dernières  pages  du  livre  du  moUa  Bilâl ,  intitulé  :  yà  ï\yà 
^jti^  wîLU ,  et  une  chronique  de  la  ville  de  Khotan  au  temps 
de  Habiboullah  et  de  Niàz  Hàkim  que  je  me  suis  procurée 
et  cpii  présente  d^autant  plus  dlntérét  qu^dle  a  été  écrite  à 
un  point  de  vue  local,  c'est-à-dire  hostile  aux  Andidjanais 
et  à  Ya'koiib  Bok. 

Le  fragment  que  je  pi|blic  est  extrait  d'un  manuscrit  mis 
à  ma  disposition  par  M.  Pétrovsky,  consul  de  Russie  à  Kâchgar. 
Ce  manuscrit  de  i  1 5  pa^^es  est  l'œuvre  d*un  serviteur  de 
confiance  de  Hak  Roui  Bek.  L'auteur,  qui  écrit  dans  le  dia- 
lecte andidjanais,  est  un  iionune  d'instruction  et  d'intelli- 
genct^  moy(^nncs;  son  style  est  très  simple  et  son  orthographe 
n'est  pas  toujours  correcte.  J'ai  cru  devoir  rectifier  quelques 
erreurs  d'orthographe,  principalement  dans  les  mots  arabes 
et  persans,  ot  j'ai  partout  substitué  pour  le  génitif  la  forme 
wîLuj  à  la  forme  j  que  notre  auteur  emploie  presque  toujours 
conformément  à  l'usage  de  Kachgarie,  usage  qui  a  sa  raison 
d'être  dans  la  prononciation  vulgaire.  Au  point  de  vue  his- 
torlcpie  la  relation  de  la  mort  do  Va'koub  Bek,  que  contient 
ce  petit  livre ,  doit  être  exacte ,  mais  elle  n'est  pas  complète 
parce  que  l'autour,  qui  n'était  pas  attaché  à  la  personne  de 


TÉRATURE  MODERNE  DO  TURKESTAN  CHINOIS.     307 

lîr  et  qui  venait  seulement  d'arriver  à  Koutcha,  n'était 
au  fait  des  intrigues  qui  se  tramaient  autour  du  Bëdaoulet. 
arait  établi  que  celui-ci  a  ëté  empoisonné  par  Niâ^  Çàkim, 
verneur  de  Khotan,  qui  se  savait  gravement  soupçonné 
rahison  et  craignait  pour  sa  vie.  Lorsqu'il  vint  à  Koutcha , 
idé  par  Ya*koub  Bek,  il  Ait  fort  mai  reçu  et  se  résolut 
>itôt  à  prévenir  les  mauvais  desseins  de  Témir.  Il  gagna  un 
serviteurs  qui  approchaient  Ya1|,oab  de  plus  près  et  lui 
lit  sa  bague ,  dont  le  chaton  contenait  un  poison  mortel, 
homme  mêla  ce  poison  au  thé  do  son  maître ,  qui  mourut 
de  temps  après.  On  remarquera  que  le  récit  de  notre 
mr  n'est  nullement  en  contradiction  iivec  cette  versiou, 
éralement  adoptée  par  les  personnes  les  mieux  informées 
^urkest^^  oriental. 


308  MARS-AVRIL   1899. 


^^  ^  Jpj\  JU  ^V)  ^U-jî  :iL 

^>->-  J-^j\  ^y^  Jt^jT ^^Jj^^  J^J^  «^^J? 


On  conte  quun  jour  entre  les  autres  il  y  avait 
dans  la  ville  de  Khotan  un  marchand  qu'on  appelait 
MoHa  Tokhtâch  Bay.  Il  avait  un  fils  simple  d'esprit, 
qui  grandit  avec  le  temps  et  parvint  à  sa  majorité. 
Chaque  jour  il  allait  de  tous  côtés  cherchant  une 
femme,  et  aucune  fiHe  ne  lui  convenait.  Un  jour 
Molla  Tokhtâch  Bay,  sortant  lui-même,  vit  une  fille 
extrêmement  jolie  et  intelligente.  Elle  agréa  à  MoUa 
Tokhtâch  qui  prépara  de  grandes  noces  et  la  donna 
à  son  fils.  Quelques  jours  après,  Molia  Tokhtftch 


LITTÉRATURE  MODERNE  DU  TURK.ESTAN  CHINOIS.     309 
f'\:>y^ j^jj)y.  jJ\  j\j>l>  cA4  (t^j^  ^  jci>5  cf^ 


^  L*auteur  commence  par  une  tournure  persane  et  finit  par  une 
tournure  turque  sans  s'embarrasser  qu'elles  se  contrarient  Tune 
Tautre.  En  turc  correct  on  supprimerait  ♦p -^il  ^^.  —  ^  Exac- 
tement :  «  mange  ton  argent  en  le  faisant  marcher,  c'est-à-dire  tra- 
vailler». 


Bay  dit  \\  cette  fille  :  «  Ma  fiUe,  j  aiun  fils  qui  est  un 
grand  sot,  qui  n'entend  rien  aux  affaires  et  na  pas 
de  dispositions  pour  le  commerce.  Jl  faut  que  vous 
soyez  femme  la  nuit,  mais  homme  le  jour.  »  Telles 
furent  ses  instructions.  Cependant,  un  certain  temps 
s'étant  écoulé,  le  marchand  devint  malade.  Un  jour 
il  appela  son  fils  et  lui  dit  :  «  Mon  fils,  je  suis  tombé 
malade  et  je  suis  devenu  vieux;  ma  vie  touche  à  son 
terme.  Après  moi  ne  restez  pas  sans  rien  faire  ;  faites 
marcher  votre  fortune.  Quelque  conseil  que  vous 


310  MÀRg-AVRIL   1800. 

jUyjdU  ^Oij  e^3  J^  VJJLÎ^^  ^  f^'^^'*  /^ 
cJOjJ  i^\i  <.^.*^J  J.U  jj/^  V^^^jj-^  Jî^'  Cj^.^ 

cChuI -^-H^  t:i-i<H*l   ft^^^^^  ¥^  t')^^  /Mî 


donne  votre  femme ,  suivez-le.  »  Peu  de  temps  après 
avoir  fait  connaître  ainsi  ses  dernières  volontés,  il 
rendit  son  âme  à  Dieu.  Ensuite  le  fils  prit  l'argent 
qu  avait  laissé  son  père  et  se  mit  &  le  faire  rouler 
dans  la  rue  en  disant  :  «  Mon  père  m'a  dit  de  faire 
marcher  ma  fortune ,  et  voilà  ce  qu'on  appelle  faire 
marcher.  » 

Un  jour  que  sa  jambe  s'était  enflée,  il  alla  au 
pied  d'un  mur  et  s'assit  pour  se  reposer. 

Or  deux  hommes ,  jouant  à  quelque  jeu  de  hasard , 
étaient  assis  derrière  la  muraille.  Voyant  cela,  le  fil» 
de  Tokhtâch  Bay  leur  demanda  :  «Frères,  quelle 
affaire  est-ce  là?»  -^»-  *  C'est,  dirent-ils,  ce  qù*oh 


LITTÉRATURE  MODERîVE  DU  TURKESTAN  CHINOIS.     311 


appelle  faire  marcher  l'argent  5  ce  faisant  nous  obéis- 
sons aux  dernières  recommandations  de  notre  père.  » 
Le  fils  du  Tokhtâch  Bay  se  dit  :  «  Voilà  qui  est  facile , 
je  vais  m'asseoir  aussi  et  faire  marcher  mon  argent  ». 
Il  ouvrit  donc  sa  bourse  et  se  mit  à  jouer  avec  les  deux 
compagnons.  Toutes  ses  pièces  de  monnaie  passèrent 
du  côté  de  ceux^i.  «  Pourquoi ,  dit-il,  ne  passent-elles 
pas  de  mon  côté  ?»  — -  «  C'est  que  vous  les  avez  beau- 
coup maltraitées,  répliquèrent  les  deux  hommes, 
elles  se  sont  fâchées  ;  aussi  ne  se  mettent-elles  pas  de 
votre  côté.  Si  vous  allez  chercher  leurs  compagnes 
restées  chez  vous ,  en  les  voyant ,  elles  passeront  dans 
vos  mains ,  entraînant  à  leur  suite  notre  propre  argent. 


312  MARS-AVRIL   1899. 

^\j>\j  ^a_fij  Jj^j\  ^\  ^cf^J  Jj5^  Vj!;?  jW^ 


Aussitôt  le  fils  de  Tokhtâch  Bay  s  en  alla  chercher 
1  argent  qui  restait  chez  lui  et  le  perdit  également  au 
jeu.  Il  ne  lui  resta  rien  et  il  s'en  revint  très  marri  à 
la  maison.  «  Oii  avez-vous  été  mettre  l'argent .^  »,  lui 
dit  sa  femme.  Le  fils  de  Tokhtâch  Bay  répondit  :  «  H 
y  a  une  chose  qui  consiste  à  faire  marcher  largent  en 
restant  assis;  comme  je  m'étais  assis  moi-même  pour 
faire  marcher  mon  argent,  il  atout  passé  de  l'autre 
côté.  »  —  «  Imbécile  !  dit  sa  femme,  c'est  ce  qu'on 
appelle  le  jeu ,  tu  as  perdu  ton  argent  au  jeu.  »  Et 
elle  fit  grand  tapage.  Enfin,  à  bout  de  ressources, 
elle  dit  à  son  mari  :  «  Maintenant  tu  as  réduit  à  rien 
l'argent  qui  te  restait  de  ton  père.  Il  nous  faut  de 


LITTÉRATURE  MODERNE  DU  TURKESTAN  CHINOIS.     313 

^r^^^-  jj^J'  v*^  <-^^j^  ù^  ^j^  ôj^  àLÀJ 

àj^j>  ca^t^  ^-4^j^  JJ^  Jyj\  c?-^.»^  >::;jjj^j^ 

JLjljU  v-^^i-^  ^.)^.j\  Jljjy  v!^  v^-»^  J^ 


quoi  vivre,  n'est-ce  pas?  Eh  bien!  écoute-moi,  je 
vais  te  donner  un  conseil,  si  tu  le  suis  nous  nous 
ferons  des  ressources  de  cette  manière ,  et  nous  pas- 
serons notre  vie  heureusement.  »  —  Quel  que  soit  le 
conseil,  dit  le  fils  de  Tokhtâch  Bay,  je  Taccepterai. 
—  «  Je  vais  me  parer  et  m  attifer  avec  soin  et  me 
rendre  au  bazar;  s'il  s'y  trouve  un  fils  de  marchand, 
je  ferai  la  coquette  devant  lui  pour  le  séduire.  S'il 
me  demande  si  j'ai  un  mari,  je  lui  répondrai  que 
non ,  que  mon  mari  est  parti  il  y  a  quinze  jours  pour 
Aksou.  S'il  me  dit  :  Est-il  j^ossible  d'aller  coucher 
chez  Aous  ?  je  lui  dirai  que  oui,  qu'il  monte  un  bon 
cheval,  revête  de  beaux  vêtements,  ceigne  sa  tête 


314  MARS-AVRIL   1899. 

^LjjVjteÛL^i-^  cU-JLï  j«Jjj^  v^ij*  (Ji'^îJ^^ 

\ j-ij\  V'  .ï  ^  ^  O^--  ^-^^y  vj?y  vj^y'^.  ^j? 


d  un  turban  ^  et  qu'il  se  rende  chez  moi  son»  prétexte 
qu'il  vient  d'Aksou  avec  une  lettre  de  mon  mari< 
Puis  je  me  retirerai  en  lui  montrant  le  chemin.  QuAnt 
à  vous,  asseyez-vous  sur  la  terrasse  de  la  maison. 
Notre  homme  venu ,  je  mettrai  en  lieu  sûr  son  cheval 
et  ses  vêtements ,  et  le  ferai  coucher.  Quand  je  frap 
perai  le  foyer  avec  une  bûche ,  descendez  du  toit , 
heurtez  à  la  porte  et  faites-moi  avertir  par  les  dômes* 
tiques  que  le  maître  de  la  maison  est  de  retour. 
Lorsque  j  aurai  caché  Thomme  quelque  part,  vous 
entrerez  el  vous  assiérez  dans  la  chambre.  Si  yovt& 
demandez  :  Qu'est  cela? je  répondrai,  et  suivant  ma 


LITTERATURE  MODERNE  DU  TURKESTAN  CHINOIS.    315 

.U«^\  t^oLi  Jjiiu  J^jl  fjJ>\  >^ùji»jjji  0\ij\ 
•W  V^jî?  <^^j  Vt;  V^  J^-t^  '^^  C-^  ^ 

t5^  J-^}  «r^py^O^  "J^  S-*^^  i^Ui  ÙJ^J^ 


\j^y 


^  Àliat  <Mf^'=  ^^- 


réponse,  nous  jouerons  quelque  tour  à  l'homme,  qui 
s'enfuira  tout  nu.  Son  argent,  ses  effets  et  son  cheval 
nous  resteront  et  nous  en  userons  pour  parer  à  nos 
besoins.  »  Ces  paroles  agréèrent  au  fils  de  Tokhtâch 

Bay. 

Alors  sa  femme  sépara  et  s'attifa  avec  soin,  revêtit 
de  beaux  habits  et  se  rendit  au  bazar.  EUe  se  présenta 
devant  le  fils  d'un  négociant,  marchanda  de  la  soie 
brodée  et,  pour  se  montrer,  découvrit  son  visage  en 
riant  avec  une  grâce  coquette.  Le  cceur  du  fils  du 
marchand  s  enflamma  ;  transporté  d'amour,  le  jeune 
homme  dit  :  «  Madame ,  où  demeurez- vous?  avez-vous 


316  MARS-AVRIL   1899. 

jVL«,U  ^^ojijj^j^^^  j.L«|V>  ^a>j  \up\j  JU^  p^j\ 


<^^«— A--> 


Ci^iw^ 


'  S'écrit  ordinairement  3 t,!p  ou  ^51^^  et  signifie  «mari»  aussi 
bien  que  «  liancé  » ,  comme  sponsus  en  latin.  La  prononciation  kirou 
est  kazak. 


un  mari?»  —  «Mon  mari,  répondit-elle,  s'en  est 
allé  à  Aksou.  »  —  «  Connnent  vous  appelez-vous, 
demanda  le  jeune  homme  P  »  —  «  Mon  nom  est  Kul- 
soun  Khan ,  répliqua-t-elle ,  ma  demeure  est  au  Jardm 
du  Nord.  »  —  «  Puis-je  y  aller?  »  —  «  Si  vous  venez, 
montez  un  bon  cheval,  revêtez  de  belles  robes,  et 
présentez-vous  comme  porteur  d  une  lettre  de  mon 
mari  afin  que  personne  n  ait  de  soupçon.  »  Le  fils  de 
marchand  après  avoir  dit  la  deuxième  prière  de  l'après- 
midi,  enfourcha  un  bon  cheval,  revêtit  de  beaux 
habits ,  mit  sur  sa  tête  un  turban  de  châle ,  et  tout 
pimpant  alla  au  rendez-vous. 


LITTÉRATURE  xMODERNE  DU  TURKESTAN  CHINOIS.     317 


Jd  ^s^y  \^»\^V)  c^lw  àSj\j6j  jà^  J<} 

^^J^y,  ^iS^}  vL^  ô^ji*^  opU^  vjjrb^ 


Aussitôt  les  domestiques  prirent  son  cheval  de  ses 
mains  et  l'attachèrent  dans  un  coin.  La  nuit  venue, 
la  femme  fit  déshabiller  le  jeune  homme,  mit  ses 
vêtements  dans  un  coffre  et  le  fit  coucher.  Elle  frappa 
avec  une  bûche  sur  le  foyer  et  son  mari,  descendant 
du  toit,  heurta  à  la  porte.  Son  domestique  annonça 
que  le  maître  était  venu.  Le  galant  s'écria  :  «  Cachez- 
moi  d'abord  et  ensuite  vous  ouvrirez  la  porte.» 
Aussitôt  la  femme  le  fourrja  dans  un  sac  et  le  déposa 
sur  l'escalier.  Le  mari  entra  et  s'assit.  Une  heure 
après,  comme  il  regardait  de  côté  et  d'autre,  il  de- 
manda :  «Qu'y  a-t-il  dans  ce  sac?»  Sa  femme  lui 
répondit  :   «  J'ai  balayé  la   maison   et  j'ai  mis    les 

xin.  2  1 

IMPIIIHEHIB    NATIORALE. 


318  MAHS-AVRIL  1800. 

4^a-»\  45L)  ^jj-*A  ^.aH|\  cjjjy  4^1  AéjU  ^'^1 
J\;«5^jU^V>  AiU-»^\  aLrtj\  v««i«^  V«i^  *è.f,^\ 

v»î^  cTU*^  ùî"*trij^  ^^  5}**^-  '^'^  t^^i*^^ 


balayures  dans  ce  sac.  »  —  «  H  n*est  pas  bien ,  dit  le 
mari ,  que  les  ordures  traînent  dans  la  maison  d*un 
marchand,  il  faut  les  emporter  sur  le  toit  et  les  jeter 
derrière  la  maison.  »  A  ces  mots,  soulevant  avec  le 
sac  le  jeune  homme,  il  alla  le  jeter  du  haut  du  toit 
par  derrière.  Le  fils  de  marchand,  n  osant  pas  rentrer 
chez  lui  tout  nu,  s'en  alla  demeurer  au  milieu  des 
derviches. 

Le  lendemain ,  la  femme  s'étant  de  nouveau  parée 
et  attifée ,  se  rendit  au  hazar.  Or  il  y  avait  un  fils  de 
boucher  qui  était  fort  riche.  Elle  se  présenta  devant 
lui ,  examina  la  viande  et,  pour  se  montrer,  découvrit 


LITTÉRATURE  MODERNE  DU  TURKESTAN  CHINOIS.     319 

dLàil  ^yii*3»-U  OjJjJ  ^*^J-*^  j)    \3a-w  IJLPU  Ju***   »j*j1 

^  s  écrit  ordixvairement  J^^ei  se  prononce  ^focA;  o  comme  dans 
poche,  mais  très  prolongé. 


son  visage  en  riant  aux  éclats  et  en  lançant  une  cml- 
lade.  Le  fils  du  boucher  perdit  la  tête,  et  sur-le- 
champ,  il  tira  une  moitié  de  mouton,  Tenveloppa 
dans  une  serviette  et  en  chargea  un  homme.  «  Ma- 
dame, où  demeurez-vous?  demanda-t-il,  avez- vous 
un  mari?  »  —  «  Mon  mari  est  parti  pour  Aksou,  je 
demeure  au  Jardin  du  Nord.  Vous  pouvez  venir 
déguisé  en  marchand,  monté  sur  un  bon  cheval, 
vêtu  de  beaux  habits,  en  disant  que  vous  apportez 
d' Aksou  une  lettre  de  mon  mari.  »  Le  fils  du  boucher 


21* 


320  MABS-AVRIL    1899. 

\^yj^   i^/tOû,>  i^^AA^LoJ    i/j'^»^  <— *ïï^*^y  <^>^a3uv  C»,wy 

(-i-A-Klj  A^_j\  '^j^j^y  J>àCj\  J4^  tjUai  ^^i*». 

S^^}  Cr^  ù^j  j^>?  r^*^^  "-^^  O^  s^ 

•^yy  d!.-="Jj^  <^^  (^-ÎJJ^  -UiU-ji  J Jjïj^  vi^  »/lî^ 


JU^ signifie  exactement  «enterrer». 


acheva  aussitôt  de  vendre  sa  viande  et  ferma  sa  bou- 
tique; puis  il  mit  dans  sa  ceinture  les  recettes  qu'il 
avait  en  caisse,  enfourcha  un  cheval  de  cinq  cents 
tengas,  et,  tiré  à  quatre  épingles,  faisant  caracoler 
son  cheval ,  il  se  rendit  au  Jardin  du  Nord.  La  femme 
Taida  à  descendre  de  cheval ,  l'introduisit  dans  la  mai- 
son, lui  offrit  rhospitalité,  puis,  le  soir  venu,  lui  fit 
ôter  ses  habits,  quelle  mit  dans  un  coffre,  et  le  fit 
coucher.  «Je  vais  couvrir  le  feu,  dit-elle,  et  je  me 
couche.  M  Elle  heurla  une  bûche  contre  le  foyer,  et 
son  mari ,  descendant  du  toit ,  frappa  à  la  porte.  Son 
domestique  annonça  que  le  maître  était  arrivé.  Le 


LITTÉRATURE  MODERNE  DU  TURKESTAN  CHINOIS.     321 

J<jL>  ^jjj-ï  ypj-?  J^W\  H;j5  c?^y  c-):i^pV> 

jj^  a^ir^»  j^y  ^«^ù!^-^  (r<^iS^]jJ^  J^.^  jy^ 


fils  du  boucher  s'écria  :  «Madame,  cachez-moi 
d'abord ,  vous  ouvrirez  ensuite.  »  Aussitôt  elle  en- 
traîna le  fils  du  boucher  dans  Yayvân,  elle  l'attacha 
par  la  cuisse  gauche  à  une  des  colonnes.  «  Restez  ainsi 
à  quatre  pattes,  dit-elle;  lorsque  j'aurai  endormi  mon 
mari,  je  viendrai  vous  voir  et  je  rendrai  votre  cœur 
content.  »  A  ces  mots  elle  ouvrit  la  porte,  son  mari 
entra  et,  s'étant  assis,  demanda  à  sa  femme  :  «  Qu'y 
a-t-il  là  dans  l'ay  van  P  »  Sa  femme  lui  répondit  :  «  C'est 
le  veau  qu'a  mis  bas  notre  vache.  »  - —  «  Nous  allons 
opérer  ce  veau ,  dit  le  mari,  et  en  faire  un  bœuf;  jr 


3i2  MARS-AVRIL   1899. 

v4-Sjjj  VJJJ^J  J!^^^  ^  V^  cJ^j^^ 

>•  (/^J  ^j>  ^^>  (5-4»  oW  ^Jtf.  J-^j  ù'^j^ 


ferai  de  lagriculture.  »  H  sortit  donc  avec  un  rasoir 
afin  de  châtrer  ie  taureau.  Le  fils  du  boucher  voyant 
ce  qui  le  menaçait,  réunit  ses  forces,  rompit  ses 
liens  et  ^enfuit.  H  alla  demeurer  également  parmi 
les  derviches.  Il  y  reconnut  le  fils  du  marchand  qui 
le  reconnut  lui-même,  tous  deux  se  rapprochèrent, 
s'informèrent  de  leurs  af&ires  et  se  racontèrent  lun 
à  lautre  ce  qui  leur  était  advenu.  «  Puisqu'il  en  est 
ainsi,  dirent-iis,  nous  allons  nous  joindre  ensemble, 
nous  procurer  une  chemise  et  porter  plainte  au 
Kâzi  de  la  ville  en  déclarant  que  nous  avions  vendu 
des  marchandises  à  cette  femme,  et  qu'étant  allés 
réclamer  l'argent,  elle  nous  a  battus  et  nous  a 
arraché  nos  vêtements  et  nos  chevaux.  Le  kâzi  punira 


LITTÉRATURE  MODERNE  DU  TURKESTAN  CHINOIS.     323 


t-Aj 


"^^^-^"^  r*^^  >^  I^c^«>Îj>**'  ^j^  J^jy  S^jôî  f  ^ 

^  En  Kachgarie,  un  cheikh  oul-islâm  n'6st  qu*iiii  petit  officier 
de  police. 


cette  femme  et  nous  fera  rendre  nos  habits  et  nos 
montures.  » 

Cette  résolution  prise,  ils  allèrent  présenter  letrr 
plainte  au  kâzi  qui  fit  appeler  un  cheikh  oul-islâm  et 
lui  donna  l'ordre  d'amener  sur-le-champ  (la  personne 
accusée).  Le  cheikh  oul-islâm  partit  et  au  moment 
où  il  communiquait  Tordre  du  juge,  la  femme  lui 
dit  :  «  Je  m'habillais  justement  et  j'étais  prête  à  me 
rendre  moi-même  auprès  du  kâzi.  »  Et,  sa  toilette 
faite,  elle  alla,  suivie  du  cheikh  oul-islâm,  se  pré 
senter  au  kâzi ,  le  salua  et  se  tînt  debout  devant  lui. 
Le  juge  lui  demanda  :  «  Où  sont  leii  vêtements  et 


324  MARS-AVRIL   1899. 

j^  s-ijW^  v^y  J)"^  v^-^  0^3  c^])  jVxLî 

jio^i^y^  ^^^  s^  ^-*tïi^  ^^^o^  jôy^ 

^  Terme  de  politesse  dont  on  se  sert  très  couramment  quand  on 
s'adresse  à  un  supérieur. 


les  chevaux  de  ces  hommes  ?»  —  «  Monsieur 
le  juge,  répondit  la  femnie,  ces  gens  me  calom- 
nient. Mon  mari  était  parti  pour  Aksou;  ces  gens, 
me  voyant  seule,  sont  vena<5  chez  moi,  mais  j*ai 
refusé  leurs  propositions  et  je  les  ai  chassés  de  la 
maison.  C'est  pour  cela  qu'ils  me  calomnient.  »  Ce 
disant,  elle  se  découvrit  le  visage  en  regardant  le 
kâzi  et  en  riant  avec  coquetterie.  Le  kâzi ,  transporté 
d  amour,  déclara  que  les  deux  inculpés  étaient  vrai- 
ment des  calomniateurs  et  les  jeta  à  la  porte.  Il  fit 
entrer  la  femme  dans  la  chambre  des  hôtes  et,  lors- 


LITTÉHATUKE  MODERNE  DU  TURKESTAN  CHINOIS.     325 


qu'il  en  eut  fini  avec  ses  procès ,  il  alla  la  voir  :  «  Ma- 
dame, demanda-t-il ,  si  je  vais  chez  vous,  me  don- 
nerez-vous  Thospitaiité  ?  —  «  Je  ne  jette  pas  les  yeux 
sur  un  étranger,  monsieur  !  dit-eile  ;  si  vous  venez , 
comme  mon  mari  n'est  pas  à  la  maison ,  vous  pourrez 
peut-être  vous  présenter  sous  la  figure  d'un  marchand 
en  inventant  une  histoire  quelconque.  »  —  «  C'est, 
bien  » ,  dit  le  kàzi  ;  et ,  après  avoir  reconduit  la  femme 
et  terminé  ses  affaires,  à  l'heure  de  la  prière  du  soir, 
il  se  déguisa  en  marchand,  rapetissa  son  turban, mit 
cent  tengas  dans  son  bissac  de  cheval ,  et  s'en  alla  au 
Jardjn  du  Nord.  L'ayant  vu  venir  dé  loin,  la  femme 
alla  à  sa  rencontre,  l'aida  à  descendre  de  cheval, 


326  MARS^AVRIL   1809. 

c^-^JU.  ààijA^  vjjj^^  ^^3  ô^  iS^jy^.  ij^ 
^^^)\  ^j  ôyj\  ^.'^  0^^^.  vr/iib^  W**  (^ 

jtelv^>.LjK  jjj  J«j\jj^  vj-^y  ùî^îjÇ^  c5^  c^-ÎW^ 

6M^  or^  "^^  ^^^  0*-"^^  vjjr^y^^.  ^  JJ^ 
JL>.j^  ^aj|\  (^^^y  t^Vî  J^^  Aii^j)  ^^jl  ^^ 

^  eL^\  a*>U  j>>\  ja^y  ,^^^  éâ^y^  j^ 


rintroduisit  dam  la  maison  et  lui  donna  lliospttalîté. 
Une  heure  après,  elle  le  fit  coucher  et  <|uitt6r  ses 
habits  qu  elle  enferma  dans  un  coffre.  «  Je  couvre  le 
feu,  dit-elle,  et  je  me  couche.  »  Elle  frappa  sur  le 
foyer  avec  une  bûche.  Le  mari  descendit  dn  toit  et 
heurta  à  la  porte.  Un  domestique,  entrant,  annonça 
.que  le  maître  était  arrivé.  «Madame,  dit  le  kâzi, 
cachez-moi  d  abord ,  ensuite  vous  ouvrirez  la  porte  k 
votre  mari.  »  La  femme  avait  trouvé  pour  le  kâzi  un 
berceau  qu  elle  avait  placé  (dans  la  chambre).  Aussi- 
tôt elle  empaqueta  le  kâzi  dans  le  berceau,  puis  elle 
ouvrit  la  porte  à  son  mari.  Celui-ci  entra,  s'assit  et 
demanda  à  qui  était  Tenfant  qui  était  dans  le  berceau. 


LITTÉRATURE  MODERNE  D[]  TURKESTAN  CHINOIS.     327 

âHt-*-H;j^  J^  j»^  (5-*^  j<^»^^  4^  ve**  ùr^^ 

vHi'^  j^^-y  vr-r*'  (ir-^  "^^^  ^"^^  ^"^^  vyy 


La  femme  dit  r  «  Le  soir  avant  de  partir  pour  Aksou, 
n'as-tu  pas  couché  avec  moi.  Voilà  deux  mois  que 
j'ai  accouché.  >»  —  «  Dieu  soit  béni  !  »  s'écria  le  mari 
qui  surJe-champ  se  leva  et  s'approcha  de  son  enfant 
afin  de  l'embrasser.  En  l'embrassant,  ia  moustache 
du  kâzi  le  piqua  à  ia  lèvre  ainsi  qu'une  lancette  et 
lui  ôta  une  pinte  de  sang.  Aussitôt  il  alla  prendre 
des  pinces  en  disant  :  o  La  moustache  et  la  barbe  de 
mon  enfant  ont  déjà  poussé,  il  faut  les  arracher 
(prendre  et  jeter),  car  demain  si  les  gens  du  quartier 
viennent  nous  voir  ils  diront  que  l'enfant  est  plus 
barbu  que  le  père ,  et  ils  nous  en  feront  honte.  »  A 
ces  mots  il  arracha  barbe  et  moustaches,  et  rendit 


328  MARS-AVKIL   1899. 

'^  t?-^»  '^/jt^^  vj^y-  Jb)^-  «J^  s-*i"=>jj^ 

*  Orthographe  ordinaire  :  *5l5^  /rerAa. 


le  kâzi  glabre.  «  Cette  nuit,  dit-il  encore,  je  me  cou- 
cherai en  tenant  mon  enfant  dans  mes  bras.  »  11  se 
mit  à  défaire  les  liens  qui  maintenaient  le  kâzi  dans 
le  berceau,  et  il  vit  que  les  deux  jambes  du  juge 
dépassaient.  «  N*est-ce  pas  une  honte,  dit-il,  que  les 
jambes  d'un  enfant  ne  tiennent  pas  exactement  dans 
un  berceau  et  quelles  soient  trop  longues?  Je  vais 
les  couper  aux  genoux  et  je  les  ferai  égales  à  la  lon- 
gueur du  berceau.  »  Il  sortit  donc  avec  une  hachette, 
plaça  les  deux  genoux  du  kàzi  sur  le  seuil  de  la  porte 
et  se  mil  à  aiguiser  la  hache  sur  une  pierre.  Le  kâzi , 
voyant  la  situation  où  il  se  trouvait,  pensa  quii  avait 
déjà  perdu  sa  barbe,  ses  moustaches,  ses  vêtements , 


LITTÉRATURE  MODERNE  DU  TURKESTAN  CHINOIS.     329 


^.^eJU-^  ;j^ ^^j^fà4  s^V>  o^y  ^AiUw 


son  cheval  et  sa  dignité  de  kâzi  et  que  maintenant, 
si  on  lui  coupait  les  jambes,  il  perdrait  beaucoup 
de  sang  et  mourrait.  Aussitôt,  il  prit  le  berceau  à 
ses  hanches  et  s'enfuit  en  courant.  Le  fils  de  Tokhtâch 
Bay  rappela  en  disant  :  «  Mon  enfant,  pardon  !  arrête- 
toi  !  M  L'autre  ne  voulut  rien  entendre  et  courait  tou- 
jours. Il  alla  dans  un  coin  se  débarrasser  du  berceau 
et,  s'enveloppant  les  hanches  avec  les  couvertures, 
il  alla  coucher  dans  la  maison  des  derviches.  Quel- 
ques jours  après,  ne  pouvant,  par  honte  et  par  res- 
pect humain,  rentrer  chez  lui,  il  se  retira  dans  les 
bois.  Cependant  Rulsoun  Khan  et  son  mari  vendirent 
cheval,  vêtements,  objets  divers,  et  se  procurèrent 
ainsi  de  quoi  vivre  le  reste  de  leurs  jours. 


330  MARS-AVRIL   1809. 


La  ruse  des  femmes  est  un  arbre  à  cent  racines  et 
met  le  ciel  même  en  souci. 

Voilà  ce  qu  on  rapporte.  Fait  dans  le  mois  de 
Ghaouai  1 3  1 1 . 


LITTERATURE  MODERNE  DU  TURKESTAN  CHINOIS.     331 

c^^j  jj^Uj  tj^y  cjlu)  ^jaj  Jî^jajtjVjl  pL^^ 

^  Bek  Batcha,  nom  donné  aux  fils  d*émir9,  B  s'agit  ici  du 
deuxième  fils  de  Ya'koub  Bek ,  Hak  Koui  Bek  qui  venait  de  se  rendre 
auprès  de  son  père  aprèi  ia  prite  de  Davantchin  par  loa  Chinois. 
Davantchîn  est  à  mi-chemin  entre  Ouroumtchi  et  TourfiLn. 


RECIT  DE  LA  MORT  DE  YA*KOUB  BEK. 

Bek  Batcha  m  ordonna  de  m'asseoir  à  lentrée  de 
la  salle  de  réception.  Ayant  quitté  le  prince ,  je  m  assis 
à  la  place  qu'il  m  avait  désignée.  Les  gens  du  Bédaou- 
let  allaient  et  venaient  de  côté  et  dautre.  Quand 
je  demandais  à  lun  deux  où  était  son  maître,  il 
me  répondait  qu  il  était  malade  et  couché.  La  nuit 
venue,  le  jeune  prince  se  rendit  à  la  prière  au  lieu 
de  son  père  et  s  assit  à  la  place  réservée  à  celui-ci. 
Après  la  prière  khoptan,  un  certain  Kérîm  Akhoun, 


332  MARS-AVRIL   1899. 


cj\aJ\  c.^\  ojjy  jioJy  J:i^  Jj\  J!^^  (i^^^  ^ 


•jJjV>^y^^  ^^^ji'  J^^^V^'  àé'^W^y.Miù  ^— *^^ 


attaché  à  la  trésorerie,  sortit  de  1  appartement  du 
Bédaouiet.  Je  le  pris  par  le  bras  et  lui  demandai 
dune  manière  insinuante  où  était  le  Bédaouiet.  Il 
me  répondit  qu*il  était  couché  dans  son  appartement. 
Je  ne  me  contentai  pas  de  cette  réponse,  et  j'insistai 
pour  savoir  la  vérité.  Alors  il  me  dit  que  le  Béda- 
ouiet avait  trépassé.  «  De  quelle  façon  ?  »  lui  deman- 
dai-je.  «  Hier,  répliqua-t-il ,  après  avoir  envoyé  Ahrâr 
Khan  Toura  auprès  de  Bek  Koul  Bek,  il  se  rendit  à 
la  prière  pichîn  et,  en  revenant,  il  se  mit  à  table.  Le 
repas  fini,  les  domestiques  sortirent  et  le  Bédaouiet 


LITTÉRATURE  MODERNE  DU  TURfCESTAN  CHINOIS.     333 

vi/^*-4-  ji/^  ^^  k.  -^*^  '^y"  o*-"^^  j^.-J^ 

jJ  Cri-^^  »^'^fj*'  J>^  ^•Sj'J  vjjy  '  S'^V  Jy 
j^  A^  ^  -uJfVy  JJjjW  ^yi  J^^  eUV/' 

'  Les  domestiques  observent  l'attitude  traditionnelle  de  l'inférieur 
vis-à-vis  du  supérieur,  qui  consiste  à  se  tenir  debout,  la  tête  un 
peu  inclinée,  le  corps  légèrement  pencbé  en  avant,  les  mains  croisées 
sur  le  ventre  à  la  manière  d'un  prisonnier  qui  a  les  menottes  aux 
poignets  et  la  chaîne  an  cou. 

resta  seul.  Ensuite  il  fit  mander  Mohammed  ^\lî, 
préposé  aux  magasins,  et  prit  le  thé  avec  lui,  tandis 
que  quarante  ou  cinquante  domestiques  se  tenaient 
debout,  les  mains  croisées  sur  le  ventre.  Il  appela 
lun  d'entre  eux,  un  homme  de  Kourla,  l'attira  à 
lui  et  lui  dit  quelques  mots  à  Toreille.  Le  domestique 
caressa  son  menton  et  sa  barbe  de  ses  deux  mains  en 
disant  :  Allah  akbar  !  et  il  sortit. 

Au  bout  de  deux  ou  trois  heures  le  même  domes- 
tique revint  et  rendit  compte  au  Bédaoulet  de  la  com- 
mission quil  avait  accomplie.  «Que  dis-tu?  s'écria 

xin.  12 

IMI>lllllEniE     ?IATIOXAL«. 


334  MAhS-AVRIL   1899. 

jLCL/'v,^^  J^\  ^\i  J^j\  Jijy-  J^  ^j^ 

jL;^  V-.J.  \  t<^f^  ^}  ôf  o4)y  J^^  ^^-•^ 
j^  Vp>^  ^  c^W  f^j^  c5^^  và£jrjj\  J^')k^jj\ 

JV-^c-^  ^jj-fi-*  »^^  Jy^  ^*^jjy  ^^  ji*^^  J^ 


le  Bédaoulet,  qu'est-ce  que  tu  viens  de  faire?»  Le 
domestique,  n  ayant  pas  compris  les  paroles  que  iui 
avait  adressées  son  maître,  avait  fait  autre  chose  que 
ce  qui  lui  avait  été  commandé.  «  Fils  de  prostituée , 
dit  le  Bédaoulet,  quand  je  t'ordonne  de  faire  une 
chose  tu  en  fais  ime  autre  !  —  Battez-moi  ce  coquin  !  » 
Les  domestiques  présents  s'approchèrent  et  battirent 
le  malheureux  au  point  qu'il  resta  comme  mort. 
L'extrême  irritation  ressentie  par  le  Bédaoulet  lui 
échauffa  le  sang.  En  ce  moment  Mirza  Kémâl  entra. 
A  sa  vue  la  colère  du  Bédaoulet  éclata.  «  Quelle  af- 
faire t'amène?»  dit-il  à  Mirza  Kémâl.   «Seigneur, 


LITTÉRATURE  MODERNE  DU  TURKESTAN  CHINOIS.     335 

jyw  Ai-JL*  àjuiJ\  i£^  ^  b\^  :iLo  viLji*  ^  t^ 

^^j_^^  o\j_^  J^-^  î;/^  (5-4*^  ^.Aî^ 


répondit  celui-ci,  je  vous  apporte  la  copie  que  jai 
fait  faire  de  la  lettre  au  Sultan.  »  —  «  Misérable  ! 
perfide  !  tu  es  avec  moi  depuis  le  temps  où  j'étais 
gouverneur  à  Aoulia  Ata,  comment  ne  connais-tu 
pas  mon  caractère?  Quand  deux  hommes  ont  été  en- 
semble pendant  deux  ou  trois  mois,  cela  suffit  pour 
quils  se  connaissent  l'un  lautre,  et  toi  qui  me  suis 
depuis  vingt-cinq  ou  trente  ans,  comment  ne  me 
connais-tu  pas  ?  »  Et  il  ajouta  :  «  Quel  ordre  t'avais-je 
donné?  et  quas-lu  fait?»  Mîr/a  Kémâl  répondit  : 
«  Je  vous  apporte  la  copie  que  j  ai  fait  faire  de  la  lettre 


32. 


336  MARS-AVRIL   1899. 

j-W\j>- jj  J-»  j^  J^  »JL:iû  J^w  tfjiu  j^I;u*îUj\  cJ^i^l 
j^  tlij^  S^^  Vyy  ùi^*^^~  JÎ^^^W^  ^»t»-*PT^ 


au  Sultan.  »  —  «  Coquin ,  suis-je  d'humeur  à  écouter 
cette  lecture?  ne  vois-tu  pas  qu'en  ce  moment  je  n'ai 
pas  Tesprit  libre?  Apporte-moi  ta  lettre  qiiand  je 
serai  dans  de  meilleures  dispositions,  alors  tu  me  la 
liras ,  je  retrancherai  ce  qu'il  y  am^a  de  trop ,  et  j'ajou- 
terai ce  qui  manquera.  »  A  ces  mots  sa  colère  éda- 
tant,  il  s'écria  :  «  Qu'on  batte  ce  fds  de  garce!  »  Les 
valets,  s'approchant ,  le  battirent.  LeBédaoulet,  im- 
puissant à  maîtriser  son  irritation ,  saisit  Mirza  Kémâl 
au  collet,  et  le  frappa  au  point  de  le  faire  tomber 
sans  connaissance;  puis  il  le  traîna  par  sa  fourrure 


LITTÉRATURE  MODERNE  DU  TURKESTAN  CHINOIS.     337 

jteCJ  jUJLv  J^  <^-'^^  j^  c5^^  ^^  bj^ 

JjJL)  ^5^Ui^* jj-^  (5-J^J-^.  V^^  '^y^'  J^  )jj-ï^ 


*  L'auteur  écrit  v^U^**..  —  *  Iskendjibil  ou  sikendjibil,   mé- 
lange de  jus  de  raisin  et  de  sucre  que  l'on  boit  additionné  d'eau. 


jusqu'à  la  chambre  du  trésor,  et  de  nouveau  le  frappa 
et  le  fit  tomber.  Ne  se  possédant  plus,  il  prit  un  sabre 
à  la  ceinture  dun  huissier  et  en  porta  un  coup  à 
Mîrza  Kémâl.  Gomme  il  avait  frappé  avec  le  dos  de 
la  lame,  Mîrza  Kémâl  tomba  évanoui,  mais  sans 
blessure.  LeBédaoulet,  altéré,  entra  dans  la  chambre 
de  son  trésor  privé  et  dit  :  «  De  l'eau  tout  de  suite!  » 
Kal  Heit ,  le  trésorier,  lui  apporta  une  tasse  de  siken- 
djébil.  Le  Bédaouletbut,  puis  se  lava  les  mains  sans 
quitter  la  place  où  il  s'était  assis.  Agité  et  les  yeux 
égarés,  il  n'adressa  la  parole  à  personne.  Alors  une 


338  MARS-AVRIL   1899. 

•^W^  jrt^j-»  0^  é^  J^.  jrt^j-w  tj-ïj*»  vy-y  ^ 

jj-»W»-  jrtJj.*?  i^_^ itiar* ^ a^  à^  tjaJy  2^^ 

^  On  appelle  cAim  les  larges  pantalons  de  cuir  brodé  dans  les- 
quds  on  renferme  les  vêtements  de  dessous  (les  vêtements  de  ville 
comme  nous  dirions).  D'usage  très  rare  en  Kachgarie,  ces  panta- 
lons sont  très  employés  par  les  Kyrghyz.  —  *  Le  nom  ordinaire  de 
cette  prière  est  J^  ;W«  se  dit  quelque  temps  aviint  le  coucher  du 
soleil  entre  Ia  prière  pic^m  et  la  prière  du  soir. 


servante  du  nom  de  Bakhti  Khan,  sortant  des  appar- 
tements intérieurs,  se  trouva  face  à  face  avec  le 
Bédaoulet.  Celui-ci  Fappela  d*un  signe  en  lui  mon- 
trant son  pantalon  de  cheval.  Bakhti  Khân,  s*appro- 
chant,  lui  retira  ce  pantalon,  lui  dénoua  sa  ceinture 
et  lui  mit  un  coussin  sous  la  tête.  Le  Bédaoulet  se 
coucha ,  et  Bakhti  Khân ,  prenant  un  pan  de  la  che- 
mise de  son  maître,  se  mit  à  Téventer. 

Cependant  il  était  Theure  de  la  deuxième  prière  de 
Taprès-midi  ;  tous  les  grands  étaient  réunis  à  la  mos- 
quée, n*attendant  que  Tarrivée  du  Bédaoulet.  Tous 


LITTÉRATURE  MODERNK  DU  TURKESTAN  CfflNOIS.  339 
^^\r^/0^  j%>  yii^  yj\  j^p  ^^j\j^^ 
c5^j^)  cr^Vi  JjUj  ^yJ^^J^j^S.  ^ùj\  ^\y  \jj^ 


^J  J>?  ^>**'  ji^\  tî-^Jî  èi4>y^ 


(J^-^  lT 


^5^j^  (5^  jW  Cr^  d^^j))^^  Vi;t^4•  J«5^ 


ignoraient  l'état  où  se  trouvait  celui-ci,  sauf  Moiihi 
ed-dîn  Makhzoum  et  Mohammed  KérimdeKàchgari 
cjui  étaient  au  courant  de  la  situation.  Mouhi  ed-din 
était  chef  du  secrétariat,  et  Mohammed  Kérim  pre- 
mier chambeHan.  \près  s*être  consultés,  ils  firent 
savoir  aux  autres  que  le  Bédaoulet ,  saignant  du  nez 
sans  interruption,  restait  couché,  et  ils  leur  conseil' 
lèrent  de  lire  la  prière  sans  1  attendre.  Les  grands, 
après  avoir  pris  connaissance  de  ce  message,  lirent 
la  prière.  H  en  fut  de  même  pour  les  deux  prières 
du  soir.  Alors  les  deux  fonctionnaires  susdits  firent 


340  MARS-AVRIL   1899. 

^  (5;^  i.^  t?^-'^  ^yj^  ^J^  c5-^ 


^  Littéralement  «autrement». 


venir  Haçan  Djân  Bay.  Celui-ci,  voyant  dans  quel 
état  se  trouvait  ie  Bédaouiet ,  s'approcha  de  lui  et  lui 
passa  ia  main  sur  le  visage  en  disant  :  Seigneur!  Il 
l*appela  ainsi  trois  ou  quatre  fois  sans  que  le  Béda- 
ouiet soufflât  uiot.  Alors  il  renvoya  dans  les  apparte- 
ments intérieurs  la  servante  qui  était  près  de  son 
maître.  Puis  les  trois  hommes  tinrent  conseil  : 
«  L'état  du  Bédaouiet  a  empiré  ;  que  ferons-nous  ?  » 
Haçan  Djân  Bay  envoya  im  domestique  chercher 
Timâm  Sâlih  Kâry.  «  Récite  les  prières  pour  le  Béda- 
ouiet M  dit-il  à  Timâm  lorsqu'il  fut  venu.  Sâlih  Kâry, 
stupéfait,  récita  les  prières  sans  pouvoir  proférer  un 


LITTERATURE  MODERNE  DU  TURKESTAN  CHINOIS.     341 


c»   <^ 


L^(_o,\j  a*),^AjI:;>.  JUuiaiw  jb  JLujLw 


J)--  ^j^  «^j  J^  J\^^  j^.t)i^  V^-^ Jj*^  vjjy 


son.  Quatre  heui'es  se  passèrent  ainsi.  Le  souffle  du 
Bédaoulet  s'affaiblissait  de  minute  en  minute.  Aucune 
amélioration  ne  se  produisit.  Les  personnes  pré- 
sentes se  consultèrent  et  décidèrent  d'informer  égale- 
ment Niâz  Hâkim  Bek  qui,  comme  chef  de  Tarmée, 
devait  donner  son  avis.  Mouhi  ed-dîn  dit  alors  :  «  Ce 
matin  le  Bédaoulet  s*est  fâché  contre  Niâz  Hâkim  : 
«  Tu  es  aussi  vendu  aux  Chinois ,  lui  a-t-il  dit ,  tu  en- 
tretiens une  correspondance  avec  eux.  »  Or,  si  un 
domestique  va  lui  dire  que  le  Bédaoulet  le  mande, 


Mii  MARS-AVRIL   1899. 

j^->W^v^j^-  t/!ly-  '^^  *^J^-  r;^  ^r^.^jj^y^ 

t^iyj  <-À»\j  «OjXij  j\Cl/'jA  JU.  ^,a,\  l . J*M.A>\jl&y 

»-^  (rt=^j-*?  </'t^'»;r^  ù>'»^^^t>-  jr»jJ^.  t^âUj». 


*     j(jli^^  =  j(jU.  (^Lfyi*.   Cette   dernière  expression   est   piaf 
usuelle. 


la  peur  lui  brisera  le  cœur.  Il  faut  imaginer  une  ruse 
pour  le  faire  venir.  »  Ilaçan  Djân  Bay  répondit  : 
«  J'étais  chez  lui  (tout  à  l'heure)  dans  son  salon  et  ii 
était  déjî\  informé  de  ce  cpii  se  passait.  »  Alors  il  or- 
donna à  Kal  lleït  d'aller  dire  h.  Niâz  I  lâkim  de  venir. 
Kal  [loït  se  rendit  auprès  de  Niaz  Hâkim  et  lui  dit 
que  le  Bédaoulet  le  faisait  appeler.  Le  cœur  comme 
brisp  par  la  peur,  Xiâz  Hâkim  se  leva  à  la  hâte,  cei- 
gnit sa  ceinture  et  partit.  En  route  il  demanda  à 
Kal  Heït  :  «  I^c  Bédaoulet  est-il  toujours  en  colère? 


LITTÉRATURE  MODERNE  DU  TURKESTAN  CHINOIS.     343 


V^-^-*-^  ^a^lï  àéy^  ^jO)  J^J^  0->-  vXs^-*^ 
(^aLs  ^\.^*\  Siy>?  jI^Aîï^ïv*  c>4»>  ù^jrf  ^W^  u)  vJ^aa; 

>?  j^joj  ^jU  ^^  ô^-JJ  j)^^J  O^J^ 


Pourquoi  me  fait-il  appeler  à  pareille  heure  ?  »  Kal 
Heït  répondit  :  «  Comment  serait -il  en  colère  contre 
vous  ?  il  est  lui-même  couché  et  près  de  mourir.  » 
—  «  Si  tu  dis  vrai,  dit  Niâz  Hâkim,  je  te  donnerai 
cent  pièces  d'or  » ,  et ,  reprenant  courage ,  il  se  rendit 
au  palais.  Il  y  vit  Haçan  Djân  Bay  qui  lui  raconta 
en  détail  ce  qui  s'était  passé.  Voyant  dans  quel  état 
se  trouvait  le  Bédaoulet ,  il  se  mit  à  verser  quelques 
larmes.  Puis  on  ouvrit  Tavis  d'aller  prier  Hak  Koul 
Bek  de  venir.  Tous  se  rangèrent  à  cette  idée  sauf 
Niaz  Hâkim,  qui  dit  :  «Si  nous  faisons  venir  Hak 


344  MARS-AVRIL  1899. 

s^'  \^L.  j^^4  c5^^y  ^  ^  jW  p^.^^ 

Koul  Bek,  il  est  à  craindre  que  si  le  Bédaoulet  se 
rétablit  au  matin,  il  ne  nous  fasse  tous  mettre  à 
mort.  »  Tout  le  monde  en  tomba  d*accord.  Il  y  avait 
une  heure  ou  deux  qu  ils  étaient  assis  lorsque  le 
Bédaoulet  poussa  le  dernier  soupir  et  rendit  son  âme 
à  Dieu.  «  Nous  sommes  à  Dieu  et  nous  retournerons 
à  lui.  »  Alors  Haçan  Djân  Bay,  Mouhi  ed-dîn  Makh- 
zoum ,  Mohammed  Kérîm ,  Sâlih  Kâry  et  Niâz  Hâkim 
Bek  pleurèrent  abondamment. 


Voîci  en  abrégé  ce  que  le  même  auteur  rapporte  dans  In 
suite  de  son  récit  : 

Un  peu  avant  de  mourir,  le  Bédaoulet  avait  fait 
écrire  à  son  fils  aîné  Bek  Koul  Bek,  qui  résidait  à 


LITTÉRATURE  MODERNE  DU  TURKESTAN  CHINOIS.     345 

Kâchgar,  de  lui  envoyer  de  1  artillerie.  Cette  lettre 
ne  fut  prête  quaprès  sa  mort.  Hak  Koul  Bek 
ordonna  néanmoins  de  l'expédier.  Bek  Koul  Bek, 
ignorant  ce  qui  s'était  passé ,  obéit  et  fit  partir  les 
canons  demandés  ;  mais  le  gouverneur  de  Koutcha , 
qui  avait  appris  la  mort  de  Ya*koub  Bek,  arrêta  le 
convoi  et  le  renvoya  à  Kâchgar.  Cependant  Hak 
Koul  Bek  avait  été  nommé  pâdcJiâh  à  Kourla  et  avait 
distribué  aux  officiers  présents  des  robes  d'honneur 
et  divers  cadeaux.  Mais  deux  jours  après,  il  déclara 
qu'il  allait  porter  lui-même  le  corps  de  son  père  à  la 
mosquée  de  Hazret  Apâk.  On  le  laissa  partir,  puis 
les  principaux  personnages  restés  à  Kourla  offrirent 
le  titre  de  pâdchâh  à  Hâkim  Khân  Toura,  qui  ac- 
cepta. Dans  une  conversation  que  l'auteur  eut  quel- 
que temps  après  avec  lui,  ce  prince,  à  la  fois  hypo- 
crite et  faible,  lui  dit  en  pleurant  qu'il  n'avait  accepté 
qu'à  son  corps  défendant ,  mais  qu'il  n'avait  pu  faire 
autrement ,  qu'au  demeurant  il  était  animé  des  meil- 
leurs intentions  pour  tout  le  monde,  et  en  particu- 
lier pour  les  fils  du  Bédaoulet.  Hak  Koul  Bek,  qui 
n'était  accompagné  que  d'une  escorte  très  faible,  fut 
attaqué  en  route  par  les  Kyrghyz  Kiptchak ,  partisans 
de  Hâkim  Khân,  et  tous  ses  bagages  furent  pillés. 
En  ces  fâcheuses  circonstances,  il  s'arrêta  à  Aksou 
d'où  il  écrivit  à  son  frère  qu'on  avait  voulu  le  nommer 
pâdchâh,  mais  qu'il  avait  refusé,  que,  parti  pour 
Kâchgar  afin  d'enterrer  leur  père  à  Hâzret  Apâk,  il 
avait  été  pillé  et  que  des  secours  Jui  étaient  néces- 
saires. L'auteur  alla  porter  cette  lettre  à  Kâchgar,  où 


346  MARS-AVRIL    1899. 

il  vit  Bek  Koul  Bek  très  irrité  contre  son  frère.  H 
essaya  de  le  calmer,  lui  expliqua  que  Hak  Koiil  Bek 
ne  nourrissait  aucune  mauvaise  intention,  que  sa 
lettre  relative  à  lartillerie  avait  été  préparée  sur 
Tordre  de  Ya*koub  Bek  après  la  prise  de  Davantchîn 
par  les  Chinois,  que  si  Ion  avait  nommé  Hak  Koul 
hekpâdchâhy  ç avait  été  malgré  lui,  qu'il  avait  rejeté 
ce  titre  et  qu'il  venait  pacifiquement  enterrer  son 
père.  Bek  Koul  Bek  se  montra  satisfait  de  cette  ex- 
plication, fit  apporter  un  Coran,  jura  qu'il  était  bien 
disposé  à  l'égard  de  son  frère  et  qu'il  le  verrait  avec 
joie.  L'auteur  rendit  ensuite  visite  à  la  mère  des  deux 
princes ,  qui  lui  confia  une  lettre  pour  son  fils  cadet. 
De  retour  à  Âksou,  il  raconta  à  son  maître  son  en- 
tretien  avec  Bek  Koul  Bek  et  lui  remit  la  lettre  de 
la  princesse  où  étaient  écrits  ces  mots  :  «  Ne  venez 
pas  ici,  car  votre  frère  vous  tuerait.  »  Cependant 
Hak  Koul  Bek,  confiant  dans  le  serment  de  son 
frère,  ne  sachant  du  reste  où  se  réfugier,  prit  la 
route  de  Kâchgar.  Le  deuxième  jour,  comme  il 
venait  de  passer  Kara  Kirtchîn,  il  rencontra  quel- 
ques officiers  et  soldats  qui  s'approchèrent  de  lui  et 
le  saluèrent  avec  de  grandes  démonstrations  de  res- 
pect. A  peine  eut-il  le  dos  tourné  que  l'un  de  ces 
hommes  lui  lança  sa  pique,  qui  l'atteignit  à  l'épaule 
et  le  fit  tomber  de  cheval.  Puis  un  soldat  l'acheva  à 
coups  de  fusil. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  347 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 


SÉANCE  DU  VENDREDI  10  MARS  1899. 

La  séance  est  ouverte  à  quatre  heures  et  demie  sous  la 
présidence  de  M.  Barbier  de  Meynard, 

Etaient  présents  : 

MM.  Maspero  et  Senart ,  vice-présidents  ;  Clément  Huart , 
Mondon-Vidailhet ,  de  Charencey,  R.  Duval,  Decourde- 
manche,  P.  Boyer,  V.  Henry,  J.  Halévy,  Boell,  Halphen, 
Sylvain Lévi,  M.  Schwab,  Weil,  Meîllet,  F.  Grenard,  L.  Feer, 
de  Blonay,  membres  ;  Drouin ,  secrétaire  adjoint. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  de  février  est  lu  et  adopté. 

Sont  nommés  membres  de  la  Société  : 

MM.  Bouvat  (  Lucien),  élève  diplômé  de  TEcole  des  Langues 
orientales,  demeurant  à  Paris,  3o8,  boulevard 
Saint-Germain ,  présenté  par  MM.  Barbier  de  Mey- 
nard et  Houdas. 
Ali  Kemal,  secrétaire  d'ambassade,  demeurant  à 
Paris ,  1 3o ,  rue  d'Assas ,  présenté  par  MM.  Barbier 
de  Meynard  et  Huart. 

Sont  offerts  à  la  Société  : 

Par  M.  Mondon-Vidailhet,  chargé  du  cours  d'abyssin  à 
l'Ecole  des  langues  orientales,  la  Grammaire  de  la  langue 
abyssine,  qu'il  vient  de  publier,  Paris,  E.  Leroux,  1898. 

Par  M.  C.  de  Harlez,  Les  entretiens  familiers  de  Confacias 
(Kong-tze  Kia-yu),  traduits  du  chinois,  in-8",  Paris,  Lou- 
vain,  1899.  ■ 


348  MARS-AVRIL   1899. 

Par  rimprimerie  catholique  de  Beyrouth  (Syrie)  Arabic- 
English  Dictionaiy,  par  le  P.  J.  G.  Ha  va  de  la  Société  de  Jésus, 
in-S",  Beyrouth ,  1 899. 

Par  M.  E.  Senart,  le  tirage  à  part  de  son  article  qui  a 
paru  dans  le  Joamal  asiatique  sous  le  titre  :  Le  manuscrit 
Kharosthi  Dutreuil  de  Rhins,  qui  forme  la  vii*  série  de  ses 
Etudes  épigraphiqaes. 

Par  M.  Pognon ,  consul  de  France  à  Alep ,  les  deux  pre- 
miers fascicules  de  son  Etude  sur  les  inscriptions  mandaites  des 
coupes  de  Khouahir,  Paris,  1898-1899. 

Par  Lady  Meux ,  de  TheokaId*s  Park  :  un  exemplaire  de  Tour 
vrage  intitulé  :  Lives  of  Mahâ  Seyôn  and  Gahra  Krestos ,  texte 
éthiopien  avec  traduction  anglaise  de  M.  Wallis  Budge ,  in-4** 
London,  1898,  et  la  reproduction  en  chromolithographie 
des  dessins  de  deux  manuscrits  éthiopiens  du  xiv*  siècle. 

Des  remerciements  sont  votés  au\  donateurs. 

Le  Bibliothécaire  est  autorisé  à  faire  don  à  la  bibliothèque 
de  rUniversité  de  Paris  (Sorbonne),  des  ouvrages  suivants 
publiés  aux  frais  de  la  Société  asiatique,  savoir  :  le  Maha- 
vastu,  texte  sanscrit,  3  vol.  in-8^  de  M.  Senart;  Le  KitéU)  et- 
Tanhih  ou  el-Ischrâf  de  MasoudI,  traduction  française  de 
M.  Carra  de  Vaux ,  et  les  Chants  afghans  de  J.  Darmesteter. 


M.  Grenard  fait  pai*t  à  la  Société  des  découvertes  archéo- 
logiques qui  ont  été  faites  tout  récemment  dans  le  Turkestan 
chinois  par  une  expédition  scientifique  russe.  Cette  mission 
envoyée  en  Asie  par  TAcadémie  des  sciences  de  Pétersbonrg 
et  dirigée  par  M.  Rlementz ,  a  trouvé  dans  les  environs  de 
Tourfân  un  grand  nombre  de  grottes  occupées  autrefois  par 
des  moines  bouddhistes ,  et  dans  lesquelles  on  a  découvert 
des  fresques ,  des  fragments  de  manuscrits  chinois  et  onïgoars, 
des  inscriptions  ouïgoures,  chinoises  et  indiennes;  quelques- 
unes  de  ces  inscriptions  sont  dans  les  mêmes  caractères  que 
celles  de  TOrkhon.  En  raison  des  résultats  obtenus  par  ce 
premier  voyage,  l'Académie  russe  a  décidé  d'envoyer  une 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       M9 

nouvelle  mission  dans  les  régions  qui  s'étendent  entre  Koutcha 
et  Koumoul  (Hami). 

M.  Sylvain  Lévi  continue  sa  communication  sur  son  voyage 
dans  rinde ,  et  spécialement  dans  différentes  parties  du  Népal 
qu'il  a  pu  parcourir  avec  l'appui  du  résident  anglais  à  Kati- 
nandu ,  siège  de  la  résidence ,  et  grâce  à  la  faveur  de  Tadhi- 
ràja  ou  souverain  de  cette  contrée.  11  présente  aussi  une  série 
de  photographies  de  l'emplacement  de  Kapilavastu ,  de  diverses 
localités  du  Magadha  rendues  célèbres  par  la  légende  du 
Bouddha,  et  des  différents  types  Tûrou ,  Nevari ,  Gourkas qui 
forment  le  fond  de  la  population  du  Népal. 

M.  Grenard  lit  une  Notice  sur  la  famille  chez  les  Taixs- 
Kazaks  et  Kirghiz  du  Tarkestan  chinois;  il  insiste  particulière- 
ment sur  les  cérémonies  qui  accompagnent  le  mariage,  et 
sur  les  anciennes  croyances  qu'elles  supposent,  cérémonies 
et  croyances  qui  rappellent  celles  qui  existaient  chez  les  an- 
ciens peuples  aryens  et  chez  les  Sémites. 

La  séance  est  levée  à  six  heures  et  demie. 


OUVRAGES  OFFERTS  X  LA   SOCIETE. 
(Séance  du  9  mars  1899.) 

Par  rindia  Ofllce ,  Report  on  publications  issued  and  regis- 
tered  in  the  several  Provinces  of  British  India  dunng  the  year 
1897 .  Calcutta ,  1 898  ;  in-4°. 

—  Bibliotheca  Indica,  n"'  922-930.  Bombay,  1898;  in-8°. 

Par  la  Société ,  Bulletin  de  la  Société  de  géographie  de  Paris, 
ICivim,  1898;  in-8". 

—  Bulletin  de  l* Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres, 
nov.-déc.  i898;in-8°. 

—  Mittheilungcn  der  deutschen  Gesellschaft  fàr  Natur-  and 
Vôlkerkunde  Ostasiens,  Band  vu,  Theil  i.  Tokyo;  in-8''. 

—  Bulletin  de  la  Société  linguistique,  n"  46,  déc.  1898; 
in-8°. 

MIT.  -iTt 


lUPalMCKIF     SKTIII\«ll. 


350  MARS-AVRIL   1800. 

Par  la  Société  ^  Zeitschrift  dei-  deaUchm  ttiorgenlàndischen 
Gesellschaft ,  62  B. ,  4  Hel't.  Leipzig,  1898;  ill-8*« 

-^  Bibliothèque  des  Écoles  françaiftes  d'Athènes  et  de 
Rome,  faoc.  80  :  Let  archives  de  la  chambre  apostoliqae  au 
xtv'  siècles  par  Joseph  de  Loye;  l"  partie  :  Inventaire,  Paris, 
i899;iii-8°. 

— -  Atti  délia  Reale  Accademia  dei  Lincei,  nov.  1898. 
Roma;  in-4*. 

Par  les  éditeurs,  Revue  archéologique,  janv.-févr.  1899; 

iIl-8^ 

—  Revae  critique,  n"  6,  7,  avec  index,  8  et  9.  Paris, 
1 899  ;  in-8°. 

— -  AUMachriq,  février  1899.  Beyrouth,  in-8*. 

—  Al'Zhiyâ,jejiv,-féyr.  1899.  Le  Caire,  in-8*. 

—  The  American  Journal  of  the  Semitic  languaga  and 
Uteratures,  Chicago  111.,  January  1899;  in-8*. 

—  Bulletin  archéologique,  année  1898,  1"  livraison. 
Paris,  l898;in-8^ 

—  Revue  de  l'Orient  chrétien,  n"  1  et  a  ,  1898;  in-S". 

—  Analecta  Bollandiana,  t.  XVII,  faso.  iv.  Bruxelles, 
1898;  in-8'. 

—  Polyhihlion,  parties  technique  et  littéraire  ;  févr.  1899; 
in-8°. 

—  Bollettino,  n"  3i6.  Firenze,  1899;  in-8*. 

—  The  Geographical  Journal,  March.  London,  1899; 
in-8*. 

Par  les  auteurs  :  Ëhmann ,  Die  Sprichwôrter  and  bildlichen 
Ausdràcke  der  japanischen  Sprache,  Supplément. Tokio,  1898; 
in-8*. 

—  P.  Boell,  Contribution  à  l'étude  de  la  langne  lolo.  Paris, 
1899;  in-8*. 

—  M.  Schwab,  La  Meguillath  Taanith  (extrait).  Paris, 
1897;  in-8*. 

—  Courant,  Les  associalions  en  Chine,  Paris,  1899;  in-8*« 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  351 

Par  les  auteurs  :  D.  J.  Parisot,  Contribution  à  Vétade  da 
dialecte  néo-sytiacjae  de  Tour-Abdin,  1899;  in-8\ 

— '  Le  P.  Pierre  Hoang,  Exposé  da  commerce  public  da 
seL  Chang-Haï,  1899;  in-8°. 

—  Le  mariage  chinois  au  point  de  vue  légal,  Chang-Haï, 
i898;in-8% 

— »  C.  de  Hftrlez,  Les  entretiens  familiers  de  Confucius, 
Paris,  1899;  in-8". 

—  Rev.  Fr.  J.  G.  Ha  va ,  Arabie  Engtish  Dictionary,  Beyrut , 
i899;in-8°. 

—  L.  Bastian,  Prières  en  langue  ibo,  Alençon,  1893; 
iti^8". 

—  C,  Mondon-Vidaiihet,  Grammaire  de  la  langue  abys* 
syne.  Paris,  1898;  in-8®. 

—  E.  Senart,  Le  manuscrit  Kharosthi  du  Dliammapada 
(extrait),  i898;in-8°. 


SÉANCE  DU  VENDREDI  14  AVRIL  1899. 

La  séance  est  ouverte  à  quatre  heures  et  demie ,  sous  la 
présidence  de  M.  Barbier  de  Meynard. 
Etaient  présents  : 

MM.  Senart  et  Maspero ,  vice-présidents  ;  Oppert ,  de  Qia- 
rencey ,  Schwab ,  Carra  de  Vaux ,  Decour démanche ,  R.  Du- 
val,  Mayer-Lambert ,  Aymonier,  V.  Henry,  J.  Haiévy,  Fou- 
cher,  Clément  Huart,  L.  Feer,  F.  Nau,  Sonneck,  Bonet, 
Grenart,  M.  Courant,  membres; 

M.  Drouin,  secrétaire  adjoint. 

Le  procès- verbal  de  la  séance  de  mars  est  lu  et  la  rédaction 
en  est  adoptée. 

Est  reçu  membre  de  la  Société  : 

M.  Theillel,  attaché  au  Consulat  de  France  à  Âlep,  pré- 
senté par  MM.  H.  Derenbourg  et  Barbier  de  Meynard. 

33. 


352  MARS-AVKIL   1891). 

8oDt  oflerts  à  la  Société  : 

Par  M.  Senart,  au  nom  de  M.  Barth,  le  Bulletin  des  veli- 
(jions  de  l'Inde  (Extrait  de  la  Revue  de  l'Histoire  des  religions, 
février  1S99J; 

Par  M.  Maurice  Courant,  deux  brochures  dont  il  est  l'au- 
teur :  Les  études  coréennes  et  japonaises  et  Système  de  transcrip- 
tion en  lettres  latines  du  Dictionnaire  de  Kang-Hi,  et  un  articde 
de  M.  Henri  Chevalier  intitulé  :  Cérémonial  de  Vachèvenumt 
des  travaux  de  Hua-Syeng  (Corée),  Extr.  du  Toung-Pao, 
1898. 

Par  M.  de  Charencey ,  un  mémoire  sur  les  Noms  des  points 
de  l'Espace  dans  divers  dialectes  américains,  (Extrait  du  Jour- 
nal de  la  Société  di's  Américanistes  de  Paris,  in-4*,  1899.). 

1  )es  remerciements  sont  adressés  aux  donateurs. 

Jl  est  donné  lecture  d'une  lettre  de  M.  le  Ministre  de 
r instruction  publique  annonçant  Tordonnancement  d'une 
somme  de  cinq  cents  francs  à  titre  de  subvention  pour  ie 
deuvicme  trimestre  1899. 

M.  Ilalévy  fait  deux  communications  à  la  Société  :  l'une 
relative  à  la  date  du  Déluge  qui  vai*ie  dans  les  trois  textes 
hébreu,  grec  et  samaritain  (>oir  ci-uprès,  p.  353).  Dans  la 
seconde  communication,  M.  Halévy  traite  la  question  rala- 
li\e  au  mariage  du  prophète  Osée  (voir  ci-après,  p.  356). 

M.  (1  renard  continue  sa  lecture  sur  les  mœurs  et  coutumes 
lies  Kazak  et  des  Kirghiz.  li  montre  que,  malgré  certaines  dif- 
férences de  fonues,  dont  quelques-unes  sont  importantes,  la 
fiiinilie  est  fondée,  ciiez  ces  peuples,  sur  les  mêmes  principes 
(jue  chez  les  anciens  Indo-européens  :  nécessité  de  pepëtuer 
la  famille  et  le  cuite  domestique,  infériorité  de  la  fille  par 
rapport  au  fils  au  point  de  vue  religieux  et,  par  suite,  civil, 
caractère  essentiellement  religieux  de  la  parenté  :  insignifiance 
(le  la  parenté  parles  femmes,  régime  du  patriarcat  et  con- 
fusion de  la  puissance  paternelle  avec  le  siiceixloce  familial, 
responsabilité  colleetive  de  la  famille. 

M.  K.  Senarl  communique  ensuite  à  la  Société,  une  no- 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  353 

tice  qui  paraîtra  prochainement  dans  le  Journal  asiatique^ 
sur  deux  inscriptions  de  la  vallée  du  Svât,  en  caractères 
kharosthi  et  dont  il  doit  les  reproductions  photogi*aphic[ues 
à  une  obligeante  communication  de  M.  Burgess.  L  une  de 
ces  inscriptions  porte  la  date  de  3 1 8  ;  l'autre ,  transcrite  et 
commentée  par  Bûhler,  n'a  pas  encore  été  publiée  en  fac- 
similé.  La  photographie  de  ce  dernier  texte  permet  d'identi- 
fier certaines  lectures  et  de  reconnaître  que  la  donation  dont 
elle  perpétue  le  souvenir,  émane  d'un  certain  «Théodore» 
et  non  d'un  «Sthavira  Nora».  M.  Senart,  à  l'occasion  de 
ces  épigraphes,  ajoute  quelques  observations  sur  l'ère  de  la- 
quelle sont  datées  les  différentes  inscriptions  connues,  en 
caractères  kliarosthi  et  sur  l'époque  juscpi'à  laquelle  se  serait 
perpétué,  dans  l'Inde  du  nord-ouest,  l'emploi  de  cet  al- 
phabet. 

La  séance  est  levée  à  six  heures. 


ANNEXE  AU  PROCESVERBAL  DU  l  k   AVRIL  I  899. 

I 
La  date  du  Déluffe  d'après  les  textes  piincipanœ. 

On  sait  que  les  trois  textes  principaux  de  la  Genèse  dif- 
férent entre  eux  en  ce  (jui  concerne  la  durée  de  la  vie  des 
patriarches  antédiluviens.  De  ce  désaccord  résultent  trois 
dates  différentes  pour  l'année  du  Déluge  après  la  création  du 
monde.  D'après  le  texte  hébreu  ou  H ,  le  cataclysme  eut  lieu 
l'an  i656;  le  texte  samaritain  ou  S  le  place  en  i3o7,  ®*  '^ 
texte  grec  dit  des  Septante  ou  G ,  en  2262.  Tous  les  critiques 
sont  unanimes  à  admettre  que  G  offre  une  modification  ré- 
lléchie  de  H,  destinée  à  allonger  l'intervalle  qui  sépare  la 
Création  de  l'Exode.  Au  sujet  de  la  relation  entre  H  et  S ,  on 
avait  pendant  longtemps  accordé  l'originalité  au  premier 
contre  le  second;  mais  depuis  une  dizaine  d'années,  la  plu- 


354  MAKS-AVRIL   1899. 

part  des  critiques  retournent  la  proposition  et  voient  dans  H 
le  résultat  d'une  spéculation  qui  aurait  déterminé  les  scribes 
à  changer  les  nombres  conservés  intacts  dans  le  texte  sama- 
ritain. Je  crois  que  cette  thèse  ne  peut  guère  se  défendre , 
aussitôt  que  Ton  se  rend  un  compte  exact  des  causes  réelles 
de  ces  différences.  Le  tableau  suivant  des  dates  relatives  aux 
années  de  la  mort  des  Patriarches,  suivant  les  trois  sources, 
suffira  à  éclairer  cette  question  : 

H  S  G 

1.  Adam  meurt  en gSo  gSo  gSo 

2.  Seth io42  io43  ii43 

3.  Enos ii4o  ii4o  i34o 

4.  Kénan i335  i335  i535 

5.  Mahaial^l 1 390  1 290  1 690 

6.  Jared i432  i3o7  192a 

7.  Hénoch 987  887  1487 

8.  Mathusala i656  i3o7  2266 

9.  Lamech i65i  i3o7  2227 

Le  dixième  patriarche ,  Noé ,  vit  600  ans  avant  le  Déluge , 
et  35o  ans  après;  il  i'ait  partie  en  même  temps  de  deux 
époques  différentes.  Tous  les  textes  sont  d*accord  sur  ce 
point. 

Quand  on  jette  un  coup  d'œil  sur  les  détails ,  on  aperçoit 
aussitôt  les  faits  suivants  : 

«.  Jusqu'au  n°  5 ,  il  règne  un  accord  parfait  entre  H  et  S. 

6.  L'intervalle  entre  le  n°  5  et  le  Déluge  est  raccourci  de 
35o  ans  en  chiffre  rond  par  S ,  qui  fait  mourir  tous  les  patri- 
arches dans  l'année  du  Déluge,  tandis  que, «selon  H,  ces! 
Mathusala  seul  qui  meurt  cette  année-là. 

r.  G  ajoute  au  contraire  100  ans  aux  n"  a,  3,  4,  5,  6, 
8 ,  c'est-à-dire  un  total  de  600 ,  mais  coïncide  avec  H  dans 
les  dizaines  et  les  unités  et,  comme  lui,  laisse  mourir  Mathu- 
sala (le  n"  8)  seul  dans  Tannée  même  du  Déluge,  c'est-à-dire 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  355 

dans  l'espace  du  mois  et  demi  qui  a  prëcédë  la  catastrophe , 
tandis  que  8  entend  évidemment  que  les  patriarches  Jared , 
Mathusala  et  Lamech  ont  péri  dans  le  cataclysme  comme  les 
autres  impies  de  Tépoque. 

Partant  de  Tidée  que  les  derniers  patriarches ,  sauf  Hénoch , 
étaient  des  impies ,  S  abrège  systématiquement  la  somme  de 
la  vie  de  ces  patriarches  et  établit  pour  les  naissances  un  ordre 
descendant  qui  a  égaré  les  critiques.  La  signification  péjorative 
des  noms  propres  que  ces  savants  invoquent  à  Tappui  de  leur 
sentiment  se  borne  à  celui  de  Jared,  ^l^,  qui  signifie  bien 
«  descente  » ,  mais  seulement  dans  un  sens  matériel ,  jamais 
dans  un  sens  moral.  On  ne  peut  rien  tirer  de  n7(^^rç  dont 
le  dernier  élément ,  à  côté  de  «arme»,  signifie  aussi  «  envoi  ■ 
et  «champ».  Lamech  ("JD^)  enfin,  n*a  pas  de  sens  connu. 
On  exagère  beaucoup  en  considérant  Tenlèvement  d*Hénoch 
conune  indiquant  la  perversité  de  tous  les  contemporains,  y 
compris  le  père  même  d'Hénoch  ;  le  passage  de  la  Genèse ,  v, 
24»  ainsi  que  Tanalogie  de  l'enlèvement  d*£lie,  montre  plu- 
tôt que  Dieu  voulait  récompenser  d'une  manière  particulière 
la  piété  extraordinaire  de  ces  personnages.  D'autre  part,  le 
remaniement  tardif  de  S  résulte  d^jà  du  fait  de  son  accord 
avec  G  pour  les  unités  et  les  dizaines  de  la  sonune  de  La  vie 
de  Lamech,  qui  est  chez  lui;  653  en  face  de  768  de  G  et  des 
chiffres  777  de  H.  Puis ,  par  l'expression  DD^l  «  et  il  mourut  » , 
jointe  uniformément  À  chacun  des  patrJAl^çl^es,,  Tauteur  dit 
assez  qu'il  s'agit  pour  tous  d'une  mort  du  même  genre,  sa- 
voir :  une  mort  naturelle  par  l'effet  de  la  vieillesse;  H  et  G 
sont  donc  dans  la  vraie  tradition,  laquelle  est  finalement 
corroborée  par  leur  accord  relativement  aux  unités  et  aux 
dizaines  de  l'année  de  la  mort  des  patriarches  et  à  la  coïnci* 
douce  de  la  mort  de  Mathusala  seul  pendant  l'année  du 
déluge.  La  liste  des  Qaïnites ,  où  figure  aussi  le  nom  de  Hénoeb 
(Genèse,  iv,  17),  prouve  dé  plus  que  les  noms  propres  n'ont 
pas  de  caractère  fatidique,  comme  on  noiis  l'affirme  si  decte<' 


:550  MAKS-AVRIL   1899. 

En  résumé,  l'authenticité  de  H  est  indubitable;  les  deux 
autres  codificateurs  ont  remanié  les  nombres  primitifs,  Tun 
en  ajoutant  en  gros  les  600  ans  de  Noé  avant  le  déluge, 
l'autre  en  retranchant ,  pour  l'amour  de  son  système  psycho- 
logique, les  35o  ans  de  Noé  après  cet  événement.  S  a  en 
outre  emprunté  à  G  l'augmentation  de  600  ans  qu'il  fait 
subir  au  total  de  la  vie  des  patriarches  postdiluviens. 


11 
Le  mariage  d^OsSe, 

Le  récit  relatif  au  mariage  du  prophète  Osée  est  un  des 
plus  éniginatiques  de  la  Bible.  Le  texte  porte  formellement 
les  termes  suivants  :  «  Yahwé  dit  à  Osée  :  Épouse  une  femme 
d'adultère  (  D^^UT  DpH)  et  (tâche  d'avoir)  des  enfants  d*adul- 
tère,  car  le  pays  se  prostitue  en  se  détournant  de  (mot  a 
mot  :  de  derrière  ^inKD)  Yahwé  (Osée,I,  a)  ».  Le  prophète 
épousa  alors  une  femme  nonmiée  Gomer,  fille  de  Diblaim, 
(|ui  lui  enfanta  deux  fds  et  une  fille  auxquels  Diea  lui  com- 
manda de  donner  des  noms  de  réprobation  :  le  fils  aîné  fut 
appelé  Yizreel  pour  rappeler  la  punition  prochaine  des  assassi- 
nats commis  par  le  chef  de  la  dynastie ,  Jéhu ,  dans  la  vallée  de 
Yizreël  (Il  Rois,  ix,  1 5-\,  8);  la  fdle  fut  nommée  Lo-rahama 
«  (^elle  qui  n'inspire  pas  la  pitié  »  ;  le  second  fds  Lo-*ammi 
«  r(*lui  qui  n'est  pas  mon  peuple  ».  Après  avoir  indiqué  que 
cette  famille  symbolise  les  crimes  d'Israël  et  le  terrible  chA- 
limeiit  ({ui  l'attend ,  Yahwé  ordonna  de  nouveau  au  prophète 
de  traiter  avec  amour  cette  femme  adultère  afin  de  symbo- 
liser l'amour  que  Yaliwé  porte  à  Israël  malgré  sa  persistance 
à  adorer  d'autres  dieux  (ibid,,  m).  Dès  lors,  les  noms  des 
enfants  prennent  un  tour  élogieux  :  Yizreel  signifie  «celui 
que  Dieu  ensemencera»  ou  «restaurera»;  Lo-rahama  se 
change  en  Rnhama  «  celle  qui  jouit  de  la  sympathie  de  Dieu  », 
et  IjO-'ammt  se  transforme  en  'Amm(  «  mon  peujde». 

Trois  opinions  (|ii£érentes  ont  été  émises  sur  ce  mariage 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  357 

iDizarre.  Les  uns  regardèrent  cette  histoire  comme  un  fait 
réel ,  et  s'efforcèrent  d'en  atténuer  le  côté  scabreux  par  des 
c;onsidérations  de  la  plus  fine  casuistique  qu'il  m*est  impos- 
sible d*aborder  en  ce  lieu.  Les  autres,  choqués  de  l'immo- 
ralité des  ordres  divins  et  du  rôle  ridicule  joué  par  le  pro- 
phète ,  déclarent  hautement  que  ce  récit  n*est  qu'une  mise  en 
scène  d'une  fiction  dramatique  dépourvue  de  toute  réalité. 
D'autres  enfin ,  admettent  l'historicité  du  fond  du  récit,  mais 
expliquent  autrement  la  marche  des  événements  ;  cette  opi- 
nion appartient  aux  critiques  de  la  nouvelle  école.   Voici 
comment  la  chose  se  serait  passée.  Osée  ne  s'est  aperçu  de 
Tinfidélité  de  son  épouse  qu^après  la  naissance  de  son  fils  aîné. 
Comme  il  aimait  cette  femme ,  il  ferma  les  yeux  et  consentit 
à  endosser  successivement  la  paternité  des  deux  autres  enfants 
qui  n'étaient  pas  de  lui.  La  honte  lui  rendit  toutefois  la  vie 
amère ,  mais  un  beau  jour,  en  méditant  sur  son  malheur  con- 
jugal, il  acquit  la  conviction  que  cet  événement  était  pré- 
destiné à  figurer  en  petit  l'état  général  du  rapport  de  Dieu 
avec  son  peuple  infidèle.  Cette  révélation  lui  permit  d'attri  • 
buer  son  mariage  à  un  ordre  foimel  de  Yahwé,  d'affirmer 
que  Dieu  lui  avait  également  ordonné  d'assigner  d'abord  des 
noms  comminatoires  à  ces   enfants   adultérins,   puis  à  se 
reprendre  à  aimer  sa  femme  plus  que  jamais  infidèle ,  et  à 
transformer  les  noms  réprobateurs  des  enfants  en  noms  glo- 
rieux; tout  cela  afin  de  symboliser  la  brouille  actuelle  entre 
Yahwé  et  Israël  qui  doit  se  terminer  par  une  entière  réconci- 
liation et  une  affection  mutuelle.  Voilà  en  quels  beaux  termes 
la  vilaine  cliose  est  mise.  Les  partisans   de  cette  solution 
doivent  faire  des  efforts  inouïs  pour  conserver  leur  sérieux 
devant  ce  type  prophétique.  Cette  petite  malice  caractérise 
admirablement  l'esprit  de  l'école  en  cause,  et  il  me  parait 
inutile  d'insister  davantage. 

L'explication  de  Ténigme  dont  il  s'agit  n'est  cependant 
pas  difficile  pour  tous  ceux  qui  se  rappellent  les  condamna- 
tions générales  prononcées  contre  le  siècle  dans  les  Pro- 
verbes ,  XXX ,  1 1  - 1 4 ,  et  tout  particulièrement  celle  qui  com- 


358  MARS. AVRIL   189Q. 

mence  le  Xâyiùv  de  Jésus  dans  Mathieu ,  xii ,  S9.  Quelques-uns 
des  scribes  et  des  pharisiens  demandent  un  miracle,  Jésus 
répond  :  «La  génération  mauvaise  et  adultère  demande  un 
signe ,  mais  il  ne  lui  sera  donné  d'autre  signe  que  celui  du 
prophète  Jonas».  L'apostrophe  soulignée  qui  se  présente  dans 
la  forme  grecque  :  Teveà  wowjpà  xai  fAol^aXlç  tire  son  ori- 
gine du  passage  d'Osée  relatif  à  la  réconciliation  du  prophète 
avec  sa  femme  momentanément  abandonnée  à  cause  de  sa 
mauvaise  conduite.  En  ce  lieu  (Osée,  m,  1) ,  le  texte  hébreu, 
accepté  par  la  Vulgate,  offre  :  yn  nnnx  HtSfN  3njjt  1)^  l^y 
DDNiÇ^  «Va  encore  (et)  aime  la  femme  qui  est  aimée  d'un 
ami  et  qui  est  une  prostituée  (Adhuc  vade  et  dilige  mulierem 
dilectam  amico  et  adulteram)»  La  version  grecque  suppose  au 
contraire  la  leçon  nDK^t!^^  V"!  nnU  Ht^K  «  une  femme  qui 

aime  le  mal  et  qui  est  une  prostituée  »  :  yvvalka  àyvrtwrav 
'OfovrjpàHûLÏ  (iot)(^aXiv.  Cette  dernière  leçon  répond  exactement 
à  celle  de  l'apostrophe  de  Jésus.  Mais ,  outre  l'intérêt  de  con- 
cordance qui ,  l'authenticité  du  passage  admise ,  obligera  à 
conclure  que  Jésus  se  servait  aussi  de  la  version  des  Septante , 
il  est  évident  que  la  phrase  en  question  n'est  qu'une  forte 
métaphore  qu'il  ne  faut  pas  prendre  à  la  lettre,  et  qui  se 
pourrait ,  sans  grande  injustice ,  être  appliquée  à  toutes  les 
générations  et  à  toutes  les  sociétés  humaines  du  monde.  Le 
simple  bon  sens  recommande  maintenant  de  comprendre  dans 
un  sens  identique  l'expression  «femme  de  prostitution,  et 
enfants  de  prostitution  n  du  verset  1,1.  Gela  signifie  seule- 
ment que  la  famille  que  le  prophète  va  se  créer,  fera  partie 
de  la  génération  stigmatisée  en  gros  comme  infidèle  à  Dieu; 
la  phrase  «  car  le  pays  se  prostitue  derrière  Yahwé  »  exprime 
exactement  le  motif  de  cette  épithète  réprobatrice.  La  pro- 
phétesse  et  ses  enfants,  ainsi  que  tant  d'autres  familles  hon- 
nêtes qui  n'ont  pas  dû  manquer  au  royaume  d'Israël  ni  aux 
contemporains  de  Jésus,  étaient  des  fleurs  poussées  sur  un 
fumier,  et  n'avaient  que  plus  de  mente  de  rester  vertueuses. 
Moins  heureux  qu'Osée  qui  voyait  dans  sa  famille  l'image 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  359 

momentanément  avilie ,  mai»  bientôt  ^orieuse  de  sa  nation 
le  prophète  Jérëmie ,  forcé  au  célibat  par  une  intuition  divine 
(Jérëmie ,  xvi ,  1-2  ),  fut  toute  sa  vie  condamné  à  rester  dans 
un  isolement  absolu.  De  là  la  différence  de  leur  caractère  : 
Osée  a  des  assauts  de  tendresse  au  milieu  de  ses  plus  dures 
admonestations  ;  Jérëmie  demeure  toujours  chagrin  et  cassant , 
et  n*cntrevoitun  rayon  d*espoir  pour  son  peuple  que  très  rare- 
ment et  comme  conséquence  des  innombrables  souffrances 
de  l'exil. 

J.  Halévy. 

OUVRAGES  OFFERTS  X  LA  SOCIETE 
(Séance  du  i4  avril  1B99.) 

Par  rindia  Office ,  The  Journal  of  the  Bombay  hranch  of 
ihe  Royal  A sîatic  Society,  n**  LIV.  Vol,  XX.  Bombay,  1898; 

—  Sélections  of  the  records  of  the  Government  ofindia.  Home 
Department,  n°ccGLXii;  Home  Department  sériai,  n'*  a6, 
Report  on  the  revision  of  the  code  of  régulations  of  European 
schools  in  the  Bengal  Presidency  diiring  the  y  car  1896,  Cal- 
cutta, 1898;  iu-fol. 

—  Indian  Antiquary,  November  1898.  Bombay;  in-4**. 

—  Report  of  archœological  work  in  Anuradhapura ,  3  fasc, 
1888,  1890.  Colombo,  in-folio. 

—  Archœological  Report  of  Ceylon  1891-1896,  Colombo; 
in-fol. 

—  Notices  of  Sanskrit  manuscripts,  2**  séries,  vol,  11 ,  part  r. 
Calcutta,  1898;  in-8\ 

—  M.  A.  Stein ,  Detailed  Report  on  a  archœological  Tour, 
with  the  Buner  Fieldforce.  Lahore,  1898;  in-8°. 

—  Archœology,  Progress  Report  of  the  archœological  surwey 
of  Western  India.  Bombay,  1898;  in-A". 

Par  la  Société,  Bulletin  de  la  Société  de  géographie  d'Alger, 
3'  et  4'  trim.  1 898  ;  in-8\ 


360  MARS-AVHIL    1899. 

Par  la  Société,  Comptes  rendus  des  séances  de  la  Société  de 
géographie  de  Pam,  janv.-févr.  1899;  ^^~^''* 

—  Royal  Asiatic  Society,  Yearbook  and  Record.  London , 
1899;  in-8».   ,  ,, 

—  Bibliothèque  de  l* Ecole  des  hautes-études,  121*  fasc. , 
1899;  in-S-. 

—  Institut  égyptien,  séance  du  2  décembre.  Le  Caire, 
1898;  in-8°. 

—  Bulletin  de  l'Institut  égyptien,  3  fasc.  Le  Caire,  1897 
et  1898;  in-8^ 

—  Mémoires  présentés  ()  l'Institut  égyptien,  tome  111 ,  fasc.  m. 
Sur  trois  tables  horaires  coptes,  par  U.  Bouriant.  Le  Caire, 
l898;in-4^ 

—  Transactions  and proceedings  of  the  American  Philological 
Association,  voL  XXXIX,  1898,  in-8°. 

—  Journal  asiatique ,  jdLuy.-îéyr,  1899.  Paris;  in-8''. 

—  Rendiconti  délia  Reale  Accademia  dei  Lincei,  V,  VII. 
fasc.  12,  Indice.  Roma,  1899;  î'^"8°' 

—  Journal  of  the  American  Oriental  Society,  20**"  vol.,  firsl 
half.  New-Haven,  1899;  in-8^ 

Par  les  éditeurs,  Journal  des  Savants,  janv.-févr.  1899. 
Paris;  in-4°. 

—  Revue  critique,  n"*  10-1 3.  Paris,  1899;  ^^'^'*' 

—  American  Journal  of  archœology,   September-Octoher 

1898.  Nordwood  Mass.;  in-8". 

—  Revue  archéologique,  janvier -février  1899.  Paris; 
in-8". 

—  T'oung-Pao ,  octobre  et  décembre.  Leide,  1898;  in-H". 

—  Al-Zhiyâ,  février-mars.  Le  Giiire,  1899;  in-8". 

—  The  Sanscrit  critical  Journal,  January   and  February 

1899.  Woking;  in-8". 

—  Al-Machriq ,  Adbàr  et  Nîsàn   1899.  Beyroutb;  in-8'*. 

—  Revue  de  l'histoire  des  religions,  septembre-décembre 
1 898.  Paris  ;  in-8". 

—  Le  Muséon,  mars  1899.  Louvain;  in-8*. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  361 

Par  les  éditeurs ,  Catalogue  de  la  Bibliothèque  orientale  de 
feu  M,  Charles  Schefer,  Paris ,  1 899  ;  in-8°. 

—  Bollettino,  n°  3 18.  Firenze,  1899;  in-8'*. 

—  Polybiblion,  parties  technique  et  littéraii'e ,  mars  1 899  ; 
in-8-. 

—  The  Geoffraphical  Journal,  aprii  1899.  London;  iii-8°. 

—  Les  feuilles  libres  j  avril  1899.  Alger;  in-8*. 

—  Revue  biblique  internationale,  avril  1899.  P^ï'^^î  iii-8'*. 
Par  Lady  Meux,  Lady  Meux ,  manuscript  n°  1.   The  Lioes 

of  Maba  Sëyon  and  Gabra  Krestos,  the  Ethiopie  texts  edited 
with  an  English  translation  and  a  chapter  of  the  illustrations 
of  Ethiopie  mss,,  by  E.  A.  Wallis  Budge,  with  92  coloui'ed 
plates  and  33  illustrations.  Londres,  1898;  in-4°. 

Par  les  auteurs  :  H.  Cordier,  Les  études  chinoises,  3'  série 
(1895-1898).  Leide,  1898;  in-8°. 

—  Fr.  Cumont,  Textes  et  monuments  figurés  relatifs  aux 
mystère  de  Mifhra,  publiés  avec  une  introduction  ciitique, 
tome  I,  Introduction  (1"  moitié).  Bruxelles,  1899;  in-A". 

—  Groff,  Etude  sur  la  sorcellene,  ou  le  râle  que  la  Bible  a 
joué  chez  les  sorciers  (extrait).  Le  Caire,  1897;  in-A". 

Le  même,  On  the  religious  significance  of  sculpture  and 
paintaing  among  the  ancient  Egyptians,  Cincinnati,  1899; 
in-8\ 

—  Irving,  Grammaire  persane  en  néo-syriaque,  Ourmia; 
iii-8". 

—  Salaheddiii  Bey,  La  Turquie  à  l'Exposition  universelle 
^c'i867.  Paris;  iii-8". 

—  A.  de  C.  Motylinski ,  Les  mansions  lunaires  des  Arabes. 
Alger,  1899;  iu-8". 

—  C.  de  Harlez,   Miscellanées  chinois,   Louvain,    1898; 

iIl-8^ 

Le  même.  Le  chinois  parlé  au  vi'  siècle  avant  J,-C.^  d'après 
rili.  Louvain,  1898;  in-8'*. 

—  B.  Lewis  Rice ,  iV^Aore  a  Gazetteer  compiled  for  Govern- 
ment. Westminster,  1897;  2  volumes  ;  in-4". 


302 


MAHS-AVRÎf.    1899. 


Par  les  aiiteun  :  J.  de  Morgan ,  Compte  rendu  sommaire  des 
travaux  archéologiques  exécutés  à  Sasc,  du  3  novembre  t891 
au  1^  juin  1898,  Paris;  in-u. 

—  F.  \au ,  Les  Pléivphories  de  Jean ,  évéque  de  Maioama. 
Paris,  1899,  in-S". 

Le  iiiétne,  Les  fis  de  Joaaduh,  fils  de  Réchah,  et  les  iles 
Fortunées.  Paris,  1899;  in-8'. 

Le  même,  Le  livre  de  l'ascension  de  V esprit  sur  lu  firme  du 
ciel  et  de  la  terre,  coUrs  d'astronomie,  rédigé  en  1^79  par 
Grégoire  Abouliaradj:  dit  Bar  Hêhrœtts,  tente  syriaque. 
Paris,  1899;  iii-8*. 

—  M.  Courant,  Système  de  tramcription  en  lettrm  tatinrn 
du  Dictionnaire  de  Kang-Hi.  Leide,  1898;  iti'8*. 

Le  même ,  Les  études  coréennes  et  japonaises ,  1 897  ;  iii-8*. 
F.  Weiles  WiUiains ,  The  life  uhd  letîers  of  Snmnel  Wil- 
liams. London ,  1 889  ;  mS°. 

—  H.  Chevalier,  Cérémonial  de  l'achèvement  des  îraimux 
de  Hoa  Syeng  (Corée).  Leide,  1898;  in-8'. 

J.  Halévy,  Revue  xémitique,  avril  1899.  Paris;  ill-8*. 


LES  CURE-DENTS  DL   fiUDDILI. 


I .   fjes  cnre-dents  dans  Hiouen-Tksany. 

Iliouen-Tlisang,  dans  ws  mémoires,  dit  avoir  vu  dans 
rinde  trois  arbres  provenant  de  cure  -  dents  que  le  Boddha 
avait  jetés  après  s*en  être  seni,  et  qui,  ayant  pris  racine, 
avaient  donné  lieu  à  une  puissante  végétation.  Comme  les 
ti*ois  mentions  sont  assez  couiies ,  je  les  reproduis  textuelle- 
ment d'après  Stan.  Julien. 

1.  p.  5'i  ;au  pays  de  Kapira).  —  Au  bas  d'une  caverne  mon- 
tagneux^ qui  esl  situt'i'  au  iionl  ilu  Stiipa  appi'iê  Piiousàra,  il  y  a 
une  source  oii  liabile  un  dragon.  Ce  fut  en  cet  endroit  que  Jou4àl 
'le  Tathài^ata    reçut  de  l'Esprit  du  riz  cuit  et  qu*a\ec  les  04o-Jmu 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  363 

il  lava  sa  bouche  et  se  cura  les  dents  avec  une  petite  branche  dWer. 
Jl  ia  planta  ensuite  en  terre  et  elle  prit  racine.  Il  en  est  résulté  un 
bois  touffu ,  qui  subsiste  encore  aujourd'hui.  Dans  la  suite  «  on  éleva 
en  cet  endroit  un  couvent  qu'on  appela   Pi-to-khiu, 

i,  page  293  (au  pays  de  Vaiçâkha).  ^^  A  côté  du  lieu  où  a  été 
expliquée  ia  loi,  il  y  a  un  arbre  extraordinaire  qui  est  haut  de  six 
à  sept  pieds.  Malgré  une  longue  succession  de  printemps  et  d'au- 
tomnes, il  reste  constamment  le  même  sans  augmenter  ni  diminuer. 
Jadis  Jou-laïy  ayant  fini  de  curer  ses  dents,  jeta  le  petit  morceau 
de  branche  dont  il  s'était  servi.  Cette  branche  prit  racine  et 
donna  naissance  à  cet  arbre  qui  est  resté  florissant  jusqu'à  ce 
Jour.  Les  hérétiques  et  les  brahmanes  viennent  à  l'envi  pOUr  le 
couper  et  le  détruire,  mais  il  repousse  aussitôt  et  reste  fe  même 
qu'auparavant  *. 

II,  page  ^9  (à  Râjagrha).  —  Dans  l'intérieur  de  l'enceinte  située 
au  sud-est,  à  environ  cinquante  pas  des  murs,  il  y  a  un  arbre  ex- 
traordinaire ,  haut  de  huit  à  neuf  pieds ,  dont  le  tronc  est  double. 
Jadis  Jou-laï  (le  Tathâgata)  mâcha  une  petite  branche  de  l'arbre 
Yang  et  ia  jeta  à  terre  où  elle  prit  racine.  Quoiqu'il  se  soit  écoulé , 
depuis  cette  époque,  bien  des  mois  et  des  années,  i'arbre  n'aug- 
mente ni  ne  diminue. 

Dans  une  note  relative  au  premier  de  ces  épisodes**^  mais 
à  laquelle  il  renvoie  à  propos  des  autres ,  —  Julien  dit , 
d'après  un  ouvrage  chinois,  que,  dans  llnde,  les  cure-dents 
étaient  faits  de  petites  branches  de  Mimosa  catecha,  en  san^ 
scrit  Khadira  (que  les  Chinois  transcrivent  JK^iV-to-?o ) ,  et  s'ap- 
pelaient Dantn-kAsiha ,  ce  que  les  Chinois  transcrivent  Tan- 
tthkia-sseAcha  et  traduisent  Tclii-nio  «dent-bois»,  calque  du 
sanscrit  Danta-kâstha.  Il  ajoute  que,  le  mimosa  cafec/itt  n'exis- 
tant pas  en  Chine,  on  le  remplace  par  l'osier  (yang).  Il 
donne  quelques  détails  sur  le  mode  de  curage  des  dents.  Un 
cure-dent  ne  sert  jamais  qu'une  fois;  on  le  jette  après  s'en 
être  servi. 

Hiouen-Thsang  ne  parle  du  mimosa  catecliu  ni  n'emploie 
les  expressions  Tchi-mo  et  Tan'io^kia-sse-icha  dans  aucun  des 

'  Cet  épisode  est  cilé  dans  la  Vie  de  Hioaen-Thsantf ,  p.  ia3. 


364  MAKS.AVRIL    1899. 

trois  passages.  11  dit  seulement,  chaque  fois,  que  le  Buddha 
se  nettoya  les  dents  avec  une  petite  branche ,  et  deux  fois , 
que  cette  petite  branche  était  de  «Tosiem  (yang). 

Trois  arbres  seulement  nés  des  cure-dents  du  Buddha, 
c'est  assm'ément  peu  ;  car  il  doit  avoir  usé  plus  de  trois  cure- 
dents  dans  les  quarante-cinq  années  de  sa  carrière  boud- 
dhique. D'un  autre  côté,  si  chacun  de  ses  cure-dents  était 
devenu  l'arbre  touffu  décrit  par  le  pèlerin  chinois ,  y  aurait- 
il  eu  assez  de  place  pour  cette  sorte  de  végétation  dans  les 
contrées  où  il  a  vécu  ?  Les  trois  arbres  dont  parle  Hiouen- 
Thsang  doivent  avoir  poussé  dans  des  circonstances  extraor 
dinaires.  Ces  circonstances,  il  ne  les  fait  pas  connaître;  c*esl 
une  véritable  lacune  dans  son  récit. 


2.   Un  cure-dent  datis  l' Avadanâ-Çatnka  sanscrit-tibétain. 

Il  existe  au  moins  un  texte  qui  parie  d'une  fi*ondaison 
semblable  à  celles  que  signale  Hiouen-Thsang  et  en  fournit 
l'explication;  c'est  le  récit  29  de  l'Avadâna-Çataka.  La  scène 
se  passait  à  Çràvasti  ;  il  ne  faut  donc  pas  y  voir  un  des  cas 
notés  par  le  pèlerin  chinois. 

11  est  question,  dans  ce  texte,  d'un  cure-dent  [danta-kà- 
slha)  offert  au  Buddha  qui  le  jette  à  ten'e.  Le  danta-kâstha 
devient  aussitôt  un  Nyagrodha  touffu ,  et  le  donateur  reçoit 
la  promesse  de  devenir,  après  treize  kalpas  passés  dans 
l'existence  soit  humaine,  soit  divine,  le  Pratyekabuddha 
Nirmala  (sans  tache). 

Le  mot  Dantakâstha  revient  quatre  fois  dans  le  texte,  deux 
autres  fois  il  est  remplacé  par  son  équivalent  Dantadhâvanam 
(qui  lave  ou  blanchit  les  dents);  le  mot  khadira  ne  parait 
nulle  part.  Il  semble  donc  bien  qu'il  s'agisse  de  cure-dent. 
Mais  c'est  un  jardinier  qui  offre  l'objet  au  Buddha,  et  les 
deu\  leimes  qui  nous  occupent  désignent  aussi  la  plante  dont 
se  font  les  cure-dents.  Aussi,  après  les  avoir  rendus  par 
«cure-dent»,  j'ai    imalement   substitué    à  cette  traduction 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  365 

celle  de  «  mimosa  catechu  »  ;  car  il  me  paraissait  étrange  de 
faire  donner  des  cure-dents  par  un  jardinier  ^ 

Notre  texte  nous  montre  le  jardinier  entrant  dans  Çrâva- 
sti  le  mimosa  catechu  à  la  main,  sans  dire  à  quelle  intention. 
Un  devin  [naimittika) ,  qui  se  trouvait  à  la  porte  de  la  ville, 
ayant  déclaré  que  celui  qui  mangerait  cette  plante ,  ou  s'en 
curerait  les  dents  (?) ,  mangerait  des  mets  à  cent  saveurs,  le 
jardinier,  en  raison  de  la  grande  valeur  de  cette  plante,  va 
l'oflrir  au  Buddha.  Le  prodige  décrit  plus  haut  se  produit, 
et  Anàthapindada ,  réalisant  la  prédiction  du  devin,  rassasie 
le  Buddha  de  «  mets  à  cent  saveurs^  »,  à  la  suite  de  la  leçon 
laite  aux  dieux  et  aux  hommes  à  l'ombre  du  Nyagrodha  qui 
vient  de  naître. 

Le  jardinier  se  proposait  sans  doute  de  vendre  sa  plante  à 
quelqu'un  qui  en  aurait  fait  des  cure-dents.  Mais  le  texte  ne 
s'explique  pas  sur  ce  point.  Le  Buddha ,  avant  de  jeter  la 
plante ,  se  cura-t-il  les  dents  ?  ou  peut-être  y  goûta-t-il  à  cause 
de  ses  vertus  curatives?  Le  texte  sanscrit  n'en  parle  pas,  ma 
traduction  non  plus.  Mais,  en  revoyant  la  traduction  tibé- 
taine, je  m'aperçois  qu'elle  en  parle;  car  j'y  trouve  ces  mots 
(auxquels  je  n'avais  pas  pris  garde)  :  gsol-to  \ gsol-nas  «  .  .  . 
mangea;  ayant  mangé.  .  .  »  (en  sanscrit  bhaxitavân  \\  bhaxa- 
yitvâ),de  sorte  que  ma  traduction  devrait  être  rectifiée  comme 
suit  : 

. .  .Bhagavat.  .  .prit  (la  plante);  après  l'avoir  prise,  il  en  man- 
gea*; ayant  mangé,  il  jeta  à  terre  le  mimosa  catechu. . .  . 

Est-ce  le  traducteur  tibétain  qui  a  ajouté  ces  deux  mots  ? 
ou  avait-il  un  autre  texte  que  le  nôtre  ?  ou  encore  l'absence 
de  ces  deux  mots  dans  le  texte  sanscrit  est-elle  simplement 

'  Annales  du  Musée  Guimel ,  t.  XVI II,  p.  108-109.  J'aurais  dû  mettre  une 
note  pour  celle  Iraduclion.  Je  l'aurais  certainement  mise  si  les  passages 
précités  de  Hiouen  Thsang  m'étaient  revenus  à  la  mcraoire;  mais,  même 
sans  cela ,  une  noie  clail  nécessaire. 

■^  Régal  souvent  cite  dans  les  Avadàuas,  et  qui  n'est  pas  spécial  à  ce 
rocil. 

\[n.  9^1 


liili:l«rair    RATIOJikl  r:. 


V 


356  MAKS-ÂVRIL   1809. 

due  à  une  inadvertance  de  copiste?  Je  ne  saurais  le  dire. 
La  phrase  sanscrite  trahit  un  embarras  qui  était  peut-être 
dans  l*esprit  soit  du  copiste ,  soit  de  l*auteur  de  la  rédaction 
sanscrite  que  nous  avons.  Quoi  qu'il  en  soit,  Temploi  répété 
du  mot  danta-k^stha  (et  de  son  synonyme  danta-dhâvana) 
constamment  rendus  avec  la  plus  grande  fidélité  par  le  tibé- 
tain sO'çià  j  et  tout  le  contexte  exigent  la  présence  des  mots 
hhaxiiaoàn-bhaxayitvâ,  si  bizarre  que  cette  manducation 
puisse  paraître ,  et  semblent  indiquer  un  cas  analogue  à  ceux 
que  note  Hiouen-Thsang  dans  les  passages  ci-dessus  visés  de 
ses  Mémoires. 

3.   Version  chinoise  de  V Avadâna-Çataka. 

Cependant  la  version  chinoise  de  TAvadâna-Çataka  va 
bouleverser  le  résultat  auquel  nous  sommes  arrivé ,  en  nous 
apportant  d'importantes  variantes  dont  il  est  impossible  de  \ 
ne  pas  tenir  compte  ^  On  sait  que  les  versions  chinoises  ne 
sont  pas ,  à  proprement  paiier,  des  traductions ,  qu'elles  ne 
serrent  pas  le  texte  de  très  près  et  se  donnent  toujours  une 
assez  grande  liberté.  Peut-être  aussi  puisent-elles  à  différentes 
sources;  car,  plus  on  étudie  la  littérature  bouddhique,  et 
ion  peut  en  dire  autant  de  la  brahmanique,  plus  on  s'aper- 
çoit que  la  même  donnée  est  traitée  de  diverses  manières. 

Le  titre  seul  de  notre  texte  (qui,  par  suite  d'une  interver- 
sion, se  trouve  être  le  a  8*  et  non  le  29*)  nous  annonce  une 

*  J'ai  dit  {Annales  du  Musée  Guimett  t.  XVIII,  p.  xxiii)  que  la  traduc- 
tion chinoise  de  rAvadâna-Çataka  «manque  msdhenreusenmtit  à  la  ooBeo- 
tion  du  TripitalLa  chinois  de  notre  Bibliothèque  nationale».  C'était  une 
erreur  venant  de  ce  qae  le  caractère  initial  du  titre  a,  dans  Tédition  de  la 
Bibliothèque  nationale ,  une  forme  spéciale  qui  m'avait  empêché  de  le  re- 
connaître et  aussi  de  ce  que  Touvragc  avait  été  scindé ,  le  premier  fascicule 
ayant  été  relié  comme  un  ouvrage  complet ,  le  second  mis  au  rebut  comme 
incomplet.  Celui-ci  a  été  relié  depuis,  en  même  temps  que  d^antres  «in- 
complets», et  Touvrage  se  trouva  ainsi  reconstitué,  mais  didoqué,  les  cinq 
premiers  chapitres  portant  le  n"  BqSS  ,  les  cinq  derniers  le  n*  ^686  dans  le 
Nouveau  Ponds  chinois. 


NOUVELLES  ET  MÉLA.NGES.  367 

sérieuse  différence.  11.  se  traduit  ainsi  :  «  Un  homme  pauvre , 
Pa-ti  \  donne  à  Fo  du  bois  à  brûler  ».  Ainsi  la  version  chinoise 
donne  un  nom  au  héros  du  récit,  ce  que  ne  font  pas  les 
autres.  Elle  le  désigne  dès  l'abord  comme  un  homme  pauvre , 
ne  pouvant ,  par  conséquent ,  faire  des  dons  importants  ;  et 
le  don  qu'il  fait  est  du  «  bois  mort  »  ou  du  bois  «  coupé  pour 
faire  du  feu  »  (  tsiâo-mo) ,  ce  cpii  nous  met  bien  loin  du  Dânta- 
kâstha  de  la  version  sanscrito-tibétaine. 

Elle  dit  positivememt  que  Pa-ti ,  désigné  d'ailleurs  comme 
un  jardinier  ou  gardien  de  jardin  {Cheou-wei),  portait  sur  son 
dos  ce  tsiâo-mo  à  la  ville  «  pour  le  vendre  ».  A  la  porte  de  la 
ville,  il  rencontre  un  hoa-Jin  «  bomme  transformé».  Hoa  est 
le  mot  par  lequel  les  Chinois  désignent  l'être  qui  change  de 
nature  en  transformant  son  corps  ou  en  passant  par  la  mort 
d'une  condition  à  une  autre  ;  il  traduit  ici  le  sanscrit  nirmita 
«  transformé  ».  Si  Ton  suppose  un  dérivé  nairmitika  qui  parait 
possible ,  il  en  résulterait  que  ce  terme  aurait  été  confondu 
avec  le  mot  naimittika  «  devin  »  du  texte  sanscrit.  Du  reste, 
la  confusion  peut  très  bien  s'être  faite  sur  les  mots  nirmita  et 
naimittika.  Le  hoa  (transformé)  chinois  est  bien  le  naimittika 
(tibétain  Itas  mkhan)  «connaisseur  désignes»  des  versions 
sanscrite  et  tibétaine. 

Le  hoa  jin  promet  à  l'homme  pauvre  de  lui  faire  goûter 
des  mets  et  breuvages  à  cent  saveurs ,  s'il  veut  bien  faire  de 
son  bois  mort  l'usage  qu'il  lui  indiquera.  Pa-ti  lui  offre 
son  bois  ;  mais  le  hoa  jin  refuse  et  le  conduit  à  Jetavana  en 
présence  du  Buddha.  Ebloui  par  la  splendeur  de  cet  être 
sans  pareil ,  Pa-ti  lui  offre  son  tsiâo-mo.  Le  Buddha  le  prend 
et  le  plante  en  terre  [tdia-tchu  ti  tchong);  le  bois  mort  de- 
vient aussitôt  un  ni-ku-t'o  (nyagrodha)  à  l'ombre  duquel  le 
Buddha  enseigne  la  loi  à  un  milhard  de  dieux  et  d'hommes. 

^  Pa-ti  me  parait  être  la  transcription  très  exacte  du  sanscrit  pati  (  Maître, 
Lemaître);  mais,  comme  pa  a  le  sens  de  «arracher,  extirper»,  et  ti  celui  de 
«soulever  avec  uuc  seule  main,  offrir  un  don» ,  il  se  pourrait  que  ce  fût  la 
traduction  d'un  composé  sanscrit  (que  je  ne  cherche  pas  à  découvrir)  <;■ 
rapport  avec  l'acte  accompli  par  le  héros  du  récit. 

24. 


368  MARS-AVRIL    1899. 

L'hoiniiie  pauvre,  émerveillé,  fait  un  ta-chi-yoaen  (prani- 
dliàna)  et  obtient  en  retour  la  promesse  d'être,  après  treize 
kalpas  (kie)  écoulés,  le  Pi-tche-fo  (pratyeka-buddha)  Li-keou 
(scr.  Nintiala,  tib.  Dri-ma-med)  «sans  tache». 

On  voit  que  la  version  chinoise,  tout  en  côtoyant  con- 
staunnent  la  version  sanscrite,  s*en  écarte  notablement.  Il 
n\  est  nullement  question  de  cure-dent  ou  de  mimosa  cate- 
chu ,  et  la  difFiculté  qui  peut  avoir  été  la  cause  de  romission 
signalée  dans  le  manuscrit  sanscrit  de  la  Bibliothèque  na- 
tionale ne  se  présente  pas.  On  n'a  pas  à  se  demander  si  le 
lUiddha  mange  ou  ne  mange  pas ,  mâche  ou  ne  mâche  pas 
le  bois  (|ui  lui  est  offert.  C'est  tout  simplement  un  bois  mort 
(|uelconque  qu'il  fiche  dans  le  sol  et  qui  revit  immédiatement. 
Les  mets  et  l)reuvages  merveilleux,  dont  il  avait  d'aboixi  été 
question,  sont  ouljliés,  et  Anàthapindada  n'a  pas  à  se  mettre 
en  frais  pour  régaler  l'auteur  du  prodige.  Ces  mets  extraor- 
dinaires semblent  n'être  plus  que  l'image  symbolique  du 
degré  de  perfection  auquel  il  est  parvenu. 

(Comment  expliquer  ces  différences?  Est-ce  le  traducteur 
chinois  qui  a  pris  sur  lui  de  modifier  ainsi  le  récit?  Je  ne  le 
pense  pas,  et,  quelles  que  soient  les  libertés  que  prennent 
les  traducteui*s  chinois,  je  ne  crois  pas  qit'on  doive  ici  leur 
imputer  ces  altérations.  Jl  faut  donc  supposer  l'existence 
d'une  vei*sion  indienne  qui  serait  reproduite  par  la  version 
chinoise.  Cette  autre  version  est-elle  postérieure  à  celle  que 
donne  notre  manuscrit  sanscrit ,  dirigée  contre  elle  conune 
une  critique  indirecte  ?  Ou  bien  est-elle  la  version  primitive 
(|ue  les  auteure  de  l'autre  rédaction  auraient  prétendu  amé- 
liorer ?  Je  ne  me  sens  pas  en  mesure  de  me  prononcer  sur 
celte  question.  Mais  il  me  semble  qu'il  y  a  entre  les  deux 
récits,  le  chinois  et  le  sanscrit- tibétain ,  une  opposition  qui 
est  l'indice  d'une  sorte  de  conflit. 

Je  ne  m'étendrai  pas  sur  la  diversité  des  rédactions  dont 
les  récits  de  l'Avadàna-Çataka  peuvent  avoii*  été  l'objet;  et 
je  me  borne  à  conchn*e  des  indications  fournies  par  ce  récit 
vini^t-luiitiènie  du  Tcluran-tsi-peYouen-kintf  (rAvadâna-Çataka 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  369 

chinois)  que  Texamen  minutieux  de  cette  version  est  un 
complément  indispensable  de  l'étude  générale  de  Tensemble 
des  légendes  dont  rAvadâna-Çataka  est  une  importante  frac- 
tion. 

L.  Feer. 


LES  TITRES  ROYAUX  CHEZ  LES  INDO-SCYTHES. 

Trois  titres  royaux  d'importation  étrangère  se  rencontrent 
dans  les  documents  épigraphiqucs  de  Tépoque  des  rois  indo- 
scythes  ou  kouchans  de  ITnde  ancienne.  Ces  titres  sont  : 
Devapiiira,  Sliâhànashâk  et  Shâlii.  On  connaît  leur  sens  éty- 
mologique. Le  premier  «  fds  des  dieux  » ,  quoique  en  langue 
sanscrite ,  n'est  cependant  que  la  traduction  et  la  représenta- 
tion du  titre  «  fds  du  ciel  »  Tien-tzeu  que  portaient  les  Chinois 
et  tous  les  princes  tartares  de  la  Haute-Asie,  Hioung-nou, 
Sien-pi,  Jou-Jouen ,  Turcs,  et  que  les  Ta*Yue-tchi  avaient 
apporté  avec  eux  en  Sogdiane ,  puis  en  Bactriane  lors  de  la 
conquête  de  ces  deux  contrées  (vers  160  à  i3o  avant  J.-C). 
Dès  leur  arrivée  dans  ITnde ,  aux  environs  de  l'ère  chrétienne 
ils  traduisirent  dans  la  langue  du  pays  leur  titre  royal  qui 
devait  ressembler  au  Tengri  kvatu  des  Hioung-nou  ou  au 
Tengriteg  de  la  stèle  de  Kûltegin ,  car  les  Ta-Yue-tchi ,  comme 
les  Siao-Yue-tchi  leurs  successeurs ,  étaient  des  peuples  d'ori- 
gine turque.  C'est  ainsi  que  fut  créé  le  composé  devaputra  qui 
resta  le  propre  des  rois  indo-scythes ,  et  qu'aucun  souverain 
indigène  ne  s'est  arrogé.  Les  deux  autres  titres  Shâhânasliâh 
et  Shâhi  sont ,  comme  l'on  sait ,  d'origine  iranienne.  Si  on 
ne  les  trouvait  pas  sur  les  monnaies  et  dans  les  inscriptions 
des  Kouchans ,  dès  le  premier  siècle  de  l'ère  chrétienne ,  on 
n'aurait  jamais  pii  croire  que  l'ancien  protocole  pei'se  des* 
Akhéménides  khshàyathiya  khshâyathiydnâm ,  fût  déjà  réduit 
à  la  forme  plus  simple  shâhânashâL  C'est  en  effet  seulement 
deux  siècles  plus  tard ,  sous  Ardéchir  I"  Papekàn  que  ce  titre 


370  MARS-AVRIL   1899, 

royal  apparaît,  et  encore  sous  la  forme  hnzvaresh  malkân 
malkâ. 

Cest  Kanishka  ^  qui  emploie  le  premier  sur  ses  monniies,' 
Texpression  de  shâhânashâh,  mais,  dans  ses  incriptions  lapi- 
daires, il  n*a  que  le  titre  abrégé  de  shâhi;  de  même  pour  ses 
successeurs  Huviskha  et  Vasushka.  Ils  ont  remplacé  Tépithète 
complète  shâhânashâh  par  les  équivalents  sanscrits  maharaja 
râjâtirâja  «  grand  roi ,  roi  suprême  » ,  connus  depuis  long- 
temps. On  rencontre  en  effet  ces  formules  laudatives  dès  les 
plus  anciennes  monnaies  bilingues  des  rois  grecs  de  la  Bac- 
triane.  Démétrius  qui  n*était  que  BASIAET2 ,  traduit  ce  titre 
par  maharaja»  Eucratidès  son  successeur  (qtd  a  régné  de  190 
à  i55  environ  av.  J.-C),  est  BA2IAKT2  MEFAS,  en  indien 
maharaja  maMta,  et  sur  quelques  rares  pièces ,  ràjâdivàja,  qui 
correspond  à  la  formule  B ASIAETS  B AZIAEQN ,  bien  qu'Eu- 
cratidès  n*ait  pas  ce  double  titre  dans  la  légende  grecque. 

Le  titre  de  «  roi  des  rois  »  n'apparaît  dans  la  numismatique 
que  sous  Mithridate  J"  des  Parthes  (171  à  1 38  av.  J.-C.  ). 
Gomme  on  ne  trouve  pas  cette  expression  chez  les  Séleucides, 
dont  le  monnayage  a  pourtant  servi  de  modèle  aux  Arsa* 
cides ,  il  est  vraisemblable  que  Mithridate  Ta  emprunté  aux 
Akhéménides ,  dont  il  se  crut  le  vrai  successeur,  bien  que  la 
dynastie  fût  éteinte  depuis  la  bataille  d'Arbelles.  Aucun  des 
rois  de  la  dynastie  macédonienne  en  Bactriane  et  dans  llnde 
ne  prit  ce  titre  de  BASIAET2  BA2IAEQN ,  mais  il  fut  adopté 
à  l'instar  des  Arsacides  par  les  rois  Çaka  du  Pendjab ,  dont 
Ranjabula  et  Moes  sont  regardés  comme  les  fondateurs,  vers 
l'an  100  av.  J.-C. ,  et,  après  eux,  par  la  dynastie  indo-parthe 
de  l'Arachosie  et  du  bas  Indus,  qui  fut  détrônée  par  les  Kou- 
chans  vers  l'an  5o  de  notre  ère ,  et  se  réfugia  alors  dans  le 
centre  de  l'Inde*.  Tous  ces  princes  s'intitulent,  en  grec,  «  roi 

'  Dans  les  contes  chinois  qu'à  traduits  M.  Sylrain  Lévi  (Journal  luia* 
h'^tte.  décembre  1896,  p.  A5a),  Kanishka  a  le  titre  de  Tcktn  i*an  abrégé 
de  Tchinastana  raja  «roi  du  pays  des  Tchins»,  appellation  vague  tous  la- 
quelle on  comprenait  les  Touraniens ,  dans  Tlnde  comme  en  Perse* 

■  C'est  probablement  de  cette  époque  que  date  laTènemént  de  la  dy- 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  371 

des  rois»,  avec  le   correspondant  indien  râjaràja  et  ràjà*-^ 
dirâja,  , 

C'est  à  eux  que  Hvima  Kadphisèi  emprunte  sa  pompeuse 
titulature.  Par  contre  on  est  étonné  de  voir  que  KadphisèB  I*' 
et  Kadaphès  n  ont  pas  même  le  simple  titre  de  BASIÀETS  : 
ils  s'appellent  seulement  Kozoulo,  Koachartj  ce  qui  ferait 
croire  que  Kozoulo  ne  serait  pas  un  nom  propre ,  mais  plutôt 
l'expression  d'une  dignité;  en  tout  cas,  cette  particularité 
peut  avoir  son  importance  dans  l'histoire  encore  si  obscure 
des  premiers  Indo-Scythes.  Mais  le  titre  de  BACIA6VC  BA** 
CIA6(i)N  (sic)  reparait  avec  Kanishka  sur  les  monnaies  (or 
et  cuivre  )  de  sa  première  époque  ;  il  est  à  supposer  que  ce 
fut  après  la  conquête  des  royaumes  çaka  et  indo-parthe.  On 
sait  que  le  monnayage  des  Turushka  est  unilingue,  et  que 
les  légendes  sont  en  caractères  grecs  corrompus.  Le  titre  de 
«  roi  des  rois  »  en  grec  disparait  bientôt  e  t  est  remplacé  sur 
les  monnaies  d'or  de  la  seconde  période  de  Kanishka ,  par  le 
protocole  perse  équivalent,  shdhdnashâh,  qui  devient  la  seule 
légende  monétaire  s'altérant  de  plus  en  plus  au  point  d'être 
méconnaissable  chez  les  successeurs.  On  en  trouve  des  traces 
sur  les  monnaies  des  premiers  Kshatrapas  du  Saurashtra,  et 
de  quelques  autres  petits  princes;  chez  les  grands  KoUchans 
postérieurs  au  contraii«,  qui  régnaient  au  Kaboul,  et  sur 
rOxus,  et  qui  se  trouvaient  en  contact. ati|ç  les  SaS$anides, 
ce  titre  est  soigneusement  conserve  ainsi  qnW  témoignent 
les  monnaies  d'ot  de  ces  souverains  frappées  au  type  ftassa- 
nide ,  qui  ont  été  récemment  découvertes. 

Ce  sont  probablement  ces  mêmes  monarques  que  Samudra 
Gupla,  dans  son  inscription  du  pilier  d'AIlahabad  (vers  36o 
de  J.-C),  désigne  soù's  îé' nom  de  Shâhànushâhi ,  et  qui 

> 

nastic  des  Pallavàs.  Ce  mot  qui  est  le  même  que  le  pahlava  ou  pahîvi  de 
la  Perse,  montrerait  que  dès  iè  premier  siècle  de  notrt  ère  ia  transforttia- 
lion  phonétique  de  parthava  s'était  déjà  opérée  en  Iran ,  qtiioique  \a  fontfe 
parthicus  reste  longtemps  la  seule  connue  des  auteurs  latins*  Je  dois  dire 
toutefois  que  M.  Nocldeke  pense  que  la  forme  pahlava  en  pemua  est  d'une 
époque  plus  récente  (ii*  siècle). 


372  MARSrAVRIL    1899, 

figurent  à  côté  des  Shâhi  et  des  Devaputra  dans  la  liste  des 
rois  alliés  des  Gupta.  Quant  au  litre  de  ShAhi,  il  est  égale- 
ment spécial  aux  souverains  d'origine  étrangère  ;  le  mot  est 
écrit  en  brahmi  sur  leurs  monnaies  :  tels  sont  les  Kida  (ou 
Kirda),  Kushana  Shàhi  des  m*  et  iv*  siècles,  dont  les  mon- 
naies sont  frappées  au  type  de  Kanishka,  et  les  Shâhi  JabuWa, 
Khinggila,  Toramâna,  Mihirakula,  etc.,  des  v*  et  vi* siècles, 
(monnaies  an  type  sassanide).  Enfin,  le  titre  de  Shâhi  reste 
employé  par  la  dynastie  turque  de  Kaboul  jusqu'à  la  con- 
quête musulmane  en  1027;  le  mot  ne  se  trouve  pas,  il  est 
vrai,  sur  les  monnaies  que  nous  possédons  de  ces  princes, 
mais  nous  savons  par  Albirouni  qu'ils  se  donnaient  le  titre 
de  Shahiya  (que  Kalhana  écrit  Çâhi),  Avec  le  dernier  des- 
cendant des  petits  Yue-tchi  disparait  toute  trace  de  domina- 
tion touranienne,  pour  faire  place  à  l'occupation  turque 
musulmane. 

Je  reviens  au  titre  de  devaputra.  On  ne  l'avait  constaté 
jusqu'ici  que  dans  les  inscriptions  lapidaires  des  roisTunishka, 
mais  sur  aucunes  monnaies  de  l'Inde.  Or  il  existe  au  British 
Muséum  des  pièces  barbares  à  légendes  bilingues,  écrites 
d'une  part  en  caractères  grecs  très  corrompus  qui  ne  donnent 
aucun  sens,  et  de  l'autre  en  lettres  kharoshthi  dont  Ten- 
semble ,  par  la  comparaison  avec  plusieurs  exemplaires ,  forme 
la  titulature  :  mahàrâyasa  râyarâyasa  devaputrasa  kuyula  kara 

kaphsasa.  Le  mot  devaputrasa  est  écrit  P  lj  "7  1  »  ®*  lemploi 
de  cette  épithète  sur  une  monnaie  de  Kadaphèsnous  montre 
bien  que  ce  roi  était  un  Yue-tchi.  Cunningham  qui  a  publié 
ces  monns^ies  en  1892,  nomme  ce  souverain  Kuyula  kara 
kaphsa  et  en  fait  un  personnage  distinct  de  Kadphisès  et  des 
Kadaphès  parce  qu'il  n'a  ni  le  titre  de  zxooy  ni  ceux  de 
Kushan  et  de  Yavu  que  l'on  voit  d'ordinaire  sur  les  pièces  de 
ces  princes;  mais  c'est  un  point  qu'il  est  difficile  d'établir 
quant  h  présent.  Eki  tout  cas  le  fait  de  l'emploi  du  titre  deva- 
putra sur  une  série  de  monnaies  antérieures  à  Ranishka  est 
intéressant  à  signaler.  Après  Vasushka  (nom  touranien  de 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  373 

Vasudeva) ,  dont  le  règne  finit  vers  i5o  de  notre  ère,  le  mot 
disparait  pendant  deux  siècles  et  on  ne  le  retrouve  plus  que 
dans  l'inscription  de  Allaliabad.  Il  est  regrettable  que  Samudra 
Gupta  ne  nous  ait  pas  laissé  le  nom  du  roi  qu'il  qualifie  ainsi , 
comme  il  l'a  fait  pour  d'autres  souverains  qu'il  avait  exter- 
minés. Il  est  possible  que  le  conquérant  ait  eu  en  vue  les  rois 
kouchans  postérieurs  ses  contemporains,  qui  régnaient  en 
dehors  de  l'Inde  ,  à  Kaboul  et  jusqu'à  l'Oxus ,  dont  les  mon- 
naies d'or  ont  été  récemment  publiées. 

Un  des  successeurs  de  Samudra ,  le  roi  Kumâra  s'intitule 
sur  une  de  ses  monneiïes  devajanita  n  engendré  par  les  de  vas», 
expression  cpii  est  probablement  empruntée  aux  Kouchans , 
mais  (jui  a  été  altérée  à  dessein.  Nous  la  trouvons  deux  ou  trois 
siècles  plus  tard,  vers  l'an  600,  sur  une  monnaie  bilingue, 
décrite  bien  des  fois  depuis  Prinsep ,  frappée  par  un  prince 
non  encore  identifié  qui  s'intitule  Vàhi  tigin,  roi  du  Kho- 
râssân  et  de  l'Arya  (  ou  de  l'Erân)  d'origine  divine ,  devajanita , 
variante  de  devaputra,  c'est  la  mention  la  plus  récente  de  ce 
titre  royal. 

E.  Drouin. 


BIBLIOGRAPHIE. 


iS^)"^  u^;  ^3  ^7^  iJ^    \^ ^v xAa  y  *^  ^  \ 


,U 


.  Al  llie  press  of  ihc  Archbishop  of  Canterbury's  Mission: 
Llrmi,  1898,  in-12,  p.  2/10. 

Cette  petite  grammaire  persane,  écrite  pour  les  Syriens 
d'Ourmia  et  du  Kurdistan,  est  rédigée  dans  le  dialecte  néo- 
syriaque parlé  par  ces  Syriens.  L'auteur  (le  Révérend  F. 
F.  Iwing,  de  la  Mission  de  Gante rbury  établie  à  Ourmia), 
s'est  servi  pour  ce  livre  de  la  grammaire  de  Palmer,  et  du 
manuel  du  capitaine  H.  Wilberforce  Clark;  il  a  fait  aussi 


374  MARS-ÂVRIL  1899. 

qadqaes  emprunts  à  la  Grammaire  persane  de  Bibenteini 
Kazimirski. 

Les  Syriens  de  la  Perse,  qui  doivent  acquérir  une  certaine 
connaissance  de  la  langue  parlée  dans  le  payiqu'ils  habitent, 
trouveront  dans  ce  manuel  un  guide  à  leur  portée,  d'une 
étude  facile.  Les  règles  de  la  grammaire  sont  exposées  avec 
clarté;  la  prononciation  exacte  des  mots  persans  est  indiquée 
par  une  transcription  syriaque.  La  grammaire  est  suivie  de 
nombreux  appendices,  utiles  pour  la  conversation  et  la 
correspondance  :  noms  des  jours ,  de  la  semaine ,  des  mois 
et  des  saisons;  cycle  turc  des  années  exprimées  par  des  noms 
d animaux;  concordance  des  années  de  THégire  et  de  Tère 
chrétienne;  phrases  usuelles;  formules  de  politesse,  classées 
suivant  le  rang  des  personnes  auxquelles  on  s'adresse  ;  modèlea 
de  lettres,  contrats,  certificats,  comptes  et  partages;  valeur 
des  monnaies ,  poids  et  mesures  ;  enfin ,  un  lexique  des  mota 
néosyriaques  avec  leurs  équivalents  en  persan« 

Cet  ouvrage ,  imprimé  à  Ourmia  avec  les  types  de  la  Mii« 
sion  anglaise ,  porte  le  modeste  habit  du  livre  scolaire.  Il  est 
peu  probable  qu'il  se  répande  en  Europe,  si  instructif  qu'il 
soit  même  pour  nos  savants;  le  néosyriaque  dans  lequel  il 
est  écrit  l'empêchera  de  franchir  les  frontières  de  la  Perse, 
Cependant  il  était  bon  de  le  faire  connaître,  ne  serait-ce  que 
par  sympathie  pour  les  dignes  missionnaires  qui  instruisent 
et  protègent  les  humbles  Syriens  émigrés  en  Perse. 

R.  DUVAL. 


Chàrâni,  —  Balance  de  la  loi  musulmane  ou  esprit  de  la  législation 
islamique,  et  divergences  de  ses  quatre  rites  jurisprudentids ; 
traduit  de  l'arabe  par  le  D' Perron.  Alger,  1 898 ,  P.  Fontana  et  C^. 

Longtemps  on  a  cru,  sur  la  foi  de  personnes  mal  infof» 
mées,  que  le  droit  musulman  n'était  qu'un  reflet  incohérent 
de  la  législation  romaine.  Aussi  accueillait-on  avec  ntf  kmi- 
rire  de  pitié  les  travaux  que  dé  rares  orientalistes  consacraient 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  375 

à  faire  connaître  au  public  européen  les  dispositions  que  la 
loi  musulmane  avait  formulées  dans  une  série  de  digestes 
dont  le  plus  ancien  remonte  au  second  siècle  de  Thégire. 
Aujourd'hui  que  les  traductions  se  sont  multipliées,  tous  ceux 
qui  ont  quelque  compétence  en  matière  juridique  recon- 
naissentque  les  légistes  musdimans  ont  fait  une  œuvre  sérieuse , 
pleine  de  vues  élevées,  et  conforme  dans  son  ensemble  aux 
principes  les  plus  rigoureux  de  Téquité,  et  tout  cela  avec 
une  originalité  propre  au  génie  arabe.  Certes  il  y  a  de  nom- 
breux points  communs  entre  le  droit  romain  et  le  droit 
musulman,  mais  il  serait  étrange  qu'il  en  fût  autrement,  et 
Ton  ne  conçoit  pas  bien  qu'un  contrat  de  vente ,  par  exemple , 
ne  donnât  pas  lieu  à  nombre  de  dispositions  identiques  en 
quelque  lieu  qu'il  soit  pratiqué ,  et  quelles  que  soient  la  race 
ou  la  religion  des  contractants. 

En  dehors  de  l'intérêt  qui  s'attache  aux  conceptions  théo- 
riques du  droit  musulman,  il  convient  de  rappeler  le  côté 
pratique  de  la  question.  La  France  surtout ,  qui  a  maintenant 
sous  son  autorité  des  millions  de  musulmans,  a  besoin  de 
connaître  dans  son  esprit  et  dans  sa  forme ,  toute  cette  légis- 
lation dont  elle  a  à  surveiller  chaque  jour  l'application.  C'est 
seulement  quand  elle  en  aura  éludié  le  mécanisme  à  fond 
qu'elle  pourra  y  introduire  sans  inconvénient  tous  les  perfec- 
tionnements compatibles  à  la  fois  avec  la  religion  islamique 
et  avec  nos  propres  institutions.  Car,  s'il  est  un  point  que  les 
traductions  des  ouvrages  arabes  nous  montrent  de  mieux  en 
mieux ,  c'est  la  possibilité  de  réformer  le  code  musidman  sans 
se  heurter  à  des  considérations  religieuses ,  et  sans  contrevenir 
à  des  théories  fondamentales  de  la  loi.  Il  est  fâcheux  que 
Ton  ait  si  longtemps  négligé  ces  sortes  d'études,  car  elles 
nous  eussent  évité  bien  des  difficultés  occasionnées  par  des 
mesures  prises  sans  le  moindre  profit,  ni  pour  nous,  ni  pour 
nos  administrés  indigènes,  ou,  pour  être  plus  exact,  au 
grand  préjudice  des  uns  et  des  autres. 

Toutefois  il  est  juste  de  reconnaîlre  les  efforts  que  fait  le 
gouvernement  général  de  l'Algérie  pour  obvier  aux  inconvé- 


376  MARS-AVKIL    1899. 

nients  du  système  sui>i  jusqu'à  ces  dernières  années.  Lie 
traité  de  Chàrâni  qu'il  publie  aujourd'hui  appartient  à  une 
série  de  travaux  du  même  genre  dont  l'impression  se  fait 
aux  frais  du  Gouvernement,  sous  la  haute  direction  de 
M.  Berseville  qui  n'a  cessé  d'encourager  les  membres  de  la 
commission  spéciale  instituée  à  cet  effet  dans  la  réalisation 
du  but  désintéressé  qu'ils  poursuivent. 

L'ouvrage  de  Chàrâni,  qui  a  pour  titre  La  Balance  (El- 
Mizân),  a  pour  objet,  ainsi  que  l'indique  ce  titre,  de  peser  la 
valeur  des  prescriptions  légèrement  différentes  qui  se  ren- 
contrent chez  les  auteurs  des  quatre  codes  malékite,  hanafite , 
chaiéite  et  hanbalite.  Sur  chaque  point ,  où  les  quatre  rites 
orthodoxes  sont  en  désaccord,  Chàràni  explique,  et  surtout 
apprécie  les  raisons  qui  ont  déterminé  les  imams  à  se  pro- 
noncer d'une  façon  différente ,  et  il  les  trouve  dans  Tincerti- 
hide  que  présente  l'interprétation  de  certains  hadits.  Il  résulte 
nettement  de  la  lecture  de  cet  ouvrage  que  la  loi  islamique , 
malgré  ses  bases  essentiellement  religieuses ,  le  Coran  et  le 
Sonna,  est  une  œuvre  en  réalité  bien  humaine  et,  comme 
telle,  susceptible  d'erreurs  que  d'autres  hommes  pourront 
rectifier,  à  la  condition,  bien  entendu,  qu'ils  soient,  eux 
aussi ,  profondément  versés  dans  la  connaissance  des  sources 
primordiales  de  la  législation.  D'ailleurs  le  seul  fait  qu'on 
restait  orthodoxe  en  adoptant  des  décisions  différentes,  ou 
même  contradictoires  sur  un  même  sujet,  était  déjà  une 
preuve  irréfutable  de  la  théorie  indiquée  ci-dessus. 

La  traduction  de  La  Balance  est  l'œuvre  du  regretté 
D'  Perron ,  le  premier  traducteur  de  Sidi  Khelil.  Ellle  a  laissé 
de  côté  une  partie  du  texte  jugée  inutile ,  et  les  fragments 
très  nombreux  qu'elle  reproduit  ont  été  disposés  dans  un 
ordre  autre  que  celui  suivi  par  Chàràni.  Mais,  grâce  au  zèle 
éclairé  de  son  savant  éditeur,  M.  Lucianl,  les  coupures  sont 
partout  indiquées  en  même  temps  que  les  pages  du  texte 
arabe  imprimé ,  ce  qui  permet  de  contrôler  sans  peine  les 
passages  qui  paraîtraient  obscurs  ou  douteux.  Pour  ma  part, 
j'aurais  préféré  une  traduction  complète,  malgré  l'insigni- 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  377 

ilance,  justifiée  sans  doute  atix  yeux  du  D"  Perron,  des  passages 
supprimés.  La  lecture  en  eût  été  rendue  pent-étre  plus  ardue , 
mais  les  Arabes  sont  si  peu  méthodiques  dans  la  composition 
de  leurs  ouvrages ,  que  bien  souvent  une  idée  neuve  ou  inté- 
ressante se  trouve  noyée  dans  un  fatras  de  choses  sans  im- 
porianc€,  qu*on  juge  inutiles  dans  leur  ensemble,  et  qu'on 
supprime  en  bloc.  Ces  sortes  de  traductions  ne  sont  pas  faites 
pour  le  grand  public;  elles  n*ofifrent  d'intérêt  que  pour  les 
travailleurs,  de  sorte  qu'il  n'y  a  pas  à  s'inquiéter  de  leur 
aspect  plus  ou  moins  rébarbatif.  Telle  qu'elle  est,  cependant, 
la  traduction  de  La  Balance  rendra  les  plus  grands  services, 
et  il  convient  de  féliciter  chaudement  tous  ceux  qui  ont  pris 
une  part  quelconque  à  ce  travail  impoi*tant. 

O.  HOLDAS. 


LAo-TZE's  TAO-TEH-KiNG,  chiiiese-en^ish  with  Introduction,  trans- 
lation and  notes  by  D'  Paul  Carus;  Chicago,  1898,  345  pages. 

C'est  un  beau  livre  que  vient  de  donner  au  public  le 
D'  Carus,  qui  s'est  révélé  depuis  peu  comme  un  adepte  de  la 
sinologie;  on  voit  qu'il  publie  con  amore  son  philosophe  de 
prédilection.  Le  luxe  typographique  y  est  complet  et  appro- 
prié ;  nous  devons  ajouter  que  le  travail  y  est  fait  avec  grand 
soin  et  une  recherche  constante  de  l'exactitude. 

(ù'est  d'abord  une  introduction  où  l'auteur  explique ,  selon 
ses  vues,  les  doctrines  de  son  héros  et  rend  compte  de  sa 
méthode  et  des  études  qu'il  a  faites  pour  accomplir  sa  tache. 
11  s'est  surtout  attaché  au  livre  de  Stanislas  Julien,  très  savant 
sans  doute ,  mais  que  son  docte  auteur  lui-même  n'aurait  pas 
tenu  pour  définitif. 

Après  l'introduction  vient  le  texte  du  Tao-te-king  précédé 
de  la  biographie  de  Lao-tze  par  Sze-ma-tsien  ;  suit  un  voca- 
bulaire complet  de  tous  les  mots  dans  l'ordre  qu'ils  ont  dans 
le  texte,  avec  la  transcription  et  la  signification  générale.  Ce 


378  MARS-AVRIL   1899. 

lexique  est  suivi  de  la  traduction  et  de  notes  Justificatives  et 
interprétatives. 

Nous  donnons  volontiers  nos  éloges,  en  général,  aux  con- 
naissances du  D'  Carus  et  à  la  manière  dont  il  a  exécuté  son 
œuvre.  Mais  il  nous  serait  bien  difficile  de  souscrire  à  la  plu- 
part de  ses  opinions. 

Nous  nous  bornerons  à  quelques  observations  générales 
de  nature  à  faire  comprendre  nos  réserves.     . 

Pour  bien  saisir  le  principe  fondamental  du  Taoïsme,  il 
faut  le  rapprocher  des  systèmes  brahmaniques.  Le  Tao  est 
réquivalent  du  tad  indou  ;  c'est  Tètre  infmi ,  inconnaissable , 
et  par  conséquent  indéfinissable  et  innonunable,  aussi  long- 
temps qu'il  reste  renfermé  en  lui-même,  mais  qui  peut  être 
connu  et  recevoir  un  nom  dès  qu'il  se  manifeste  au  dehors, 
en  produisant  les  êtres  particuliers.  Ce  qui  le  fait  sortir  de 
son  essence ,  c'est ,  d'après  Lao-tze ,  le  désir  ;  d'après  les  brah- 
manes ,  le  kâma ,  l'amour,  ce  qui  revient  au  même.  Ce  désir 
ou  amour  est  co-étemel  à  l'essence  tchang.  C'est  ce  déiir 
dont  il  est  parlé  au  premier  chapitre  du  Tao-te-king,  et  nul- 
lement celui  des  hommes;  cette  dernière  supposition  rompt 
la  chaîne  des  idées  et  introduit  dans  l'ensemble  une  notion 
toute  disparate.  11  n'y  est  question  que  de  la  définition  du 
Tao  y  le  sens  l'indique  très  dairement.  «  Ayant  étemdlement 
le  désir»,  c'est  une  explication  qui  ne  peut  s'appUqœr  à 
l'être  contingent*. 

Le  Tao  n'est  ni  la  raison ,  ni  la  voie ,  ni  la  parole ,  ni  au- 
cune notion  abstraite'  :  c'est  l'entité  concrète  par  excdlence, 
procréatrice  de  tous  les  êtres ,  le  principe  primordial  de  toute 
chose ,  d'où  émanent  le  ciel  et  la  terre  et  qui  engendre  toutes 
les  créatures  ',  comme  il  est  dit  au  premier  chapitre.  Il  n'y 

^  Chap.  1 ,  3.  «Dans  sou  état  éternel  d'absence  de  désir,  on  voit,  on  pov 
çoit  sa  nature  merveilleuse ,  mystique.  En  ce  qu'il  a  rétemel  dénr  oa  voit 
son  extérieur,  son  dehors,  ce  par  quoi  il  est  en  contact  arec  les  étrat  qu'il 
procrée.  »  Tchang  wu  yâ  i  kieii  khi  nùao  ;  Tchang  yûen  y  i  kien  Ud  kiao, 

*  Comment  revient-on  encore  sur  un  fait  aussi  bien  démontré? 

'  Tien  ta  tchishih,  wân  wvk  tchi  mu  «cœli  terrœ  princi[Ham,  onmium 
eutium  mater». 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  379 

a  qu'un  seul  mot  pour  rendre  Tao,  c'est  Tao  lui-même;  de 
même  que  le  verbum  évangélique  ne  peut  être  rendu  que 
par  le  mot  «  verbe  »  ;  nous  n'avons  pas  de  terme  qui  corres- 
ponde à  Tao,  C'est  «le  principe  producteur  et  régidateur». 
Le  terme  négatif  wuh  n'est  pas  le  «  non-être  »  ou  «  le  vide  » , 
mais  «  l'immatériel,  l'imperceptible  ». 

Au  chapitre  v  on  ne  peut  pas  traduire  :  «  Le  saint  n'a  pas 
de  charité  ;  il  regarde  tous  les  hommes  comme  des  chiens 
d'herbe  » ,  car  rien  n'est  plus  contraire  aux  principes  moraux 
de  Lao-tze.  Ce  philosophe  prêche  partout  la  charité  et  dit 
même  expressément  au  chapitre  xlix  :  «  Le  saint ,  plein  de 
sollicitude ,  étend  son  aflection ,  son  cœur  sur  tout ,  et  traite 
tous  les  hommes  conune  ses  enfants  » ,  ce  qui ,  sans  doute , 
n'est  pas  la  même  chose  que  «  des  chiens  d'herbe  ». 

La  négation  yèi  n'est  pas  d'une  généralité  plus  grande  que 
puh,  c'est  la  négative  avec  le  verbe  «  être  »  sous-entendu;  ainsi 
au  chapitre  i^tfei  chang  tao  signifie,  de  l'aveu  général,  •  n'est 
pas  le  tao  éternel». 

Je  n'en  dirai  pas  davantage ,  mais  je  ne  pouvais  parler  de 
ce  livre  sans  présenter  ces  remarques  qui  témoignent  seule- 
ment de  divergences  d'opinion,  bien  qu'essentielles  pour 
l'intelligence  du  Taoïsme. 

C.  DE  Harlez. 


RECUEIL  D'ARCHÉOLOGIE   ORIENTALE 


PAR  M.  CLERMONT-GANNEAU  ^ 


SOMMAIRE  DES  MATIERES  CONTENUES  DANS  LE   TOME  I  (1888) 

(avec  21  planches  et  nombreuses  gravures  dans  le  texte). 

Inscriptions  grecques  inédites  du  Haurân  et  des  régions  adjacentes. 
—  Le  sceau  de  Obadyahou ,  fonctionnaire  royal  israélite.  —  Les 

^  Paris,  Ë.  Leroux;  prix  des  volumes  I  et  II,  2 5  francs;  prix   du  vo- 
lume m,  souscrit  d'avance  et  à  recevoir  par  livraisons:  ao  francs. 


380  MARS-AVRIL    1899. 

noms  royaux  nabatéens  employés  comme  noms  divins.  —  Le 
cippe  nabatéen  de  D'meîr  et  l'introduction  en  Syrie  du  calendrier 
romain  combiné  avec  l'ère  des  Séleucides.  —  Mouches  et  filets. 

—  Deux  nouvelles  inscriptions  phéniciennes  de  Sidon.  —  L'in- 
scription phénicienne  de  Ma'soub.  —  Une  inscription  phéniciemie 
de  Tyr.  —  Une  nouvelle  dédicace  à  Baal  Marcod.  —  Un  nouveau 
titulus  funéraire  de  Joppé.  —  Le  temple  de  Baal  Marcod  a 
Deir  el-Qal'a ,  nouvelles  inscriptions.  —  Antiquités  et  inscriptions 
inédites  de  Palmyre.  —  Mané,  Thécel,  Phares  et  le  festin  de 
Balthasar.  —  Segor,  Gomorrhe  et  Sodome.  —  Le  mot  chillek 
«  sauver  »  en  phénicien  et  dans  Tarahe  vulgaire.  —  Le  sceau  d'Ab- 
dhadad.  —  Inscription  funéraire  de  Qalonié  (environs  de  Jéru- 
salem ).  —  Pégase  et  isTTfyvvfAi.  —  Beseph-Heç  ou  Resouf-Uouç  et 
Apollon  Agyeus.  —  Quatre  noms  gréco-phéniciens  :  L  Ahdsasam 
et  Apsasomos.  —  II.  Menakem  et  Mnaseas,  —  111.  Thcràn,  — 
IV.  Abdçed  et  Apsès,  —  La  suppression  des  nasales  dans  IVîcri- 
ture  cypriote.  —  Explication  d'un  passage  de  l'inscription  bi- 
lingue de  Tamassos.  —  Une  pierre  miliiaire  arabe  de  Palestine 
du  premier  siècle  de  l'hégire.  —  Inscription  du  calife  £1-Mahdi 
relatant  la  construction  de  la  mosquée  d'Ascalon  en  l'an  1 55  de 
rilégire.  —  Explication  d'un  passage  du  traité  conclu  entre  le 
sultan  Qelàoùn  et  les  Génois.  —  Le  clichage  des  estampages.  — 
Cœsar  et  le  nom  punique  de  l'éléphant.  —  Esculape  et  les  chiens 
sacrés.  —  Une  intaille  bilingue  égypto-araméenne. —  Inscription 
arabe  de  Bâniàs.  —  Les  seigneurs  de  Bâniâs  et  de  Soubeibé.  — 
Le  pont  de  Beîbars  à  Lidda.  —  Une  borne  miliiaire  à  Jérusalem. 

—  Sarcophage  de  Sidon  représentant  le  mythe  de  Marsyas.  — 
L'inscription  hébraïque  de  l'acqueduc  de  Siloé.  —  Sur  une  in- 
scription bilingue  du  Louvre,  grecque  et  palmyrénienne.  —  Le 
pèlerinage  de  Nâseri  Khosrau  d'Acre  à  Tibériade  :  1.  Hattin.  — 
II.  Les  casaux  Broel,  Danior  et  Tatura.  —  III.  La  légende  de 
'Ain  el-Baqâr  et  d'Adam  le  laboureur.  —  IV.  Nebi  Sâleh  et 
Nebi  *Akk.  —  Erbed  et  ses  tombeaux  sacrés.  —  Légendes  et  tra- 
ditions locales  de  Palestine  au  moyen  âge  :  1.  Le  tombeau  de  la 
(ille  de  Iloscin  à  Tibériade.  —  II.  Roûmé  et  le  tombeau  de 
Juda.  —  III.  Sarâqa  et  le  sépulcre  de  Benjamin.  —  IV.  Entre 
Laddjoiin  et  Sébaste.  —  V.  La  citerne  de  Joseph.  —  Sur  quel- 
ques casaux  de  Terre  sainte  :  [.  Seingibis  et  Caphet.  —  II.  Ar- 
thabec,  Calodie,  Latine,  etc.  -  Xazaretii,  le  mont  Se'ir  et  le 
Saut  du  Seigneur.  —  Deir  Fâkhour,  Betha])ara  et  les  tombeaux 


NOUVELLES   ET  MELANGES.  381 

de  Mo'âdli  et  de  Abou  'Obaîdè.  —  Mont  Gis/irt  et  Tell  el-Djezer, 

—  Additions  et  rectifications. 

SOMMAIRE  DES  MATIERES  CONTENUES  DANS  LE  TOME  II  (1898) 

(avec  planches  et  gravures). 

1.  Les  épimélètes  de  la  source  sacrée  d'Ephca  à  Pîdmyre.  — 
S  2.  Un  nouveau  mois  dans  le  calendrier  pidmyrénien.  —  S  3.  Les 
anciens  mots  arabes  KyyaXdaSaetd  et  kXe^fi,  —  S  4.  Gemme  re- 
présentant peut-être  le  portrait  d'un  satrape.  —  S  5.  L'inscrip- 
tion minéenne  du  sarcophage  ptolémaîque  du  Musée  du  Caire. 

—  S  6.  Le  waw  final  des  noms  propres  nabatéens  :  ou  ou  o?  — 
S  7.  Inscription  gréco-nabatéenne  de  Medaba  (Moabitide).  — 
S  8.  Dédicace  du  dieu  arabique  (Djerach).  —  S  9.  Autel  de 
Djerach  dédié  à  Némésis.  —  S  10.  Dédicace  à  Sévère  Alexandre 
et  à  Julia  Mamasa  (Djerach).  —  S  11.  Le  protocole  ô  x^pios  fiov, 

—  S  12.  Inscription  grecque  de  l'église  du  Saint-Sépulcre  (Jéru- 
salem). —  S  13.  Lychnaria  à  inscriptions  arabes.  —  S  14.  La 
plante  et  la  ville  de  Tayibel  el-ism.  —  S  15.  L'inscription  de 
l'atabek  Anar.  —  S  16.  Une  inscription  rdative  à  la  légion  X 
Fretensis  Gordiana ,  à  *Ammân.  —  S  1 7.  Tête  de  statue  archaïque 
de  Mouchrifè.  —  S  18.  Un  nouveau  cachet  israélite  archaïque 
(Yahmolyahou  Ma'aseyahou).  —  S  19.  Sceau  sassanide  au  nom 
de  Chahpoûr,  intendant  général  de  Yezdegerd  II.  —  S  20.  InBcrip- 
tion  romaine  d'Abila  de  Lysanias.  —  S  21.  Inscription  romaine 
d'Héliopolis.  —  S  22.  Sceau  d'Elamaç,  fils  de  Eichou*.  — 
S  23.  Le  lychnarion  arabe  de  Djerach.  —  S  24.  La  mosaïque  de 
Medaba.  —  S  25.  La  géographie  médiévale  de  la  Palestine  d'après 
des  documents  arabes.  —  S  26.  Amulette  au  nom  du  dieu  Sasm. 
S  27.  L'apothéose  de  Neteiros.  —  S  28.  Ossuaire  d'Afrique, 
chrétien  ou  juif?  —  S  5.9.  Le  dieu  du  Safa.  —  S  30.  Les  mon- 
naies phéniciennes  de  Laodicée  de  Chanaan.  —  S  31.  Le  nom 
palmyrénien  de  Taîbol.  —  S  32.  Le  mot  arabe  tmâçia».  — 
S  33.  Le  nom  palmvréno-grec  BôUas  d'après  une  inscription  bi- 
lingue. —  S  34.  La  formule  chrétienne  0C  XY  4>H  TTN  et 
les  lychnaria  chrétiens.  —  S  35.  Beitligge  et  les  casaux  octroyés 
par  Godefroy  de  Bouillon  aux  chanoines  de  Saint-Sépulcre.  — 
S  36.  Les  jardins  et  les  irrigations  de  Petra.  -r^  S  37.  L'inscrip- 
tion palmyrénienne  n**  93.  —  S  38.  Madd  ed-deir  et  le  casai  de 
Mondisder.  —  S  39.  Le  culte  de  la  déesse  Leucothea  dans  la 

XIII.  25 


mritlIIFJllB    IIATIOIALE. 


/ 


382  MARS-AVR[L    1899. 

région  de  l'Hermon.   —  S  40.  La  seconde  inscription  de  Bar- 
Rekoub.  —  S  41.  L'autel  nabatéen  de  Kanatha.  —  S  42.  Les 
archers  palmyréniens  à  Coptos.  —  S  43.  Le  nom  palmyrénien 
de  Bolleha.  —  S  44.  La  grande  inscription  nabatéenne  de  Pétra. 
—  S  45.  L'abstinence  du  pain  dans  les  rites  syriens,  païen  et 
chrétien.  —  S  46.  Le  sépulcre  de  Rachd  et  le  tumulus  du  roi 
Archelaùs..  —  S  47.  La  prise  de  Jérusalem   par  les  Perses  en 
6id  J.-C.  —  S  48.  La  carte  de  la  Palestine  d'après  la  mosaïque 
de   Mâdeba.    —   S  49.  Épitaphes   palmyiréniennes   d'Alep.   — 
S  50.  Localités  arabes  de  l'époque  des  Croisades.  —  S  51.  Le 
culte  de  saint  Mennas  en  Mauritanie.  —  S  52.  De  Hesbân  à 
Kerak.  —  S  53.  Jethro  et  le  nom  nabatéen  Ouitro.  —  S  54.  Les 
Nabatéens  dans  le  pays  de  Moab  :  I.  L'inscription  de  Oumm  er- 
Resâs.  —  II,  III,  IV  :  L'inscription  de  Mâdeba.  —  S  55.  Ba- 
catha ,  ville .  épiscopale  d'Arabie.  —  S  56.  Les  Samaritains  de 
Yabneh.  —  S  57.  Le  stratège  nabatéen  Nakebos.  —  S  58.  La 
statue  du  roi  nabatéen  Rabel  I  à  Pétra.  —  S  59.  Un  reliquaire 
des  Croisades.  —  S  60.  Les  a  cames  »  ou  gîtes  d'étape  des  sultans 
mamlouks  pendant  les  Croisades.  —  $61.  Nouvelles  observations 
sur  les  gouverneurs  romains  d'Arabie.  —  S  62.  L'ancien  dieu 
arabe  Okaisir.  —  S  63.  Inscription  grecque  de  Sarephtfaa.  — 
S  64.  Le  plan  de  l'église  du  Saint-Sépulcre  dessiné  par  Arcidphe 
au  vu'  siècle.  —  S  65.  Cachet  Israélite  archaïque  au  nom  d'Ich- 
mael  et  de  Pedayahou.  —  S  66.  Les  tombeaux  de  David  et  des 
rois  de  Juda  et  le  tunnel-aqueduc  de  Siloé.  —  S  67.  Une  nou- 
velle inscription  phénicienne  de  Tyr.  —  S  68.  L'ère  d'Actiom 
en  Phénicie.   —  S   69.  Gadara  et  la  X*  légion  Fretensis.  — 
S  70.  La  basilique  de  Constantin  et  la  mosquée  d'Omar  à  Jéru- 
salem. —  S  71.  L'inscription  de  Nebî  Hâroûn  et  le  «dharih» 
funéraire  des  Nabatéens  et  des  Arabes.  —  S  72.  La  statue  du 
dieu  Obodas,  roi  de  Nabatène.  —  S  73.  Les  nouvdles  inscrip- 
tions nabatéennes  de  Pétra  :  I.  Inscription  d'El-Mer.  —  IL  In- 
scription n**  1  d'El-Madrâs.  — -  UI.  Inscription   de  'Oneichou, 
épitrope  de  la  reine  ChouqaUat.  —  S  74.  I.  Sur  qudques  noms 
propres  palmyréniens  et  nabatéens.  —  II.  Flexion  possible  des 
noms  propres  nabatéens  terminés  en  ou,  —  S  75.  Les  mots  phé- 
niciens chatt  «année»  et  chanôt  cannées».  —  S  76.  Nouvdles 
inscriptions  grecques  et  romaines  de  Syrie.  —  S  77.  Gadara 
)(^pri(Tlofiov(Tta.  —  S  78.  Une  inscription  inconnue  du  calife  ^Abd 
el-Melik  à  la  Sakhra.  —  Additions  et  rectifications. 


NOUVELLES    ET  MELANGES.  383 

50MMAJRS  DES   MATIERES  CONTENUES  DANS  LE  TOME  III  (  aveC  planches 

et   gravures,   en   cours   de   publication;   livraisons   i  à   9,   oc- 
tobre 1898-février  1899). 

S  L  Le  cippe  phénicien  du  Rab  Abdmiskar.  —  S  2.  La  grande 
inscription  phénicienne  nouvellement  découverte  à  Carthagc.  — 
S  3.  Le  mazrah  et  les  cuviœ,  colle gia  ou  ordines  carthaginois  dans 
le  Tarif  du  sacrifice  de  Marseille  et  dans  les  inscriptions  néo- 
puniques de  Maktar  et  d'Altiburos.  —  S  4.  Deux  nouveaux  Ijch- 
naria  grec  et  arabe.  —  S  5,  Sur  deux  inscriptions  funéraires  de 
Palmyre.  —  S  6.  La  Nea,  ou  l'église  de  la  Vierge  de  Justinien 
à  Jérusalem.  —  S  7.  Inscriptions  des  croisades  découvertes  à  la 
Khânkâh  de  Jérusalem.  —  S  8.  Inscription  araméenne  de  Cap- 
padoce.  7—  S  9.  Amphores  à  épigraphes  grecques ,  et  jarre  à  épi- 
graphe sémitique  provenant  d'un  sépulcre  phénicien.  —  S  1 0.  L'in- 
scription nabatéenne  de  Kanatha.  —  SU.  Sur  un  poids  en  plomb 
à  légendes  grecques  provenant  de  Syrie.  — S  12.  Le  dieu  Tamoûz 
et  Melek  Tâoùs.  —  S  13.  Jéhovah  et  la  déesse  Qadech.  —  S  14. 
Le  «puits»  des  Tombeaux  des  rois  de  Juda.  — S  15.  L'hémi- 
sphère ,  absida  ou  ciboriwn  du  Martyrion  de  Constantin  et  de  la 
Mosquée  d'Omar.  —  S  16.  Chroniques  syriaques  relatives  à  la 
Syrie  arabe.  —  S  17.  Notes  sur  le  Haurân.  —  SIS.  Notes  sur 
le  pays  de  Basan.  —  S  19.  Les  noms  de  la  chauve-souris  en  sy- 
riaque et  en  hébreu.  —  S  20.  Les  dialectes  arabes  vulgaires  de 
l'Afrique  du  Nord.  —  S  21.  La  stèle  A  de  Neîrab.  —  S  22.  Le 
titre  palmyrénien  de  kachîch  «sénateur».  —  S  23.  La  Sébastè 
d'après  une  nouvelle  inscription  grecque,  —  S  24.  Le  nom  car- 
thaginois de  Sophonibe.  —  S  25.  Nouvelle  inscription  hébraïque 
et  grecque  de  la  limite  de  Gezer.  —  S  26.  Le  chapitre  du  Saint- 
Sépulcre  et  l'abbaye  du  Mont-Sion.  —  S  27.  L'oiseau  embléma- 
tique de  Karak.  —  S  28.  Le  titre  romain  d'Odeinat ,  roi  de  Pal- 
myre. —  S  29.  Les  berqnils  ou  «réservoirs»  des  Croisés.  —  S  30. 
Les  Phéniciens  en  Grèce  (à  suivre). 


Le  gérant  ^ 
RUBENS  DUVAL. 


m    *, 
•  *  . 


JOURNAL  ASIATIQUE. 


MAI-JUIN  1899. 


LES 

PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES 

DANS  L'AFRIQUE  DU  NORD 

(21-100  H.  — 651-718  J.-C.) 

PAR 

M.  CAUDEL. 

(suite.) 


III 

Et,  d'abord,  où  habitait-il  ? 

La  Djeziret-ePArab,  r«  île  des  Arabes»,  étale  sa 
carrure  massive  entre  deux  continents:  TAfrique, 
dont  la  sépare  le  fossé  profond  de  la  mer  Rouge; 
l'Asie,  que  le  désert  de  Syrie  et  le  golfe  Persique 
font  bien  lointaine.  Les  vents  contraires  rendent  la 
navigation  de  la  mer  Rouge  souvent  dangereuse; 
les  solitudes  du  nord  sont  difficiles  à  franchir;  il 
faut  bien  connaître  les  pistes  pour  sy  risquer.  Le 
golfe  Persique  est  balayé  de  brises  soudaines  qui 
chavirent  les   barques   et,   encore  aujourd'hui,    le 

\m.  26 


tiirmtllK«IK    lATlUAALI. 


386  MAI-JUIN  1899. 

marin  de  Mascate  n  y  aventure  son  frêle  bâtiment 
qu  après  avoir  interrogé  les  quatre  coins  de  l'hori- 
zon et  consulté  les  augures  ;  au  sud ,  TOcéan  éploie 
à  Tinfini  sa  surface  rutilante  de  soleil  ;  nul  de  ceux 
qui  s  y  aventurèrent  n*en  revint.  Ces  déserts  d*eau 
ou  de  sable  enferment  un  autre  désert.  La  presqu'île 
est  un  plateau ,  bordé  sur  certains  côtés  de  montagnes 
assez  hautes,  doucement  incliné,  en  d'autres  en- 
droits ,  vers  la  mer ,  bossue  en  son  milieu  de  massifs 
montagneux  allant,  d'une  façon  générale,  en  pente 
du  sud  vers  le  nord ,  des  hauteurs  de  l'Yemen  et  de 
rOman  vers  les  plaines  de  Syrie  et  de  Mésopotamie, 
comme  pour  déverser  de  ce  côté  la  population  qui 
l'occupe.  Les  hommes  ont ,  en  effet ,  suivi  cette  direc- 
tion et  pris ,  dès  longtemps ,  contact  avec  le  monde 
extérieur,  sans  le  beaucoup  pénétrer  et  sans  se  lais- 
ser pénétrer  par  lui. 

Les  rois  de  Hira  et  de  Ghassan  ont  fait  la  guerre 
aux  souverains  grecs  et  perses,  ou  se  sont  mis  à 
leur  solde.  Les  caravanes  des  Qoraïchites  vont  et 
viennent  entre  lô  centi'e  de  la  péninsule  et  les  villes 
de  Syrie;  mais,  quand  elles  retournent  chez  elle», 
personne  ne  les  suit,  et  le  monde  civilisé  devine  à 
peine  ce  qu'il  y  a  derrière  le  désert  où  elle»  «'en- 
foncent. Jadis,  les  Romains  avaient  tenté  une  ex- 
pédition qui,  fatiguée  de  ne  rencontrer  que  de» 
sables  et  des  rocs,  battit  en  retraite.  Dan»  »on  pay», 
l'Arabe  est  loin  du  monde;  il  ne  craint  pas  les  atta- 
ques de  l'extérieur  et  vit  à  l'aise  ,8ur  son  domaine 
qui,  s'il  n'est  pas  riche,  est  vaste;  aucim  souverain 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  387 

étranger  na  pu  1  asservir  ;  nulle  autre  race  n a  mêlé 
son  sang  au  sien  ;  il  est  bien  lui-même  et  il  est  indé- 
pendant. 

Cette  homogénéité  de  la  race  et  la  parfaite  unité 
de  caractère  qui  en  résulte  sollicitent  la  réflexion. 
Ce  sont  des  faits  uniques  à  l'époque  et  dans  les  con- 
trées qui  nous  occupent.  Regardez  à  TOrient,  vers  la 
Perse,  ou  à  TOccident,  vers  Byzance  et  les  débris 
de  son  empire;  longez  le  littoral  de  la  Méditerranée, 
d'Alexandrie  à  Ceuta ,  et  revenez  par  la  côte  euro- 
péenne ;  scrutez  les  vingt  civilisations  qui  grouillent 
autour  du  bassin  maritime  d'où  elles  tirent  leur  vie  : 
nulle  part  vous  ne  trouvez  un  peuple  qui  n'ait  été 
soumis ,  ime  nation  qui  n'ait  été  meurtrie ,  une  race 
qui  n'ait  été  croisée ,  une  législation  qui  n'ait  connu 
l'influence  étrangère ,  une  foi  qui  n'ait  été  traversée 
de  courants  opposés.  Partout  c'est  mélange,  enche- 
vêtrement, contradictions,  et  vous  ne  discernez  que 
pensées  fines  peut-être,  élevées  parfois,  mais  tou- 
jours complexes,  tourbillonnant  dans  des  cerveaux 
bâtards.  Tout  autour  de  la  mer,  les  hommes  sem- 
blent des  galets  si  longtemps  rotdés  par  les  flots 
qu'ils  ont  perdu  toute  aspérité  et  que  la  vague  la 
plus  légère  les  fait  glisser  les  ims  sur  les  autres  sans 
qu'ils  s'opposent  ou  qu'ils  s'arrêtent.  Fixez-vous  en 
un  point  du  rivage  et  considérez  les  gens  que  vous 
y  trouvez  :  vous  serez  bien  empêché  de  dire  d'où  ils 
viennent  et  quels  furent  leurs  pères.  Vous  ne  le 
saurez  qu'après  avoir  interrogé  une  histoire  qui  bé- 
gaye et  appris   que  beaucoup   d'autres   hommes, 

26. 


388  MAI-JUIN  1800. 

venus  (railleurs,  passèrent  par  ici  et  y  laissèrent 
des  leurs.  Votre  embarras  grandira  si  vous  étudiez 
les  mœurs,  car  vous  y  trouverez  des  réminiscences 
de  pays  lointains  et  la  trace  profonde  de  mille 
influences  étrangères.  Les  lois  et  les  religions  vous 
diront  la  même  chose  et  vous  vous  étonnerez  en 
constatant  que  ce  peuple,  venu  du  Nord  et  mêlé 
d'éléments  hétérogènes ,  a  reçu  ses  lois  de  l'Occident 
et  sa  religion  de  TOrient,  que  ses  codes  lui  viennent 
de  Rome,  sa  philosophie  d'Athènes,  sa  foi  de  Jéru- 
salem ,  qu'il  plaide  comme  un  Latin ,  raisonne  comme 
un  Grec  et  croit  comme  un  Sémite. 

Au  fond ,  ce  citoyen  qui  n  est  pas  un  Romain ,  ce 
philosoplie  qui  n  est  pas  un  Grec,  ce  religieux  qui 
n  est  pas  un  Juif,  ne  réunit  pas  les  qualités  et  ne  fond 
jjas  en  un  ensemble  harmonique  les  caractères  des 
trois  races.  11  penche  toujours  du  côté  où  le  sang 
crie  le  plus  fort  ;  il  est  plus  rhéteur  en  Grèce ,  plus 
mystique  en  Syrie,  plus  pratique  en  Italie.  11  sent 
bien  ce  qu  il  y  a  d'emprunté  et  de  convenu  dans  sa 
civilisation,  et  entend  toujours,  au  fond  de  sa  con- 
science nationale  endormie,  de  vieilles  traditions  qui 
l'appellent  et  le  reproche  d'un  passé  qu'il  a  répudié. 
Cela  le  trouble;  il  cherche  la  vérité  dans  les  discus- 
sions et  les  raisonnements ,  ou  l'oubli  dans  le  silence 
de  la  pensée.  H  est  mal  à  l'aise  dans  ses  habits  d'em- 
prunt, dont  il  se  soucie  peu  et  qu'il  troquerait  sans 
remords  contre  d'autres  plus  aisés.  Il  faudra  plusieurs 
siècles  pour  filtnT  le  monde  occidental,  rendre  au 
continent  qui  a  connu  Rome    quelques  vagues  et 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  389 

étroites  copies  en  plusieurs  exemplaires  de  ce  qu'il  a 
perdu ,  et  mettre  un  semblant  de  vie  dans  le  cadre 
majestueux  de  l'ancienne  civilisation  latino-grecque. 
Encore,  bien  souvent,  ne  sera-ce  qu imitation  et 
sentira-t-on  la  maladresse  du  barbare  singeant  les 
manières  policées ,  ou  la  sottise  de  Thomme  nouveau 
acharné  à  restituer  de  vieilles  idées  et  des  institu- 
tions mortes. 

Rome,  écrasée,  sVst  vengée  du  vainqueur  en  lui 
léguant,  par  dérision,  un  héritage  qui  Tembarras- 
sera  longtemps.  C'est  un  mal  terrible  dont  le  monde 
occidental  du  vii^  siècle  souffre  et  pense  périr. 
Il  n'y  a  plus  accord  entre  les  institutions  et  les 
sujets,  entre  les  formules  et  les  esprits,  entre  les 
dogmes  et  les  croyances.  Les  gouvernements  sont 
trop  compliqués  pour  des  hommes  qui  sont  trop 
simples,  et,  pendant  longtemps,  tout  l'effort  des 
hommes  tendra  à  saper  à  droite  et  à  gauche,  au 
hasard ,  à  grands  coups  violents  et  bêtes ,  dans  un 
appareil  administratif  qui  les  effraye  ;  et  ils  ne  s'arrê- 
teront que  lorsqu'ils  auront  substitué  à  la  merveil- 
leuse ordonnance  antique  le  chaos  féodal  ou  l'atonie 
de  la  Byzance  des  derniers  jours.  Les  pensées  sont 
trop  vastes  pour  des  esprits  trop  étroits,  et,  jusqu'à  la 
Renaissance,  les  esprits  chercheront  le  sens  des  lam- 
beaux de  manuscrits  épargnés  par  le  feu,  comme  \m 
enfant  poursuit  la  solution  d'un  rébus.  Les  dogmes 
sont  trop  élevés  pour  les  croyances,  qui  sont  trop 
naïves,  et  peu  à  peu  la  religion  ira  en  descendant 
dans  une  ombre  toujours  plus  épaisse,  à  travers  les 


300  MAI.JUIN  1809. 

disputes,  les  schismes  et  les  hérésies,  jusqu'au  ré- 
veil des  deux  réformes  protestante  et  catholique.  A 
rheure  qui  sonne  pour  nous,  le  désordre  est  à  gon 
comble ,  et  les  corps  sociaux  ont  juste  assea  de  vi- 
gueur pour  végéter,  repliés  sur  eux-mêmes,  suant  la 
fièvre  qui  les  dévore. 

Considérez  maintenant  le  peuple  qui  habite  dans 
la  péninsule  arabique.  Il  na  pas  subi  d'invasion  ;  on 
ne  lui  a  jamais  imposé  de  loi  ni  prêché  de  foi;  il 
vit,  pense  et  croit  comme  au  premier  jour.  Sa  vie 
est  misérable,  mais  elle  lui  convient;  il  s  y  est  fait, 
il  la  supporte  avec  patience  et  même  Taime  à  tel 
point  qu'il  n'en  changera  que  malaisément.  Son 
esprit  est  borné,  peu  cultivé,  porté  vers  certaips 
objets  qu'il  saisit  bien  et  fermé  à  certaines  idées 
qu'il  ne  comprend  pas,  accessible  à  beaucoup  de 
passions,  susceptible  de  sentiments  très  divers,  peu 
sensible  aux  raisonnements,  esprit  vierge  façonné 
par  la  vie  que  mène  le  corps,  poussé  tout  d'un 
côté,  dans  un  seul  sens,  et  grandi  tout  droit  sans 
une  déviation.  Le  corps  est  agile,  l'esprit  est  vif;  le 
premier  répond  vite  à  l'impulsion  que  communique 
le  second  et  l'ensemble  forme  une  machine  rudî- 
mentaire,  mais  puissante,  active,  infatigable,  qui 
n^attend  qu'un  signal  pour  partir.  Si,  sans  poursuivre 
notre  étude,  nous  devions  chercher  quelque  part 
lexplication  du  succès  arabe,  ne  la  trouverions- 
nous  pas  dans  cet  heureux  équilibre  des  facultés 
physiques  et  mentales  d'un  peuple  dont  la  vigueur 
ne  s'est  point  usée  dans  de  grandes  entreprises,  dont 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  391 

l'esprit  ne  s  est  point  énervé,  débandé  en  de  multi"- 
pies  efforts  disproportionnés  et  contraires? 

Les  montagnes  de  TArabie  ne  recèlent  pas  de 
sources  et  leurs  ravins  ne  conduisent  à  la  mer  que 
des  torrents  intermittents,  gonflés  par  les  pluies 
d'hiver  et  que  dessèchent  les  premières  ardeurs  du 
printemps;  sur  ]es  hauts  plateaux,  dans  quelques 
cantons  privilégiés,  on  rencontre  des  eaux  vives  per- 
pétuelles ,  autour  desquelles  poussent  du  gazon ,  des 
fleurs  et  quelques  arbres  fruitiers;  mais  ces  coins 
sont  peu  nombreux  et  bien  des  Arabes  ne  les  con- 
naissent que  par  ouï-dire.  Le  reste  du  pays  n*est  que 
tristesse  et  désolation.  L'ossature  des  rocs  crève  le 
sol  de  toutes  parts  et,  là  où  cesse  le  roc,  commence 
le  sable;  les  herbes  sont  rares  et  maigres  et  le  soleil 
d'été  tarit  toutes  les  sources  et  dessèche  tous  les  pâ- 
turages. En  certains  lieux,  la  nature,  qui  ailleurs 
n'était  que  revêche,  devient  horrible;  dans  les  Ne- 
fouds ,  le  sable  de  gros  grains  rouges  semble  «  une 
mer  de  sang  et  de  feui;  dans  le  Hamma,  c*est  le 
mirage  qui  flotte  sans  cesse  devant  les  yeux;  ailleurs 
le  sol  se  creuse  en  abîmes  circulaires  entre  lesquels 
la  caravane  ne  s'engage  qu'avec  un  guide  expert; 
souvent,  le  sable  lui-même  disparait  et  la  pierre, 
mise  à  nu .  est  si  dure  que  les  sabots  des  bétes  de 
charge  qui  y  passèrent  durant  des  siècles  n'y  lais- 
sèrent pas  de  traces.  Dans  les  régions  les  plus  favo- 
risées, la  vie  est  difficile.  Le  peu  d'arbres  et  d'eaux 
vives  que  l'Arabe  ait  vus  sur  les  hauteurs  du  Djebel- 
(lurned  le  font  rêver  à  des  contrées  où  l'on  peut' 


392  MAI-JUIN  1899. 

faire  des  journées  de  marche  sous  un  perpétuel 
ooibrage,  et  où  les  sources  murmurent  tout  autour 
du  voyageur.  Ces  contrées,  il  voudrait  bien  les  voir 
et  y  vivre  et,  pour  elles,  il  quittera  sans  regret  son 
âpre  rocher.  L'Arabe  n*est  point  attaché  au  soi,  il 
ne  sait  ce  qu*est  la  patrie  et  il  se  fixera  ià  où  il  se 
trouvera  bien.  Nouveau  caractère  qu'il  faut  remar- 
quer. Les  invasions  ne  reculeront  pas  et  i  envahis- 
seur se  fera  tuer  sur  la  place ,  plutôt  cpie  de  rompre 
d'une  semelle  pour  rentrer  dans  lenfer  d'où  il  est 
sorti.  Son  pays  d'origine  ne  sera  pour  lui  ni  une 
base  d'opérations,  ni  une  réserve  de  munitions  et 
de  vivres.  Il  part  avec  armes  et  bagages  pour  ne 
jamais  revenir  que  lors  du  pèlerinage,  en  croyant, 
qui  vient  adorer  l'Éternel  au  lieu  où  il  s'est  révélé, 
plus  qu'en  citoyen  qui  rentre  dans  sa  patrie. 

En  montant  vers  le  Nord,  l'Arabe  arrive  à  un 
carrefour  d'où  partent  trois  routes:  Tune,  celle  du 
milieu,  va  tout  droit  au  septentrion,  vers  la  Syrie, 
l'Asie  Mineure  et,  plus  loin,  l'Europe;  la  seconde,  à 
gaiîche,  tourne  vers  l'Occident  et  mène  en  Afrique; 
la  troisième,  à  droite,  conduit  en  Mésopotamie: 
c'est  le  chemin  de  l'Asie.  Entre  ces  trois  routes,  il  a 
le  choix;  mais,  qu'il  prenne  l'une  ou  l'autre ,  jamais 
elles  ne  se  rencontreront,  car  chacune  d'elles  court 
à  une  extrémité  de  f  horizon  et  nul  détour  ne  la  ra- 
mène au  point  de  départ.  Voilà  qui  explique  la  dif- 
fusion rapide  du  peuple  arabe  et  aussi  la  rapide  dis- 
location de  l'Empire  qu'il  fonda.  Si  l'autorité 
centrale,  établie  vers  lendroit  où  les  trois  voies  bi- 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  393 

furqucnt,  s'énerve,  les  provinces  situées  aux  extré- 
uiités  évoluent  sur  elles-mêmes  et  tranchent  le  lieu 
factice  qui  les  unissait  aux  autres  parties  de  la  mo- 
narchie. 

La  nature  avait  fait  au  peuple  de  Mohammed 
une  remarquable  homogénéité  ;  elle  le  poussa  hors 
de  la  péninsule  et  lui  ouvrit  sur  le  monde  trois 
routes  également  larges  et  belles.  Elle  avait  aussi 
puissamment  contribué  à  former  son  caractère  et 
son  esprit. 

IV 

On  s  accorde  aujourd*hui  pour  admettre  que  la 
nature  influe  beaucoup  sur  le  caractère  do  Thomme , 
et  que  ce  dernier  se  moule  au  sol  qui  le  porte.  Quand 
bien  même  cette  idée  serait  contestable  pour  les  ré- 
gions où,  comme  les  nôtres,  Tatmosphère  clé- 
mente, la  glèbe  généreuse,  le  ciel  tiède  laissent  à 
Têtre  humain  tout  son  ressort  et  aiguillonnent  son 
activité  sans  déformer  son  corps  ni  déprimer  son 
cerveau,  il  faudrait  la  tenir  pour  vraie  en  ce  qui 
concerne  d'autres  contrées  moins  fortunées,  où  la 
nature  est  dure  à  Thomme  et  l'exaspère.  L'Arabie 
est  de  celles-là. 

L'homme  y  est  prisonnier  entre  le  sable  et  le 
soleil.  S'il  lève  les  yeux  vers  le  ciel,  l'astre  l'aveugle 
do  ses  rayons .  et  s'il  les  abaisse  vers  la  terre ,  sa  ré- 
verbération lui  brûle  encore  la  vue;  l'horizon  lui- 
même  est  embrasé.  Il  y  a  dans  l'éther  un  excédent 


394  MAI-JUIN  1800. 

de  lumière;  les  objets  en  sont  saturés.  Elle  fait 
vibrer  toutes  les  teintes  et  les  monte  au  ton  le 
plus  aigu.  Aucun  corps  ne  i*absorbe,  nul  écran  ne 
Tarrête;  tout  le  long  du  jour  elle  resplendit  et, 
pour  échapper  au  cauchemar,  Thomme  n'a  d*abri 
que  celui  qu'il  élève.  Sous  la  toile  de  la  tente, 
il  trouve  un  étroit  carré  d'ombre  et  s'y  cantonne 
jusqu'à  ce  que  la  nuit  vienne;  elle  tombe  vite  et 
sans  transition.  Lumière  intense,  ombre  profonde  : 
c'est  toute  l'âme  arabe. 

Jamais  de  teintes  dégradées  et  fondues  qui,  en 
caressant  l'œil ,  chatouillent  la  pensée  et  font  rêver 
à  des  tons  plus  délicats  encore,  A  des  transitions 
plus  molles.  La  lumière  cuisante  refoule  le  regard 
en  dedans.  Sorti  de  son  désert,  l'Arabe  a  conservé 
cette  vision  intérieure  qui  nous  étonnera  toujours  : 
son  œil,  noyé» dans  l'ombre  des  cils,  qu'épaissit  la 
cavité  de  l'orbite ,  /immobilise  et  s'endort;  les  rayong 
visuels  ne  passent  plus  à  travers  la  prunelle  indiffé- 
rente et,  seule,  la  douceur  du  regard  dénonce  la 
pensée  intime  qu'il  contemple.  Peu  à  peu,  l'homme 
se  refuse  à  la  vision  extérieure  ;  observer  lui  est  une 
fatigue;  suivre  deux  lignes  paredlèles,  blanches  de 
soleil ,  devient  une  souffrance;  comparer  deux  objets 
lui  est  presque  impossible.  Il  entr'ouvre  seulement  les 
paupières ,  risque  à  travers  les  cils  un  rapide  clin 
d'œil  et  reçoit  une  impression  subite ,  très  vive.  La 
nature  envahit  son  entendement  d'une  attaque  bru- 
tale, lenlève  d'assaut;  elle  ne  l'enveloppe  jamais 
d'une  lente  et  persuasive  caresse,  mais  le  saisit  tout 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  395 

entier.  H  ne  distingue  pas  les  détails  des  choses , 
mais  seulement  le  trait  principal ,  qui  efface  tous  les 
autres,  la  teinte  fondamentale,  qui  absorbe  le  reste; 
chez  lui,  vision,  conception,  intuition  sont  brus- 
ques. 

Chacune  d'elles  refoule  davantage  1  ame  sur  elle- 
même.  Tout  ce  qui  est  extérieur  à  Tâme  la  choque 
et  Teffraye;  elle  ne  trouA^e  de  calme  et  de  repos 
qu'en  elle-même;  partant,  elle  ramène  tout  à  elle 
et  se  fait  le  centre  de  funivers.  Nulle  nest  plus 
concentrée  et  plus  personnelle;  nulle  n*est  moins 
capable  de  comprendre  le  renoncement  et  de  mé- 
diter le  sacrifice.  Toutes  ses  forces  suffisent  à  peine 
à  la  défendre  contre  les  chocs  du  dehors.  Comment 
pourrait-elle  songer  à  fortifier  les  autres  et  où  trou- 
verait-elle Texcès  de  vigueur  nécessaire  pour  conce- 
voir labnégation? 

Sa  sensibilité  est  constamment  froissée  par  le 
monde  extérieur  ;  elle  ne  se  livre  à  lui  qu'à  demi  et 
à  regret ,  et  se  dérobe  vite ,  car  la  sensation  tourne 
rapidement  à  la  souffrance;  mais  elle  a  beau  faire, 
l'extérieur  la  domine  et  s'impose. 

Aussi  bien  n'est-il  pas  toujours  farouche  et*  re- 
poussant; s'il  se  présente  sous  un  heureux  aspect, 
l'âme  s'entrouvre  et  l'admire;  elle  n'est  pfas  fermée 
complètement  au  sentiment  de  la  nature.  «  Ne 
croyez -vous  pas  que  1rs  cieux  et  la  terre,  dit  le 
Qoran,  s'unissent  pour  publier  les  louanges  do 
l'Eternel?  Les  oiseaux,  dans  les  bois,  les  célèbrent;'! 
leur  manière.  Tous  les  êtres  créés  connaissent  l'hom- 


396  MAI-JUIN  1899. 

mage  qu  ils  lui  doivent ...  Ne  voyez-vous  pas  comme 
il  agite  légèrement  les  nuages ,  comme  il  les  pousse 
dans  les  airs,  les  rassemble,  les  entasse?  Alors  la 
pluie  tombe  de  leur  sein  entrouvert*. .  ,  » 

Mais  ces  rayonnements  sont  rares  e*t  courts  j  le 
plus  souvent,  Tâme  tourne  sur  elle-même,  dans  un 
clair  obscur  qui  la  repose  de  l'éclatante  lumière  du 
dehors;  elle  se  nourrit  de  sa  propre  substance  et 
rumine  de  Tombre. 

Une  sensibilité  à  la  fois  si  vive  et  si  soupçonneuse 
sert  une  intelligence  spéciale  des  choses.  Nous  sen- 
tons, nous  autres,  constamment  et  pleinement  ;  nos 
yeux  restent  grands  ouverts  sm*  la  nature,  et  tous 
nos  sens  recueillent  avec  avidité  les  impressions  du 
monde  extérieur.  Nous  les  comparons,  les  analysons 
sans  trêve  ni  relâche,  et,  d'observation  en  compa- 
raison, d analyse  en  synthèse,  nous  arrivons,  en 
éliminant  ce  qui  nous  embarrasse  et  en  ajoutant  ce 
qui  nous  complaît,  à  composer  un  tableau,  à  repro- 
duire un  ensemble  dont  nous  imaginons  une  bonne 
part,  à  construire  un  système  du  monde  dans  lequel 
tout  est  mesuré  et  combiné,  tout  s'emboîte  et  tout 
s'enchaîne.  Notre  intelligence  est  avide  d'ordre, 
notre  sensibilité  l'alimente  d'impressions  précises 
qu'elle  colore  de  nuances  délicates. 

L'intelligence  arabe  est  toute  différente.  Supposez 
un  écran,  tantôt  inondé  de  lumière,  tantôt  plongé 

'  Qoran,XXlV.  4i-43. 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  397 

dans  l'obscurité.  La  lumière,  très  vive,  dévore  les 
ombres,  mêle  les  contours,  brouille  les  plans,  étale 
sur  la  surface  lisse  une  leinte  presque  uniforme, 
éclatante,  triomphante  et  brutale,  qui  fatigue  et  fait 
désirer  fobscurilé.  L'illumination  a  été  brusque; 
elle  s  éteint  soudainement  et,  à  distance,  il  semble 
quun  peu  de  cette  ombre  soit  passée  sur  la  lu- 
mière. L'analyse  que  peut  tenter  un  esprit  éclairé 
de  la  sorte,  par  à-coups,  est  imparfaite,  ses  com- 
paraisons sont  fragmentaires,  les  mesures  qu'il 
prend  sont  approximatives;  il  n'a  eu  ni  le  temps 
ni  la  curiosité  de  fixer  les  objets;  il  ne  saisit  que 
leur  silhouette,  et  ne  va  pas  chercher,  derrière  celle- 
ci,  leur  vraie  nature.  Cette  intelligence  ne  discute 
pas  volontiers;  elle  accepte  les  impressions  que  sa 
sensibilité  lui  transmet,  sans  tenter  de  les  ordonner 
ni  de  les  expliquer.  Ces  impressions  sont  profondes, 
impérieuses  et  simples  ;  aussi  nulle  intelligence  n'a- 
t-elle  mieux  su  concevoir  l'absolu ,  l'infini,  l'unité. 
Développée  en  sens  inverse  de  la  nôtre,  elle  doit 
faire  effort  pour  tirer  d'un  ensemble  la  complexité, 
comme  la  nôtre  se  surmène  pour,  de  la  com- 
plexité, déduire  lunité.  Elle  commence  par  voir 
simple,  tandis  que  la  nôtre  voit  composé;  elle  ob 
serve  un  point  central ,  irradié  en  nébuleuse ,  tandis 
que  la  nôtre  circonscrit  l'objet  avant  d'en  étudier  la 
nature;  elle  court  d'abord  au  fait  principal,  sans 
souci  ni  du  temps  ni  de  l'espace,  tandis  que  la  nôtre 
ne  l'atteint  qu'en  suivant  la  série  des  faits  secon- 
daires qui  l'ont  préparé. 


398  MAI-JUIN   1809. 

N*allez  pas  rechercher  la  raison  de  cette  tournure 
d  esprit  dans  une  faculté  spéciale  d'abstraction  ;  nul 
homme  sut  moins  que  TÂrabe  détacher,  dun  tout, 
la  partie,  la  quidité  de  Tobjet,  Tessence  de  la  nature. 
Pour  abstraire,  ii  faut  observer  profondément; 
TÂrabe  n  observe quà  la  légère,  d*un  œil  rapide,  très 
clairvoyant,  mais  très  mobile.  S'il  veut  peindre  un 
état  qu il  devine  sans  lavoir  va,  o*est  aux  images 
concrètes  qu  il  fait  appel*  Veut-il  décrire  f  égarement 
des  infidèles  :  «Dieu,  dit-il,  a  imprimé  son  aœau 
sur  leurs  cœurs  ;  leurs  oreilles  et  leurs  yeax  sont  oou» 
verts  d  un  voile  ^ .  »  Veut  -  il  nous  représenter  le 
réveil  des  pécheurs  au  jour  du  jugement,  il  nous  les 
représente  «se  levant,  tremblanUf  de  leurs  cer- 
cueils^ »  ;  et  quant  aux  justes  «  leurs  fronts  paraîtront 
rayonnants  de  gloire,  leurs  regards  seront  tournés 
vers  le  Seigneur.  Le  visage  des  méchants  sera  couvert 
des  ombres  de  la  tristesse^  ».  S'il  conseille  la  justice, 
il  dit  :  «t  Remplissez  le  boisseau,  pesez  avec  justice^... 
Pesez  avec  une  balance  juste  ^.»  L'image  concrète 
vient  toujours  soutenir  la  pensée  vacillante  et  comme 
embarrassée  d'elle-même. 

Peu  de  sens  Imaginatif. 

Une  telle  proposition  semble  paradoxale.  Les 
Orientaux  passèrent  toujours   chez  nous,  i  juste 


1  Qopan^n,  5-6. 

*  Qoran,  XXXIV.  5o. 

'  Qoran,LXXV,  22-25. 

*  Qoran,XI,  85. 

^  Qoran.XXVI,  176. 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  399 

titre,  pour  avoir  une  grande  imagination.  Les  fables 
qu'ils  ont  inventées  ne  cessent  pas  de  nous  divertir; 
leur  poésie,  un  peu  boursouflée  et  mignarde,  mais 
souvent  puissante  et  toujours  gracieuse ,  nout émeut; 
leurs  mythes,  profonds  ou  frivoles,  ont  surpris  la 
foi  de  nos  pères  et  nous  durrment  encore  aujour- 
d'hui. Les  Orientaux  sont  gens  d'imagination,  les 
Arabes  sont  des  Orientaux ,  les  Arabes  doivent  avoir 
de  Timagination  :  le  syllogisme  s'impose.  L'histo- 
rien, perdu  dans  les  récits  prolixes  ou  confus  des 
annalistes,  fâché  de  ne  pouvoir,  dans  la  contradic- 
tion des  faits,  découvrir  une  ti'ame  régulière,  inscrit 
au  compte  de  l'imagination  ce  qui  l'embarrasse. 
C'est  aussi  simple  que  peu  conforme  aux  règles  de 
la  critique.  Les  annalistes  arabes  se  défendent  mal 
contre  l'accusation;  notre  auteur  moderne,  qui  a  de 
la  lecture ,  ne  manque  pas  de  leur  opposer  les  Mille 
et  une  Nuits.  Allez  croire  des  gens  dont  le  seul  ou- 
vrage qui  soit  vraiment  répandu  chez  nous  est  un 
pur  produit  d'imagination  !  L'argument  est  décisif; 
on  s'incline  devant  lui,  et  le  lecteur  reste  convaincu 
que  l'Arabe  est  un  Imaginatif,  et  que  les  annalistes 
ont  vigoureusement  mis  à  profit  cette  faculté  en 
composant  leurs  œuvres. 

Mais  les  Orientalistes  savent  que  les  Mille  et  une 
Nuits  ne  sont  pas  une  œuvre  arabe ,  et  voilà  l'argu- 
ment à  terre.  Avec  lui  s'évanouissent  les  conclu- 
sions qu'on  en  tirait.  Nous  pouvons  sans  crainte 
affirmer  que,  chez  ceux  qui  nous  occupent,  le  sens 
imagina tif  est  restreint,  presque   atrophié.  Ils  ont 


400  MAI-JUIN  1809. 

bien  Tiniagination  reproductrice  autant  c[ue  quicon- 
que, ce  semble;  ils  possèdent  peu  d'imagination 
créatrice. 

L^imagination  reproductrice  réveille  et  fait  vibrer 
dans  notre  mémoire  une  sensation  passée;  Timagi- 
nation  créatrice,  en  en  suscitant  une  autre,  et  en 
Tunissant  à  la  précédente  dans  un  rythme  commun, 
tire  de  Tcnsemble  une  harmonie  dont  Técho  agite 
d'autres  ondes  qui  vont  en  s'élargissant.  Leur  am- 
pleur n'avait  jamais  frappé  nos  sens,  car  jamais  elle 
ne  s'était  déployée  dans  la  nature;  notre  esprit  seul 
la  conçoit ,  la  goûte ,  la  reproduit  à  plaisir  et  la  déve- 
loppe autant  qu'il  peut.  C'est  l'œuvre  du  musicien 
qui,  des  bruits  discordants  de  la  nature,  tire  des 
accords  rythmés  et  consonnants. 

L'imagination  créatrice  évoque,  à  côté  du  monde 
réel,  un  monde  possible,  plus  beau,  meilleur,  qui 
flotte  à  mi-hauteur,  jjresque  à  portée  de  la  main, 
et  qu'elle  pense  toujours  saisir.  La  faculté  de  sup- 
poser et  de  souhaiter  le  meilleur  est  la  condition 
du  progrès  social  ;  celui  qui  ne  la  possède  pas  a  bien 
peu  de  chances  de  l'atteindre  jamais. 

L'imagination  créalrice,  mise  en  mouvement,  ne 
s'arrête  plus.  Elle  a  supposé  des  choses  possibles  : 
elle  va  rêver  des  impossibilités,  entasser  les  hypo- 
thèses, échafauder  l'invraisemblable  sur  l'irréel  et 
prendre  d'assaut  Tidéal.  Toujours  déçue  dans  sa  re- 
cherche, mais  jamais  lassée,  elle  rencontre  l'art  qui 
la  soutient  et  la  console.  La  faculté  de  concevoir,  de 
désirer  et  d'esquisser,  sous  une  forme  quelconque. 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  401 

l'idéal ,  est  la  condition  du  progrès  mentd.  Celui  qui 
ne  la  possède  pas  ne  pourra  ni  évoluer,  ni  renou- 
veler ses  destinées. 

L'Arabe  n'a  jamais  eu  de  mythes;  jamais  il  n'a  su 
faire  parler  la  nature,  animer  l'inanimé,  prêter  à  ce 
qui  l'entourait  ses  pensées  et  son  langage,  faire  dia- 
loguer l'herbe  avec  l'arbuste.  Comme  tous  les  primi- 
tifs ,  il  a  cherché  ses  dieux  dans  les  choses ,  mais  les 
choses  divinisées  sont  restées  inertes  entre  ses  mains. 
Il  entassa  à  la  Mekke ,  dans  la  demeure  qu'Abraham 
avait  construite,  plus  de  trois  cents  débris  informes  de 
bois  ou  de  pierre ,  et  attendit  qu'ils  parlassent  et  ma- 
nifestassent leur  puissance.  Il  attendait  encore,  sans 
curiosité  ni  impatience ,  quand  Mohammed  détruisit 
ce  grossier  panthéon. 

L'Arabe  ne  composa  pas  de  fables  :  il  ne  sut  pas 
grouper  les  traits  de  caractère  épars  dans  vingt  per- 
sonnes, pour  en  tirer  un  type  unique,  achevé,  par- 
fait. Il  ne  sut  pas  déterminer,  dans  les  lignes  si- 
nueuses que  décrivent  les  actions  des  hommes,  la 
ligne  médiane  qu'il  faudrait  suivre  et  qui  mène  sû- 
rement à  la  vérité. 

Il  ne  connut  pas  plus  l'art  que  la  philosophie.  Il 
enchevêtra  des  traits  rectilignes ,  secs  et  froids ,  ins- 
pirés peut  ê Ire  par  le  réseau  polygonal  des  gerçures 
du  sol,  qu'on  voit  en  certaines  régions  du  désert,  et 
voilà  tout  ce  qu'il  put  faire  en  dessin.  Sa  peinture 
fut  une  marqueterie  de  teintes  plates  et  criardes  ;  il 
ne  connut  pas  la  musique  :  son  étonnement  fut 
grand  quand  il  entendit  les  accords  que  les  artistes 

Mil.  27 

liirr.iur.air   hatioxalr. 


402  MAI-JUIN  1899. 

grecs  tiraient  de  leurs  instruments  et  il  ne  fut  jamais 
tenté  de  les  imiter.  Sa  poésie  est  enfantine  :  elle 
décrit  un  objet»  un  animal,  un  homme,  avec  un 
souci  du  détail  qui  nuit  à  Timpression  d ensemble; 
elle  expose  le  sentiment,  la  passion ,  sans  les  analyser, 
et  reste  prisonnière  du  temps  et  de  l'espace  sans 
chercher  à  leur  échapper. 

La  métaphore  est  brillante  et  toujours  concrète  : 

La  charmante  nomade  qui  repose  soiis  une  tente  agitée 
du  souffle  du  zëphir  est  semblable  à  la  tendre  gazelle  ou  à  la 
perle,  objet  des  vœux  du  plongeur;  lorsqu'elle  s'avance,  on 
dirait  une  nuée  éclatante  \ 

Souvent  elle  est  poussée  si  loin  qu  elle  nous  étonne  ; 
la  traduction  trahit  la  pensée  en  rendant,  dans  une 
avalanche  de  mots,  ce  que  TArabe  disait  en  une 
courte  phrase  ; 

La  fatigue  des  com])ats ,  dit  quelque  part  Djerir,  a  exténué 
nos  coursiers,  dont  les  llancg  sont  repliés  sur  eux-mêmes 
comme  les  étoiles  que  le  marchand  du  Hadramaut  renferme 
dans  ses  ballots. 

Elle  déborde  sur  la  prose  rythmée;  le  Qoran  est 
composé  dans  cette  prose  : 

La  vie  mondaine  ressemble  à  la  pluie  que  nous  faisons 
tomber  des  nuages  pour  féconder  Jjçs  plantes.  E^es  brillent 
un  instant ,  mais ,  tout  d  un  coup  des9échëes ,  elles  deviennent 
le  jouet  des  vents  *.  —  Celui  qui  exerce  Taumône  par  os- 
tentation et  qui  ne  croit  pas  en  Dieu  et  au  jour  dernier  est 

'  Farazdaq. 

*  Qoran  XVIII,  43. 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  403 

semblable  au  rocher  recouvert  d'une  légère  couche  de  terre. 
Une  pluie   abondante  survient  et  ne  laisse  que  sa  dureté  \ 

—  Les  œuvres  de  Tlnfidèle  ressemblent  à  la  vapeur  qui  s'é- 
lève dans  le  désert;  le  voyageur  altéré  y  court  chercher  de 
l'eau  et,  lorsqu'il  s'en  est  approché,  l'illusion  a  disparu*.  — 
Les  dieux  que  vous  adorez  ne  sauraient ,  dans  leur  puissance , 
disposer  de  la  pellicule  qui  enveloppe  le  noyau  de  la  datte  ^. 

—  Au  moment  de  la  mort,  dit  Ghozzâli,  l'âme  (du  juste) sort 
de  son  enveloppe ,  comme  une  goutte  d'eau  s'échappe  d'une 
outre.  Mais,  quant  au  méchant, il  est  plus  difficile  de  faire 
sortir  son  esprit  que  d'extraire  un  clou  de  la  laine  mouillée  *. 

Souvent  cet  esprit  s'élève  jusqu'à  l'hyperbole  et 
y  puise  une  puissance  nouvelle  pour  décrire  l'infini 
qu'il  conçoit  si  bien  :  «  Dis  :  si  la  mer  se  changeait 
en  encre  pour  écrire  les  paroles  de  Dieu ,  la  mer 
tarirait  avant  les  paroles  de  Dieu,  quand  même 
nous  y  ajouterions  une  autre  mer  pareille  en  éten- 
due^. »  —  «  Si  tous  les  arbres  de  la  terre  se  trans- 
formaient en  kelams  (plumes  pour  écrire)  et  que 
Dieu  ajoutât  à  la  mer  sept  autres  mers  d'encre,  cela 
ne  suffirait  pas  pour  écrire  toutes  les  paroles  de 
Dieu^.  M 

Toujours  revient  l'image  concrète  et  toujours 
s'enfle  l'hyperbole,  sans  que  l'esprit  puisse  se  déta- 
cher du  spectacle  de  la  matière  et  rendre,  autre- 

^  Qoran  II,  266. 

2  Qoran  XXIV,  39. 

'  Qoran  XXXV,  i4. 

*  Ghazzâli,  Ad-douna  aljakliira,  p.  5  de  la  trad. 

^  Qoran  XVIII,  109. 

•^  Qoran  XXXI,  26. 

27. 


404  MAI-JUIN   1899. 

ment  que  par  une  comparaison  prodigieuse  d'invrai- 
semblance, Tinfini  qui!  contemple. 


Mais  poursuivons  Tétude  de  cette  intelligence  et 
voyons  comment,  précisément,  elle  fonctionne. 

Dans  un  ensemble ,  elle  saisira  d'abord  le  fait  prin- 
cipal, s'y  cramponnera ,  et  jugera  le  reste  d'après  lui, 
au  lieu  de  chercher  son  explication  dans  le  reste. 

Nous  autres  considérons  de  prime  abord  le  fait 
important;  mais,  l'observation  à  peine  terminée, 
nous  nous  mettons  en  quête  de  la  raison  ou  des 
raisons  de  ce  fait.  Quelque  probant,  absorbant, 
impérieux  qu'il  soit,  nous  lui  voidons  des  causes 
et  n'avons  de  cesse  que  quand  elles  sont  trou- 
vées. Ces  raisons ,  nous  ne  les  découvrons  que  par 
raisonnement,  et  nous  raisonnons  toujours,  c'est-à- 
dire  que  nous  classons  les  faits,  non  par  rang  d'im- 
portance ,  mais  par  ordre  chronologique  :  le  fait  an- 
térieur doit  forcément  déterminer  le  fait  postérieur, 
et  la  question  principale  n'arrive  qu'à  son  tour,  déjà 
éclaircie  par  tout  ce  qui  l'a  précédée.  Ce  qui  suit 
achève  de  la  rendre  nette  et  l'explique  peut-être  ;  si 
cela  ne  siifBt  pas,  nous  cherchons  ailleurs,  dans  la 
série  d'observations  et  de  raisonnements  anciens ,  la 
clef  de  l'énigme  actuelle. 

L'Arabe  a  fixé  d'abord  le  fait  important;  il  s'y 
bute  ;  rien  ne  l'en  détournera  plus ,  qu'une  nouvelle 
impression   qui  effacera  la  présente.  Ce  fait,  il  le 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  405 

met  en  tête  de  son  développement  et ,  derrière  lui , 
il  range  les  autres  d'après  Tintérêt  qu'il  leur  porte  ou 
d'après  l'intensité  du  choc  qu'il  en  a  reçu.  C'est  un 
classement  définitif;  par  suite,  pas  de  développement 
logique  ni  d'explication  satisfaisante.  Peu  importe 
ce  qui  fut  avant  ou  ce  qui  sera  après  ;  le  fait  est  là , 
en  pleine  lumière ,  au  milieu  de  l'ombre  qui  lui  fait 
repoussoir;  c'est  bien  l'impression  brutale,  l'idée 
simple  et  impérieuse  dont  je  paiiais  tout  à  l'heure. 

Prenons  des  exemples.  On  trouve  souvent,  dans 
les  annalistes ,  la  phrase  suivante  «  Mât  ou  qâl ...» 
traduction  littérale  :  «  Il  mourut,  et  il  dit.  .  .  »,  tra- 
duction incompréhensible  qu'il  faut  rendre  ainsi  : 
a  En  mourant,  (un  tel)  dit.  .  .  »  Vous  comprenez 
maintenant  le  travail  psychique  de  l'Arabe.  Un  tel 
est  mort,  voilà  le  fait  considérable  qu'il  faut  aussitôt 
noter  :  «  11  mourut ...»  En  mourant ,  un  tel  pro- 
nonça quelques  paroles  bien  senties,  qui  valent  la 
peine  d'être  rapportées,  mais  qui,  après  tout,  ne 
sont  que  secondaires;  nous  les  notons  en  second 
lieu  :  «  ...  et  il  dit  ». 

Je  trouve  dans  Ibn  al  Athir  (Kamil,  page  67  du 
texte  arabe)  la  phrase  suivante  :  «  La  population  lui 
(à  ^Abd  Allah  ibn  Sa'ad)  demanda  la  paix  moyen- 
nant une  rançon ,  et  à  la  condition  qu'ils  (les  Arabes) 
VL  entreraient  pas  dans  ce  pays  et  n'y  pénétreraient 
pas.  .  .  ,etc  ».  C'est  encore  le  même  raisonnement; 
l'auteur  a  fixé  d'abord  l'idée  qui  le  frappait  le  plus  : 
moyennant  le  payement  d'une  rançon ,  ses  compa- 
triotes n'entreront  plus  dans  l'Ifriqïah;  puis  il  a  songé 


406  MAI-JUIN  1800. 

à  la  façon  dont  ils  envahissaient  le  J>ay0,  &  leurs 
rapides  incursions  qui  s  enfonçaient  jusqu*aa  ocEur 
de  ia  province,  et  ii  a  ajouté  qu'ils  ïïb pénétreront^ 
et  cela  sous-entend  :  jamais. 

L  aspect  de  cet  esprit  nous  fait  déjà  prévoir  le 
langage  qu'il  emploiera*  Des  idées  simples,  puis- 
santes, obsédantes,  s  enveloppent  de  formules  brèves, 
impérati ves  ;  ces  idées  ne  se  pénètrent  pas  ;  elles  vivent 
côte  à  côte,  dans  la  conscience  au  repos,  sans  s'éclai- 
rer mutuelloment ,  et  se  présentent  h  Tentendement, 
à  tour  de  rôle,  toujours  de  face,  sans  reflet  de  Ttine 
sur  lautre.  A  chaque  concept,  il  faut  un  nom;  à 
chaque  idée ,  il  faut  une  formule.  De  là  une  abon- 
dance do  mots,  un  foisonnement  de  qualificatifs  que 
nos  langues  ne  connaissent  pas.  Cette  richesse  peut, 
il  est  vrai,  s  expliquer,  en  partie,  par  Torigine  du 
vocabulaire  arabe  islamique ,  composé  de  termes  em- 
pruntés à  toutes  les  tribus  qui ,  aux  temps  de  l'igno- 
rance, avaient  chacune  leur  idiome  particulier.  Ex- 
plication insuffisante  :  les  mots  qui  font  double 
emploi  gisent  au  fond  des  dictionnaires  et  n'en  sor- 
tent pas  ;  laissez-les  de  côté ,  et  vous  avez  encore  un 
vocabulaire  d  une  richesse  inouïe. 

C'est  que  le  mot  est  irréductible,  qu'il  ne  se  plie 
pas  volontiers  aux  fantaisies  de  la  pensée ,  et  que  la 
pensée  no  cherche  pas,  derrière  le  mot  commun, 
1  acception  détournée  cpie  telle  circonstance  exige; 
c'est  que  le  mot  ne  veut  dire  qu'une  chose  et  que, 
pour  désigner  un  autre  objet,  même  très  voisin, 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  407 

presque  sembiable,  il  faut  forger  un  autre  tnot;  et 
cette  spécification  va  si  loin  que  le  pluriel  veut  une 
forme  spéciale ,  différente  du  singulier  non  seulement 
par  l'addition  d'un  affixe ,  mais  par  la  brisure  de  la 
racine  même,  qui  prend  un  aspect  nouveau,  sonne 
autrement  à  l'oreille  et ,  par  toute  son  allure ,  dénote 
qu'elle  indique  quelque  chose  de  tout  à  fait  différent 
de  l'objet  considéré  isolément. 

Les  qualificatifs  sont  aussi  nombreux  et,  presque 
à  un  degré  égal ^  absolus.  Tout  au  plus,  par  une  mo- 
dification interne  de  la  racine ,  par  une  brisure  sem- 
blable à  celle  qu'exige  le  pluriel ,  se  prêtent-ils  à  l'idée 
d'augmentation  oU  de  diminution  ;  mais  les  points 
extrêmes  de  leur  translation  ne  sont  pas  éloignés  et, 
dès  que  l'essence  qualitative  changé,  ils  refusent  le 
service. 

C'est  encore  la  même  chose  pour  le  verbe  :  la  ra- 
cine verbale  veut  se  suffire  à  elle-mêtne  ;  elle  detttande 
rarement  à  des  auxiliaires  l'inHexion  nécessaire 
pour  modifier  son  sens  ;  elle  s'étire  dans  des  formes 
précises,  toujours  les  mêmes  pour  le  même  ordre 
d'idées,  se  colore  dans  des  modes  y  se  nuance  dans 
des  temps ,  et  parvient  à  elle  seule  à  exprimer  le  sens 
qu'elle  désire.  Mais,  là  aussi,  malgré  la  diversité  des 
flexions ,  les  points  extrêmes  sont  encore  bien  proches 
et  la  racine ,  en  se  travaillant ,  n'évoque  toujours  qu'un 
concept  dont  les  modifications,  prévues  d'avance, 
sont  limitées.  Le  verbe  se  tourmente  en  vain  :  il  ne 
peut,  pas  plus  que  le  mot,  exprimer  autre  chose 
que  ce  qu'il  indiquait  clairement  et  précisément  au 


408  MÂI-JUIN   1899. 

premier  abord.  Par  suite,  une  grande  abondance  de 
verbes. 

La  richesse  du  vocabulaire  ne  supplée  pas  à  la 
rigidité  de  la  phrase  :  une  copule,  le  verbe,  le  sujet, 
Tattribut,  le  complément;  une  copule,  verbe,  sujet 
et  complément,  ainsi  de  suite  à  Tinfini;  le  discours 
arabe  coupe  l'idée  en  petits  morceaux  ,^  la  phrase 
coupe  le  discours  en  petites  tranches  ;  les  incidentes 
sont  rares,  les  subordonnées  courtes  et  maladroites; 
la  pensée  revient ,  par  une  pente  naturelle ,  à  la  forme 
affirmative,  impérieuse,  du  discours  direct.  Pas  de 
nuances ,  pas  de  réticences ,  cela  est  ou  cela  n'est  pas. 
Le  concept,  rapide  et  absolu,  est  frappé  dans  une 
formule  rigide.  Si  TArabe  doute,  il  le  dira  plus  loin, 
dans  une  autre  phrase  très  courte ,  ou  bien  il  aura  eu 
soin  de  prévenir  auparavant  :  «  Un  tel  a  dit  cela  » ,  à 
vous  déjuger  s'il  a  raison^. 

Cette  phrase  est  le  cauchemar  de  ceux  d'entre 

'  «  Jamais  langue  ne  donna  révélation  plus  complète  d'un  carac- 
tère très  primitif  et  très  entier,  et  ce  caractère  est  en  opposition  avec 
le  caractère  aryen.  Point  d'analyse ,  point  de  nuances;  une  prédomi- 
nance extrême  de  la  sensation  dans  les  idées ,  marquée  par  la  puis- 
sance de  Tonomatopée,  par  l'emploi  le  plus  soutenu  et,  dirai-je,  le 
plus  piiysique ,  des  métaphores  dont  l'acception  abstraite  ou  idéale 
n'arrive  jamais  à  se  dégager  de  la  matière.  Avec  cda  une  puissance 
de  concentration  extraordinaire ,  une  sorte  d'abstraction  matérielle 
ou  intuitive  qui  ne  ressemble  pas  à  la  généralisation  réfléchie 
d*où  sort  le  raisonnement;  une  simplicité  brute  dans  la  liaison  des 
id(V^,  attachées,  non  coordonnées  à  l'aide  de  conjonctions  conti- 
nuelles, toujours  les  mêmes;  enfin  la  constante  et  énergique  préoc- 
cupation de  la  personnalité,  le  fanatisme  du  moi  si  éloigné  de  la 
sympatliie  aryonne  pour  autrui  et  pour  la  nature.  »  (  Renouvier, 
Introd,  à  la  phil,  analvt,  de  l'histoire,  p.  436.) 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  409 

nous  qui  veulent  parier  la  langue.  Nous  cherchons 
toujours,  en  pariant  ou  en  écrivant,  à  rendre  notre 
pensée  dans  tous  ses  détails,  avec  tous  ses  antécé- 
dents et  ses  aboutissements;  nous  la  voulons  claire, 
complète  et  mesurée;  pour  la  saisir,  nous  la  pre- 
nons de  loin  et  décrivons  autour  d*elle  des  cercles 
concentriques  sans  cesse  rétrécis ,  jusqu'au  moment 
où  nous  la  serrons  de  si  près,  quelle  ne  peut 
échapper.  En  arabe ,  ce  travail  est  impossible  et  nos 
esprits  s'épuisent  à  la  recherche  de  mots,  de  tour- 
nures, de  nuances  qui  n'existent  pas.  On  a,  depuis 
longtemps,  observé  que  les  étrangers  qui  manient 
le  plus  facilement  la  langue  sont  des  hommes  de 
petite  instruction  et  d'esprit  peu  cultivé,  qui  ne 
vont  pas  chercher  loin  leurs  idées  et  disent  les  mots 
comme  ils  les  attrapent.  Ils  s'en  tirent  en  n'em- 
ployant pas  les  mots  qu'ils  connaissent  mal,  et 
peuvent  toujours  dire  ce  qu'ils  veulent,  avec  un  vo- 
cabulaire raréfié,  dans  un  idiome  dont  la  phrase 
rappelle,  par  sa  simplicité,  le  patois  français  des 
nègres  de  nos  colonies. 

Observez  maintenant  que  l'arabe  est  la  langue 
religieuse ,  que  quiconque  se  convertit  la  doit  con- 
naître ,  au  moins  assez  pour  dire  ses  prières ,  et  que  sa 
forme  vulgaire  est  si  simple  que  tout  homme  peut  la 
manier,  et  vous  comprendrez  quel  merveilleux  in- 
strument l'Arabe  eut  à  sa  disposition  pour  assimiler 
les  races  conquises. 

Tel  est  l'esprit  arabe:  aigu,  véhément,  rigide,  il 


410  MAl.JUIN  18«9« 

saisit  (iun  rapide  coup  d*œil  Taspect  entier  des 
choses,  néglige  le  détail,  tout  ce  qui  enveloppe, 
assouplit,  nuance  la  silhouette  principale.  L^otnbre 
qui  environne  l'objet  de  son  attention  Tinquiète  peu, 
les  causes  qui  Tout  fait  naître  lui  sont  indifférentes, 
ce  qui  en  résultera  plus  tard  le  laisse  froid.  Il  reçoit 
une  secousse  plus  ou  moins  violente,  sa  volonté 
répond  plus  ou  moins  vivement.  De  réflexion,  fort 
peu  ;  d'abstraction ,  moins  que  rien  ;  d'imagination , 
pas  Tombre  ;  mais  une  prodigieuse  faculté ,  qui  de- 
vient presque  un  sens  psychique  spécial,  de  con- 
cevoir, derrière  l'éclat  de  la  sensation  ftctuelie,  une 
succession  d'autres  semblables.  Action  et  réaction, 
tout  est  là  :  de  même  qu'une  glace  placée  en  face 
d'une  autre  réfléchit  indéfmiment  sa  propre  image» 
l'esprit  arabe,  en  face  du  monde,  conçoit,  sané  fa^ 
tigue  et  sans  relâche ,  l'unité ,  l'absolu ,  l'infini  ^ 

'  iSi  Ion  compare  les  Aryens  et  les  Sémites...  on  reconnaît 
bientôt  chez  les  uns  un  esprit  plus  abandonné  vis^-vis  de  la  nature, 
plus  expansif  et  sympatliique  vis-à-vis  des  hommes.  On  trouvé  cliet 
les  autres  plus  de  concentration  et  de  personnalité.  L*Afyen  a  bou* 
vent  manifesté  dans  toutes  ses  branches  une  vraie  tendance  au  re- 
noncement de  soi-même  et  au  dévouement  à  la  chose  publiée;  il  a 
le  sentiment  de  ITJniverscl  et  il  s*y  subordonne,  quand  le  Sémite 
dominé  par  des  sensations  énergiquement  individudles,  se  fait  centM 
de  tout.  L'homme  de  lexpansion  a  «  à  la  fois ,  plus  d'impétuosité 
et  est  capable  au  besoin  de  plus  de  discipline,  mais  ces  quiJités  se 
nuisent  mutuellement  et  d'ailleurs  chacune  à  son  revers;  la  disci- 
pline peut  conduire  à  la  perte  de  la  liberté  comme  à  renvahissemeflt 
de  celle  d'autrui ,  et  Tardeur  sympathique  se  change  volontiers  en 
humeur  conquérante  et  absorbante.  »  (Renouvier,  Introd.  à  la  phiL 
analjt.  de  l'hist,  p.  4di.) 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABES.  411 


VI 


La  nature  ne  suffit  pas  à  expliquer  une  race  et 
un  esprit.  Elle  â  pu  fortetnent  incliner*  Tarbrisâcau 
humain  dans  un  sens  ou  dans  Tautre,  le  nourfir  de 
sucs  généreux,  ou  dessécher  et  émacicr  ses  fibres: 
l'arbrisseau  n'en  monte  pas  moiitis ,  et  g&rde  ^k  struc- 
ture primitive.  L*homme  est  partout  un  homme  et  il 
conserve  son  caractère,  que  les  éléments  ont  peut* 
être  modifié,  mais  n  ont  jamais  transformé. 

Le  caractère  arabe  est,  pour  nous,  après  Tesprît, 
un  nouveau  sujet  d'étonnement.  Lui  aussi  est  poUsSé 
tout  droit;  lui  non  plus  ne  connaît  pas  les  nuances  : 
il  se  développe  par  détentes  brusques,  Comme  Tesprit 
pense  par  éclairs  subits;  il  se  rue  droit  devant  lui 
ou  tombe  à  plat,  sans  un  frisson,  comme  l'esprit 
court  au  bout  de  l'idée,  ou  se  refuse  à  elle  pour 
dormir. 

La  passion  n'a  pas  de  mesure;  elle  se  déchaîne  au 
hasard,  et  ne  trouve  d'obstacle  que  dans  une  passioti 
contraire ,  qui  la  maîtrise  sans  l'éteindre.  Elle  se  souôiè 
peu  du  corps,  le  mène  et  le  surmène,  l'entraîne  aux 
pires  aventures ,  et  reste  encore  entière ,  indomptable , 
quand  l'enveloppe  humaine ,  Usée ,  refuse  le  service  et 
tombe.  C'est  elle  qui  guide,  à  travers  uti  désert  réputé 
infranchissable , Khaled  et  Ses  hommes;  c'est  elle  qui 
éveille  la  jalousie  du  Prophète  au  sujet  de  sa  femme 
Aïcha  qui,  égarée  un  soir  de  marche,  est  rentrée 
à  la  nuit  close  sous  l'escorte  d'un  guerrier;  c'est  elle 


412  MAI-JUIN    1899. 

encore  qui  fait  enterrer  vives ,  à  leur  naissance ,  les 
filles  quon  ne  peut  nourrir  et  qu'on  ne  veut  pas 
vendre.  Montée  à  son  plus  haut  degré,  elle  ébranle 
tous  les  nerfs  et  les  porte  à  la  vibration  suprême  qui 
trouble  ITiarmonie  des  facultés,  obscurcit  la  raison 
et  détraque  tout  l'être ,  et  Ton  a  les  trois  khdouaridj  : 
^\bd  er  Rah'mân  ibn  Moldjein ,  el  Borak  ibn  *Abd 
Allah,  et  *Amr  ibn  Bekr,  fanatiques  parmi  les  fana- 
tiques, jurcurs  de  serments  atroces,  qui  parcourent 
des  centaines  de  milles  pour  aller  poignarder  en 
pleine  mosquée,  sans  espoir  d'échapper  ensuite  à  la 
vengeance  de  leurs  fidèles,  les  trois  hommes  dont 
ils  jugent  la  mort  nécessaire  au  salut  de  l'Islam  ^ 

Le  caractère  que  toutes  ces  passions  pétrissent  et 
tourmentent  est  celui  d'un  guerrier  familier  avec 
toutes  les  ruses  et  toutes  les  perfidies  de  la  lutte, 
brave  et  cruel,  implacable,  avec,  parfois,  des  accès 
subits  de  générosité,  orgueilleux  et  insouciant,  mais 
surtout  instable  et  insubordonné. 

La  vie  dans  le  désert  est  une  lutte  perpétuelle 
contre  les  éléments  et  contre  les  hommes.  Il  faut  dé- 
fendre le  troupeau  et  le  tenir  constamment  rassemblé, 
courir  au  loin  après  les  bêtes  égarées  qui  vaguent 
peut-être  sur  le  terrain  de  parcours  de  la  tribu  voi- 
sine, et  défendre  à  celle-ci  l'accès  de  son  propre  ter- 
ritoire: vie  de  fatigues  et  de  dangers,  de  guet-apens 
et  de  razzias ,  dont  les  plus  longues  heures  se  passent 
à  cheval,  et  qu'on  ne  peut  comparer,  dans  notre 

^  Voir,  N.  Desvergers,  269. 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  413 

monde  moderne,  qu'à  Texistence  que  mènent  les 
coW'boys  au  Far  fVest  américain.  Lebid  fait  dire  à 
son  guerrier  :  «  Je  veille  sans  cesse  à  la  défense  de 
ma  tribu;  un  agile  coursier  porte  mes  armes.  Lors 
même  que  j'ai  mis  pied  à  terre,  sa  bride  passée 
autour  de  mes  reins  me  tient  lieu  de  ceinture.  Je  m'é- 
lance au  haut  d  une  colline  pour  épier  les  mouve- 
ments de  l'ennemi.  Ils  sont  là  :  un  intervalle  étroit 
me  sépare  de  leur  troupe ,  et  la  poussière  qui  s'élève 
autour  de  moi  touche  à  leurs  étendards.  Ce  poste 
dangereux,  je  le  garde  jusqu'à  ce  que  le  soleil,  dans 
sa  course ,  atteigne  la  nuit  obscure ,  et  qu'elle  couvre 
de  ses  voiles  épais  les  lieux  par  où  nos  ennemis 
pourraient  nous  attaquer  avec  avantage.  Je  guide 
alors  mon  cheval  vers  la  plaine... je  hâte  sa  course... 
la  selle  s'agite  sur  ses  reins,  l'eau  coule  sur  son  poi- 
trail ,  les  sangles  sont  baignées  de  la  sueur  écumante 
dont  il  est  couvert.  » — A  un  pareil  métier,  le  corps  se 
trempe  et  les  sens  s'aiguisent.  C'est  de  l'entraînement 
militaire  au  premier  chef,  et  tous  les  hommes  sont 
exercés  de  la  sorte;  l'émulation  les  stimide.  Quand 
l'ennemi  approche,  tous  doivent  prendre  les  armes. 
Mohammed,  dès  l'âge  de  quatorze  ans,  accompagnait 
un  de  ses  oncles  dans  la  guerre  que  firent  les  Qo- 
raïchites  aux  Benou-Haouazira.  Les  circonstances 
veulent  que  sans  plan  préconçu,  sans  ordre  métho- 
dique, les  tribus  soient  admirablement  organisées  et 
entiaînées  pour  la  guerre. 

Le  guerrier  est  très  brave ,  d'une  bravoure  indivi- 
duelle qui  le  pousse  sur  l'ennemi  sans  souci  d'être  ou 


414  MÂI-JUIN    1899. 

non  soutenu  par  son  voisin ,  sans  mesures  prises  ni 
calculs  stratégiques  ;  il  aime  les  combats  singuliers 
qui  le  mettent  en  vue ,  et  rarement  une  bataille  s'en- 
gage sans  quun  duel  de  ce  genre  ne  lait  précédée. 
Le  soldat  ne  mesure  pas  son  sang;  le  soin  de  sa 
propre  vie  ne  le  préoccupe  pas;  il  compte  pour  rien 
celle  de  l'adversaire;  il  est  très  cruel,  non  pas  tant 
par  froide  méchanceté  et  barbarie  calculée  que  par 
emportement  ou  insouciance.  Vainqueur,  il  n  épargne 
pas ,  parce  qu'il  sait  que ,  vaincu ,  il  n'eût  pas  été  épar- 
gné ,  et  sa  propre  cruauté  ne  Témeut  pas  plus  que  ne 
l'aurait  étonné  celle  de  son  ennemi.  ^Amr,  fils  de 
Mondhir,  roi  de  Hira,  pour  venger  la  mort  de  son 
père  Sa  ad,  tué  par  un  des  Benou  Temîm ,  jette  cent 
de  ces  derniers  dans  un  brasier.  Sergius ,  gouverneur 
de  Gésarée,  pris  par  les  soldats  d'Abou  ^Obaidah, 
est  enfermé  vivant  dans  une  peau  de  chameau  qui, 
en  se  resserrant  sous  l'ardeur  du  soleil ,  TétoufFe  au 
milieu  des  plus  cruelles  souffrances.  Mohammed  ibn 
Abou  Bekr,  gouverneur  de  l'Egypte  et  partisan  d'Ali, 
battu  par  *Amr  et  prisonnier  de  Mo^aouiah  ibn  Kho- 
daïdj ,  un  des  généraux  qui  prirent  part  à  la  conquête 
de  l'ifiiqïah,  est  enfermé,  sur  Tordre  de  ce  dernier, 
dans  la  peau  d'un  âne ,  et  brûlé  vif.  «  Lorsqu'Ali  fat 
enterré,  on  fit  comparaître  ^Abd  er-Rah'mân  ibn 
Moldjem . . .  (qui  l'avait  tué  avec  un  poignard  empoi- 
sonné). Mohammed  ibn  el-Hanefiyab ,  el-H'asan  et  el- 
H'osaïn ,  fils  de  la  victime ,  et  son  neveu  Abd  Allah  ibn 
Dja'far  réclamèrent  le  droit  de  satisfaire  eux-mêmes 
leur  vengeance  sur  l'assassin.  ^Abd  Allah  lui  coupa  les 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  415 

mains  et  les  pieds;  il  ne  broncha  pas  et  ne  prononça 
pas  une  parole.  ^Abd  Allah  lui  creva  encore  les  yeux; 
^Abd  er-Rah'mân  lui  dit  :  «  Mets  donc  du  kohol  aux 
yeux  d'Ali ,  qui  pleurent  sur  se»  joues.  »  Alors  on 
se  mit  en  devoir  de  lui  couper  la  langue  ;  il  frémit 
et,  à  lobservation  qu'on  lui  en  fit,  répondit:  «Ce 
«  n'est  pas  le  supplice  qui  m'émeut,  mais  je  crains 
«  de  rester  dans  le  monde  sans  pouvoir  prononcer  le 
nom  du  Seigneur  K  » 

Abou'l  ^Abbas  es'  S'affâh ,  le  premier  des  Abbas- 
sides ,  rassemble  dans  un  banquet ,  à  Damas ,  quatre- 
vingt-dix  Omïades ,  les  fait  tuer  sous  ses  yeux  à  coups 
de  fouet  et  soupe  sur  leurs  corps  recouverts  de  tapis. 
Koufah  voit  tour  à  tour  exposées  sur  sa  porte  la  tête 
de  el  Hosaïn  devant  'Obaïd  Allah  ibn  Ziad ,  la  tête 
de  *Obaïd  Allah  devant  Mokhtar,  la  tête  de  Mokhtar 
devant  Mos^ab ,  et  celle  de  Mos*ab  devant  *  Abd  el 
Melik.  —  Le  vainqueur  veut  la  victoire  complète  et  ne 
la  voit  que  dans  l'anéantissement  du  vaincu.  Pas  de 
demi-mesures  qui  laissent  la  tâche  inachevée,  pas  de 
transactions  qui  permettent  plus  tard  à  l'adversaire 
de  relever  la  tête,  pas  de  partage,  pas  de  pitié.  Le 
vaincu  n  a  d'espoir  que  dans  la  vitesse  de  son  cheval 
qui ,  au  soir  de  la  bataille ,  constitue ,  avec  ses  habits 
et  ses  armes,  tout  son  avoir.  La  fièvre  de  meurtre 
saisit  toute  l'armée;  les  femmes  l'excitent  encore.  On 
vit,  au  combat  d'Ohod,  les  femmes  des  Qoraïchites 
se  faire  des  bracelets  et  des  colliers  avec  les  nez  et 
les  oreilles  des  morts ,  et  Hind ,  femme  d'Abou  Sofiân , 

'  Abou'l  Mahasin,  p.  i36. 


416  MAJ-JUIN    1899. 

arracher  ie  foie  de  Hamza  et  le  dévorer.  Le  Prophète 
lutta  vainement  contre  ces  passions;  lui-même,  du 
moins,  leur  obéit  rarement  ;  après  Bedr,  il  lit  mettre 
à  mort  un  prisonnier;  cest  le  seul  fait  de  ce  genre 
qu'on  puisse  lui  imputer. 

Ces  hommes  sont  implacables  et  ne  connaissent 
pas  le  pardon.  Lorsque  Asoued,  roi  de Hira,  songeait 
à  faire  grâce  aux  chefs  de  larmée  de  Ghassan ,  qu'il 
avait  faits  prisonniers,  Abou  Adina,  dans  une  pièce 
de  vers,  lui  disaic  :  w  L'indulgence  est  une  vertu,  mais 
non  entre  des  égaux  ;  quiconque  ose  dire  le  contraire 
est  un  menteur.  Tu  as  fait  périr  ^Amr  et  tu  voudrais 
sauver  Yezid  !  Le  dessein  que  tu  as  conçu  serait  une 
source  féconde  de  calamités.  Garde-toi  de  lâcher  wie 
vipère  après  lai  avoir  coupé  la  queue;  si  tu  es  sage, 
qu'un  même  sort  enveloppe  et  la  queue  et  la  tête  ! 
Ils  ont  tiré  l'épée ,  que  l'épée  les  coupe  en  morceaux  ! 
Si  tu  leur  pardonnes ,  on  ne  verra  pas  dans  ta  conduite 
un  acte  de  clémence,  mais  un  trait  de  pusillanimité.  » 
Le  meurtre  appelle  le  meurtre,  et  l'histoire  des  tribus 
roule  un  fleuve  de  sang  toujours  plus  large. 

De  telles  colères  ne  frappent  que  les  puissants. 
Devant  les  faibles,  elles  tombent  et  font  place  à 
une  générosité  chevalerescpie  qui  ne  calcidepas  plus 
que  la  rage  ne  raisonnait.  Khobaïb,  musulman  fait 
prisonnier  à  Ohod,  «  avait  été  acheté  par  les  enfants 
de  Harits  ben  ^Amer,  qu'il  avait  tué  au  combat  de 
Bedr.  On  l'enchaîna  sous  la  tente,  oii  il  dut  attendre 
quelque  temps  la  mort ,  afin  que  toute  la  famille  fût 
rassemblée  pour  se  repaître  du   spectacle  de   son 


LES  PREMIÈRES  INVASIONS  ARABKS.  417 

supplice.  Un  jour  qu'il  se  trouvait  seul  avec  une  des 
filles  de  Harits,  jeune  femme  mariée  depuis  peu 
d'années,  il  en  obtint  pour  quelques  instants  un  de 
ses  couteaux  affilés  dont  les  Arabes  se  servent  pour 
se  raser  les  cbeveux  et  la  barbe.  A  peine  Tavait-il 
entre  les  mains,  que  Tenfant  de  cette  jeune  femme 
entre  étourdiment  sous  la  tente  et  court  vers  le  pri- 
sonnier qui  le  prend  dans  ses  bras.  La  mère  pousse 
un  cri  de  douleur  :  Khobaïb  avait  désormais  un  otage  ; 
mais  lui  caresse  Tenfant  et  le  renvoie  vers  sa  mère  en 
lui  disant  :  «  Croyez-vous  donc  qu'un  musulman  sache 
se  venger  sur  des  enfants  ou  sur  des  femmes?  ^  ». 
Il  fut  mis  à  mort  quelques  jours  après, 
L'homme  des  tribus  prise  avant  tout  la  sincérité 
et  la  loyauté:  il  est  fidèle  à  la  parole  donnée;  la  per- 
fidie l'indigne,  la  compassion  pour  les  deshérités 
l'enthousiasme.  Dans  une  telle  nature  et  dans  une 
telle  société,  l'homme  n'a  pour  proléger  sa  tête  que 
le  frêle  tissu  de  la  tente  et,  pour  couvrir  sa  poitrine, 
que  l'armature  légère  de  son  bouclier.  L'hospitalité  et 
la  franchise  deviennent  pour  lui  des  vertus  premières. 
Le  guerrier  de  Lebid  parle  ainsi  :  «  Si  l'étranger  vient 
chercher  un  asile  auprès  de  moi,  il  se  croit  transporté 
tout  à  coup  au  milieu  de  la  fertile  vallée  de  Tébala. 
La  mère  de  famille  réduite  à  la  misère  établit  sa 
demeure  entre  les  cordes  qui  soutiennent  ma  tente; 
quand  les  vents  de  l'hiver  se  combattent  dans  la 
plaine,  ses  enfants,  assis  à  mon  foyer,  y  trouvent 

^  N.  Desvergers,  p.  i64. 

Mil.  28 


418  MM-JUIN  1809. 

une  abondante  nourriture.  » — Vous  voyei  qu'il  n  hé- 
site pas  à  se  vanter.  Il  est  en  effet  très  orgueilleux.  Sa 
race»  son  nom,  ses  hauts  faits,  Tédat  de  ses  armes, 
la  beauté  de  son  cheval  sont  pour  lui  des  objets  de 
constante  et  indomptable  fierté.  Pour  la  race  el  pour 
le  nom,  il  luttera  sans  trêve  ni  merci  et,  midgré  son 
besoin  inné  d  mdépendauoe  »  a*unira  à  ses  parents, 
marchera  avec  sa  tribu ,  sans  souci  de  ses  iotérto  ou 
de  ses  penchants  peraonnds.  Pour  maintenir  sa  re- 
nommée militaire,  il  courra  à  de  nouvelles  aventures, 
provoquera  les  plus  braves,  sans  calculer  la  portée 
de  ses  actes.  Q  émoussera  son  sabre  pour  montrer 
que  ia  trempe  en  était  fine»  et  crèvera  son  cheval 
pour  prouver  qu  il  était  bon. 

H  aime  comme  il  hait,  de  toute  la  puissance  de 
son  âtre,  sans  réflexion  et  sans  mesure,  et  son 
amour  s'éteint  aussi  vite  que  sa  haine  s'apaise,  pour 
se  porter  vers  un  autre  objet  qui,  à  peine  étreint, 
ne  lui  est  plus  de  rien«  U  a  pour  la  femme  une  pas- 
sion vive  que  notre  race  ne  connaît  pas  et  qui  a 
détruit  la  sienne;  amour  âpre,  brutal  parfois, 
toujours  profond,  jamais  durable,  qui,  oommeles 
autres  sentiments,  boi:deverse  sa  nature,  la  pousse 
hors  d'die-mâme,  lui  fait  acoomjdir  des  prodiges 
ou  fabètit  sans  retour;  passion  ^;ciste  qui  ne  eher 
che  que  sa  profure  satisfaction  et  ne  se  soucie  pas 
d'émouvoir  Tàme  voisine,  ni  mâme  de  la  connaître. 
Et  voilà  qui  nous  découvre  clairement  le  grand 
mal  dont  cet  esprit  se  meurt.  Toujours  rejdié  sur 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  419 

lui-même  et  dédaigneux  des  autres,  il  frôle  sans  les 
interroger  les  pensées  de  ceux  qui  Tentourent  et  se 
méfie  des  plus  proches  et  des  plus  tendres.  S'il  est 
un  cœur  auquel  le  cœur  puisse  parier,  une  pensée  à 
laquelle  puisse  se  confier  la  pensée,  ce  sont  le  cœur 
et  la  pensée  de  la  femme  qui ,  à  chaque  heure  du  jour, 
voit,  au  côté  de  Thomme,  la  vie  sourire  ou  menacer, 
le  bien  prospérer,  les  enfants  grandir  et  les  ans  pas- 
ser. Ménagère  et  conseillère ,  elle  entretient  le  foyer 
que  rhomme  défend,  relève  les  courages  abattus, 
adoucit,  égayé,  rassure  Tâme  inquiète  et  abrupte  de 
rhomme.  La  femme  arabe  ne  fait  rien  de  tout  cela, 
et  n*est  pas  la  femme.  L'époux  en  a  plusieurs  qu'il 
choyé  quand  elles  sont  jeunes ,  dédaigne  ou  rudoyé 
quand  elles  sont  vieilles  et  qui ,  d  enfants  gâtées  de- 
viennent servantes ,  le  jour  où ,  à  son  réveil ,  il  leur 
voit  un  pli  fâcheux  à  la  lèvre,  le  teint  fané  ou  Tœil 
terne.  Le  maître  reste  seul,  livré  à  lui-même,  en  face 
des  autres  hommes  privés ,  eux  aussi ,  du  doux  contre- 
poids que  fait,  dans  la  société,  le  monde  féminin. 
Aussi  demeura-t-il  incomplet  et  usa-t-il  son  sang. 
Toujours  à  la  recherche  de  nouvelles  épouses,  il  fit, 
à  peine  sorti  de  TArabie ,  entrer  dans  son  harem  des 
femmes  de  tous  les  pays  et  créa  un  peuple^e bâtards, 
Arabes  par  la  langue  et  par  la  religion ,  mais  étran<^ 
gers  aux  idées  de  leurs  pères  et,  comme  tous  les 
sangs  mêlés ,  héritiers  des  défauts  des  races  dont  3s 
étaient  issus.  Voilà  qui  fera  peut-être  comprendre 
raffaiblissement  rapide  de  la  nation  et  son  irrémé- 
diable impuissance. 

38. 


420  MÂI-JUIN   1899. 

La  passion  de  TÂrabe  est  toujours  inconstante, 
et  cette  inconstance  est  peut-être  le  fond  de  son  ca- 
ractère. La  vie  pastorale  entretient  le  pei'pétuel  sau- 
tillement de  la  pensée  et  la  fébrile  activité  du  corps. 
Coi'ps  et  pensée  sont  instables.  «  Le  plus  bel  endroit 
du  monde  est  la  selle  d'un  coursier  fougueux  .,  a  dit 
le  poète  Moutenebbi;  et  les  voilà  partis  au  hasard 
de  leur  course,  sans  plan  arrêté,  sans  rien  qui  les 
retienne  à  ce  qu'ils  quittent,  ni  qui  les  attire  où  ils 
vont.  Ils  nont  pas  le  souci  du  lendemain.  Rien,  ni 
dans  leurs  actes ,  ni  dans  leurs  pensées ,  ne  dénonce 
la  préoccupation  de  l'avenir.  L'avenir,  c'est  le  passé 
qu'on  voudrait  revivre  en  l'améliorant;  sa  concep- 
tion nécessite  une  liaison  d'idées,  un  enchaînement 
d'observations  poursuivies  en  aspirations  précises ,  que 
l'esprit  arabe  —  nous  le  savons  de  reste  —  est  peu 
capable  de  combiner.On  a  voidu  voir  dans  le  fameux 
In  ChaUah  la  marque  d'un  fatalisme  absolu;  c'est 
bien  plutôt  l'indifférence  d'une  pensée  toute  au  pré- 
sent ,  qui ,  de  l'avenir,  ne  veut  rien  pressentir,  et  at- 
tend que  l'occasion  naisse  pour  agir.  L'insouciance 
de  ces  gens  est  encore  la  même  aujourd'hui;  ils  ne 
songent  pas  à  amasser  enprévîsion  des  mauvais  jours, 
mangent  leur  blé  en  herbe  et  se  trouvent,  quand 
la  bise  vient,  fort  dépourvus,  sans  capital  de  ré- 
serve qui  leur  permette  d'attendre  des  temps  meil- 
leurs. 

Ils  sont  peut-être  encore  plus  insubordonnés  qu'in- 
souciants. Du  reste,  tout  cela  se  tient,  car  l'homme 
qui  n'a  rien  à  perdre  suit  la  première  impulsion  sans 


LES  PREMIERES  INVASIONS  ARABES.  421 

songera  Tavenir,  change  facilement  d'idée  et toui'ne  au 
premier  vent.  L'insubordination  arabe  n'a  pas  besoin 
d'être  démontrée.  Il  suffit  d'avoir  lu  les  fastes  de 
la  nation  pour  être  fixé  sur  elle.  L'histoire  des 
Arabes  est  une  longue  révolte,  sourde  ou  ouverte, 
grondante  ou  apaisée;  elle  couve  toujours  et  éclate 
souvent  sans  but,  sans  moyens  sérieux,  sans  consé- 
quences appréciables,  comme  le  coup  de  simoun  qui 
s'élève,  rugit,  retombe  et  n'a  broyé  la  dune  que  pour 
la  changer  de  place. 

Mais  en  voilà  assez  sur  le  caractère  arabe.  A  par- 
ler de  lui ,  on  se  laisse  gagner  à  ses  défauts ,  et  l'on  se 
surprend  à  tourner  en  cercle  dans  un  sujet  inépui- 
sable qui  n'a  pas  d'aboutissement.  Il  est ,  en  somme , 
profondément  individualiste ,  et  le  Prophète  de  la  na- 
tion a  marqué  ce  trait  avec  soin.  «  Suivez  la  lumière 
ou  les  ténèbres,  c'est  pour  vous  que  vous  travaillez. 
Vous  ne  porterez  point  le  fardeau  d'autrui^  » — «  Crai- 
gnez le  jour  où  une  âme  ne  satisfera  point  pour  une 
autre,  où  il  n'y  aura  ni  intercession,  ni  compensa- 
tion, ni  secours  à  attendre^.  » 

«Chacun  aura  pour  soi  ses  œuvres,  personne  ne 
portera  le  fardeau  d'autrui^.  »  Cet  individualisme 
outrancier  contraste  vivement  avec  l'absence  du  senti- 
ment de  la  liberté  individuelle.  Peut-être  cela  tient-il 

»  Qoran,  XVJI,  16. 
2  Qoran,  II,  45. 
'  Qoran,  VI,  i63. 


422  MAI-JUIN   1899. 

à  ce  que  i*hoiïinie  se  détache  facilement  du  monde 
et  s  absorbe  volontiers  en  Dieu;  Tavenir  qu'il  con- 
çoit si  malaisément  sur  cette  terre  lui  apparaît  très 
clair  dans  l'au-delà,  et  la  religion  absorbe  loutes  ses 
facultés  pensantes. 


[La  suite aa prochain  cahier.) 


LES  SANCTUAIRES  DO  DJEBEL  NEFOUSA.         4â3 


lHHWMiff'Mtt 


LBS 


SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA, 


PAR 


M.  RENÉ  BASSET, 


CORRESPONDANT  DE  L'INSTITUT, 
DIRECTEUR  DE  L'ÉCQLB  SUPERIEURE  DES  LETTRES  D*AL6ER. 


L*histoire  de  l'Afrique  septentrionale,  transformée  par  la 
publication  de  VHiitoire  des  Berbères  de  M.  de  Slane,  a  subi 
une  modification  analogue  par  la  mise  en  lumière  d*éerîts 
historiques  composés  par  les  Abadbites  *.  Jusque-là ,  on  n'avait  ♦ 
pour  ce  qui  regarde  les  guerres ,  les  changements  de  dynaS'- 
lies,  les  traités  de  paix  et  la  description  du  pays,  que  les 
récits  des  écrivains  orthodoxes.  Ceux-ci  ont  présenté  d'une 
façon  inexacte  et  Incomplète  le  mouvement  des  esprits  qui 
agita  le  nord  de  l'Afrique  jusqu'au  moment  où  Torthodoxie 
triompha ,  sauf  sur  quelques  points  comme  le  Djebel  Nefousa , 
Djerba  et  le  Mzab ,  qui  devinrent  les  asiles  de  l'hétérodoxie 
et  restèrent  constamment  en  rapport  avec  les  communautés 
de  l'Est,  dans  TOman  et  à  Zanzibar.  Les  origines  et  les  vicis* 
situdes  d'un  mouvement  religieux  et  politique  qui  aboutit 

'  Malgré  Topinion  d'Ibn  Khallikàn ,  d'El  BdAcUori ,  etc. ,  qui  ont  adopté 
ia  lecture  ^LSi  «  j'ai  cru  préférable  de  m*en  tenir  à  celle  qae  la  traditimi 

a  conservée  chez  les  Kharedjites  jusque  de  nos  joars  et  qui  est  coafirmée 
par  un  passage  d'El  Berrâdi,  Kitâb  el  Djaùttâher,  p.  i55  :  ^^  ^\  <X«ifr 
5^1  ^  ^L^l  *JI  iu-«aJI  jOft  ^I  ^;  j.L?l .  Cf.  aussi  de  Moty* 
Unski,  Guerara  depuis  sa  fondation ,  Alger,  i885,  in-8%  p.  3 ,  n.  "H, 


424  MAI-JUIN    1899. 

à -fonder  un  empire  comme  celui  des.Rostemides  de  .Tibaret 
—  il  comprit  un  moment,  outre  cette  ville  et  ses  environs, 
rOued  Rir\  Ouargla,  le  Nefzaoua,  Gafsa,  Gabès,  Djerba, 
le  Djebel  Nefousa,  Tripoli  et  Sort,  —  ne  peuvent  être  étu- 
diées que  dans  les  écrits  de  la  secte  abadhite,  et  l'on  ne  sau- 
rait plus  faire  aujourd'hui  Thistoire  politique ,  civile  et  rdi- 
gieuse  de  l'Afrique  septentrionale,  sans  avoir  recours  à  ces 
auteurs ,  pas  plus  qu'on  ne  traiterait  des  guerres  de  religion 
au  xvi'  siècle  en  s'en  tenant  uniquement  aux  écrivains  catho- 
liques. On  s'en  convaincra  en  comparant  les  données  fournies 
par  les  historiens  àbadhites  avec  les  tentatives,  fort  méri- 
toires du  reste ,  faites  pour  reconstituer  l'histoire  des  Roste- 
mides  avec  les  seules  sources  sunnites  par  MM.  de  Goeje, 
Foumel  et  Mercier. 

Après  M.  H.  Duveyrier,  qui  rapporta  de  son  voyage  au 
Sahara  un  manuscrit  d*Ëch  Chemmâkhi,  l'honneur  d*avoir 
signalé  Timpoilance  des  écrits  àbadhites  '  revient  à  M.  Mas- 
queray.  La  Chronique  d'Âbou  Zakarya,  dont  il  puUUa  une 
traduction^  œuvre  imparfaite  sans  doute  et  qui  se  ressent  sur 
plusieurs  points  de  i'inexpérience  de  l'auteur,  fournit  des 
renseignements  importants  sur  l'histoire  de  rimâmat,  de  la 
dynastie  des  Rostemides  et  du  commencement  de  cdle  des 
Fatimites  ^.  La  valeur  de  cette  chronique,  dont  il  serait  dési- 
rable de  voir  publier  le  texte,  s'était  répandue  jusqu'en 
Orient  ;  c'est  d'elle  que  l'auteur  anonyme  du  Kechf.el  Ghom- 


*  L'article  que  M.  Percy  Badger  a  consacré  aux  Abadhites  dam  on 
appendice  de  sa  traduction  de  la  chronique  de  Salil  ibn  Rasik  [Hi$tory 
oj  ihe  imâms  and  Seyyids  oj  Oman ,  Londres,  1871,  in-3%  p.  384-389) 
est  composé  d'après  les  écrivains  orthodoxes;  d'ailleurs  il  ne  traite  que 
des  Abadhites  orientaux  et  s'applique  surtout  à  réfuter  les  erreurs  de  Pal- 
grave.  Le  mémoire  de  M.  Briiunow  (Die  Ckaridschiten  unler  den  ersten 
Omayyaden,  Leiden,  188^,  in-8'')  ne  parle  pas  des  Kharedjitet  d'Occi- 
dent 

'  Chroniiiue  d'Abou  Zakarya,  Alger,  1898,  iu-8'.  En  ce  quiconcemc 
le  Mzab ,  ci*,  la  bibliographie  que  j'ai  donnée  dans  mon  Étide.  $ur 
la  Zênatia  du  Mzab,  da  Ouargla  et  de  l'Oued  /lîr';,Pan8,  iSgî,  în-8% 
p.  xi-xv.  •-'..: 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.         425 

mah ,  qui  a  servi  de  base  à  i*histoire  des  imams  de  l^Oman , 
traduite  par  Percy  Badger,  a  tiré  ce  qu'il  dit  des  Âbadhites 
de  l'Afrique  septentrionale  *.  Un  ouvrage  capital  pour  la  con- 
naissance de  la  littérature  historique  des  Kharedjites  est  celui 
de  M.  de  M otylinski  :  Les  livres  de  la  secte  abadhite  ^  ;  outre 
les  textes  imprimés  ou  traduits,  comme  ceux  d*Ël  Berrâdi, 
d'Ëch  Chemmâkhi  et  d'Abou  Zakaryâ ,  il  nous  fait  connaître 
en  détail  les  ouvrages  inédits  d*lbn  Saghir,  d'Ed  Derdjini, 
un  fragment  de  l'histoire  de  Djerbah  et  le  tableau  de  la  litté- 
rature abadhite,  tant  en  Orient  qu'en  Occident,  tel  que 
l'expose  El  Berrâdi ,  dans  un  écrit  qui  date  du  ix"  siècle  de 
Thégii'e.  Un  autre  service  non  moins  grand,  dû  à  cet  érudit, 
est  la  publication  d'une  description  du  Djebel  Nefousa,  qu'il 
fit  rédiger  en  berbère  par  un  indigène  de  cette  contrée  *, 
contribution  précieuse  pour  la  linguistique  et  la  géographie , 
et  dont  M.  de  Motylinski  vient  de  publier  la  transcription 
avec  une  traduction  soigneusement  annotée  *. 

Les  Abadhites  eux-mêmes,  principalement  les  Mzabites 
d'Algérie,  ont  favorisé  ce  mouvement  d'études  en  publiant,, 
oulre  un  certain  nombre  de  traités  religieux  ou  juridiques, 
deux  ouvrages  historiques  :  le  Kitâb  el  Djaouâher,  d'Abou'l 
Qâsim  el  Berrâdi,  très  important  pour  les  débuts  de  la  secte 
kharedjite  et  les  premiers  Rostemides^,  et  le  dictionnaire 
biographique  d'Ech  Chemmâkhi^. 

Ce  dernier  ouvrage  se  termine  par  une  série  d'appendices 

'  Cf.  Sachau ,  Ueber  eine  arabische  Chronik  aux  Zanzibar,  dams  les  Mitthei' 
lungen  des  Seminars  fur  orientalische  Sprachen ,  i"  année,  fasc.  ii;  Berliq, 
1898,  in-8",  p.  1-19,   2"  année,  fasc.  11,  1899,  p.  ^7-82.      ^^     .        ..j. 

^  Alger,  i885,  m-8°.  " 

'  Relation   en  temazirt'   du  Djebel   Nefousa,  par   Brahim    Ou    Siiiiiano' 
Chemmâkhi;  Alger,  i885,  petit  in-/j°.  "-     •   •  ■   i.   '     j 

''  Le  Djebel  Nef ousa ,  Paris  y  1898-1899,  2  fasc.  in-S".  :.'?>.... 

^  Le  Qaire,  i3o2,  in-8°.  Cf.  sur  ce  personnage  A.  de  Motylinski,  Les 
livres  de  la  secte  abadhite ,  p.  33-36. 

*  Kitâb  es  Siar,  le  Qaire,  i3oi,  in-S".  Cf.,  sur  Ech  Chemmâkhi,  Mas- 
(jucray,  Chronicfuc  d'Abou  Zakarya,  p.  326-390;  de  Motylinski,  Les  livres 
de  la  secte  abadhite,  p.  37-61. 


420  MAl-JUIN   1809. 

d*où  J*aî  eitrait  le  texte  qtie  je  commente  ici.  C'est  one  liste, 
probablement  rédigée  au  xvt*  siècle,  des  endroits  vénérés  dn 
Djebel  Nefousa;  nne  sorte  de  gnide  des  pèlerins  qni  sN^ 
rendent  pour  visiter  les  oratoires,  les  sanotoaires,  les  mos^ 
quées  et  les  lieui  consacrés  par  le  souvenir  dW  saint;  or  les 
hétérodoxes  en  comptent  au  moins  autant  que  les  orthodoxes 
et  les  mirades  sont  tout  à  fait  semblables.  H  rappelle,  par  sa 
composition,  les  listes  composées  au  commencement  dn 
moyen  âge  pour  les  pèlerins  chrétiens  qni  allaient  visiter  la 
Palestine  :  V Itinéraire  dé  Bordeaux  à  Jérusalem,  le  De  heis 
sanetis  de  Paula  et  d*Enstochium;  la  Relation  d*Arctdphe; 
V Itinéraire  de  Willibcdd,  etc.  On  remarquera  que,  dans 
cette  énumération,  un  certain  nombre  d'endroits  portent 
encore  le  nom  d'église  («-*^)5  il  s'agit  évidemment  d'an- 
ciennes  é^ses  transformées  en  mosquées  et  ou  une  explo- 
ration archéologique  aurait  chance  de  faire  des  trouvaiUes  : 
la  tradition  rapporte  d'ailleurs  que  les  Nefousa  étaient  chré* 
tiens  et  aidèrent  à  la  défense  de  Tripoli  contre  l'invasion 
musulmane.  Je  me  suis  efiorcé  de  remédier  à  la  sécheresse 
de  l'énumération  en  rassemblant  dans  le  commentaire  les 
renseignements  historiques,  géographiques  et  légendaires 
que  m*ont  fournis,  outre  les  historiens  orthodoxes,  les  écri- 
vains abadhites  dont  je  viens  de  mentionner  les  œuvres ,  en 
particulier  Ëch  Chemmâkhi  ;  je  tiens  aussi  à  signaler  ce  que 
je  dois  aux  excellents  travaux  de  M.  de  Motylinski,  qu*on 
trouvera  cités  presque  à  chaque  page.  La  chronologie  de 
l'histoire  des  Rostemides  et  des  gouverneurs  du  Djebel 
Nefousa  étant  encore  obscure,  j'ai  cru  utile  de  donner  on 
tableau  synchronique  des  principaux  événements  »  en  prenant 
pour  point  de  comparaison  la  chronologie  des  gouverneurs 
et  des  souverains  de  l'Ifiriqyah ,  et  en  adoptant  pour  ces  deiv 
niers  les  dates  établies  par  Foumel. 

Alger-Mustapha,  27  janvier  1899. 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.         427 


GOUVERNEURS 
DE     L'ÏPRTQYAH. 


IMAmS  du  NEFOUSA. 


TIHARET. 


Habib  b.  'Abd  er 
RahmAn,  redjeb  i38- 
moharrem  i4o  (dé- 
cembre 755 ,  janvier 
756-mai,  juin  767). 

i4o.  Tué  par  le 
chef  des  Ouarfadj- 
djouma,  maître  de 
Qaïrouân. 

Intérim. 


Mohammed  ibn  el 
Ach'ath,  i4/i-i48 
(761-762,  765-766), 


El  Aghlab  BEN  Sa- 
LiM,  i48-i5o  (766- 
766,  767-768). 

Intérim  d'El  Mo- 
khâriq. 

'Omar  ibn  Hezar- 

MARD, 151-154(768- 
769,  770-771). 


Abod'l  Khattâb  , 
i4o-i44  (767-758, 
761-762). 

Safar  i4i  (juin- 
juillet  758).  Il  s'em- 
pare de  Qaïrouân  sur 
les  Ouarfadjdjouma. 

i42  (769-760). 
Il  bat  à  Maghmedas 
le  gouverneur  de 
l'Egypte  Mohammed 
ibn  el  Ach^ath. 


Safar  i44  (mai- 
juin  261).  Il  est 
vaincu  et  tué  à  Ta- 
ourgha  par  Moham- 
med ibn  el  Ach*ath. 

Abou  Hatem  EL 
Melzouzi,  1 44 -166 
(761-762,771-772). 

Prise  de  Tripoli 
par  les  Abadhites. 


i44*  Fondation  de 
Tahert  par  *Abd  er 
Rahmân  ben  Rostem. 


164     (770-771)- 
Abou  Hâtem ,  aidé  de 


428 


MAI.JUIN   1899. 


GOUVERNEURS 
DE  L'IFRIQYAH. 


IMAMS  DU  NEFOUSA. 


TIHARBT. 


YeZID  BEN  HÂTEM , 
154-170  (770-771, 
786-787). 


GOUVERNEURS 
DK    I/IFRIQYAH. 


*Abd  er  Rahmân  bcn 
Rostem ,  d'Abou  Qor 
rahjetc.  assiège 'Omar 
à  Tobnah. 

Siège  de  Qaîrouân 
où  *Omar  est  tué, 
1 2  de  dzou'l  hidjdjah 
i54    (23    novembre 

77»)- 

i55  (771-772). 
Victoire  d*Abou  Hâ- 
tem  à  Magbmadas 
sur  Tavant-gardc  de 
Yezid,  27rebi*i"i55 
(2  mars  772). 

Défaite  et  mort 
d'Abou  llâtem  à 
Djenbi. 

L*imâmat  passe 
aux  Rostemides  de 
Tiharet.  Le  Nefousa 
est  administré  par 
des  gouverneurs  nom- 
més ou  approuvés  par 
eux, 

GOUVERNEURS 
DU     NEFOUSA. 


IIIÂMS  DE  TIHARBT. 


Es  Sam  H  b.  Abou'l 
KuAfT^Dt  gouverneur 


'Abd   er   RahmIr 
BEN  Rostem,  imâm, 
160-168    (776-777, 
784-786)  (vâP.  161 
169). 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL   NEFOUSA. 


429 


GOUVERNEURS 
DE    L'IFRIQYAH. 


GOUVERNEURS 
DU    NEFOUSA. 


IMÂMS  DE  TIHARET. 


du  Nefousa  et  de  Tri- 
poli. 


DaOUD  BEN  YeZID, 

170-171  (787-       ). 
Raouah  b.  HAtem  , 

•  • 

171-174  (787-790)- 


Nasr   BEN  Habib, 
174-177   (790-793, 

79^)- 

El  Fadul  BEN  Ra- 

0019,177-178(793- 

79^''  79^1-795). 
HartuAmah      be\ 

A'yân,  179-183)795- 

796,  799-800). 

Mohammed       ibn 

MoQÂTiL,     1 83- 18/1 

(799-800  ,[800-801). 


Le  Djebel  Nefousa 
envoie  des  secours  à 
rimâm. 


'Abd  EL  OuauhIb  , 
imàm,        168-308 

(784-785,823-824). 
Var.  *Abd  d  Ouâreth. 


171  (787).  Traité 
de  paix  entre  'Abd  el 
Ouahhâb  et  Raouah. 

Schisme  des  Nek- 
karites. 

Tentative  d'assas- 
sinat sur  rimâm. 

Troubles  dans  Ti- 
haret. 

Guerres  des  Oua- 
silites  et  des  Mo*ta- 
zelites  contre  l'imâm. 


430 


MAI-JUIN  1899. 


DYNASTIE 
AGHLABITS. 


GOUVBRNBURS 
DU    NBFOUSA. 


IMAMS  DE  TiHAABT. 


Ibrahim  ben  El 
Aqblab,  184-196 
(800-801,811-813). 


Abou'l  'AbbAs  'Abd 
Allah,      196-901 

(811-818,816-817). 


ZlADET     AlLAU     I, 
201-223      (816-817, 

837-838). 


196.  Les  Hoouâra 
et  les  Nefousa,  com- 
mandés par  lyâdh 
ben  Ouahhâb,  pren- 
nent Tripoli  ;  mais 
cette  ville  leur  est 
eidevée  par  Ahoul 
'Abbâs  *Abd  Allah. 


A  1»  mort  d'Ës 
Samb,  son  Gàs  Kh«- 
lef  est  élu  par  les 
Nefousa ,  sauf  appro- 
bation de  rimâm , 
qm  la  refuse. 
Abou'l  Hasan  Ayoub. 

Résistance  de  Kha- 
lef. 

Abou       'Obeîdah 

'AbD     EL     HaMID     EL 

Djenaolni. 

Révolte  de  Khalef. 


Séjour  de  sept  ans 
de  rimâm  à  Ignaoun 
dans  le  Djebd  Ne- 
fousa. 


i96.'AbddOuah- 
hâb  assiège  Abou  1 
'Abbâs  dans  Tripoli. 

Traité  entre  Aboul 
'Abbâs  et  'Abd  d 
Ouahhâb. 


Assassinat  de  M^ 
moun ,  fiis  de  rinaim, 
par  les  Nekkarites. 


221.    Kbalef    est 


El  Aflaç  b.  'Abd 
EL  Ouahhâb  ,  imâm , 
2o8-25o  (833-834, 
871-873). 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA. 


431 


DYNASTIE 
AGHLABITË. 


GOUVBRNBURg 
DU   NBFOUSA. 


imAms  DI  TIHARBT. 


AbOU       'ÏQih       BL 
AgHLAB,         233-136 

(837-838,840-841). 
Aboc'l  'Abbâs  Mo- 
hammed,    aa6-i42 

{8/.0-84 1,856-857). 


Abou  Ibiuhih  Aç- 
MED,  242-249  (856- 
867,  863-864). 

ZiADET  Allah  II, 

249-268   (863-864, 
864-865). 


Mohammed         el 
GuarAniq,   a5o-2  4i 

{864-865,874-875). 
Abou  Ishaq  Ibra- 
him, 261-389  (874- 
875,  901-902). 


battu  à  Idref  par 
Abou  'Obeîdab  et  se 
retire  à  Temti. 


El  *AbbAs  bbn  Ayoub. 


(Règne  60  ans 
(l*après  Abou  Zaka- 
rya,  5o  ans  d'après 
Ibn  Saghir.) 


239  (853-854). El 
Atlah  brûie  El  'Abba- 
syah ,  fondée  par 
Abou*l  'Abbâs  près  de 
Tiharet,  et  reçoit  de 
Mohammed  I*',  sou- 
verain  omayade  d*£s- 
pàgae^  la  somme  de 
100,000  dirhems« 


El  Aflah  envoie 
Mohammed  ibn  'Arfa 
en  ambassade  au 
Soudan. 

Abou  Bbkr  bbn 
El  Aflaç,  258  (871- 
873)  (var.  35o). 

n  fait  tuer  Ibn 
'Arfa,  ce  qui  amène 
une  guerre  civile  dans 
Tiharet.  Abou  Bekr 
est  détrôné  et  ses  par- 
tisans le  remplacent 
par  son  firère. 


432 


MAI-JDIN    i899. 


DYNASTIE 
ÀGHLABltE. 


GOUVERNEURS 
DU   NEFOUSA. 


IMÂMS  DE  TIHABET. 


Abou  Dzarr  Abân. 
Gouverne  7  mois. 

Abou  Mansour 
ëlyAs. 

Guerre  contre  le 
fils  de  Khalef. 

Celui-ci  est  vaincu 
à  Rimou  et  se  retire 
à  Djerbah  ;  il  est  livré 
à  Abou  Mansour  et 
mutilé. 


ÂBOUL    'AbbAs 


266  (879-880). 
Abou  Mansour  Ëlyâs 
bat  à  Qasr  Hatim  £1 
'Abbâs ,  fils  d'Ahmed 
ben  Touloun. 

El  Aflah  ben  El 
'Abbâs. 


283  (896-897). 
Bataille  de  Manou, 
gagnée  sur  les  Aba- 
dhites  par  Aboul 
'Abbâs  ben  Ibrahim. 

A  la  suite  de  cette 
bataille ,  El  Aflali  est 
déposé  et  remplacé 
par  son  cousin ,  qui 
i^ouverne  3  mois. 

Aflah  est  rétabli. 


Abou'l  YaqkhAn 
Mohammed  ben  El 
Aflah. 

Mohammed  ben 
Mesâlah  prétend  à 
rimâmat  avec  l'aide 
des  Hoouara  ;  les  Lo- 
ouata  et  les  Nefousa 
appuient  Abou'l  Yaq- 
zhân. 

Guerre  civile  de 
sept  ans ,  pendant 
lesquels  Ibn  Mesâlah 
occupe  Tibaret,  re- 
prise enfin  par  Abou  1 
Yaqzhân. 


Abod  Hâtem  You- 
SOF  BEN  Mohammed, 
281  (894-895). 

Guerre  civile  :  You- 
sof  est  chassé  de  Ti- 
haret  et  remplacé 
par  Ya'qoub. 


Abou  Hâtem  You- 
soF  est  rétabli. 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA. 


433 


DYNASTIE 
AGHLABITE. 


GOUVERNEUP.S 
DU    NEFOUSA. 


IMAMS  DE  TIHAUET. 


Ibrahim,  289-290 
(901-902,902-903). 
ZiADET  Allah  III , 
290-297  (902-903, 
909-910). 


Abou  Zakaryâ 
Yahya    El    IrdjAni. 


294    (906-907). 

Ya'QOUB     BEN    AfLAH 

est  rétabli. 


DYNASTIE  FATIMITE. 


GOUVERNEURS 
DU    NEFOUSA. 


IMAMS  DE   TIHARET. 


'Obeïd  Allah  le 
Mahdi,  297-322 
(909-910,933-934). 


3io  (922-923). 
Première  expédition 
de  'Ali  ben  Selmân 
ed  Da'i ,  général  fali- 
niite;  il  est  vaincu. 

Abou  Zakaryâ  est 
tué  près  de  Tirekt. 

3ii  (923-924). 
Prise  et  destruction 
d'El  Djazirah  par  Ali 
ben  Selmân. 


296  (908-909). 
Le  dâ'i  -Abd  Allah 
détruit  la  domination 
des  Rostemides  à  Ti- 
haret.  Suivant  les 
uns  y  Ya'qoub  est  tué  ; 
suivant  d^autres ,  il 
se  retire  à  Ouar^a 
où  il  vit  avec  son  fils 
Abou  Solaîmâri. 


Mil. 


29 


luratMeair.   «atiuxale. 


434  MAt-JUIN   1899. 


J*4 
(  Ëch  Chemmàkhi ,  Kitâb  es  Siar^  p.  698  ) 

(j^^-«-L^  a'  J**^^  *;-ejUl  ptÂj^  OU43  i  Uu*a3  i  jljJs-JI 
Jj^auê  ^Osjiaiu^  aJU  ç^^J  iUs^^U  «X-afif^H  j^l^X^  *s«AjU  i 
ci^Li  yl  cu^;^^  (j^^  4^:^13  A  ^5*3^53  Jl^l  t;"^^ 


yLx-Ljt  J^^»â-^3  u'^^îr^'  :h^  *xjs^^*  ^^ juaS^  ^^u^^l  ^ 

(i-*^  ê>*^'  i^lji^  ^ JJI  Ju« 

i-^3  lP*^'^  ^^3' r-^  vâ^^  4^^'  ^^*^»  J^*^  M»i» 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.         435 


ij^^i^*!!^  a'  (>^af5  «Jpa»?  iUéii^^    — r  «,-.,  «  ^^;— ^ 
*  ^  a  *.^  j^O<-^^l  (^^-.-^  a^  J^^^^»--^  (:)4Wi5  iU^3 


A,.x  .A-w^  j-^l  «^sjL^  SV^  «i  cJ^^'^'^  CJ19«^^^^^^^   I^V^  Jû^^juD^ 

^^.i^^  icjt^^  os^ï^fy,  jL,UJI  Â  ^^jy  ^  Ju«,  a,U4 

^;^  (i^^3  C:):?^  (J^^^  dri^J^  J-*"3  J^^  cM^  J^^ 

Jaïj  âlàlxAM  ^j-^l  (J^»ô^^  (p«  6oo)  aMI  *K4ii  ^  jb^  e)Wy 
j-^j^t  c^3  i^'  Sj^^  (^  J^^3  J'^NHf  *>HÈ-^3  J"^ 

»;  cu-«J^'  J^â^  c:>5;y  Jaa^  ^^^yjoiit^  oJd^l^* 


'  Correction  de  <]^jJU»jJj  . 

29- 


436  MAI-JUIN    1899. 

pi  J   Art   *^  (a)  M»LCjt  ^  c^jLfci.  «Xjflfi^A  ^«X-iâJMj  ^(j^-H*j» 

(i  ^  *  t)0*^^-*^-^3  (:y^^H**^  *^:;y3  *^î;;$^  i 

1.  L'oratoire  de  Tidjin,  sous  Vinvocation  de  Yahya 
ben  Sofyân. 

D*après  Ech  Ghemmâkhi  [Kitâb  es  Siar,  p.  agô- 
298),  Abou  Zakarya  Yahya  el  Laiouti  en  Nefousi 
était  un  homme  instruit  et  vertueux.  Lorsqu'il  fit  le 
pèlerinage  de  la  Mecque,  il  lui  arriva  des  aventures 
merveilleuses,  racontées  tout  au  long  par  son  bio- 
graphe. On  rapporte,  comme  preuve  de  sa  sobriété, 
qu un  jour  des  cheikhs  ayant  passé  la  nuit  chez  lui, 
il  leur  servit  beaucoup  de  viande  sans  couscous  et 
s  excusa  auprès  deux.  Une  autre  fois,  en  pareille 
circonstance ,  il  leur  servit  uniquement  du  couscous 
et  de  rhuile  sans  s  excuser.  On  lui  en  demanda  la 
raison.  Il  répondit  :  «  Avec  du  couscous  on  n'a  pas  à 
s  excuser.  »  H  eut ,  entre  autres  disciples ,  le  cheïkh 


*  Correction  de 


lO**^» 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.         437 

Abou  *Abd  AUah  Mohammed  ben  Djeiiidâsen,  com- 
temporain  de  Timâm  rostemide  El  Aflah,  ce  qui 
permet  de  placer  l'existence  de  Yahya  vers  la  fin  du 
n*"  siècle  de  Thégire  (vnf-ix®  siècle  de  notre  ère). 

2.    Un  oratoire  au-dessus  de  Lalout. 

Ce  nom  se  trouve  écrit  tantôt  oJ^ ,  tantôt  c:>p^  : 
il  désigne  un  moudiriah  de  Tripolitaine  et  aussi  son 
chef-lieu,  qui  est  situé  au  sommet  dun  rocher;  il 
possède  une  garnison  turke  et  compte  environ 
1 ,6oo  maisons  de  Berbères  abadhites ,  dont  quelques- 
unes  sont  creusées  sous  terre.  Au  milieu  se  trouve  un 
quartier  comprenant  3,ooo  magasins  où  sont  ser- 
rées les  marchandises  et  les  provisions  des  habitants. 
Chacun  a  la  clef  de  son  magasin^.  On  y  voit  trois 
mosquées  :  la  grande  mosquée,  qui  sert  aux  habi- 
tants du  haut  quartier;  la  mosquée  neuve,  en  avant 
de  la  mosquée  des  *Azzaba  et  la  mosquée  de  Sidi 
Khalifah  (Brahim  en  Nefousi,  Relation  du  Djebel 
Djefousa,  p.  K^ô-K'i;  de  Motylinski ,  Le  Djebel  Ne- 
fousa,  p.  107). 

Un  certain  nombre  de  personnages  importants  de 
la  secte  abadhite  sont  originaires  de  Lalout  :  le  cheikh 
Abou  Zakaryâ  Yahya  el  Lalouti  (cf.  n°  1);  Abou 
'Abd  Allah  Mohammed  Djellidâsen  el  Lalouti  en 
Nefousi,  qui  était  un  puits  de  science  et  gouverna 
cette  ville  sous  rimâin  El  Aflah  (Ech  Chemmâkhi, 

^  Cette  coutume  existe  aussi  chez  les  Chaouias  de  l'Aourâs ,  et  le 
dépôt  se  nomme  Guéla'a ,  de  l'arabe  iUJLî .  Cf.  G.  Mercier,  Jje  Chaouia 
de  l'Aurès,  Paris,  1896,  in-8°,  p.  9,  note  2. 


438  MAI-JUIN  1809. 

Kitâb  es  Siar,  p.  298,  3q9).  —  Abou  Ahmed  et 
Mohammed  ben  Bash*,  dont  ie  premier  récita  en 
une  nuit  la  prière  de  toute  une  année  (Ech  Chem- 
mâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  296).  —  AbouV  Rebi*  So- 
ieïmân  ben  Haroun  ei  Lalouti ,  tué  à  1  âge  de  a  y  ans 
par  les  Benou  Tidjin  ((jy*53,  var.  (j^a^)  (Ech  Chem- 
mâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  299).  —  0mm  Sohnoun, 
une  des  femmes  les  plus  vertueuses  du  Djebei,  que 
les  cheikhs  venaient  visiter  par  déférence  (Ech 
Ghemmàkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  !2 98-2 99). 

3.  L'oratoire  A* Abou,  'Amir  à  Anir  [Iner)  et  sa 
mosquée. 

On  trouve  pour  i  orthographe  de  ce  nom^l  et 
yXj  :  Iner  est  aujourd'hui  un  qsar  du  moudiriah  de 
Fosato,  peuplé  moitié  d'Arabes  et  moitié  de  Ber- 
bères; il  compte  cinquante  familles  abadhites.  B  est 
situé  à  Touest  de Temezda.  La  mosquée  existe  encore: 
elle  est  entoiu'ée  d'oliviers  (Brahim  en  Nefousi,  Heia' 
tion  du  Djebel  Nefousa,  p.  r\p;  de  Motylinski,  Le  Dje* 
bel  Nefousa,  p.  94). 

Abou  'Amir  et  Tesrâri  était  un  des  douze  cheikhs 
connus  pour  voir  leurs  prières  exaucées.  H  avait 
épousé  Amat  el  Ouahid  deTendemira,  femme  ver- 
tueuse et  pieuse  qui  avait  la  plus  vive  aversion  pour 
le  mariage.  Sa  mère  convoqua  douze  cheïkhs  pour 
combattre  ses  idées;  la  jeune  fille  céda  à  condition 
qu'on  lui  permettrait  d'épouser  celui  d'entre  eux 
qu'elle  voudrait  et  elle  choisit  Abou  *Amir.  Ech 
Chemmâklii  [Kitâb  es  Siar,  p.  209-21  1)  rapporte, 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.         439 

dans  la  biographie  de  son  marî,  quelle  vit  deux 
fois  Satan  dans  la  même  journée.  Elle  portait  une 
charge  de  bois  sur  sa  tête  et  le  diable  lui  souf&a 
cette  pensée  :  «  Abou  *Amir  mange  avec  sa  femme  et 
ils  ont  mis  ta  part  dans  une  marmite.  ^  Elle  jeta  le 
fagot  pour  y  ajouter  du  bois  quand  elle  reconnut 
que  c'était  Satan.  Il  sortit  de  la  charge  de  bois  sous 
la  forme  d'un  chat  qui  criait.  En  arrivant  à  la  mai- 
son ,  elle  trouva  que  tout  s^était  passé  comme  le  démon 
le  lui  avait  insinué  ;  elle  changea  de  couleur.  Abou 
'Amir  reconnut  que  cela  venait  du  diable;  il  la  prit 
par  la  manche  et  dit  :  «  Ennemi  de  Dieu,  sors  dun 
corps  pur.  »  De  nouveau  il  sortit  de  sa  manche  sous 
l'apparence  d'un  chat  qui  criait  et  s'en  alla  par  la 
porte  de  la  maison.  Ses  deux  neveux,  fils  de  sa  sœur 
mariée  à  Tasaselt,  rendirent  de  grands  servires  à  la 
secte  :  Abou  Meïmoun  et  Abou  Hamzah  Louaba; 
leur  oncle  Abou  *Amir  prédit  leur  destinée  peu  après 
leur  naissance. 

Iner  produisit  aussi  deux  autres  vertueux  person- 
nages :  Abou  Soleïmân  el  Ineri  (voir  n"  1x8)  et  une 
femme  pieuse  nommée  Châkirah,  disciple  d'Omm 
Yahya.  Grâce  à  elle,  les  copies  du  Kitâb  el  Khalil  es 
Sâlih,  dont  un  exemplaire  existait  chez  un  fabricant 
de  Masîn,  se  répandirent  dans  le  Djebel  Nefousa 
(Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  aS/i-aSS). 

Il,  L'oratoire  de  ^A§im  es  Sedrati  à  Tisemu,  dans  le 
Tiqhity  en  face  da  cimetière. 

Tighit  est  situé  au  sud-est  de  Lalout. 


440  MAI-JUI.N  1899. 

^\sini  es  Sedrati  était  un  des  «porteurs  de  la 
science»,  délégué  par  Abou  *Obeïdah  Moslem. 
Lorsque  les  Ouarfadjdjoumah,  commandés  par 
'Asim  ben  Djemil,  puis  par  son  successeur  *Abd  eL 
Malik  ibn  Abi'l  Djadan,  se  furent  emparés  de  Qaï- 
rouân,  en  lào  de  Thégire  (TSy-ySS),  ils  y  com- 
mirent mille  excès ,  massacrant  et  torturant  les  Qo- 
raïchites  qui  s'y  trouvaient,  logeant  leurs  chevaux 
dans  la  grande  mosquée.  Les  Abadhites,  conduits 
par  i'imàm  Abou  1  Khattab ,  vinrent  de  Tripoli  com- 
battre pour  la  défense  de  la  religion,  menacée  par 
la  barbarie  des  Ouarfadjdjouma.  *Asim  es  Sedrati 
faisait  partie  de  cette  armée  et,  suivant  Ibn  er  Ra- 
qiq,  commandait  un  corps  de  6,ooo  hommes.  Pen- 
dant le  siège  de  Qaïrouân  il  fut  empoisonné,  au  dire 
d'Abou  Zakaryâ,  par  im  melon  vendu  par  les 
assiégés,  Tan  i4i  de  Thégire  (ySS-ySg).  Mais,  sui- 
vant Ibn  es  Seliâm,  il  aurait  péri  avec  Abou  Hâtem, 
successeur  d'Aboul  Khattab,  lors  de  la  défaite  des 
Abadhites  du  Djebel  Nefousa  par  le  gouverneur  de 
rifriqyah,  Yezid  ben  Hâtem,  le  2 y  de  rebi*  f*  i55 
(y  mars  772)^ 

^  Cf.  Abou  Zakarya,  Chronique,  tr.  Masqueray,  p.  ag-So;  Ech 
Ckemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  i28-i3o,  i^i;  Ibn  Khaldoun,  Kitâb 
el  Iber,  Boulaq,  ia8/i  de  l'hég.,  7  vol.  in-8°,  t.  VI,  p.  112;  Ibid., 
Histoire  de  l'Afriqae  et  de  la  Sicile,  éd.  et  trad.  Desvergers,  Paris, 
18/11,  in-8°,  p.  19  du  texte,  54  de  la  trad.;  Histoire  des  Berbères, 
trad.  de  Slane,  t.  I,  Alger,  1862,  in-8°,  p.  219-220;  En  Nouaîri, 
ap,  de  Slane,  op.  land, , Âp.  p.  873  ;  Ibn 'Adzari ,  //ûtoire  de  rÀfrû/ne 
et  de  l'Espagne,  éd.  Dozy,  Leyde,  i8/i8-i85i,  2  vol.  in-8%  t.  I, 
p.  59-60;  Jbn  el  Atliir,  Kâniil,  éd.  du  Qaire,  t.  V,  p.  i5o-i5i; 
Fournel,  Les  Berbères,  Paris,  1875-1881,  2  vol.  in  8°,  t.  I,p.  35o. 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.         441 

5.  L'oratoire  d'Aboa  Ghalboan  à  Temailet,  en  face 
de  la  mosquée,  du  côté  de  l'Ouest. 

Abou  Ghalboun  en  Nefousi  était  un  homme  pieux. 
Ech  Chemmâkhi  se  contente  de  dire  qu  il  récitait  le 
Qorân  avec  sa  fdle ,  qui  habitait  de  Tautre  côté  de 
Toued,  et  qu'il  fut  témoin  de  Tillumination  de  la 
nuit  d'El  Qadr,  tellement  que,  de  loin,  il  distingua 
un  chacal  mieux  quil  ne  l'aurait  fait  en  plein  jour 
[Kitâb  es  Siary  p.  3oo). 

6.  U oratoire  de  Mâdemân  el  Hartâli, 

m 

Ce  nom  est  écrit  tantôt  ^U^U,  tantôt  ^UJs^.  Ce 
personnage  était  contemporain  de  l'imam  rostemide 
de  Tiharet,  *Abd  el  Ouahhâb,  fds  et  successeur  de 
\4bd  er  Rahmân  ibn  Rostem  (seconde  moitié  du 
n*  siècle  de  l'hégire,  vnf-i\*  siècle  de  notre  ère).  Ce 
prince  lui  avait  confié  les  fonctions  de  qâdhi  qu'il 
exerçait  dans  le  Djebel  Nefousa.  Pour  l'éprouver,  il 
lui  envoya  deux  lettres  :  dans  la  première ,  il  le  desti- 
tuait; dans  la  seconde,  qui  ne  devait  lui  être  remise 
que  s'il  obéissait  à  celle-ci,  il  le  rétablissait  dans  sa 
charge.  Après  avoir  lu  la  première,  Mâdemân  se  con- 
tenta de  dire  :  «  Que  Dieu  fasse  miséricorde  à  l'imâm 
qui  a  reconnu  ma  faiblesse  et  mon  incapacité  à  rem- 
plir cette  charge,  et  m'a  écrit  pour  me  destituer.  » 
Quand  on  lui  eut  remis  la  seconde  lettre,  il  reprit  : 
«  Que  Dieu  fasse  miséricorde  à  l'imâm  ;  il  a  reconnu 

35 1,  354-356.  La  traduction  fragmentaire  d'Ibn  el  Alhir,  publiée 
par  la  Revue  africaine,  se  borne  à  reproduire  (n**  2  35-2  26,  p.  202 
2o3)  une  partie  des  sources  citées  par  Fournel. 


442  MAI'JUIN   1899. 

que  personne  ne  pouvait  me  faire  quitter  ces  fonc- 
tions. »  (Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es  iSiar,  p.  igS- 
196.) 

7.  A  OartiHy  dam  le  Ouddi  Temzin. 

Le  qsar  de  Tin  Temzin  (en  nefousi  t'emzin,  {^^^ 
«  orge  »)  est  situé  dans  le  moudiriah  de  Lalout;  il 
possède  un  vaste  bois  d  oliviers  et  ime  mosquée  au 
sommet  d  une  montagne.  La  rivière  dont  il  est  ques- 
tion ici  est  sans  doute  celle  qui  sépare  le  qsar  de  Tin 
n  Temzin  de  celui  de  Tendemira  et  qui  descend 
vers  la  Djefara  pour  se  déverser  à  Tîdji  (Brahîm  en 
Nefousi,  Relation  da  Djebel  Nefoasa,  p.  »^l«;  de  Mo- 
tylinski,  Le  Djebel  Nef ousa,  p.  io3-io4).  C'est  le 
Tamsin  de  la  carte  de  Petermann. 

8.  Tottrit  n  Nabert. 

9.  La  caverne  de  Tenabutin. 

10.  Tefiri  n  Faoain, 

Au-dessus  du  qsar  de  Termisa,  dans  le  moudi- 
riah de  Forsatâ,  il  existe  encore  un  point  abondant 
en  eau,  du  nom  de  Teliri  (Brahim  en  Nefousi ,  B^îa- 
tion  dit  Djebel  Nefousa,  p.  iv;  de  Motylinskî ,  Le 
Djebel  Nefousa,  p.  86). 

11.  La  mosquée  de  TagîierenU. 

En  dialecte  du  Nefousa,  le  mot  tareremi  est  le 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.         443 

diminutif  tarèrent  «bourg,  ville,  qsar  ».  Lai  racine 
y/R'RM  a  fourni  également  au  mzabite  :  arerem, 
^jÀ\,  plur.  ir  ernidoun ,  {j^fo\  en  ahaggar  et  en 
taïtoq  :  arerem,  DO: ,  plur.  iretman,  DO:  ;  à  Ghat  : 
araram,  DO:;  en  aouelimmiden  :  ar'erem,  DO:. 
En  zénaga,  le  r  est  remplacé  par  un  i^  \/rRM 
irmi ,  ç^jj  «  village  » ,  plur.  armoan ,  (jy^^^ . 

12.  La  caverne  du  puits  d'IslL 

L'auteur  désigne  sans  doute  Tendroit  appelé  Tin 
Isli ,  qui  fait  partie  du  moudiriah  de  Forsatâ  où  habi- 
taient les  B.  Ourtizlan ,  et  dont  il  est  question  dans 
la  vie  du  cheikh  Ma^ad'  (Ech  Ghemniâkhi,  Kitâb  es 
Siar,  p.  422),  d'Aboul  ^\bbâs  Alimed  el  Oulili 
[ihid.y  p.  626),  d'Aboul  ^Abbâs  [ihid.,  p.  452-453), 
d'Abou  Ya'qoub  Yousof  ben  Nefâth  (ibid.^  p.  466),. 

13.  L oratoire  d'Omm  Yahya  à  Djelimet. 

Cette  0mm  Yahya   eut  pour  disciple  Ghâkirah 

dîner  (cf.  n°  3). 

14.  L'oratoire  au  milieu  du  ouâdi. 

15.  L'oratoire  de  Temesdjidiouin  (les  mosquées  : 
0^^4Xxmj(;)  à  Kabaou. 

Kabaou  est  situé  dans  le  district  d*El  Harabah, 
moudiriah  de  Lalout,  à  Touest  de  Forsatâ.  GW 
aujourd'hui  le  plus  considérable  et  le  plus  riche  des 
qsour  de  ce  moudiriah;  les  habitants  ont  la  réputa- 

^  Cf.  mes  Etudes  sttr  les  dialectes  berbères,  Paris»  1894»  p.  46. 


444  MAI-JUIN   1899/ 

tion  d'hommes  instruits  et  c'est  parmi  eux  qu'on 
choisit  le  qâdhi  de  la  province.  D  est  situé  au  som- 
met d'une  montagne  et  entouré  de  ravins  plantés 
d'oliviers  et  de  figuiers;  en  face  est  une  mosquée 
souterraine  appelée  QeclKfâch.  Le  qsar  compte  5oo 
maisons;  les  borgnes  y  sont  très  nombreux  et  le 
nombre  des  hommes  y  dépasse  celui  des  femmes 
(Brahim  en  Nefousi,  Relation  du  Djebel  Nefoasa, 
p.  K'ô;  de  Motylinski,  Le  Djebel  Nefousa,  p.  io5). 
Ech  Chemmâkhi  [Kitâb  es  Siar,  p.  286-287)  men- 
tionne un  cheïkh  du  nom  d'Abou  Mohammed  Isliten 
El  Kabâoui  que  l'on  consulta  sur  diverses  questions 
et  qui  fiit  disciple  d'Abou  Haroun  Mousa  el  Djela- 
limi  (cf.  Kitâb  es  Siar,  p.  Soy-SoS). 

16.  L'église  de  Forsatâ. 

Forsatâ  est  situé  dans  le  moudiriah  de  Lalout. 
On  voit  encore  aujourd'hui  une  mosquée,  peut-être 
l'église  dont  il  est  question  ici,  au  milieu  des  ruines 
de  l'ancien  qsar,  et  en  avant,  vers  le  sud,  le  qsar 
actuel  avec  la  mosquée  de  *Ammi  Yahya.  Il  ren- 
ferme un  quartier  spécial ,  analogue  à  la  Guelâ^a  des 
Ghaouias  de  l'Aourâs,  dans  lequel  les  habitants  dé- 
posent, sous  la  surveillance  d'un  gardien,  le  blé, 
l'orge,  le  beurre  fondu,  la  laine  et  ce  qu'ils  pos- 
sèdent. La  population  est  d'origine  berbère  et  encore 
abadhite;  ce  qsar  est  séparé  de  celui  deTidji  par  une 
grande  rivière  plantée  de  palmiers  (cf.  Brahim  en 
Nefousi,  Relation  du  Djebel  Nefousa,  p.  v*)P\  de  Moty- 
linski, Le  Djebel  Nefoasa ,  p.  io4-io5). 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.         445 

Cet  endroit  a  joui  autrefois  d  une  grande  réputa- 
tion et  donné  naissance  à  un  certain  nombre  de  per- 
sonnages célèbres  :  Abou  D'err  Saddouq  El  For- 
sataï,  un  des  disciples  d'Abou  Mirdâs  (voir  n"  17) 
(Ech  Chemmâkhi ,  Kitâb  es  Siar,  p.  2 1 3  -  2 1  4 )• 
Aboul  Qâsim  Younès  el  Forsataï  en  Nefousi,  qui 
était  en  relations  avec  Abou  Mohammed  Sa^ad  ben 
Younès  de  Tidji  (voir  n**  1 9)  périt  à  Manou  en  aSS 
de  rhégire.  Son  fds  Abou  Yahya  et  lui  arrivèrent  à 
un  haut  degré  de  science  et  de  piété;  tous  deux, 
pour  leurs  affaires  commerciales,  voyagèrent  dans  le 
Soudan  où  ils  reçurent  une  leçon  d  un  roi  du  pays. 
Celui-ci  étant  souffrant  et  affaibli  par  la  crainte  de  la 
mort,  Abou  l  Qâsem  lui  paria  de  Dieu,  de  ses  qua- 
lités, du  paradis,  de  Tenfer,  des  promesses  et  des 
menaces  divines.  Mais  le  nègre  le  traita  de  menteur 
et  lui  dit  :  «  Si  tu  étais  persuadé  de  tout  ce  que  tu 
racontes,  tu  ne  serais  pas  venu  jusqu'à  nous,  à  la 
recherche  des  biens  de  ce  monde.  »  Néanmoins  il  se 
convertit  et  recouvra  la  santé.  Nous  voyons  par  cet 
exemple  et  par  un  autre,  que  rapporte  aussi  Ech 
Chemmâkhi,  qu'au  in*  siècle  de  Thégire,  des  com- 
munications régulières  et  des  transactions  commer- 
ciales existaient  entre  le  Djebel  Nefousa  et  le  Soudan. 
Un  autre  fait  nous  montre  que  des  relations  existaient 
entre  Abadhites  de  TEst  et  Abadhites  de  TOuest.  Le 
fils  d' Aboul  Qàsem,  Abou  Yahya,  avait  étudié  à 
Charous  auprès  d'Ibn  Matous  et  d'Abou  Haroun. 
Il  fit  le  pèlerinage  avec  son  père  et  sa  mère,  puis 
une  autre  fois  seul.  A  cette  occasion,  lorsqu'il  eut 


446  MAI-JUIN  1809. 

fini  les  tournées  autour  de  la  Kal>ah,  un  homme 
ie  prit  par  la  main ,  le  tira  de  la  foule  et  Tinterrogea 
sur  le  khalife  *Ali.  «  C'était,  dit  Aboa  Ya^ya,  qui 
croyait  sans  doute  avoir  atfaire  à  un  orthodoxe,  le 
chevalier  des  Musulmans,  lexterminateur  des  infi- 
dèles ,  le  cousin  de  TEnvoyé  du  Maître  des  Mondes. 
Il  avait  des  mérites. — Ses  défauts  sontplus  non4)reux 
que  ses  mérites»,  dit  Tautre;  puis  il  ie  questionna 
sur  les  cheikhs  du  Djebel  Nefousa ,  comme  quelqa^un 
qui  aurait  grandi  avec  eux.  «Il  me  demanda,  con- 
tinue Abou  Yahya,  des  nouvelles  d'Âbou  Ma'rouf. 
—  Il  est  mort.  —  C'est  une  perte  qui  ne  seora  pas 
réparée  jusqu'au  jour  du  jugement,  »  Puis  il  me  ra- 
mena à  mes  compagnons  (Ech  Chenunékhi,  KUâh 
es  Siar,  p.  Sio-3ia). 

17.  Les  trois  monuments  funèbres  attribués  à  Aboa 
Mirdâs. 

Abou  Mirdâs  Mohàsir  es  Sedrati  était  un  des 
cheikhs  les  plus  illustres  et  en  même  temps  des  phis 
détachés  du  monde.  Il  dépensa  toute  sa  fortune  pour 
les  pauvres,  dit  le  recueil  de  biographies  du  Djebel 
Nefousa  [Siar  Nefousa),  qui  cite  plusie\u*s  traits  de 
sa  charité.  Il  avait  à  Kahf  une  mosquée  où  il  ado^ 
rait  Dieu  et  où  l'on  montrait  encore ,  au  temps  d'Elch 
Chemmftkhi,  l'empreinte  de  son  pied.  Il  était  si 
scrupuleux  qu'ayant  vu  un  jour  une  femme  étrangère 
le  visage  découvert,  il  jeûna  pendant  ime  année  en 
expiation  de  cette  indiscrétion  involontaire,  D  était 
très  estimé  de  l'imâm  rostemide  ^Abd  d  Ouahhâb 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.         447 

auquel  il  8  attacha ,  aiusi  qu'à  Ayoub  ben  El  *Abbâs , 
après  le  retour  du  Rostemide  à  Tiharet,  à  Abou 
'Obeïdah  'Abd  ei  Hamid  (voir  n°  6 1)  et  à  El  'Abbâs 
ben  Ayoub.  Son  mariage  eut  lieu  dans  des  condi- 
tions particulières.  Il  consulta  à  ce  sujet  un  de  ses 
amis  et  le  pria  de  chercher  une  femme  qui.  convînt 
à  un  homme  comme  lui.  L  ami  parcourut  tout  le 
Djebel  Nefousa  et  nen  trouva  quune;  encore  elle 
était  folie.  11  la  demanda  en  mariage,  elle  consentit; 
Abou  Mirdâs  laccepta,  malgré  sa  folie,  parce  quelle 
Tavait  choisi.  Après  le  mariage,  sa  maladie  disparut, 
elle  devint  ime  des  femmes  les  plus  vertueuses,  les 
plus  belles,  les  plus  accomplies  du  Djebel  Nefousa. 
Ceci  se  passait  à  Tépoque  du  séjour  de  *Abd  el  Ouah- 
hâb  le  Rostemide  dans  le  pays.  Abou  Mirdâs  rac- 
compagnait chaque  vendredi  à  la  mosquée.  Un  jour 
il  y  manqua;  Timâm  demanda  après  lui,  on  lui  ré- 
pondit :  «Il  s'est  marié.  —  Abou  Mirdâs,  dit-il,  a 
goûté  à  ce  à  quoi  ont  goûté  les  gens  (j-J^jjI  ^ti 
^LJI  ciAïlS  U).  »  Sa  biographie  a  été  écrite  par  Abou  1 
'Abbâs  Ahmed  ben  Sa^d  ed  Derdjini ,  dans  le  Kitâb 
tabaqât  el  MacMikh  (cf.  de  Motylinski,  Les  livres  de 
la  secte  abadhitey  p.  3i).  Cf.  aussi  Abou  Zakarya, 
Chronique,  traduct.  Masqueray,  p.  i5o-i5i;  Ech 
Ghemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  i -72-1 78. 

18.  Trois  [oratoires)  à  Forsatâ, 

19.  La  mosquée  de  Sad  ben  Younès  à  Tim^iouin. 
Sa^ad  ben  \  ounès  était  originaire  de  Tidji,  Son 


448  MAIJUIN  1899. 

père  Abou  Younès  Ouasin  ben  Sa*ïd ,  gouverneur  de 
Qantrarah,  envoya  ses  deux  fils  Sa*d  et  Nefâth  étu- 
dier près  de  rimâm  de  Tiharet,  El  Aflah.  Celui-ci,  à 
la  mort  de  leur  père,  nomma  Sa*d  gouverneur  de 
Qantrarah.  Mécontent,  Nefôth  accusa  Timâm  de 
relâchement,  incriminant  son  goût  pour  la  chasse, 
laccusant  de  porter  des  vêtements  de  soie  et  de  prier 
les  éperons  aux  pieds.  Craignant  la  vengeance  de 
rimâm,  il  se  retira  dans  le  Djebel  Nefousa,  où  Sa'd 
le  fit  surveiller;  alors  il  partit  pour  l'Orient  où  ses 
aventures,  la  façon  dont  il  confondit  les  doctrines 
abbasides,  la  ruse  par  laquelle  il  parvint  à  se  pro- 
curer une  copie  du  Diwân  de  Djiibir  ben  Zaïd,  qui 
fonnait  la  charge  de  neuf  chameaux,  sont  le  sujet 
de  récits  légendaires  chez  les  z\badhites.  Sa*d  se 
montra  opposé  à  l'expédition  qui  se  termina  par  la 
bataille  de  Manou ,  où  furent  écrasés  les  Abadhites 
du  Djebel  Nefousa,  en  283  de  l'hégire  (896-807)^ 

'  Kn  283  (lo  VUi'g,  (^96-897),  Ibrahim  ben  Ahmed  TAghiabite, 
soiivorain  do  l'Ifriqvah  sous  la  suzeraineté  des  Abbasides,  voidut 
conqiKTÎr  l'Kgyple,  à  ce  moment  à  peu  près}  indépendante,  sous 
i^autoritt'  des  Touiounides.  Il  quitta  Kaqqadali  le  a 3  de  safar  (g  avril 
896)  et,  lorsqu'il  eut  dépassé  (lahés,  il  rencontra  à  Manou  Tarmée 
des  Nefousa,  qui  voulait  lui  barrer  le  passage,  au  milieu  de  rebi*!" 
(commencement  de  mai  896].  Ils  furent  vaincus,  une  partie  d*entre 
eux  jetés  à  la  mer  et  massacrés,  si  bien  que  les  eaux  étaient  rouges 
de  sang.  Le  gouverneur  du  Nefousa  était  El  Aflah  ben  £11  *Abl>às,qui 
avait,  dit-on ,  déconseillé  Texpédition.  11  prit  la  fuite  au  milieu  de  la 
bataille ,  pendant  que  les  Abadhites  se  faisaient  tuer  autour  de  leur 
draprau.  Sur  t^cooc  qu'ils  étaient,  i'j,ooo  succombèrent,  desquels 
'1,000  hommes  du  Djebel  Nefousa  et  parmi  eux  doo  cheîkhs,  enttv. 
autres  Matous,  Ch(>ïl)ah,  Djona,  Meyâl,  Ma'bed;  \o  furent  faits 
prisonniers;  ils  furent  égorgés  de  sang-froid  ainsi  que  les  autres 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.         449 

(cf.  Abou  Zakarya,  Chronique,  p.  lyA-iSS;  Ech 
Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  2  1 4-2  1 5).  Sa*ad  ben 
Younès  serait  aussi  Tauteur  d  un  livre  mentionné  par 
El  Berrâdi  dans  sa  Risâlah,  mais  ceiui-ci  ajoute  que 
personne  ne  la  jamais  vu  (de  Motyiinski,  Les  livres 
(le  la  secte  abadhite,  p.  1  4). 

20.  La  mosquée  d'Aboa  Mohammed  Khasib. 

Abou  Mohammed  Khasib  ben  Ibrahim  et  Times- 

.  .  . 

mosi  était  célèbre  par  son  désintéressement  et  sa 
piété  ;  lui  seul  pouvait  réduire  au  silence  Abou  *Abd 
Allah  Mohammed  ben  Djenoun,  le  vainqueur  de 
tous  les  cheikhs  dans  les  controverses.  On  raconte 
que  lorsqu  il  allait  étudier  à  Lalout  sous  la  direction 
d'AbouV  Rebi*  Solaïmân  b.  Haroun,  il  passa  à  Ter- 
moumat,  près  dun  maître  d'école  qui  lui  demanda  : 
«Oii  vas-tu?  —  A  Lalout,  pour  étudier.  —  Que 
cette  recherche  est  bonne!  Le  monde  n'est  que 
ténèbres;  la  science  est  son  guide;  deux  génuflexions 
d'un  savant  valent  mieux  que  ladoration  d  un  igno- 

captifs  par  Ibrahim ,  dont  la  cruauté  est  alTirmée  aussi  bien  par  les 
historiens  sunnites  que  par  les  Abadhites.  Cf.  Ech  Chemmâkhi, 
Kitâb  es  Siar,  p.  268-272;  Abou  Zakarya,  Chronique,  p.  194-302 
(c'est  par  erreur  que  ce  chroniqueur  dit  qu'Ibrahim  ben  Ahmed 
venait  de  l'Orient  et  était  envoyé  par  le  khalife  El  Motaouakkel  ;  la 
bataille  eut  lieu  sous  El  Mo'tadhid  et  Ibrahim  venait  de  l'Ouest); 
Ibn  Khaldoun,  Histoire  de  l'Afrique  et  de  la  Sicile,  éd.  et  tr.  Des- 
vergers, p.  56-57  du  texte,  p.  i3o-i3i  de  la  trad.;  En  Nouaîri, 
aj).  Desvergers,  op.  laud.,  p.  i3i,  note  i45;  Ibn  *Adzari,  Histoire 
de  r Afrique  et  de  l'Kspaijne,  t.  I,  p.  i23;  Fournel,  Les  Berbères, 
t.  I,  p.  575-576.  Les  historiens  sunnites  ne  nomment  pas  l'endroit 
où  eut  lieu  la  bataille. 

\m.  3o 


ittraiNr.air.   iiatioii&lk. 


450  MAI-JUIN   1899. 

rant  pendant  soixante  ans.  L  adoration  d  un  ignorant 
ressemble  à  la  marche  d  un  âne  de  moulin ,  il  tourne 
et  ne  fait  rien  d'extraordinaire.  »  Sur  la  fin  de  m  vie, 
il  tomba  dans  la  misère  et  envoya  un  messager  faire 
appel  à  la  générosité  des  cheïkbs  qui  habitaient 
Djâdou.  11  fut  rencontré  par  Abou  ^Abd  AUah  Mo- 
hammed ben  Djenoun,  son  rival,  qui  lui  remit  vingt 
et  un  dinars  qu il  avait  sur  lui  et  lavertit  de  s'adres- 
ser à  lui  seul  en  cas  de  besoin.  Son  tombeau  fut 
le  théâtre  de  miracles  dont  furent  témoins  deux 
hommes  de  Tamlouchaït  (Ech  Ghemmèkhi,  Kitâb 
es  Siar,  p.  3 1 3-3 1 5  ). 

21.  Les  sept  monuments  fanéraires  à  Tintemzin. 
OiJ)^  cï»  var.  ç^,jJo  (^. 

Le  nom  de  ce  qsar  (cf.  n°  7)  signifie  «  cdle  de 
forge».  On  le  trouve  sous  la  forme  themzin  ^^j^, 
en  Zouaoua ,  à  Bougie ,  chez  les  B.  Halima ,  à  TOuar- 
senis,  en  Haraoua  et  chez  les  B.  Menacer;  la  forme 
temzin  (^wyir,  existe  au  Mxab  et  en  Cheiba;  tàmin 
{^.yi,  à  Ouargla ,  dans  les  Qsour,  au  Djerid,  en  Ahag- 
gar  et  en  Azger  l#D+;  temzen  ^uC,  à  Syouah; 
timezzin  ^^j£,  au  Touat;  tonmzin  (jWV*^,  à  Tarou- 
dant;  tamozen  ^jyi,  dans  le  Guanche  de  tianzerote 
et  de  Fortaventura  ;  timez'in  l#D+,  en  Taïtocf,  et 
t'amzin  (gWjJd,  au  Djebel  Nefousa.  En  Zouaoua, 
thimzin  bourioul  J>â^  (g^yê  h  orge  dane»  désigne 
une  sorte  de  graminéo ,  le  hordeum  murinam. 

C'est  sans  doute  de  cet  endroit  qu'était  originaire 
Abou  \ounès  Ouasim  en  Nefousi  et  Temzini»  qui 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  iNEFOUSA.         451 

reçut  de  l'imam  le  gouvernement  de  Qantrârah.  Il  se 
fit  remarquer  par  sa  justice  et  sa  bonne  administra- 
tion (Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  1 95). 

22.  A  Tamlouchaît  la  mosquée  de  Touzenzert. 

Tamlouchaït  est  un  qsar  du  moudiriah  de  Lalout 
qui  a  produit  un  grand  nombre  de  cheikhs  renom- 
més :  Abou  Haroun  et  Tamlouchaïti,  disciple  d'Abou 
Mohammed  Khasib  ben  Ibrahim  et  Timesmosi  (cf. 
n°  20)  et  son  fils  Abour  Rebi*  étaient  originaires  de 
ce  qsar  (Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  3oi- 
307);  —  Abou  Ya^qoub  el  Badoui,  renommé  pour 
sa  piété,  et  que  les  cheikhs  choisissaient  toujours 
pour  faire  la  prière,  habitait  Tamlouchaït  (Ech 
Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  Soy);  —  Abou  Mo- 
hammed Isa  ben  Mohammed  el  Melouchaï,  dont 
les  prières  étaient  toujours  exaucées.  Le  Kitâb  es Siar 
rapporte  qu  il  fut  nourri  par  miracle  et  sauvé  d'un 
lion  pendant  un  voyage  en  Ifriqyah  [op.  laad., 
p.  32  5-3 16);  —  Abou  Mousa  Isa  ben  Zera^ah  en 
Nefousi  el  Melouchaï  :  quand  il  était  malade ,  la  santé 
lui  revenait  aux  heures  de  la  prière,  pour  qu'il  pût 
s'en  acquitter  (Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar, 
p.  3 16);  —  Abou  Mohammed  ^Atyat  Allah  el  Me- 
louchaï ,  dont  les  songes  sont  célèbres  et  mentionnés 
dans  les  livres  :  en  rêve,  il  vit.  le  Prophète  (Ech 
Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  3 16);  —  Une  femme 
nommée  Zeïdit,  fille  de  ^\bd  Allah  el  Melouchâyah, 
qui,  se  trouvant  un  jour  avec  d'autres  femmes  occu- 
pées à  filer  de  la  laine,  blâma  ses  compagnes  qui 

3o* 


452  MAI -JUIN   1899. 

s  étaient  mises  à  chanter  et  leur  rappela  le  jugement 
dernier,  le  tombeau  et  la  mort,  en  langage  berbère 
mesuré  et  doux,  il^U^^  ^j|^  aJ  iC^^^b  p^Uo  (Ech 
Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  3 17);  —  Abouï 
Qâsem  et  Tamlouchaïti ,  si  pieux  qu'il  moiuiit  en 
faisant  des  prosternations  (Ech  Chemmâkhi,  Kitâb 
es  Siar,  p.  332 );  —  Abou  Nasr  Fath  Allah  ben 
Nouh  el  Melouchaï,  qui  vivait  à  la  fin  du  vi*  siècle 
de  l'hégire ,  était  renommé  comme  savant  et  comme 
prédicateur;  il  étudia  près  de  son  oncle  maternel 
Abou  Yahya  Zakaryà  ben  Ibrahim ,  dont  il  fit  l'oraison 
funèbre.  On  voit  encore  dans  le  Djebel  Nefousa,  à 
l'ouest  de  Tendemira,  moudiriah  de  Lalout,  la  mos- 
quée d'Abou  Nasr  (Brahim  en  Nefousi,  Relation  da 
Djebel  Nefousa,  p.  r*i*';  de  Motylinski,  Le  Djebel  Ne- 
fousa, p.  io3).  Il  composa  plusieurs  poèmes  :  une 
qasidah  rimée  en  noun  [en  nounya)  sur  les  principes 
de  la  religion ,  commentée  par  IsmaM  ben  Mousa  de 
Djeital  (cf.  n"  54);  une  qasidah  en  ra  [errâyia)  sur  la 
prière,  elle  na  pas  été  commentée;  une  autre  qasi- 
dah en  noun ,  destinée  à  réfuter  les  partisans  de  la 
création  du  Qorân,  et  d'autres  pièces  de  vers  ren- 
fermant des  exhortations.  Ces  ouvrages  sont  men- 
tionnés dans  la  liste  d'El  Berrâdi  (de  Motylinski, 
Les  livres  de  la  secte  abadhite,  p.  1 3  ) ,  qui  cite  encore 
la  Risâlat  el  Mostarchid,  du  même  auteur.  Quand  il 
avait  à  juger  entre  deux  parties,  il  tendait  entre  elles 
et  lui  un  rideau  depuis  la  porte  pour  éviter  toute 
partialité  (Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  584 
589;  de  Motylinski,   Le  Djebel  Nefousa,  p.    io3. 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.         453 

note  2);  —  Younès  Aboun  Nedjâ  et  Temlouchaïti , 
chef  d  un  cercle  spirituel  ;  il  parcourait  matin  et  soir 
le  Djebel  Nefousa  avec  ses  disciples,  prêchant,  inter- 
disant et  permettant  ;  une  seule  fois ,  en  sept  ans ,  il 
revint  dans  son  pays.  Pendant  un  séjour  d'un  an 
qu'il  fit  à  Ifren,  les  habitants  le  mirent  à  Tépreuve 
dans  un  jugement  dont  il  se  tira  avec  honneur  (Ech 
Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  555-556). 

23.  La  mosquée  de  ^Ammi  ^Isa. 

24.  On  se  dirige  vers  la  mosquée  de  Djar  irerman. 

25.  A  r oratoire  d'Afenfan. 

26.  Aux  sept  mjonum£nts  funéraires  de  Mamed  ben 
Y  ânes. 

27.  L oratoire  d'Ahou  ^Amir,  à  Tesrâr. 
Cf.  sur  Abou  ^Amir  le  n**  3. 

28.  L'oratoire  de  Tammalet  dans  le  Ouâdi  Forsatâ. 

• 

29.  Les  sept  monuments  funéraires  à  Timesmos. 
Les  ruines  de  Timesmos  existent  encore  dans  le 

Djebel  Nefousa,  moudiriah  de  Lalout. 

30.  On  se  rend  à  l'oratoire  et  à  la  grotte  d'Aboa 
KhaliL 

Il  s'agit  sans  doute  d'Abou  Khalil  ed  Dercheli  qui 


454  MÂI-JUIN   1899. 

enseignait  à  Derchei  et  eut  deux  disciples  célèbres  : 
Abou  D  err  Abân  ben  Ouasim  el  Ouighoui ,  qui  fut 
gouverneur  du  Djebel  Nefousa,  et  Ibn  Mounisah 
(Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  216-218). 

31.  A  l'église  d'El  Djezirah. 

C'est  cette  ville  contre  laquelle  les  Ketâmah, 
c  est-à-dire  les  Fatimites,  dirigèrent  leurs  attaques 
alors  qu'Abou  Zakaryâ  Yahya  el  Irdjâni  était  gou- 
verneur du  Djebel  Nefousa.  Cet  événement  arriva 
en  Tan  3 10  de  Thégire  (922-923).  ^Obeïd  Allah 
envoya  une  armée  commandée  par  *Ali  ben  Selmân 
ed  Dâ^i ,  lequel  fut  repoussé  et  dut  s'enfuir  à  Tripoli. 
A  Taide  de  nouveaux  renforts  envoyés  par  le  Mahdi 
*Obeïd  Allah ,  il  reprit  TofTensive  et  vint  assiéger  les 
Abadhites  dans  la  ville  de  Djazirah  (la  Nefousa  d^Ibn 
*Adzari).  Abou  Zakaryâ  Yahya  fut  tué  aux  environs 
de  Tirekt,  et,  malgré  sa  résistance,  la  ville  fut  em- 
portée de  vive  force  le  i  -y  de  cha^bân  3i  a  (3o  no- 
vembre 923).  La  citadelle  fut  rasée,  les  femmes 
et  les  enfants  emmenés  en  capti\até  (Ech  Chem- 
mâkhi,  Kitdb  es  Siar,  p.  2 63;  Ibn  ^Adzari,  Histoire 
de  F  Afrique  et  de  l'Espagne ,  t.  1,  p.  1 92 ,  qui  appelle 
Abou  lîattah  «  le  chef  du  Nefousa  »  ;  Wûstenfeld , 
Geschichte  der  Fadmiden-ChaUfen ,  p.  61-62';  Four- 
nel.  Les  Berbhes,  t.  II,  p.  i44-i45;  Mercier,  His- 
toire de  i Afrique  septentrionale'',  t.  I,  p.  327).  Les 
forlifications  do  la  ville  furent  relevées  plus  tard 

'  (itMliniieii.  1881,  in-8'. 

«  Paris/i888-iSi)i,  3  vol.  in.8^ 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.         455 

pour  la  mettre  en  état  de  se  défendre  contre  les 
entreprises  de  Yahya  ibn  Ghanya,  le  Mayorquin 
(Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es  *Siar,  p.  S/iy);  mais  cette 
précaution  ne  paraît  pas  avoir  empêché  TAlmora- 
vide  de  s'emparer  du  Djebel  Nefousa  et  d  y  faire  re- 
connaître son  autorité,  car  nous  voyons  qu'entre  60 1 
de  rhégire  (i2o4-i2o5)  et  6o3  (1206-1207),  le 
khalife  almohade  En  Nâser  envoya  son  frère,  le  sid 
Abou  Ishaq  à  la  poursuite  de  ses  ennemis  chassés  de 
rifriqyah;  il  poussa  au  delà  de  Tripoli,  passa  au  fil 
de  Tépée  les  tribus  des  B.  Demmer,  des  Matmata  et 
du  Djebel  Nefousa,  et  ramena  de  Souaïqah  des  B. 
Matkoud  les  chefs  de  cette  peuplade  qu'il  présenta  à 
Tunis  à  EnNâser(Ibn  Khaldoun,  Kitâb  eVIber,  t.  VI, 
p.  2^8;  Histoire  des  Berbères,  t.  II,  p.  222;  Ez  Zer- 
kechi,  Tarikh  ed  daoulataïn^,  p.  12-1 3).  En  606 
(  1 2 09- 1  2 1 0 ),  le  Djebel  Nefousa  fut  le  théâtre  d'une 
sanglante  bataille  entre  Abou  Mohammed  b.  Hafsida 
et  Yahya  ibn  Ghanyah  :  celui-ci  ayant  été  vaincu, 
les  Nefousa  qu'il  tenait  sous  sa  domination  se  sou- 
levèrent et  rejetèrent  son  autorité  (Ibn  Khaldoun, 
Kitâb  eVlber,  t.  VI,  p.  196,  279;  Histoire  des  Ber- 
bères ,  t.  II ,  p.  101,  2  9 G  ;  Mercier,  Histoire  de  l' Afrique 
septentrionale  y  t.  II,  p.  2  33). 

32.  A  CharouSy  V oratoire  qui  est  devant  le  buisson 
dépines. 

Suivant  El  Bokri ,  c'était  au  \f  siècle  la  métropole 

^  Tunis,  1289  tlel'hég. ,  in-8°.  Recueil  de  notices,  Gonstantine , 
l.  XXIX,  p.  22. 


456  MAI-JUIN    1899. 

du  Djebel  Nefousa,  renseignement  confirmé  par  Edi 
Chemmâkhi  [Kitâb  es  Siar,  p.  278);  c'était  une  belle 
viH(î,  grande  et  très  peuplée,  à  cinq  journées  de 
marche  de  Tripoli.  H  n  existait  à  cette  époque  aucune 
djâmi  dans  cette  ville ,  non  plus  que  dans  les  bourgs 
voisins ,  car,  d'après  les  renseignements  erronés  d'El 
Bekri,  les  Abadhites  n  avaient  jamais  pu  s'accorder 
sur  le  choix  dun  imam  (El  Bekri,  Description  de 
r Afrique  septentrionale,  texte  arabe,  p.  9  ^  ;  traduction 
française*^,  p.  2  5-2  6).  Gharous  est  cependant  cité 
par  Ibn  Haouqal  (  Viœ  et  regna^,  P-  ^7)  comme  siège 
dun  minbar.  De  même  El  Edrisi  [Description  de 
l'Afrique  et  de  l'Espagne'^,  p.  io5  du  texte,  isS-i  26 
de  la  traduction)  fait  de  Gharous  une  des  deux  villes 
du  Djebel  Nefousa  possédant  un  minbar,  il  parle 
avec  éloge  de  ses  eaux  courantes ,  de  son  raisin  et  de 
son  pain.  L  autem*  anonyme  [Description  de  V Afrique^ ^ 
p.  2  1  )  appelle  à  tort  cette  ville  Sarous  ;  tout  ce  qu'il 
dit  à  ce  propos  sm*  le  Djebel  Nefousa  n'est  qu'un 
assemblage  de  calomnies  propagées  par  les  ennemis 
des  Abadhites.  Il  avait  dû  cependant  exister  un  cer- 
tain i^lâchement  dans  les  mœurs,  car  Ech  Chem- 
mâkhi nous  parle  d'un  Scilon  à  boire  [y^^  iy*^)  qui 
existait  dans  la  banlieue  (o^^)i  ^  ^^^  milles  de  Gha- 
rous, la  mère  des  cités  [tsj^^  r')^^  Djebel  Nefousa. 

*  KcL  de  Slane,  Alger,  1807,  iii-8". 
«  Paris,  1859,  »°-8"- 

•''  Kd.  de  Goeje,  Levde,  1873,  in-8'. 

^  Kd.  et  irad.  Doiy  et  de  Goeje,  Leyde,  1866,  iii-8*. 

*  Kd.  A.  \on  kn»mer.  Vienne,  iJ^Sa,  in-8'. 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.  457 

Abou  'Amr  Meïmoun,  informé  de  ce  scandale,  alla 
briser  les  vases  à  boire  et  refusa  Ixoo  dinars  que  les 
amateurs  de  vin  lui  offraient  j^our  qu'il  fermât  les 
yeux  (Ech  Ghemmâkhi,  Kitâb  es  iSiar,  p.  278 ).  Il  est 
probable  que  Ja  tentative  avait  dû  réussir  avec 
d'autres.  Ses  habitants  avaient  la  réputation  de  ne 
pas  mentir  (Ech  Chemmâkhi,  op.  laud.,  p.  2 a 6), 
mais  ils  n'étaient  pas  toujours  très  hospitaliers, 
témoin  l'aventure  d'Abou  Yahya  ben  Aboul  Qâsem 
el  Forsatâi  qui ,  étant  venu  à  Gharous  pour  y  habiter, 
ne  trouva  pas  à  se  loger  malgré  la  grandeur  de  la 
ville  (Ech  Chemmâkhi,  Kiiâb  es  Siar,  p.  3 10).  De 
nos  jours,  Gharous  n'est  plus  qu'une  grande  ruine, 
près  de  la  rivière  de  Berresof,  dans  le  moudiriah 
de  Forsato;  on  y  voit  encore  la  mosquée  d'Abou 
MaVouf  (Brahim  en  Nefousi,  Relation  du  Djebel  Ne- 
fousa,  p.  r*  ;  de  Motylinski ,  Le  Djebel  Nefoasa, 
p.  100  et  note  2). 

G'était  la  résidence  du  célèbre  Matous  ben  Hâroun , 
qui  la  quitta  de  crainte  d'éprouver  quelque  dommage 
lors  de  la  guerre  qu'elle  soutint  contre  Tendemira 
(Ech  Ghemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  260).  Quelque 
temps  après,  il  surgit  des  hostilités  qui  durèrent 
sept  ans,  sous  le  gouvernement  d'Abou ch  Gha^tha 
ibn  el  Baghtouryah,  entre  cette  ville  et  Ouighou,  au 
IV*  siècle  de  l'hégire  (Ech  Ghemmâkhi,  Kitâb  es  Siar, 
p.  327).  —  De  cette  ville  étaient  originaires  Abou 
*Abd  Allah  Mohammed  ben  Djenaoun  ech  Charousi, 
renommé  pour  son  mérite  et  aussi  pour  son  avidité 
^Ech  Ghemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p,  323-325);  — 


458  MAI-JUIN   1899. 

Abou  Soiaïmân  Yahya  ben  Matous  ech  Charousi  en 
Nefousi,  qui  avait  été  instruit  par  son  père  et  gou- 
verna Charous  :  sa  science  et  le  mérite  de  ses  déci- 
sions juridiques  le  rendirent  célèbre  dans  le  pays 
(Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar^  p.  276,  Sag). 

33.  L'oratoire  d'Adjrab  en  Tab. 

34.  L'oratoire  aa-dessas  de  la  roche. 

35.  L'oratoire  da  col  qui  est  au-dessus  de  la  chaussée 
des  Oalâd  Ouaghlân. 

De  nos  jours,  le  mot  Aghlân  est  le  nom  indigène 
par  lequel  on  désigne  les  Mzabites. 

36.  Moratoire  de  Nesdja. 

37.  La  pierre  de  Tasiliten. 

38.  La  mosquée  d'Adjelmâm  à  Ouir'ou. 

Cette  mosquée  existait  déjà  avant  le  xvi*  siède; 
une  partie  des  cheikhs  de  la  ville  s  y  réunissait  autour 
dun  cheikh  de  Charous  (Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es 
Siar,  p.  826).  Ouighou  est  \m  qsar  situé  dans  le 
moudiriah  de  Lalout  et  qui  porte  aujourd'hui  ie  nom 
de  Qsar  des  At  Mahmoud;  il  est  au  sommet  d'une 
montagne,  compte  environ  i5o  maisons  peuplées 
moitié  de  Berbères ,  moitié  d'Arabes ,  et  possède  une 
grande  mosquée  (Brahim  en  Nefousi,  Relation  da 
Djebel  Nefoiisa,  p.  t^-F;  de  Motylinski,  Le  Djebel  Ne- 
fousay  p.  106  et  note  2). 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  iNEFOUSA.         459 

De  Ouighou  étaient  originaires  Mahdi  en  Nefousi 
ei  Ouighoui ,  dont  la  biographie  a  été  écrite  par  Ed 
Derdjini  dans  le  Kitâb  et  Tabaqât  (de  Motyiinski, 
Les  livres  de  la  secte  abadhite,  p.  3 1).  Il  était  de  ceux 
dont  la  science  et  la  vertu  émerveillèrent  Timâm 
rostemide  ^Abd  el  Ouahhâb ,  lorsqu'il  se  rendit  à  Ti- 
haret  avec  plusieurs  cheikhs  du  Djebel  Nefousa,  au 
moment  où  la  guerre  avait  éclaté  entre  les  Abadhites 
de  cette  ville  et  les  Ouasiliêns  qui  avaient  adopté  les 
doctrines  des  Motazélites.  Mahdi  prit  part  à  la  lutte 
comme  habile  controversiste,  mais  toutes  ses  qua- 
lités de  dialecticien  ne  lempêchèrent  pas  d avoir 
avec  son  cousin  Faradj  une  contestation  dont  Témir 
*Abd  el  Ouahhâb  fut  pris  pour  juge.  En  196  de  l'hé- 
gire (811-812),  les  Hoouâra  et  les  Nefousa,  pro- 
fitant de  la  révolte  de  la  garnison  de  Tripoli  contre 
le  gouverneur  aghlabite  ^Abd  Allah  ben  Ibrahim  ben 
El  Aghlab,  s'emparèrent  de  cette  ville,  sous  la  con- 
duite d'un  chef  qu'Ibn  Khaldoun  appelle  lyâdh  ben 
Ouahb,  et  la  détruisirent  de  fond  en  comble.  Mais 
*Abd  Allah  revint  avec  des  forces  plus  considérables 
qui  écrasèrent  les  Berbères  et  reprit  Tripoli  qu'il 
fortifia.  A  la  nouvelle  de  la  défaite  des  Abadhites, 
l'imam  ^Abd  el  Ouahhâb  vint  de  Tiharet  mettre  le 
siège  devant  la  ville ,  qui  fut  vaillamment  défendue. 
Le  siège  traîna  en  longueur,  peut-être  par  la  tra- 
hison de  quelques-uns  des  Abadhites  de  la  suite  de 
l'imâm.  Mahdi,  qui  avait  pris  les  armes,  fut  tué 
dans  une  sortie  où  les  assiégés  eurent  le  dessus.  Des 
prodiges  signalèrent  sa  mort  :  un  oiseau  parla  pour 


460  MAIJUIN    1899. 

1  annoncer  à  ses  compagnons.  De  plus,  sa  têle  cou- 
pée par  les  ennemis  conserva  sa  connaissance  :  quand 
on  disait  à  côté  d'elle  «  les  Musulmans  (les  Abadhites) 
sont  en  fuite  » ,  on  voyait  son  visage  exprimer  du 
dépit  et  se  contracter;  mais  si  l'on  disait  «  ce  sont  les 
Noirs  (les  *Abbasides)  qui  fuient»,  elle  manifestait 
sa  joie  (Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  i  yo-i  ya  ; 
Abou  Zakarya,  Chronique,  p.  87-89,  96-100,  io3- 
io4,  116-121,  i26-i2'7;  Ibn  Khaldoun,  Kitâb  el 
^Iherl  t.  VI,  p.  121,  1 4 1  ;  Histoire  de  l'Afrique  et  de 
la  Sicile,  p.  35-36  du  texte,  9 3-9 4  de  la  traduction; 
Histoire  des  Berbères,  t.  I,p.  2^3,  Î177; Ibn  al  Athir, 
Kâmïl,  t.  VI,  p.  109;  Fournel,  Les  Berbères,  t.  I, 
p.  460-/171;  Mercier,  Histoire  de  l'Afrique  septentrio- 
nale, t.  I,  p.  270).  —  Abou  MaVouf  Omar^  ben 
Djouâd  el  Ouighoui,  cité  comme  une  autorité  dans 
les  questions  difficiles  ;  il  était  contemporain  d'Abou 
Mansour  Elyâs  et  fut  le  maître  d'un  célèbre  juris- 
consulte (Ech  Chemmakhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  5i63- 
265).  —  Abou  Yousof  Hadjdjadj  el  Ouighoui, 
homme  vertueux  marié  à  deux  fenames  entre  les- 
quelles il  montra  toujours  la  plus  grande  équité. 
Ech  Chemmakhi  cite  quelques  traits  de  sa  bonté 
envers  sa  servante  [Kitâb  es  Siar,  p.  218-219).  — 
Deux  hommes  du  nom  d*Abou  ^Abd  Allah,  tous 
deux  gouverneurs  de  Ouighou;  sous  le  second, 
éclata  ime  guerre  qui  dura  sept  ans  entre  les  habi^ 


^  Il  est  appelé  Ouidrân  par  Ed  Derdjini.  Cf.  de  Motylinski,  Lei 

livrei  de  la  secte  ahadhite,  p.  3i. 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.         461 

tants  de  ce  qsar  et  ceux  de  Charous  (Ech  Chem- 
mâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  3  2  6^3  2  7). 

39.  La  mosquée  de  Toanin  in  DercheL 

Derchel  est  située  près  de  Ouighou.  Ech  Chem- 
mâkhi  [Kitâb  es  Siar,  p.   lyo)  nomme  cette  mos- 

quée  Jojà  ^\  ^aJu  ,  et  raconte  qu'il  s'y  tenait  des 
séances  où  figuraient  entre  autres  le  mufti  Abou 
Nasr  et  Temesmosi  et  Nifâth  b.  Nasr,  qui  se  plaisait 
à  proposer  des  questions  que  les  autres  ne  compre- 
naient pas,  jusqu'au  moment  où  il  fut  battu  par 
Mahdi  elOuighoui  en  Nefousi  (cf.  n°  38)  èt*Amrous. 
Dans  un  autre  passage  [Kitâb  es  Siar,  p.  216),  il 
l'appelle  Derchel,  Juijà.  C'est  de  là  qu'était  origi- 
naire Abou  Khalîl  Sâl  ed  Dercheli,  maître  d'Abou 
Dzarr  Abân  qui  devint  plus  tard  gouverneur  du  Dje- 
bel Nefousa.  Cet  Abou  Khalil  avait  un  grand  renom 
de  science.  Son  fils  ayant  été  tué,  on  lui  amena  le 
meurtrier  en  intercédant  pour  lui,  mais  il  le  tua 
et  justifia  sa  conduite  (Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es 
SiaVf  p.  21 1-21 3).  De  Derkel  était  aussi  originaire 
Abou  Sâlih  Yasin  ed  Derkeli  en  Nefousi,  disciple 
d'Abou  Khalil  Sâl,  connu  comme  controversiste 
(Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  275-2'76). 

40.  La  mosquée  d'Abân  à  Ouighou. 

La  biographie  d'Abou  Dzarr  Abân  ben  Ouasim 
el  Ouighoui  a  été  donnée  par  Ed  Derdjini,  Kitâb  et 
Tabaqât  (cf.  de  Motylinski ,  Les  livres  de  la  secte  aba- 
dhiiCy  p.  3i).  Il  fut  gouverneur  du  Nefousa  pour  le 


462  MAI-JUIN  1899. 

compte  de  rimâm  rostemide  de  Tiharet,  El  Âflah, 
fils  de  ^Abd  el  Ouahhâb.  Il  était  favorisé  du  don  des 
miracles.  Ainsi  un  chacal  Tayant  mordu  dans  son 
jardin,  il  invoqua  Dieu  contre  lui;  immédiatement 
après,  l'animal  enfla  et  creva ^.  H  était  déjà  grand 
quand  il  commença  à  s  adonner  à  Tétude  :  ce  fut 
par  dépit  de  voir  les  gens  qui  venaient  le  visiter 
pendant  une  maladie  s'inquiéter  à  peine  de  lui  et 
causer  longuement  avec  son  frère  Sâiih.  Une  fois 
rétabli,  il  se  remit  avec  ardeur  à  l'étude;  il  passait  la 
journée  à  son  travail  à  Ouighou  et,  la  nuit,  descen- 
dait à  Derchel  suivre  les  leçons  d'Abou  Khaiil  ed 
Dercheli  (cf.  n**  29).  heKitâb  esSiar  rapporte  divers 
exemples  de  son  application.  Il  eut  des  difficultés 
avec  Abou  *Obeïdah ,  gouverneur  du  Djebel  Nefousa, 
ou,  suivant  d'autres,  avec  son  successeur  El  'Abbâs 
ben  Ayoub.  A  la  suite  d  une  dispute  où  on  lui  avait 
donné  tort,  il  entra  chez  lui,  en  sortit  avec  ses 
armes  et  fixa  El  ^Abbâs  :  «  Pourquoi  me  regardes-tu, 
demanda  celui-ci  ?  —  Es-tu  un  rayon  de  soleil  pour 
cpie  je  ne  te  regarde  pas,  répliqua  Abou  Dzarr.  — 
De  qui  as-tu  reçu  cette  opinion?  dit  El  ^Abbâs.  — 
De  celui  qui  nous  a  imposé  ton  gouvernement  (c'est-à- 

^  Cf.  Taxiome  «oU  I4JL5I  ^3  jb^  (44a  ^  iU^^ww^  «UoJt  |^^ 
(Tachkupru-Zâdeh,  Chwfàîq  en  No'mànyah,  en  marge  du  Ouafayât 
el  Ayâji^  d'Ihn  Khallikân;  Boulaq,  1299  de  Thcg.,  2  vol.  m-d°i 
t.  I,  p.  123)  et  le  commentaire  qu'en  a  donné  Es  Soyouti,  (Ànis  el 
Djalis,  Gonstantinople ,  i3ii  de  Thég.,  in-8^  p«  ii3)«Gfl  auasi  un 
passage  des  Mille  et  uiic  Nuits  (éd.  du  Caire,  4  v(d.  in- 8°,  i3oi  de 
rhégire,  t.  I,  p.  212]  :  ^^^IaûJ)  ^yA^  JUyAù^  i^^î  (^  iu&â3  ^ 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.         463 

dire  de  rimâm  El  Aflah).  »  Les  assistants  se  rangèrent 
alors  à  son  avis.  Quand  il  fut  nommé  gouverneur 
du  Djebel  Nefousa  en  remplacement  d'El  ^Abbâs,  il 
demanda  à  Dieu  de  ne  pas  exercer  ces  fonctions  plus 
de  sept  joui^s,  sinon  plus  de  sept  mois,  sinon  plus 
de  sept  ans.  Il  resta  en  charge  moins  de  sept  mois 
(Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p,  uiS-iiS). 

4 1 .  Uoratoire  de  Ghazâlah. 

C'était  une  esclave  noire ,  venue  du  Soudan ,  qui 
se  convertit  dès  qu'elle  entendit  réciter  le  Qorân. 
Chaque  nuit,  après  son  travail  de  la  journée,  elle 
faisait  vingt  milles  et  plus  pour  assister  aux  réunions 
pieuses  chez  *Abd  Allah  Mohammed  ben  el  Kheir 
à  Tin  Ourzîref.  Déjà,  au  temps  d'Ech  Chemmâkhi, 
son  oratoire,  situé  dans  une  caverne,  était  célèbre 
(Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siary  p.  218). 

42.  La  mosquée  de  Touoaft. 

Peut-être  faut-il  voir  dans  ce  mot  le  nom  des 
B.  Itououeft,  célèbre  tribu  berbère. 

43.  Une  roche  dans  le  vallon  de  Beggâlah, 

Le  qsar  de  Beggâlah  existe  encore  de  nos  jours 
dans  le  Djebel  Nefousa,  moudiriah  de  Lalout,  au 
sud  de  Djeridjin.  Une  moitié  de  la  population  est 
arabe,  l'autre  berbère  :  ce  qsar  renferme  1  lo  mai- 
sons et  une  mosquée;  ses  habitants  possèdent  des 
oliviers  et  du  bétail  (Brahim  en  Nefousi,  Relation  du 


464  MAI-JUIN    1899. 

Djebel  NefousUy  p.  K'r;  de  Motylinski,  Le  Djebel  Ne- 

fousa,  p.  102). 

44.  L église  de  Boghtourah. 

On  trouve  la  forme  ii^^Db  à  côté  de  la  forme 
ijj^kjb  (Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  235-2  36). 
De  cet  endroit  étaient  originaires  :  Aboul  Qàsem 
Sedrat  ben  El  Hasin  el  Boghtom^i  en  Nefousi,  con- 
temporain d'Abou  Mohâsir  el  Ifatmâni  (voir  n"  67) 
avec  qui  il  était  lié.  H  étudia  à  Ouighou  auprès 
d'Abou  Dzarr  Abân.  On  cite  de  lui  un  trait  de  fana- 
tisme. Un  homme  de  Temenkert  étant  venu  fin- 
viter,  il  partit  avec  lui.  En  route ,  ils  rencontrèrent 
un  juif  à  qui  le  Temenkerti  rendit  son  ssduf.  Aboul 
Qâsem  lui  adressa  des  reproches  et  le  quitta.  Sur  la 
fin  de  sa  vie,  il  se  remaria  à  une  méchante  femme 
qui  exerça  sa  patience.  Il  mourut,  dit-on,  à  1 5o  ans 
et  aurait  eu  120  ans  à  Tépoque  de  la  bataille  de 
Manou  à  laquelle  son  fils  assista  (Ech  Chemmâkhi, 
Kitâb  es  Siar,  p.  201,  235-236).  —  Abou  *Abd 
Allah  el  Boghtouri ,  homme  de  bien ,  savant  et  crai- 
gnant Dieu;  les  biographes  ne  citent  de  lui  qu'une 
anecdote  insignifiante,  sur  une  querelle  qu'il  eût 
avec  sa  femme  à  propos  d'un  esclave  vendu  par  lui 
(Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar,  p.  328).  —  Abou 
Ya^qoub  el  Boghtouri,  homme  d'une  générosité 
éprouvée.  Un  jour,  revenant  de  la  mosquée  en  temps 
de  famine,  il  trouva  à  sa  porte  vingt-cinq  hommes 
de  Demnier,  à  chacun  desquels  il  distribua  une  poi- 
gnée de  farine  mélangée  d'eau.  L'un  d'eux,  devenu 


.  LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.  405 

plus  tard  gouverneur  de  Gabès,  disait  n'avoir  jamais 
rien  mangé  de  plus  exquis  que  cette  poignée  de 
l'arine.  «  Si  Abou  Ya^qoub  acceptait  de  moi  la  fortune , 
ajoutait-il,  je  l'enrichirais,  lui  et  sa  postérité.  »  Etant 
tombé  malade  chez  Abou  Mousa  ^Isa  ben  Zora^ah  et 
Temlouchaïti ,  il  se  fit  transporter  chez  lui  ;  sa  fin  et 
sa  place  en  paradis  lui  furent  annoncées  par  une 
femme  d'Ouighou,  Asyah,  qui  était  venue  le  voir 
(Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es  5iar,  p.  33o-33i).  — 
Moqrim  ben  Mohammed  El  Boghtouri,  célèbre  pour 
sa  science,  écrivit  la  biographie  des  cheïkhs  qui 
l'avaient  précédé  dans  le  Djebel  Nefousa;  il  est  aussi 
l'auteur  d'ouvrages  de  droit.  Son  ouvrage  historique 
fut  terminé  dans  les  derniers  jours  de  rebi^  ii  Sgy 
(janvier  i2o3)  à  Djenaoun.  Il  avait  été  le  disciple 
d'Abou  Yahya  Taoufiq  el  Djenaouni  (Ech  Chem- 
mâkhi, Kitâb  es  Siai\  p.  548). 

45.  U oratoire  d^Aboii  Bekr  el  Ghafsoafi. 

C'était  un  homme  pieux,  mais  on  cite  de  lui  un 
trait  de  casuistique  assez  curieux.  Quand  il  attachait 
son  âne  près  d'une  récolte,  il  tournait  la  tête  de 
l'animal  du  côté  opposé.  Si  on  lui  disait  ensuite  : 
«  Ton  âne  va  endommager  la  récolte  » ,  il  répondait  : 
«  J'ai  tourné  sa  tête  de  l'autre  côté  ;  par  la  permission 
de  Dieu,  il  ne  se  tournera  pas  vers  ]a  récolte  »  (Ech 
Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siar^  p. 332). 

46.  L'oratoire  d'Abou  "^Oihmân  ed  Dadjdji  Ou 
Idrali. 

Dadjdji,    ou  plus   exactement  Daggi,    est   situé 

\m.  3i 

mraiHKiiiK  batioualb. 


466  MAI-JUJN  1899. 

dans  le  nioudiriah  de  Lalout,  au  fond  dune  gorge 
et  au  pied  dune  montagne  au  sommet  de  laquelle 
il  existe  encore  de  grandes  ruines,  une  mosquée  et 
un  moulin  k  huile.  Le  qsnr,  habité  par  des  Male- 
kites,  ne  compte  plus  aujom'd'hui  que  dix  maisons 
(Brahim  en  Nefousi,  Relation  da  Djebel  Nefoasa, 
p.  »*'-h'i  ;  de  Motylinski,  Le  Djebel  Nefoasa y  p.  loi). 
L'oratoire  d'Abou  ^Othn)àn  était  déjà  connu  au  temps 
d*Ech  Chemmâkhi  [Kitâb  es  Siary  p.  209).  Sa  vie  fut 
écrite  par  Ed  Derdjiui  dans  le  Kitâb  et  Tabaqât  (cf. 
de  Motylinski,  Les  livres  de  la  secte  abadhite, p.  ai), 
et  reproduite  par  Ech  Chemmâkhi  (Kitâb  es  Siai\ 
p.  205-209).  Il  était  doué  du  don  des  miracles  :  son 
aventure  avec  un  chacal,  qui  lui  donna  une  leçon 
de  générosité,  est  racontée  par  le  Siar  berbère  du 
Djebel  Nefousa,  d'où  elle  a  passé  chez  Ed  Derdjini 
et ,  de  là ,  chez  Ech  Chemmâkhi  ;  elle  a  été  traduite 
en  français  d'après  le  texte  berbère  par  M.  de  Moty- 
linski [Le  Djebel  Nefousa  y  p.  joi,  note  2).  On  ra- 
conte aussi  que ,  le  pays  étant  en  proie  à  la  sécheresse , 
Abou^Othmân  possédait  un  verger  dont  les  branches 
se  flétrirent  et  les  feuilles  et  les  fruits  tombèrent.  Sa 
femme  dit  à  son  fils  :  «  Va  trouver  ton  père  et  dis-lui 
de  demander  à  Dieu  d'arroser  notre  verger.  »  Quand 
le  cheikh  vit  l'enfant  s'avancer  vers  lui ,  il  lui  dit  avant 
(fue  l'autre  n'eût  parlé  :  «  Ta  mère  t'a  envoyé  pour 
(pie  je  demande  à  Dieu  d'arroser  notre  verger.  — 
Oui,  répondit-il.  «  Alors  Abou  ^Othmân  pria  le  Très- 
Haut  (jui  envoya  sur  son  verger  un  nuage  qui  l'ar- 
rosa :  il  prospéra  et  reverdit.  Il  est  vrai  que  ce  miracle 


LES  SANCTUAIKES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.  467 

ne  dura  pas.  Une  nuit  qu'Abou  ^Othman  était  à  prier 
dans  son  oratoire,  des  voleurs  arrivèrent  et  le  frap- 
pèrent simultanément ,  mais  leurs  coups  n'atteignirent 
qu  eux-mêmes  et  le  lendemain  on  les  trouva  morts. 
Quand  il  partit  en  pèlerinage,  il  abandonna  son 
troupeau  dans  la  montagne  et,  à  son  retour,  il  le 
trouva  intact,  sans  que  les  voleurs  ou  les. chacals  y 
eussent  causé  du  dommage.  Sa  sainteté  ne  le  préser- 
vait pas  de  la  colère  :  h  la  suite  d'une  légère  dispute 
avec  des  femmes,  il  invoqua  Dieu  contre  elles  ;  299 
se  noyèrent  dans  un  torrent;  il  n'en  échappa  qu'une. 
Les  cheïkhs  blâmèrent  Abou  ^Othmân  qui,  en  puni- 
tion, jeûna  pendant  un  an.  Il  était  contemporain  de 
l'émir  rostemide  El  Aflah  et  était  très  lié  avec  le  cheïkh 
Abou'l  Mohâser  (voir  n°  /jy),  qu'il  visitait  souvent. 
Sa  fille  Menzou  eut  aussi  des  aventures  extraordi- 
naires. 11  mourut  étouffé  sous  un  éboulement,  dans 
une  caverne  où  il  allait  chercher  de  l'argile;  suivant 
d'autres ,  on  le  trouva  mort  sur  le  chemin  tandis  qu'il 
allait  porter  à  manger  aux  moissonneurs  ;  il  avait  écrit 
son  testament  sur  la  poussière ,  mais  le  vent  effaça  les 
lettres. 

Daggi  donna  naissance  aussi  à  Chibath  en  Nefousi 
qui  portait  le  drapeau  des  Abadhites  à  la  bataille  de 
Manou  (283),  où  succomba  l'élite  des  cheïkhs  du 
Djebel  Nefousa  (Ech  Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siai\ 
p.  266-267). 

47.   Les  trois  mosquées  d'Abou  Mohâser, 

La  vie  d'Abou  Mohâser  Mousa  el  Ifatmâni  ben 

3i. 


468  MAIJUIN    1899. 

Dja^far  Es  Sedrati  est  donnée  par  Ed  Derdjini  dans 
le  Kitâb  et  Tabaqât  (cf.  de  Motylinski,  Les  livres  de 
la  secte  ahadhite,  p.  198-202),  et  reproduite  par 
F.ch  Ghemmâkhi  [Kitâb  es  Siar,  p.  1  98-202).  C'était 
un  personnage  très  dévot  et  très  scrupuleux,  comine 
le  montre  la  discussion  qu'il  eut  avec  son  ami'Amrous 
ben  Fath  à  propos  de  fablution  avec  ie  sable  en  place 
d'eau,  un  jour  qu'ils  étaient  dans  le  désert.  On  ra- 
conte qu'il  fit  sept  fois  le  pèlerinage,  monté  sur  la 
même  ânesse.  A  chaque  départ  et  à  chaque  retour  il 
priait  dans  un  oratoire,  et  sa  monture  répondait  à 
son  invocation  par  un  braiment.  Un  joiu*  qu'il  par- 
tait pour  la  Mekke ,  il  trouva  sur  sa  route  une  gazelle 
qui  venait  de  mettre  bas  et  qui  allaitait  son  faon. 
Elle  s'enfuit  à  sa  vue,  mais  il  lui  dit  :  «Reviens, 
pauvre  bête,  je  suis  Mousa  ben  DjaYar.  »  La  gazelle 
revint  et  il  ajouta  :  «  Tu  as  mis  bas  sur  le  chemin  et 
les  gens  pourraient  te  nuire.  »  Alors  il  prit  le  faon ,  le 
poita  à  quelque  distance  de  la  route  et  le  lui  laissa. 
On  cite  de  lui  d'autres  traits  qui  rappellent  saint 
François  d'Assise,  et  son  intimité  avec  les  animaux, 
dont  il  était  compris  plus  que  des  gens.  Sa  générosité 
envers  tous ,  hommes  et  bêtes ,  était  proverbiale. 

48.  L'église  de  Tin  Betin. 

Tin  Betin  est  mentionné  dans  la  vie  d'Abou  Za- 
karyâ  Yahya  ben  Aboul  Kheir  el  Djenaouni  (Ech 
Ghemmâkhi,  Kitâb  es  Siar^  p.  536). 

49.  L'oratoire  d' Aboul  Hasan  el  Abdilâni^ 


LES  SANCTUAIRES  DU  DJEBEL  NEFOUSA.         409 

On  trouve,  à  côté  de  ^j^^t ,  la  forme  (j^Ool  (Ech 
Chemmâkhi,  Kitâb  es  Siary  p.  2  4 1). 

50.  Uéglise  d\Arerem  en  Imân  devant  Abdilân, 
Dans  le  Kitâb  es  Siar  d'Ech  Chemmâkhi ,  ce  nom 

est  écrit  ^Ll»!  -^1  et  ^Uy^t  (p.  178,  2.5 1,  2  5'i). 
La  première  variante  a  pour  elle  lautorité  de  Yahya 
ben  Aboul  ^Izz.  C est  là  que  se  réfugièrent  deux 
cheikhs  célèbres  du  Nefousa ,  plus  pieux  que  coura- 
geux ,  Abou  Zakaryâ  et  Taoukiti  (voir  n°  5  7  )  et  Abou 
Mohâser  (voir  n°  4  7  ) ,  qui  avaient  accompagné  Timâm 
El  'Abbâs  dans  une  expédition  contre  les  B.  Ifren. 
L'éclat  des  épées,  dirent-ils,  les  avait  fait  déserter  : 
ô^juJI  ^  J^l  ^  Lo^:?»-;  Ul  (Ech  Chemmâkhi,  Kitâb 
es  Siar,  p.  198-199). 

5 1 .  Tidji  n  Msabilen, 

52.  L'oratoire  de  Zoughah  n  Irdjân. 

Zoughah  el  Irdjânyah  était  une  sainte  née  dans  le 
bourg  d'Irdjân,  d'où  étaient  originaires  les  person- 
nages suivants  :  le  qâdhi  iVbou  Zakaryâ  Yahya  el 
Irdjâni,  qui  fut  gouverneur  du  Djebel  Nefousa. 
Jl  était  célèbre  pour  son  désintéressement.  A  la  nais- 
sance dun  lils,  les  Juifs  lui  ayant  offert  un  présent 
de  quarante  dinars,  il  le  refusa.  Ils  le  quittèrent, 
étonnés  de  trouver  un  pays  dont  le  gouverneur  ne 
convoitait  pas  les  richesses  des  gens.  A  deux  reprises, 
il  eut  à  repousser  les  attaques  des  Ketâmah  du  pre- 
mier khalife  fatimite,  le  Mahdi  *Obeïd  Allah  (voir 


470  MAI-JUIN  189   . 

p.  3 1  ) ,  et  fut  tué  près  de  Tirekt  par  un  des  siens , 
originaire,  dit-on,  de  Tin  Bekr;  mais  il  ne  voulut 
pas  le  nommer  pour  épargner  à  son  fils  le  fardeau 
de  la  vengeance  (Ech  Ghemmâkhi,  Kitâb  es  Siar^ 
p.  243-244);  —  \boul  Kheir  el  Irdjâni,  contem- 
porain de  fimâm  ^4bd  el  Ouahhâb ,  fut  en  contro- 
verse à  Forsatâ  avec  Abou  Mohammed  el  Kabâoui 
et  Abou  Yahya  el  Forsataï  (Ech  Ghemmâkhi,  Kitâb 
es  Siar,  p.  i63). 

(  La  suite  au  prochain  cahier.  ) 


SIX  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAGRREBIN.     471 


SIX  CHANSONS  ARABES 
EN  DIALECTE  MAGHRÉBIN, 

IM  BÎJKES,   TRADUITES  ET  ANNOTEES 


PAR 

M.  C.   SONNECK. 


■S»««Bi 


Je  suis  heureux  de  pouvoir  placer  sous  les  yeux  des  lecteurs 
du  Journal  asiatique  quelques  extraits  d'un  important  recueil 
de  poésies  populaires  arabes  en  dialecte  maghrébin  que  je 
compte ,  s'il  plaît  à  Dieu ,  publier  prochainement. 

Les  Arabes  du  Maghreb,  descendants  de  ces  guerriers 
dont  chacun  était  un  poète ,  gardiens  des  traditions  de  leurs 
aïeux ,  ont  hérité  de  lem'  àme  poétique  et  de  leur  tempéra- 
ment versificateur  :  tout  est  pour  eux  matière  à  rimer;  leure 
productions  sont  innombrables. 

Sans  entrer  ici  dans  une  étude  détaillée  des  différents 
genres  de  la  poésie  arabe  africaine ,  je  puis  dire  cependant 
qu'on  y  constate ,  comme  dans  la  population ,  deux  divisions 
principales  :  d'une  part,  les  œuvres  des  citadins,  imitation 
de  relies  des  Maures  bannis  d'Espagne;  d'autre  part,  les 
chants  des  Bédouins ,  procédant  des  poètes  de  l'Arabie  clas- 
sique. Cette  dernière  catégorie  est  de  beaucoup  la  plus  inté- 
ressante :  alors  que  les  pastiches  des  Maures  africains,  en- 
fermés dans  le  cercle  étroit  de  leurs  modèles,  tombent  vite 
dans  la  monotonie,  on  voit  au  contraire  le  Bédouin  pro- 
clamer la  grandeur  de  Dieu  et  la  gloire  de  son  Prophète , 
célébrer  les  vertus  des  saints  de  l'Islam,  chanter  ses  amours 


472  MAI-JUIN    1899. 

et  les  exploits  de  sa  tribu ,  s*enthousiasmer  au  souvenir  d*une 
chasse  ou  d'un  coml)at,  décrire  en  connaisseur  les  beautés 
de  sa  dame  ou  celles  de  son  cheval,  peindre  en  maitre  les 
tableaux  de  la  nature  et,  maniant  avec  aisance  la  satire  et 
l'épigramme,  tantôt  grave,  tantôt  badin,  toujours  poète, 
rendre  avec  variété  et  souvent  avec  un  grand  bonheur  d'ex- 
pression tous  les  sentiments  de  son  âme  mobile.  Aussi  est-ce 
à  cette  branche  que  j*ai  fait  la  plus  large  part. 

Les  limites  dans  lesquelles  j'ai  dû  me  renfermer,  sous 
peine  d'abuser  de  l'iiospitalité  qui  m'est  offerte ,  ne  me  per- 
mettant pas  d'exposer  dans  cet  article  tous  les  résultats  de 
me?  recherches},  —  ils  feront  l'objet  d'études  d'ensemble,  — 
je  n'ai  introduit  dans  les  notes  des  morceaux  donnés  ici  que 
les  éclaircissements  les  plus  indispensables  et  quelcpies  ren- 
seignements sur  les  faits  intéressants  à  divers  titres  que  j'y 
ai  relevés. 

J'ai ,  dans  la  traduction,  serré  le  texte  d'aussi  près  que  je 
l'ai  pu;  c'est  un  mot-à-mot  auquel  je  n'ai  fait  que  quelques 
additions  pour  préciser  ou  compléter  certaines  idées.  Ce 
procédé,  auquel  on  peut  reprocher  un  peu  de  sécheresse,  a 
par  contre  l'avantage  de  montrer  la  pensée  de  l'auteur 
dépouillée  de  tout  enjolivement  trompeur  et  de  permettre 
une  appréciation  plus  exacte  des  sentiments  qu'il  a  voulu 
exprimer  :  c'est  le  but  d'une  traduction  d'étude. 

Ces  six  textes  sont  d'origines  diverses.  J'ai  dû  renoncer, 
faute  d'espace,  à  en  donner  la  transcription ,  mais  j'ai  signalé 
dans  les  notes  les  particularités  phonétiques  qui  m'ont  paru 
les  plus  curieuses  et  j'indique  dans  les  deux  paragraphes 
ci-dessous  les  modifications  et  altérations  que  subissent  con- 
sonnes et  voyelles  dans  les  différentes  régions  du  Maghreb. 

Le  système  de  transcription  auquel  je  me  suis  arrêté  est 
celui  de  la  Conunission  scientifique  de  l'Algérie,  auquel  j'ai 
apporté  les  améliorations  imaginées  par  M.  Sauvaire  pour  sa 
traduction  de  la  Description  de  Damas  '. 

''    Journal  asiffti(jue ,  mars-avril  189^,  p.  aoA. 


SIX  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAGHREBIN.     473 

A.  Consonnes. 

p.  Le  son  légèrement  guttural  du  liamza  disparait  dans 
le  langage  ;  il  n'y  a  donc  pas  lieu  de  le  transcrire  : 

1°  Il  se  confond  avec  celui  de  la  voyelle  dont  cette  lettre 
est  affectée  :  ^^1  amr;  JU»  =  JLo.  sâl;  \ys  =  ly»  qrâ;  ^^S\  oden; 
Lj\  ibat; 

2°  Quand  le  hamza  doit  porter  un  djezm  en  vertu  d'une 
orthographe  régulière ,  il  se  change  en  une  lettre  faible  ana- 
logue à  la  voyelle  que  porte  la  consonne  qui  le  précède  : 
Ji'  L:  =  J5l^.  yâkol;  /^=  y^  bfr;  ^^  =  ^^^^^  moûmën, 

I .  L'alif,  lettre  de  prolongation ,  vaut  â  :  ^L^  yàhes. 

\jalif  prosthétique  est  généralement  rendu  par  ë  (e, 
eu  ou  œ  très  brefs)  :  LjôjJJ  >b  dur  èddonya.  Je  le  rends  quel- 
quefois par  a  bref  avec  les  gutturales  :  ^ilajsî  aatfy. 

Il  ne  se  prononce  pas  et  conséquemment  ne  se  transcrit 
pas  : 

1°  Quand  il  vient  après  une  lettre  faible  :  ^.>U.JJ3  0tt  Ihnâ- 
der  ;  Lu!  (jl  anâ  ImaaUem; 

3°  Quand  il  appartient  à  l'article  qui  détermine  un  mot 
commençant  par  un  hamza  :  JL«^i)I  Jû^Lm*  =  J^)^  SsJ^  sâht 
làrmâl. 

Lj  b. 

c»  est  à  peu  près  partout  [)rononcé  t.  Les  populations 
citadines  d'origine  mauresque  l'articulent  très  fréquemment 
ts  (le  trait  qui  souligne  un  groupe  de  lettres  indique  que  ce 
groupe  ne  représente  qu'un  seul  caractère  arabe)  :  c>JU  qâlets. 
Pour  cette  prononciation  spéciale ,  le  c»  redoul>lé  sera  rendu 
par  Us:  ^^lj^  J),attsa;  iÇjL^LlI  èttsàhnyya. 

^.  Cette  lettre  se  confond  presque  toujours  dans  le  lan- 
gage avec  le  c»;  elle  se  transcrira  donc  au  moyen  des  mêmes 


474  MAI-JUIN    1899. 

signes:  Jl^u^^Jcl^  sftel;  byJi  =  l^^l  èttsrëyya.  Chez  quel- 
ques tribus  du  Sud  qui  ont  gardé  une  prononciation  pure 
le  son  du  «^  s'obtient  en  poussant  la  langue  sur  les  dents 
entr  ouvertes  ;  je  le  rends  dans  ce  cas  par  l  :  i^JLxJ  ta'lèb.  En- 
fin ,  en  Tunisie  et  dans  le  Sud  Oranais  on  le  prononce  quel- 
quefois f;  cette  prononciation  est  jugëe  fautive  :  Zifemma. 

^  a  plusieurs  valeurs.  Dans  les  villes  et  dans  Touest  on  le 
prononce  dj  :  Jl^  djêmël.  Redoublé ,  il  sera  rendu  par  ddj  : 
îisA3  qèmeddja.  Chez  les  gens  du  sud,  dans  TAlgérie  orientale 
et  en  Tunisie  il  sonne jf'  et,  devenu  chuintant,  est  considéré 
comme  lettre  solaire  :  Jlç*  jemèl;  J^  éjjëmel.  Au  Maroc,  il 
équivaut  à  notre  g  dur  dans  un  certain  nombre  de  mots  que 
Tusage  fait  connaître  :  ^l^  magâz;  j»^^  gens.  Enfin  les 
Tunisiens  et  leurs  voisins  de  la  province  de  Constantine  le 
changent  quelquefois  en  z  ow^  J^  'alzesed;  )p^  rl^S^^  ^^' 
zouâz  JfÀrtoâ, 

C  4. 
^  kk. 

ù  d. 

ù  d.  Même  observation  que  pour  le  c»  et  le  v£>;  le  .>  et  le 
i  sont  souvent  confondus.  Les  nomades  et  les  Marocains 
disent  et  écrivent  l^^  pour  l^S  ,  t^^ù  pour  w^i ,  etc.  Les 
citadins  ont  une  légère  tendance  à  le  prononcer  dz  par  un 
procédé  analogue  à  celui  qui  est  employé  pour  Tarticulatiou 
du  «±>;  mais  Téqui valence  dz  est  beaucoup  trop  forte  et  d  est 
plus  près  que  dz  de\R  vraie  prononciation. 

)  '•• 

j-  S,  sans  que  jamais  cette  lettre  puisse  prendre  le  son  z, 
comme  cela  a  lieu  en  français  :  j^\  ased;  ^^^  moAsa. 

i  cil. 


SIX  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAGHREBIN.     475 

^  s,  s  guttural,  ne  prenant  jamais  le  son  z.  Employé  très 
souvent  pour  le  j*,  :  ij>\^  =  ^\y,  ^I^-o  =  ^l>u». 

jo  et  Li  r/,  rf  guttural  et  emphatique.  La  similitude  de  pro- 
nonciation de  ces  deux  lettres  permet  de  les  rendre  par  un 
signe  unique;  elles  sont  d'ailleurs,  même  dans  l'écriture, 
très  fréquemment  employées  l'une  pour  l'autre.  La  même  ten- 
dance à  l'emphase  qui  lait  permuter  le  j*  avec  le  ^^,  fait 
aussi  qu'on  rencontre  souvent  le  jo  et  le  li  tenant  lieu  d'un  ^ 
ou  d'un  ù  :  ^^ylhA—  (^y  ^^  ;  iûa.^  =  Ki>^;   ^UftJLû  =  ptoJUï; 

y  t,  i  emphatique  et  guttural.  Est  fréquemment  employé 
pour  le  c:>  :  ji  lit  ...y»  =  jl  L-.u^ . 

c 

t  • 

ê  .  Les  signes  les  plus  employés  pour  figurer  le  â  sont  gh 
et  r.  Cette  nécessité  de  recourir  à  plusieurs  équivalents  a 
sa  cause  dans  les  altérations  que  produit  dans  son  articula- 
tion le  voisinage  de  certaines  lettres ,  et  particulièrement  du 
râ.  C'est  l'oreille  qui  dicte  le  choix  :  ainsi  dans  deux  mots 
provenant  d'une  même  racine ,  màghreh  est  plus  près  de  vr^ 
que  màrreb ,  tandis  que  rèrb  pour  Ljy£  est  plus  fidèle  que  gherb. 
11  convient  d'ajouter  aux  deux  signes  indiqués  plus  haut  le  q, 
équivalent  du  ^,  car  c'est  le  son  que  les  nomades  donnent 
le  plus  souvent  au  à  :  /isc  qenem;  >U^  boâqâr. 

^  q  chez  les  citadins;  g  toujours  dur  chez  les  Bédouins. 
Il  garde  cependant  chez  ceux-ci  sa  valeur  q  dans  un  certain 
nombre  de  mots  enseignés  par  l'usage  :  s^  qcûwua;  ^U 
(l(hh\  etc. 

J  k. 

J  /. 

j.  m.  N'a  jamais  le  son  nasal. 

^  II.  N'a  jamais  le  son  nasal. 


476  MAI-JUIN    1899. 

th. 

y.  Bref,  ou;  long,  oâ.  Redoublé,  ww  :  Ju^j  oasel;  I^U  qâ- 
loâ;  cj^  sÔwweb. 

^.  Bref,  y;  long,  y.  <^  alifhref,  a. 

B.  Voyelles. 

Le  Juthu  ne  se  prononce  a  ou  à  qu*avec  les  gutturales 
et  encore  ce  principe  n*e.st-il  pas  absolu.  Sa  valeur  la  plus 
générale  est  e  ou  ë  (  =  eu  on  œ  très  brefs). 

Le  kèsra  est  rarement  prononcé  i,  il  incline  presque  tou- 
jours vers  le  même  son  e  et  ses  variantes  que  lefatha. 

Le  d^imma,  qui  représente  notre  diphtongue  au  (assom- 
brie et  brève) ,  est  transcrit  soit  o  soit  o.  Il  se  change  souvent 

en  (\  , 

Les  voyelles  longues  obtenues  au  moyen  des  lettres  de 
prolongation  sont  figurées  de  la  même  manière  cpie  ces 
lettres  :  LL  <î  ;  ^ v  :  *-i.  ou. 


Le  seul  tanouin  employé  dans  le  langage ,  celui  du  fatha , 
s*e\|)rime  en  et  quelquefois  an. 


SIX  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAGHHEBIN.     477 

I  {*) 

J^^  5^!  ^  c;UxAJ  ^IkAâj  t;-^^  U^  ^^•«>*'t  ^r^^  aLs^ 


vil »^ fc  I*X ^  ^       .>!  0 «^ 


•■  • 


/l 


478 


MAI-JUIN    1899. 


•  • 


^! 


Ift^'    wmLj     CJ^jL^Mb-^    (iJJ 


H 


1) 


JUi  A^U.li  JjJjt^  jC!»  ftiX^^li 


lO 


1 1 


*__ijj »  5J._^ 

45—»  yL_^  M>\ 

*    ÏJ.S  Mj  l   é_A^   M  1  j  ^  . 

sî^*J  JJ» 

A_»y_jU1  ^   Ijy^ 

oLï»  LLSjSL; 

a^-4Jlj  ^pi  Â-.l-s^  Juftt^ 


12 


i3 


ftj^ 


>^  —       -V  A. 


A  i4 


SIX  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTfc:  MAGHREBIN.     479 


«^ }\ A. Il  :>^\ >  «X_Aâ il > 


^U 


d^'^jr^r^ 


:>:il«l 


-î — ^-*-^  (^^  J-^ 


10 


iG 


L 


i&. 


■^^  !> 


l — *w-ft«j  <;r~^— *  J-*  tr-*  0"b' 


a    ■«■    «I;  4^)-^'  O**'-'*  çgjN  .-^  y^ 


I A, 


fcS> 


]{^L_b 


l  i^y       \         %        A       j 


S? 


i8 


^9 


20 


îî  I 


29 


r!3 


480  MAI-JUIN  1899. 


Argument.  —  On  raconte  quun  jeune  homme 
nommé  ^\l^  ben  Boû  Fâyd,  s'étant  épris  d'une 
femme,  pria  son  père  de  la  demander  en  mariage. 
Celui-ci  refusa.  Irrité,  *Aly  se  procura  un  fusil,  y 
inscrivit  son  nom  et  se  mit  à  chasser.  Son  père  lui 
ayant  fait  réclamer  cette  arme,  il  répondit  : 

1 .  Vous  m'envoyez  demander  le  fusil  sur  lequel 
est  mon  nom;  je  ne  le  donnerai,  mon  père,  que  de 
mauvais  gré. 

2.  D'où  vient  que  vous  en  usez  ainsi?  Vous  me 
faites  dire  :  «  Apporte  ton  fusil  que  nous  le  mettions 
en  gage.  »  Que  Dieu  vous  pardonne  !  Je  vous  laisse 
dans  votre  pays  et,  à  cause  de  vous,  je  le  jure  par 
Dieu,  je  n'y  veux  plus  revenir! 

4.  Votre  conduite  n'est  pas  sensée  :  nos  ennemis 
m'insultent,  ô  mon  père.  Je  pense  que  vous  voulez 
abandonner  votre  maison  et  votre  jardin  ^  ;  pourrai-je 
ensuite  recouvrer  mon  arme  ? 

'  V.  5.  Les  Mëjiâmvd  possèdent  les  deux  importantes  oasis  de 
Scrmàn  et  de  Sabryya,  qui  leur  servent  d'entrepôts. 


SI\  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAGHREBIN.     481 

6.  Je  ne  serai  pas  amoindri  pour  n'être  plus  avec 
vous  :  vous  n'êtes  plus  mon  père  et  je  ne  suis  plus 
votre  fils  chéri.  Je  crois ,  mon  père ,  que  vous  vieil- 
lissez et  que  vos  dents  tombent.  Us  ne  vous  serviront 
pas  les  gens  que  vous  fréquentez; 

8.  ils  ne  vous  serviront  pas  vos  amis;  il  ne  vous 
servira  pas  le  père  qui  vous  a  engendré;  elle  ne  vous 
serv  ira  pas  dans  l'adversité  la  noblesse  de  vos  proches  I 
Dieu  veuille  vous  faciliter  les  voies  nombreuses  que 
>  ous  devrez  parcourir  ! 

Son  oncle  l'ayant  menacé  de  mort,  il  répondit  : 

10.  Eloigne-toi  du  voisinage  de  celui  qui  n'est 
pas  venu  à  toi  dans  l'embarras;  quitte-le.  Mon  oncle 
me  mande  aujourd'hui  sur  un  billet  que,  s'il  avait 
entre  les  mains  la  feuille  de  ma  destinée,  il  l'efface- 
rait. 

12.  S'il  l'avait  entre  les  mains,  cette  feuille,  dis- 
lui,  [messager],  qu'il  l'efface  ouvertement,  sans  se 
cacher.  Vous  ne  pourrez  sans  l'aide  de  Dieu  sup- 
porter la  séparation.  Quant  aux  méchants \  nous 
les  épargnerons. 

14.  Le  canon  de  ce  fusil  est  rouillé;  sa  platine 
est  sans  force  et  ne  joue  plus  quand  il  est  armé. 
Malheur  à  l'homme  qui  abandonne  son  enfant  !  Pour 

*  V.  i3.  S-i^^^  J^î,  que  j'ai  traduit  par  «les  méchants»,  si- 
gniiie  proprement  «  ceux  qui  renvoient  déçu  l'hôte  qui  se  présente  à 
leur  tente». 

Mil.  'S^ 


Idl-HINRalr.    «ATIVXALK. 


482  MAI-JUIIN   1899. 

la  moindre  des  choses  il  ma  dit  :  «  Allons  !  donne 
ce  fusil.  » 

16.  Je  pars  pour  ie  désert.  Jlrai  chez  les  Oulâd 
Wzyi  '  et  je  vivrai  de  coups  demain.  Dites  cependant 
à  la  belle  à  la  chevelure  tressée  que  je  disparais  pour 
la  tribu,  mais  que  je  reviendrai  pour  elle; 

18.  que  je  disparais,  mais  que  je  reviendrai  pour 
elle,  et  que  tant  que  je  vivrai,  je  ne  Toublierai  pas. 
Je  le  jure  par  la  tête  de  celle  qui  pour^AlJ  a  été 
soupçonnée,  la  coupe  de  l'amour  que  je  lui  ai  in- 
spiré l'a  vaincue , 

20.  la  coupe  de  Tamour  la  enivrée.  0  Dieu  qui 
m'as  créé ,  donne-lui  la  force  de  supporter  mon  ab- 
sence. Ah!  qu'il  est  douloureux  pour  moi  le  montent 
où  je  songe  à  elle.  Son  amour  s'est  fixé  dans  miou 
cœur  et  l'a  embrasé. 

22.  Mon  cœur  est  triste;  l'amour  l'a  broyé;  il  a 
laissé  mes  entrailles  réduites  en  poussière,  au  point 
que  je  me  consume  dans  les  veilles  et  que  je  ne 
goûte  jamais  le  sommeil,  au  point  que  je  suis  de- 
venu comme  un  oiseau  dont  les  ailes  sont  brisées, 

24.  comme  un  oiseau  qui  bat  vainement  des  ailes  ! 
Ainsi  mon  esprit  n'est  point  guéri  et  n'éprouve  pas 
de  soulagement.  Les  yeux  de  l'aimée  sont  brillants 

^  Les  Ouiâd  'Az^  sont  une  fraction  importante  de  la  grande  tribu 

(les  Hainamnia. 


Sl\  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAGHREBIN.     483 

et  lumineux.  Un  seul  mot  d'elle  enverrait  ses  amis  à 
]a  mort! 

'*'  (]ette  pièce  provient  de  la  tribu  trlpolitaine  des  Mëhâ- 
111  vd. 

Les  Mëljamyd  sont  des  Cherfâ  nomades  dont  les  terres  de 
parcours  sont  situées  dans  la  partie  nord-ouest  du  pachalyk 
de  Tripoli  (  vilayet  du  Djebel,  qaymaqamlyk  du  Hoûd),  dans 
la  vaste  plaine  dite  de  la  Djefàra,  non  loin  de  la  frontière 
tunisienne.  Ces  bédouins  doivent  à  leur  qualité  de  descendants 
du  Prophète  une  influence  qui  s'exerce  sur  toutes  les  popu- 
lations de  la  région;  c'est  parmi  eux  que  l'administration 
turque  choisit  les  motesarrif  du  vilayet. 

Leur  genre  de  vie ,  c[ui  n'a  pour  ainsi  dire  pas  changé  de- 
puis qu'ils  ont  quitté  la  péninsule  Arabique,  et  la  noblesse 
de  leur  origine ,  qui  leur  fait  un  devoir  de  conserver  pieuse- 
ment tout  ce  qui  peut  rappeler  leur  passé,  ont  puissamment 
contribué  au  maintien  de  leurs  mœurs  et  de  leur  langue,  et 
leurs  productions  poétiques  ont  gardé  quelque  chose  du  carac- 
tère solennel,  sentencieux  et  sauvage  de  celles  de  leurs  an- 
cêtres préislamiques.  Nerveux  et  concis,  parfois  jusqu'à  la 
sécheresse ,  leurs  vers  se  bornent  à  esquisser  l'idée  à  exprimer, 
laissant  à  l'auditeur  le  soin  de  la  comploter,  tâche  aisée  quand 
il  connaît  les  circonstances  qui  ont  inspiré  le  poète,  mais  ir- 
réalisable pour  l'étranger  qui  ignore  ces  paiiicularités. 

On  n'a  de  renseignements  ni  sur  l'auteur  de  cette  chanson, 
ni  sur  l'époque  à  laquelle  elle*  a  été  composée.  L'argument 
en  arabe  régulier  placé  en  tête,  sans  doute  ajouté  après  coup , 
a  été  reproduit  tel  qu'il  figure  sur  l'album  duquel  elle  a  été 
extraite. 

NOTES  DU   TEXTE. 

V.  1.  ^1  J^  'aloL  [ê\U^  se  prononce  ^ally.  Lelision  de  l'article 
déterminant   un   mot    qui   commence  par  une  lettre    lunaire  est 

constante  après  la  préposition  'ala  :  'alhày^  =  /^il  J».*. 

32. 


484  MAI-JUIN   1899. 

LpmI  est  une  forme  emphatique  de  ^\  et  non  un  pluriel ,  comme 
une  orthographe  commune  pourrait  le  faire  supposer. 

Ucdif  qui  termine  la  rime  est  purement  orthographique  :  le  hâ 
est  bref;  car,  contrairement  à  ce  qui  a  lieu  en  poésie  régulière,  la 
syllabe  finale  d'un  hémistiche  ou  d'un  vers  n'est  pas  obligatoirement 
longue. 

Prononcei  joûtt^  pour  joûdty  :  permutation  du  dâl  en  ta  et  in- 
sertion de  la  première  de  ces  lettres  dans  la  seconde  (  ^^Juo  «L^^t 

C:y*-3'^^t  i). 

V.  3.  Les  copistes  de  chansons  font  un  véritable  abus  de  i*alij 
d'union.  Je  n'ai  laissé  subsister  que  ceux  qui  sont  absolument  indis- 
pensables à  la  figuration  de  la  prononciation.  Je  ne  puis  examiner 
ici  tous  les  rôles  de  ïalif  dans  le  langage  ;  cette  étude  m'entraînerait 
trop  loin. 

y.  5.  Mën  sêb^l  devient  méssb^l  par  la  permutation  du  nonn  en 
s^n  (voir  la  note  du  v.  i). 

V.  7.  Le  ta  pronominid  se  change  en  ta  (voir  la  note  du  v.  1  ci- 
dessus)  et  il  faut  lire  on  tt^h. 

V.  10.  Dans  toutes  les  rimes  en  u  (pour  ï)  je  ne  transcris  pas 
le  ^à  dont  l'articulation  presque  imperceptible  est  suffisamment 
marquée  par  l'arrêt  brusque  sur  1'^  bref. 

Ce  qui  vient  d'être  dit  au  sujet  du  ë  remplaçant  le  ï  s'applique 
entièrement  au  »  pronom  affîxe  de  la  3*  personne  du  masculin  sin- 
gulier :  s«xeb ,  qui  se  prononcerait  bâ  *dho  chez  des  citadins ,  devient 
ici  bâ  'dâ. 

V.  i3.  Cette  syllabe  hom  fausse  la  rime  de  la  pièce,  qui  est  hà 
pour  le  quatrième  hémistiche  des  robay  ou  doû  beyt  qui  la  com* 
posent.  La  correction  est  des  plus  simples  :  il  suffit  de  considérer 
M  comme  un  pluriel ,  ce  qui  justifie  l'emploi  du  pronom  féminin 
singulier. 

V.  2  2.  J«xp  =  Kbett^,  pour  les  raisons  données  plus  haut. 

j-,>  j-»>^  pour  ^jm\^  j-,>^  est  formé  des  deux  verbes  j«>j  et  ^J^ù 
f.  O  qui  signifient  «fouler  aux  pieds,  écraser,  broyer».  C'est  un 
vestige  de  la  vieille  langue  arabe ,  qui  employait  celte  juxtaposition 
de  mots  synonymes  et  de  même  désinence  pour  donner  plus  d'éner- 
gie à  l'expression  :  lâS^  ÛJ  J^^  -  jo-o  vj^tp^  i  î>»5j  • . . 

V.  2  3.  Le  Ad  du  pronom  personnel  se  change  en  hâ  dans  la  pro' 
nonciation  pour  les  raisons  déjà  indiquées. 


SIX  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAGHREBIN.     485 


IIC) 


L-j«>^-A-^  <jf;l— j  y-à- 


It 


cr  »^*  "^  iù^)  <^=*^»*^^  (s*^-^  (Sy^^ 

l     A li 'S  <X    (w^  ■>  (J^— ^  JlJLjujI 


3 


ca  v^;  tîï 


il: 


II 


Ji  L_j  t".<s— X    jjN^i^jl 


il Si  L.^    J %     R     ]|    di  ~mL..^^ 


I — i — «^ It  J £l  U>  :>j-JL-ft_U> 


L-iL 


C5     *     *■   "^  u'^ 


8 


48C 


MAI-JUIN  1899. 


^        '•^^^  ^  ^       ^ 


Ja â  J^_# } 


I •»!     «     V     «  L-.iiL3 


û  •♦Sjjy»  û 


JL_c 


'i^; 


L 


*       * 


Jl    ^^   S^  lO 


I A k  A ft  dJ^\j.         t!  tf^^^' 

^L,  ^^\^  kWu  l^Li.  Jx 


1 1 


13 


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^  ^»-JL,g  L> 


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10 


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>l  Ul 


SÎX  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAGHREBIN.     487 


î     Cl 


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I — ; — ! — >a»  ,^1 — i^  4>-*7-U 


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20 


21 


22 


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JL_Jt  JL_^^  ï 


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24 


25 


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488 


MAI-JUIN   1899. 


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SIX  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAGHREBIN.     489 

Cantique  en  l'honneur  de  Lalla  ^Aycha  el  Màn- 
noiibyya. 

1.  Un  feu  ardent  brûle  au  fond  de  mon  cœur; 
1  amour  s'est  emparé  de  moi  et  je  suis  son  otage  el 
son  captif.  Mon  âme  s'est  arracViéc  de  mon  corps  et 
le  sommeil  se  refuse  cruellement  à  ma  paupière. 
Celle  qui  en  est  la  cause  est  cette  belle  aux  yeux 
noirs,  cette  autre  Redâh^,  \\ycha  la  sainte,  dont  je 
je  suis  séparé,  ^Aycha,  dont  le  nom  est  «  or  pur  »-. 
Pourquoi .î^  Pourquoi?  El  Mànnoûbyya! 

5.  Pourquoi  ces  rigueurs,  ma  bien-aimée!  Pour 

^  V.  o.  Ev  Redâk  et  aussi  Er  Rêddâk  et  même  Er  Roûdâh  est 
un  personnage  de  roman.  C'est  le  nom  d'une  princesse  zenatyenne, 
de  qui  un  chevalier  Ahmed ,  chef  de  l'armée  helâlyenne  qui  enva- 
hissait le  Maghreb,  se  serait  épris  en  entendant  louer  sa  beauté  et 
dont  il  aurait  fini  par  conquérir  la  main  à  la  suite  d'aventures 
qui  rappellent  celles  de  'Antar  s'efforcant  de  mériter  'Abla.  Ce  nom 
est  devenu  en  Maghreb  le  synonyme  de  «  très  jolie  femme  » ,  et  l'on 
dit  couramment  :  ^bJo  iu5*3  ou  ^l»>^  iu^. 

^  V.  3.  ^Aycha,  dont  le  nom  est  a  Or  pur».  Ahmed  Khoûdja  s'est 
inspiré  pour  composer  son  cantique  d'une  petite  biographie  de  ia 
sainte  femme  dont  il  chante  les  louanges.  Cet  opuscule  a  pour 
titre  :  iL-o>JUI  iLû^.U  JL*3  ^(^  Âi^LxJl  HLJJf,  lh<^\  ^^Lu  ^i 
^j-i^^l  I4JLC  4Mt  (^^ .  Les  passages  suivants  qui  en  sont  extraits 
montrent  comment  Lalla  'Aycha  a  reçu  ce  deuxième  nom  :  oJU 


490  MAI-JUIN    1899. 

ton  amour,  je  suis  abreuvé  de  dédains;  pour  ton 
amour,  belle  aux  noirs  regards,  je  dépéris  alors  que 
tu  conserves  le  port  du  chêne  ^.  Le  feu  qui  me  dé- 
vore s  est  attaché  à  mon  âme  et  mon  esprit  est  dé> 
chiré  par  les  épreuves.  0  toi  qui  te  montres  rebelle 
à  mes  désirs,  belle  à  Tœil  noir,  si  tu  es  irritée  contre 
moi,  je  ferai  publiquement  amende  honorable,  je 
t'apporterai  sans  tarder  Toffrande,  symbole  de  mon 
hommage  ,•  j  aurai  garde  de  m'en  dispenser. 

10.  Instruis-moi,  compatis  à  ma  peine.  Ne  m'as- 
tu  pas  dit  :  «  Je  t'apporterai  promptement  la  bonne 
nouvelle  n^P  Viens  !  que  dans  le  sommeil  mes  yeux  te 
voient  t avancer  vers  moi,  beauté  aux  noires  pru- 
nelles. Je  me  consume  dans  l'attente  de  ton  image, 
je  suis  à  bout.  Pourquoi?  Pourquoi?  El  Mànnoû- 
byya! 

1  ^ .  Depuis  longtemps  j'espère  te  voir  et  toujours 
s'éloigne  le  terme  de  mon  attente.  Mes  nuits  s'écou- 
lent dans  des  cris  de  détresse;  tel  un  naufragé  dans 
la  mer  aux  flots  en  courroux.  Pour  toi  je  suis  devenu 
fou  d'amour,  épris  de  ta  démarche  pleine  de  no- 
blesse, et  je  me  vois  seul  dépérir  parmi  ceux  de  mon 
temps.  0  beauté  intraitable!  belle  aux  yeux  aga- 

^  V.  6.  y!^,  qui  signifie  proprement  «chêne  zéen»,  est  em- 
ployé dans  la  poésie  populaire  avec  le  sens  générid  d'«  arbre  droit 
et  flexible»  :  cyprès,  peuplier,  etc.  G*est  l'image  orientale  bien 
connue,  l'équivalent  du  ow«U  3««w  ou  003^  persan. 

^  V.  10.  jM^U  y^li  JJ  (d^i  litt.  :  «Je  t'apporterai  la  nouvelle 
à  cheval»,  c'est-à-dire  «vite,  rapidement». 


SIX  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAGHREBIN.     491 

çants,  je  suis  dans  le  plus  pitoyable  état.  Puisque 
tu  me  repousses  et  que  tu  renies  ta  promesse,  sans 
hésiter  je  t'appellerai  devant  Dieu. 

19.  Si  tu  ne  daignes  pas  jeter  tes  regards  sur 
moi,  c'est  demain,  belle  parée  de  vêtements  somp- 
tueux, que  je  ferai  entendre  ma  plainte  à  l'Envoyé 
de  Dieu,  qui  a  clos  la  série  des  prophètes;  car  tu 
m'as  dit  :  «  Je  te  tirerai  de  la  mer  où  sont  plongés  les 
naufragés  ».  Je  suis  serviteur  de  ton  sanctuaire ,  beauté 
aux  yeux  noirs.  Pourquoi?  Pourquoi?  El  Mànnoû- 
byya  ! 

23.  Laisse-toi  fléchir  et  appelle  ton  serviteur, 
habitante  de  la  cité  verte  ^;  je  ferai  amende  hono- 
rable et  je  viendrai  à  toi,  cruelle  aux  lourds  ban- 
deaux noirs.  Nous  avons,  dans  les  Menâqeb^,  en- 
tendu le  récit  de  tes  belles  actions  :  d'un  cuivre  vil 
tu  tiras  de  l'argent  pur  quand  tu  sortis,  reine  de  ton 
époque,  pour  te  rendre  auprès  des  hommes  qu'illu- 
minait l'éclat  de  la  piété ^.  Le  malheureux,  éprouvé 

^  V.  2  5.  El  K/iàdra  «la  Verte»  ,  est  encore  le  surnom  de  Tunis. 

^  V.  2  5.  El  Mênâqeh  «les  Miracles».  Cest  le  titre  de  l'opuscule 
dont  il  est  parlé  à  la  note  2.  V.  3,  p.  489. 

^  V.  2  5.  Ce  vers  et  les  suivants,  jusqu*à  la  fin  de  la  strophe, 
font  allusion  à  l'un  des  miracles  les  plus  connus  de  Lalla  *Aycha. 
Se  rendant  un  jour  à  une  réunion  d*hommes  pieux,  elle  fut  ren- 
contrée par  un  libertin  qui ,  séduit  par  son  incomparable  beauté ,  la 
suivit  en  lui  tenant  un  langao:e  déshonnête.  Elle  le  conduisit  ainsi 
jusqu'au  lieu  de  la  réunion  où  d  entra  avec  elle.  Indignés,  les 
dévots  personnages  qui  composaient  l'assistance  voulurent  lui  faire 
un  mauvais  parti;  mais  ^Aycha,  prenant  sa  défense,  leur  dit  :  «Cet 


492  MAI-JUIN   1899. 

par  Tamour,  te  rencontra  et  t'aborda.  En  recevant 
la  grâce,  cet  amant,  dont  le  dessein  avait  la  perfidie 
pour  base,  fut  favorisé  et  sauvée  Ainsi,  vénérable 
assistance^,  il  avait  été  de  toute  éternité  prédestiné. 
Ils  te  consultèrent,  dame  de  tes  semblables, .et  tu 
répondis  :  «  C'est  un  amant  sincère,  versez-lui  le  vin 
[de  Tâmour  divin]  ».  Par  toi  il  parvint  aux  degrés 
les  plus  élevés  de  la  perfection  :  Notre-Seigneur  tout- 
puissant  t'avait  donné  le  pouvoir  de  faire  ce  pro- 
dige. 

31.  Ce  sont  là  tes  mérites,  ô  citadine  à  qui  le 
Souverain  Maître  a  accordé  une  incontestable  puis- 
sance, beauté  aux  yeux  enchanteurs,  ^Aycha,  notre 
reine. 

32.  Sn  Ahmed  khoûdja ,  chef  des  poètes  de  l'é- 
poque ,  a  dit  :  «  J'ai  ciselé  ces  paroles,  qui  sont  de  ma 

homme  nous  aime;  il  faut  le  récompenser  de  son  amour.  Je  vous 
propose  de  lui  conférer  le  rang  qu'occupait  celui  de  nos  amis  que 
la  mort  nous  a  enlevé».  Ainsi  fut  fait.  Cet  homme  pervers,  subite- 
ment converti,  ne  cessa  depuis  lors  de  donner  des  exemples  de 
piété  et  devint  im  saint  dont  le  renom  s^accrut  par  plusieurs  mi- 
racles. 

^  V.  27.  li  y  a  ici  un  jeu  de  mots  sur  dULiM  qui  signifie  «tiré 
d'affaire,  sauvé»,  mais  a,  dans  la  terminologie soûfy te,  un  sens  par- 
ticulier :  le  Scdeli  «  qui  marche  dans  la  voie  qui  mène  vers  Dieu  >  est 
le  religieux  qui,  à  la  suite  de  ses  prières  et  de  ses  macérations,  est 
favorisé  d'extases,  de  visions,  d'entretiens  avec  le  Prophète  et  les 
saints  personnages  de  l'Islam. 

^  V.  28.  On  nomme  hàdra  la  réunion  des  membres  d'une  con- 
frérie religieuse  présidée  par  le  chef  de  l'ordre,  et,  par  exte^iou, 
une  réunion  de  Khouân. 


SJX  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAItHREBIN.     493 

composition,  l'an  mil  et  cent.  Toi  qui  écoutes  ces 
strophes  \  ajoute  à  ces  nombres  après  quatre-vingt- 
dix  le  chiffre  huit-.  Jadresse  mon  salut  à  tous  ceux 
qui  sont  ici  réunis ,  et  celui  qui  me  défiera ,  je  Tabreu- 
verai  d'amertume».  Pourquoi?  Pourquoi?  El  Màn- 
noûbyya  ! 

^*'  Lalia  'Aycha  el  Mànnoùbyya ,  à  la  louange  de  qui  est 
composé  ce  cantique,  naquit  près  d'El  Mânnoûba  (la  Ma- 
nouba),  petite  bourgade  à  deux  lieues  environ  à  Touest  de 
Tunis,  dans  le  dernier  quart  du  vi*  siècle  de  Thégire,  et 
mourut  le  2 1  redjeb  665  (17  avril  1267),  entre  76  et  80  ans. 
Elle  est  enterrée  à  Tunis,  en  dehors  et  à  quelque  distance 
de  la  porte  d'El  Fëllàq  (aujourd'hui  Bâh  el  Fëllâh),  sur  une 
éminence  qui  domine  la  sebkha  de  Sëddjoûmy.  Son  tombeau 
est  très  fréquenté,  surtout  par  les  femmes,  qui  viennent  sol- 
liciter son  intercession  pour  faire  cesser  leur  stérilité. 

Lalla  *Aycha  se  fit  remarquer  dès  son  extrême  jeunesse 
par  sa  piété  rigoureuse  et  sa  morale  intransigeante  ;  célèbre 
par  ses  quatre  vingts  miracles,  elle  a  inspiré  de  nombreuses 
médha  qui  se  chantent  aux  réunions  tenues  dans  son  sanc- 
tuaire. 

Les  poètes  populaires  se  décernent  volontiers  les  épithètes 
les  plus  élogieuses.  L'auteur  de  ce  cantique,  Tunisien  qui 
vivait  à  la  fin  du  siècle  dernier,  s'intitule  «  chef  des  poètes 
de  l'époque».  Rarement  titre  ne  fut  moins  mérité.  Le  nord 
de  la  Tunisie,  de  l'aveu  même  des  indigènes,  a  toujours 
compté  peu  de  poètes  comparativement  au  sud  de  la  Ré- 
gence ,  et  leur  talent  n'a  jamais  pu  être  mis  en  parallèle  avec 

^  V.  33.  La  ÂMi-J^',  pi.  jaSI>5,  est  une  sorte  d*antienne.  Dans 
les  strophes  qui  portent  ce  nom,  le  maître  chante  le  premier  hé- 
mistiche et  le  chœur  le  second. 

-  V.  '6^.  L'année  1198  s'étend  du  26  novembre  1783  au  i4  no- 
vembre 1784. 


494  MAI-JUIN  1899. 

celui  des  bardes  bédouins.  La  composition  d'Ahmed  Khoûdja 
en  est  une  preuve.  Elle  se  fait  remarquer  par  une  grande 
pauvreté  de  langue  et  de  nombreuses  répétitions.  Quoique 
la  répétition  ne  soit  pas  considérée  par  les  écrivains  arabes 
comme  un  défaut  grave ,  celles  que  Ton  relève  ici  ne  doivent 
cependant  pas  être  toutes  mises  à  la  charge  de  l'auteur  :  les 
chanteurs  et  les  copistes  y  ont  contribué  pour  leur  part. 
Quand  la  mémoire  leur  fait  défaut  ou  quand  le  sens  de 
quelque  mot  leur  échappe  ils  remplacent  les  passages  oubliés 
ou  incompris  par  des  expressions  empruntées ,  tantôt  à  la 
pièce  elle-même  ,  tantôt  à  un  morceau  étranger  et  sadaptant 
plus  ou  moins  bien  au  contexte.  Ainsi  s'exphquent  les  re- 
dites, les  coq-à  l'âne,  les  vers  qui  ne  riment  pas,  etc. 

Les  couplets  de  ce  cantique  se  divisent  en  <^\5^  et  ïj^^ys» 
Ces  titres  ne  sont  autre  chose  que  des  indications  pour  les 
chanteurs.  Le  rekâb  est  le  solo  du  maître.  Dans  la  toaryda, 
le  maître  chante  seul  le  premier  hémistiche  du  vers ,  le  se- 
cond étant  dit  deux  fois  par  les  pUjuL  ou  accompagnateurs. 
Le  dernier  vers  de  la  toiiryda  se  nomme  iUl^;  c'est  un  re- 
frain chanté  par  le  chœur,  el  Khèniâmsa,  pi.  de  j-i^. 


NOTES  DU  TEXTE. 

V.  2.  Js^MM^  Jbfi  est  prononcé  'ahesed,  altération  tunisienne  de  la 
prononciation  du  ^. 

V.  3.  Ce  vers  finit  par  un  ^  alors  que  les  autres  riment  en  qm; 
il  est  toléré  de  faire  rimer  accidentellement  —  ï^^yhiJ  —  deux 
lettres  analogues. 

V.  5.  iuUJÎ  est  pour  *j\j^\  par  suite  de  la  chute  du  hamza. 

V.  i8.  v:»Js-<6),  r^/ie«  est  pour  Jijoè,  par  une  double  altération: 
le  ^  s'est  changé  en  ^  suivant  l'usage  tunisien  et  le  ^  s'est  adouci 
en  9  sous  l'influence  de  la  sifflante  ^ . 


SIX  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAGHREBIN.     495 


III  (*) 


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^_s-*J-*  «i^-a-^lj  Jlj«J'  tS«>^  «i*».t; 
,^_^  UL<it,  jLasJl  e;L.  ,,JUi.t 

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496 


MAI-JUIN   1899. 


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SIX  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAGHREBIN.     \91 
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'iOK  MAI-JUIN    1899. 

J\(\  ^  Ul^  JiljJI  t>L«?  LiU  î7 

Ljjpl^  JUS  (j^-**j^^t  <#*^^**" 

«X-^  dlytxxXI^  «^HH^'M'  4^*>Huw  I^Jukâj  2^ 


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1)1  \  CHAiNSOMS  AIUHES  KN  DJALECTE  MAGHREBIN.     499 


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MAI-JUIN   1899. 


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SIX  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAGHREBIN.     501 


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502 


MAI-JUIN   1899. 


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SIX  CHANSONS  ARABKS  EiN   DJALKCTE   MAGHREBIN.      503 

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Wt  MAI-JUIN  1899. 

^J-rf^iU-îJI  ^3^3  J^UJ  oJU  W^ 

^^^Jukâil  v'^ûJI^  ^yf^\  ii^  iSy^  ^^ 

;>a4j  ^«>^'^  ;>*SJI  (j^  JS  <s>«»S  85 

t^k_)t  ,yj^\yMtj  t^\yt  igy»tS  (i^tS  86 

<^_*-Jji"  UiL»^  vUj«J»  u-li  Lui»- 

JuOJt  ,Ui  iu^i  JuUJJ  J-i.  tf.,*«3        87 

Jl^JujUI  b  ^y.  J«UJ  yU^-J  K8 

S^^>-^     <^4X-A-^    J-*-*-^    (^  y*> 


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SIX  CHANSONS  ARABES  E\  DIALECTE  MAGHREBIN.     505 

vU?^  U-7-*  ^-^»  vU*-'   U  ^3^  9-^ 


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J^Li  x-^5^-  JUwl  ^jXiJu  ^ 

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506  MAI- JUIN    1899. 


^^■Ht-i-Hi-C  J-*  pl-Ul  tf!^  ply».»^ 


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(^j,^.»;^^  j^*Lhi\  ^  jjlm  yJJ  108 


SIX  CHANSONS  y\UAHKS  EN  DIALKGTE  MAGHREBIN.      507 


sa'yd  et  HYZYYA. 

I .  Consolez-moi,  nobles  amis  :  la  reine  des  belles 
repose  sous  les  pierres  du  tombeau.  Un  feu  ardent 
me  dévore;  je  suis  à  bout.  O  sort  cruel  !  *  Mon  cœur 
a  suivi  la  svelte  Uyzyya. 

3.  Hélas!  nous  étions  heureux  naguère,  comme 
au  printemps  les  fleurs  des  prairies  ;  que  la  vie  avait 
pour  nous  de  douceurs  !  Gomme  Tombre  d'un  fan- 
tôme, cette  jeune  gazelle  a  disparu,  ravie  par  un 
inévitable  et  impérieux  destin. 

5.  Quand  elle  marchait  sans  détourner  ses  re- 
gards, ma  bien-aimée  rendait  fous  les  sages;  tel  le 
bey  du  camp.  Un  large  poignard  est  passé  dans  sa 
ceinture.  11  est  entouré  de  soldats  et  suivi  de  cava- 
liers et  chacun  s'empresse  à  sa  rencontre  porteur 
d'un  présent.  Armé  d'un  sabre  de  l'Inde,  d'un  seul 
mouvement  de  sa  main  il  partage  une  barre  de  fer 
ou  fend  un  dur  rocher.  Que  d'hommes  il  a  tués  chez 
les  tribus  rebelles  !  Orgueilleux  et  superbe ,  il  s'avance 
comme  pour  défier .  .  . 

9.  C'est  assez  glorifier  le  bey.  Dis-nous,  chan- 
teur, dans  une  chanson  nouvelle,  les  louanges  de  la 
fiHe  d'Ahmed  ben  el-Bey. 

10.  Consolez-moi,    nobles   amis  :   la  reine  des 

'   \  .  :>..  ^  L*  ^i  signifie  littéralement  :  «J'ai  ce  que  j'ai». 


508  MAI-JUIN   1899. 

belles  repose  sous  les  pierres  du  tombeau.  Un  feu 
ardent  me  dévore;  je  suis  à  bout.  0  sort  cruel  !  Mon 
cœur  a  suivi  la  svelte  llyzyya. 

12.  Elle  laisse  flotter  sa  chevelure,  qui  se  dé- 
roule, exhalant  de  suaves  parfums.  Ses  sourcils  sont 
arqués  comme  deux  noân^  tracés  sur  un  message. 
Ton  œil  est  comme  la  balle  rapide  enfermée  dans 
la  cartouche  d'un  fusil  européen,  qui,  aux  mains 
des  guerriers,  atteint  sûrement  le  but.  Ta  joue  est 
la  rose  épanouie  du  matin  et  le  brillant  œillet  et  le 
sang  qui  l'arrose  lui  donne  l'éclat  du  soleil.  Tes  dents 
ont  la  blancheur  de  l'ivoire  et  dans  ta  bouche  étin- 
celante  la  salive  a  la  douceur  du  lait  de  nos  brebis 
ou  du  miel  apprécié  des  gourmets.  Voyez  ce  cou 
plus  blanc  que  h.  cœur  du  palmier,  cet  étui  de  cristal 
entouré  de  colliers  d'or  !  Ta  poitrine  est  de  marbre; 
ses  deux  jumeaux,  que  caressaient  mes  mains,  sont 
comme  ces  pommes  dont  le  parfum  rend  la  santé 
au  niîilade.  Ton  corps  a  la  blancheur  et  le  poli  du 
papier;  on  le  dirait  de  coton  ou  de  fine  toile  de  lin 
ou  encore  de  la  neige  qui  tombe  dans  une  nuit 
obscure.  Myzyya  laisse  pendre  sa  ceinture  qui  incline 
vers  la  terre  et  dont  les  tortis  entremêlés  retombent 
sur  son  flanc  repli  par  repli.  Regardez  ces  jambes 
qui  semblent  se  quereller  avec  les  khëlkhâl^;  écoutey. 

'  V.  13.  La  comparaison  de  l'arc  i^égulier  des  sourcils  à  deux 
noùn  Iracrs  par  un  calligraphe  liabile  est  un  des  clichés  de  la  poésie 
populaire. 

'  \ .  'U).  A  cause  du  i)ruit  que  font  ces  bijoux  en  s*agitant,  dans 
la  tnan^ie,  autour  des  cheville'j. 


SIX  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAGHREBIN.     509 

le  ciiquetis  des  anneaux  accouplés  surmontant  son 
brodequin. . . 

2  ] .  Nous  campions  à  Bâzer  ^ .  Je  saluais  chaque 
matin  celte  belle  et  nous  goûtions  en  paix  les  félicités 
dlci-bas.  Je  portais  chaque  matin  mes  souhaits  à 
n)a  gazelle  et  j'obéissais  à  mon  sort,  plus  heureux 
que  si  j'eusse  possédé  tous  les  biens  et  tous  les  tré- 
sors de  la  terre  :  la  richesse  ne  vaut  pas  le  tintement 
des  Uiëlkhâl!  Quand  je  franchissais  la  montagne,  je 
rencontrais  Hyzyya.  Elle  marchait  au  milieu  des 
prairies,  se  balançant  avec  grâce  et  faisant  résonner 
ses  khëlkhâL  Ma  raison  s'égarait ,  mon  cœur  et  mes  sens 
se  troublaient .  .  . 

25.  Après  un  été  passé  dans  le  Tell,  nous  re- 
descendîmes ma  chère  âme  et  moi  vers  le  Sahara. . . 

26.  Les  litières  sont  fermées,  la  poudre  retentit; 
mon  cheval  gris  me  mène  vers  Hyzyya.  On  met  en 
route  le  palanquin  de  la  coquette  et  nous  dressons 
le  soir  nos  tentes  à  Azâl;  Sydy-1-Ahsën  est  devant 
nous  et  aussi  Ez-Zërgâ.  Puis  on  se  dirige  vers  Sydy 
Sa^yd,  El-Mëtkë^oûk  et  Mëdoukâl  aux  palmes,  où 
l'on  arrive  dans  la  soirée.  On  charge  de  grand  ma- 
tin, au  lever  de  la  brise.  Sydy  Mëhammed,  notre 
gîte,  fait  l'oinement  de  cette  terre  paisible.  De  là. 


'  \.  il.  Bàzer,  \aste  plaine  au  sud-est  de  Sétif  (province  de 
CoQstanline).  Les  nomades  de  Biskra  viennent  y  passer  rété  et  en 
même  temps  s'y  approvisionner  de  gra'ns. 


510  MAI-JUIN    1899. 

les  litières  se  rendent  à  El-Mëkhèràf.  Mon  cheval 
gris,  comparable  à  un  aigle,  ra emporte  dans  sa 
course.  Je  m'achemine  vers  Ben  Seryër  avec  la  belle 
aux  bras  tatoués.  Quand  on  a  traversé  l'oued  [Dje- 
dy  ] ,  on  franchit  la  hânya  ^  et  on  passe  la  nuit  à  Roûs- 
ët-rouâl,  près  des  sables.  Ben  Djëllâl  est  l'étape  de  la 
marche  suivante.  L ayant  quitté,  on  campa  à  El- 
Bësbâs  et  enfin  à  Rl-HërNmek  avec  ma  bien-airaée 

34.  A  combien  de  fêtes  prîmes-nous  part  !  Ijancé 
dans  la  carrière'^,  mon  cheval  gris,  comparable  à  un 
fantôme,  disparaissait  totalement  avec  moi.  H^zyya, 
jj^rande  comme  la  hampe  dun  étendard,  me  regar- 
dait, montrant  dans  son  sourire  les  perles  de  sa 
bouche.  Elle  parlait  par  allusions,  me  faisant  ainsi 
comprendre  ce  qu  elle  voulait  me  dire.  La  fille  de 
jjàmj'da  était  alors  comparable  à  l'étoile  du  matin 
ou  à  un  palmier  qui,  dans  un  jardin ,  est  seul  grand 
et  droit  au  milieu  de  ses  semblables.  Le  vent  l'a  dé- 
raciné; il  Ta  arraché  pendant  qu'il  s'inclinait.  Je  ne 
m'attendais  pas  à  le  voir  tomber,  cet  arbre  que  je 
pensais  devoir  être  toujours  protégé.  Je  croyais  que 
le  Dieu  souverainement  bon  lui  donnerait  congé  de 


^  V .  3 1 .  On  appellt^  hànya  un  plateau  renfermé  dans  une  boucle 
(le  ri\icre.  Dans  les  cours  d'eau  du  Sud  ces  plateaux  sont  générale- 
ment rouverts  de  végétation  arborescente.  Dans  le  Tell  on  les  nomme 
nucldjo.  ^4-5. 

-  V.  31.  tritJv»  pour  Jû»^j*  (de  ^jmù^  «fouler  aux  pieds,  piétiner» 
signifie  «champ  de  bataille,  arène». 


SIX  CHANSONS  ARABES  EM  D[ALËCTE  MAGHREBIN.      511 

vivre;  mais  le  Seigneur  mon  Maître  l'a  fait  pencher 
\ei's  la  terre! .  .  . 

39.  Je  reprends  mon  récit.  Campés  sur  TOued 
Itel,  nous  ne  formions  qu'un  seul  douar.  C'est  là, 
ami,  que  la  reine  des  jouvencelles^  me  dit  adieu. 
C'est  dans  cette  nuit  quelle  paya  sa  dette  à  la  mort; 
c'est  là  que  la  belle  aux  noirs  regards  goûta  le  tré- 
pas et  quitta  le  monde.  Elle  se  serrait  contre  ma  poi- 
trine et  rendit  l'âme  sur  mon  sein.  Mes  yeux  inon- 
dèrent mes  joues  de  leuis  larmes  et  je  pensai  devenir 
fou  :  j'errai  dans  la  campaghe,  ne  laissant  ni  ravin, 
ni  montagne,  ni  colline.  Elle  me  ravit  mon  âme,  la 
belle  aux  yeux  noirs ,  la  descendante  d'une  race  il- 
lustre; elle  iiccrut  encore  les  brûlures  de  mon  cœur. 

4  4 .  On  l'enveloppa  d'un  linceul  la  fdle  de  l'homme 
au  rang  élevé;  ma  fièvre  empira,  ébranlant  mon  cer- 
veau. On  la  plaça  sur  un  brancard  celle  qui  séparait 
de  magnifiques  pendants  d'oreilles.  Je  demeurai  stu- 
pide,  indidérent  à  tout  ce  qui  m'entourait.  On  l'em- 
porta dans  un  palanquin,  dans  son  palanquin  co- 
quet ,  cette  dame  de  beauté ,  cause  de  mes  chagrins , 
dont  la  taille  était  comme  la  hampe  d'un  drapeau. 
Sa  litière  est  ornée  de  dessins  bigarrés,  brillants 
comme  l'étoile  du  matin,  colorés  comme  l'arc-en- 
ciel  qui  resplendit,  quand  vient  le  soir,  au  milieu 
des  nuages;  elle  est  tendue  de  soie  et  tapissée  de 

A 
'    \  .  on.   J^^  L'sl  une  aitératioa  de  jJl£t. 


512  MAI-JUIN    1899. 

damas  broché.  Et  je  suis,  moi,  comme  un  enfant, 
réduit  au  désespoir  par  Hyzyya.  Que  de  tourments 
j'ai  endurés  pour  celle  dont  le  profil  était  si  piu*  ! 
Elle  ne  reparaîtra  plus  dans  cette  demeure  d'ici-bas. 
Elle  est  morte  du  trépas  des  martyrs,  la  belle  aux 
paupières  teintées  de  koheal! 

50.  On  l'emporta  vers  un  pays  nommé  [Sydy] 
Khâled  et  elle  se  trouva  le  soir  sous  les  dalles  du 
sépulcre,  celle  dont  les  bras  étaient  ornés  de  ta- 
touages :  ses  yeux  de  gazelle  avaient  pour  jamais 
disparu  à  ma  vue.  O  fossoyeur,  ménage  la  gazelle  du 
désert  ;  ne  laisse  point  tomber  de  pierres  sur  Hyzyya  ! 
Je  t'en  adjure  par  le  Saint  Livre,  par  les  lettres  qui 
forment  le  nom  du  Dispensateur  de  tout  bien,  ne 
fais  point  tomber  de  terre  sur  la  dame  au  miroir^  ! 

54.  S'il  fallait  la  disputer  à  des  rivaux,  je  fon- 
drais résolument  sur  trois  troupes  de  guerriers;  je 
l'enlèverais  par  la  force  des  armes  à  une  tribu  en- 
nemie et,  dussé-je  le  jurer  par  la  tête  de  cette  beauté 
aux  yeux  noirs,  je  ne  compterais  pas  mes  adver- 
saires ,  fussent- ils  cent  !  Si  elle  devait  rester  au  plus 
fort,  je  jure  qu'elle  ne  me  serait  pas  ravie  :  j'attaque- 
rais au  nom  de  [Jyzyya  des  cavaliers  sans  nombre*. 

'  \.  53.  Le  poète  éuiimère  successivement  toutes  les  parties  de 
la  parure  et  de  la  toilette  de  Hyzyya.  Le  mii'oir  dont  il  s'agit  ici  se 
porte  suspendu  au  cou  par  un  cordon  de  soie.  Cest  une  petite  ^ace 
ronde  enfermée  dans  une  monture  de  cuir  rouge  rehaussée  de  bro- 
Heries  d'or  ou  d'argent. 

'^  \.  56.  y^j^^  ou  ^ytayjic,  désigne  une  armée  puissante,  um* 


SIX  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAGHREBIN.     513 

Si  elle  devait  être  la  récompense  du  vainqueur  vous 
entendriez  le  récit  de  mes  exploits  :  je  l'enlèverais  de 
haute  lutte  aux  yeux  des  assistants.  S'il  fallait  la  mé- 
riter dans  des  rencontres  tumultueuses,  je  combat- 
trais des  années  pour  elle,  je  la  conquerrais  au  prix 
de  persévérants  efforts,  car  je  suis  un  vaillant.  Mais 
puisque  telle  est  la  volonté  du  Compatissant  Maître 
des  Mondes,  je  ne  puis  détourner  de  moi  cette  cala- 
niité.  Patience  !  Patience  !  J'attends  le  moment  de 
le  rejoindre;  je  pense  à  toi,  ma  bien-aimée,  à  toi 
seule  ! .  .  . 

6  I .  Nobles  amis ,  mon  cheval  gris  me  t6ait  quand 
il  s'élançait.  x\près  mon  aniie,  lui  aussi  est  parti  et 
m'a  quitté.  Mon  coursier,  parmi  ces  collines,  l'em- 
portait sur  les  autres  chevaux  et,  quand  il  se  trou- 
\ait  mêlé  au  tumulte  de  la  guerre,  on  le  voyait  en 
tête  du  peloton.  Quels  prodiges  n'accomplissait-il 
pas  dans  l'arène  guerrière  !  11  se  montrait  au  premier 
rang  de  ses  semblables ,  car  sa  mère  était  une  fine 

troupe  nombreuse  de  cavaliers.  Les  Arabes  algériens  se  servent  du 
second  de  ces  mots  pour  rendre  Texpression  française  Chasseurs 
[d' Afrûiue] ,  qui  répond  au  sens  exprimé  par  io  moi  ^yojjia  et  pré- 
sente en  outre  une  certaine  analogie  de  son.  On  sait  que  quand  ils 
nous  empruntent  des  l(»rmes  ils  les  dénaturent  pour  les  rapprocher 
de  vocables  appartenant  à  b»ur  langue.  C'est  ainsi  qu'ils  transcrivent 
notre  mot  ^^a/ï/t*  (particulièrement  J'oreslier]  par  *>jj,  plur.  s^^^. 
Or  *>*5  signifie  «singe»  et  désigne  aussi  dans  les  massifs  monta- 
gneux du  Grand  Atlas  un  rongeur  de  la  taille  et  du  tempérament 
de  la  marmotte.  De  sorle  ([u'en  semblant  employer  une  expression 
française  ils  peuvent  sans  inconvénient  donner  libre  cours  à  leur 
esprit  caustique. 


iMi-nivi  mr.   !>*Tiu^*tr. . 


514  MAI-JUIN  1899. 

cavaie!  Combien  il  excellait  dans  les  joutes  entre  les 
douars  à  la  suite  de  la  tribu  en  marche;  je  tour- 
noyais avec  lui  insouciant  de  ma  destinée. 

65.  Un  mois  plus  tard  j  e  perdais  ce  cheval  :  trente 
jours  après  Hyzyya,  cette  noble  bête  mourut  et  resta 
dans  un  précipice.  Il  ne  survécut  pas  à  ma  bien- 
aimée;  tous  deux  sont  partis,  me  faisant  d'éternels 
adieux.  O  douleur!  les  rênes  de  mon  cheval  gris 
sont  tombées  de  mes  mains.  En  me  laissant  derrière 
(»ux  Dieu  a  fait  de  ma  vie  une  mort;  pour  eux  je  me 
meuis.  0  cruel  malheur!  Je  pleure  de  cette  sépara- 
tion comme  peut  pleurer  un  amant.  Mon  cœur  brûle 
(*haque  jour  davantage  et  mon  bonheur  a  fui  ^  O  mes 
\  eux  !  pourquoi  tant  de  lai'mes  ?  Sans  doute  les  plai- 
sirs  du  monde  vous  raviront.  Ne  me  ferez-vous  point 
fj^ràce  ?  Mon  âme  voit  grandir  ses  tourments  :  la  belle 
aux  cils  noirs  qui  faisait  la  joie  de  mon  cœur  repose 
sous  la  terre.  Je  pleure,  et  ma  tête  blanchit,  pour 
la  beauté  aux  dents  de  perles  ^.  Mes  yeux  ne  peuvent 
supporter  la  séparation  de  leur  amie. 

73.  Le  Soleil  qui  nous  éclaire  monte  au  zénith, 
[)uis  gagne  TOccident;  il  disparaît  après  avoir  atteint 
au  milieu  du  jour  le  sommet  de  la  voûte  céleste.  La 
Lune,  qui  apparaît  et  brille  en  ramadan,  voit  Avenir 
l'heure  du  coucher  et  dit  adieu  au  monde.  J'emploie 

^  V.  69.  LiU.  :  «EHt^  a  troublé  mon  eau». 

^  V.  73.  ljIjJ\  («^y^  «qui  a  les  dents  canines  |)etites  et  arrou- 
ditts».  C'est  une  beauté  chez  les  Arabes. 


SIX  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAGHREBIN.     515 

ces  comparaisons  pour  la  reine  du  siècle,  la  fille 
d'Ahmed,  descendante  dune  race  illustre,  fille  de 
Douâouda^ 

76.  Telle  est  la  volonté  de  Dieu,  mon  Maître 
Tout-Puissant.  Le  Seigneur  a  manifesté  sa  volonté 
et  a  emporté  jjyzyya.  Donne-moi  la  patience,  mon 
Dieu  !  Mon  cœur  meurt  de  son  mal ,  Tamour  de 
jjyzyya  me  la  ravi  quand  elle  a  quitté  la  terre. 

78.  Elle  vaut  deux  cents  chevaux  de  race; 
ajoutes-y  cent  juments  toutes  bêtes  de  selle ^.  Elle 
vaut  un  troupeau  de  mille  chameaux;  elle  vaut  un 
bois  de  palmiers  dans  les  Zybân.  Elle  vaut  tout  le 
pays  du  Djeryd,  ce  qui  est  proche  et  ce  qui  est  au 
loin;  elle  vaut  le  pays  des  Nègres,  le  Haoussa  et  ses 
habitants.  Elle  vaut  les  Arabes  du  Tell  et  ceux  du 
Sahara  et  tous  les  campements  des  tribus,  aussi  loin 
que  puissent  atteindre  les  caravanes  voyageant  pai" 
tous  les  chemins.  Elle  vaut  ceux  qui  mènent  la  vie 
nomade  et  parcourent  les  deux  continents;  elle  vaut 
ceux  qui,  sédentaires,  sont  devenus  citadins.  Elle 
\  a  ut  des  trésors  de  richesses ,  la  belle  aux  beaux  yeux , 
et  si  tu  trouves  que  c'est  peu,  ajoutes-y  les  gens  des 
villes.  Elle  vaut  les  troupeaux  des  tribus  et  l'or  Ira- 

'   \  .  70.   l)ouàoii(l(L  clans  l'Est,  Djouàd  clans  l'Ouest,  sont  deux 
expressions  cjui  désignent  les  familles  de  noblesse  militaire. 

^  Voir  dans    la  \\1*  Orientale  (Lazzara)   un  mouvement  ana- 


logue : 


Certes,  lo  vieux  Orner,  pacha  de  Xégrepont, 
l'oiir  elle  eût  tout  donné .  .  . 


34. 


516  MAI-JUIN   1899. 

vaille  par  les  orfèvres  ;  elle  vaut  les  palmiers  du  Dra* 
et  le  pays  des  Châouyya.  Elle  vaut  les  richesses  con- 
tenues dans  les  océans ,  dans  les  campagnes  et  dans 
les  villes,  au  delà  du  Djebel  ^Amoûr  et  jusqu'à 
Ghàrdâya.  Elle  vaut,  elle  vaut  le  Mzâb  et  les  plaines 
du  Zâb,  n'en  déplaise  aux  gens  des  qoabba\  et  aux 
saints  hommes  amis  de  Dieu.  Elle  vaut  les  chevaux 
recouverts  de  riches  caparaçons  et  Tétoile  qui  brille 
quand  arrive  la  nuit.  C'est  peu  !  c'est  peu  !  pour  ma 
bien-aimée,  l'unique  remède  à  mes  maux.  O  Dieu 
Majestueux,  pardonne  au  pauvre  malheureux;  pai'- 
donne,  mon  Seigneur  et  mon  Maître,  à  celui  qui 
gémit  à  tes  pieds  ! 

89.  Vingt-trois  ans!  c'était  Tâge  de  celle  qui  se 
parait  d'une  écharpe  de  soie^;  mon  amour  l'a  sui- 
vie, il  ne  revivra  jamais  dans  mon  cœur.  Consolez- 
moi  ,  Musulmans ,  mes  frères ,  de  la  perte  de  la  ga- 
zelle des  gazelles  qui  habite  le  séjour  ténébreux, 
Téternelle  demeure!  Consolez-moi,  mes  jeunes  amis, 
d'avoir  perdu  celle  qu'on  eût  dit  un  faucon  sur  son 
aire!  elle  n'a  laissé  d'elle  que  son  nom,  donné  au 
campement  où  elle  s'éteignit.  Consolez -moi,  ô 
hommes  !  j'ai  perdu  la  belle  aux  khëlkhâl  d'argent 
pur;  on  l'a  recouverte  d'un  voile  de  pierre  reposant 
sur  des  fondations  bien  bâties.  Amis,  consolez-moi 

'  V.  80.  Les  gens  des  (jouhba  (pour  (jôbba)  sont  les  mai'abouls 
el  les  saints  personnages  sur  les  toni Idéaux  desquels  la  piété  des 
Musulmans  a  élevé  des  coupoles. 

-  V.  89.  [«^c  «édiarpe,  cei:  ture  de  soie»  [Sud). 


SIX  CHANSONS  ARABES  EN  DIALECTE  MAGHREBIN.      517 

de  sa  perte  !  c  était  la  cavale  de  Dyâb  ^  :  elle  n'avait 
jamais  obéi  à  un  autre  cavalier  que  moi. 

94.  J'avais  de  ma  main  tatoué  de  dessins  qua- 
drillés la  poitrine  de  cette  beauté  vêtue  d'une  fine  tu- 
nique et  aussi  les  poignets  de  ma  chère  âme.  Bleus 
comme  le  col  du  ramier,  leurs  traits  ne  se  heurtaient 
pas;  parfaitement  tracés,  quoique  sans  qâlàni,  ils 
étaient  l'œuvre  de  mes  mains.  Je  les  avais  dessinés 
entre  ses  seins,  leur  donnant  d'heureuses  propor- 
tions et  sur  les  bracelets  de  ses  poignets  j'avais  écrit 
mon  nom.  Et  même  sur  sa  jambe  j'avais  figuré  une 
palme;  que  ma  main  l'avait  bien  faite!  Ce  sont  ]h 
les  jeux  du  sort  ! 

98.  Sa^yd,  toujours  épris  de  toi,  ne  te  reverra 
plus;  le  seul  souvenir  de  ton  nom  lui  ravit  le  senti- 
ment. 

99.  Pardonne-moi,  Dieu  Compatissant;  par- 
donne aussi  à  tous  [les  assistants].  Sa^yd  est  triste; 
il  pleure  celle  qui  lui  était  chère  comme  son  âme. 
Pardonne,  Seigneur,  à  cet  amant,  pardonne  à  Hy- 
zyya;  réunis-les  dans  le  sommeil,  Toi  qui  es  le  Très- 
Haut.  Pardonne  à  l'auteur  qui  a  composé  ce  poème 
et  en  a  disposé  les  vers  :  c'est  deux  Mfin,  un  Hây 
un  Dâl  [MoHaM[M)eD]  qui  a  rapporté  ce  récit. 

102.  O  Toi  qui  connais  l'avenir,  donne  la  rési- 

^  V.  93.   Dyâi)  beu  Kanem ,  personnage  iiif|)ortant  du  roman  des 
Benv  Helâl. 


518  MAI-JUIN   1899. 

gnation  à  ce  fou  d'amour.  Je  pleure  comme  un  exilé; 
mes  larmes  apitoieraient  mes  ennemis  !  Je  repousse 
la  nourriture  que  ma  bouche  trouve  insipide  et  le 
sommeil  lui-même  est  refusé  à  ma  paupière.  Entre 
la  mort  de  ma  bien-aimée  et  la  composition  de  cette 
pièce,  trois  jours  seulement  s'écoulèrent  ^  Elle  me 
quitta,  me  disant  adieu,  et  ne  revint  point  vers 
moi. 

105.  Cette  chanson ,  ô  vous  qui  m'écoutez,  a  été 
achevée  en  Tan  mil  et  deux  cents;  complétez-en  la 
date  en  y  ajoutant  quatre-vingt-dix,  auxquels  vous 
joindrez  les  cinq  qui  restent  (i  agS). 

106.  Cette  chanson  d'Ould  es  Seryr  nous  l'avons 
composée,  par  manière  de  souvenir,  le  mois  de  l'^Ayd 
el-Kebyr,  qui  est  le  mois  des  chansons,  à  [Sydy] 
Kliâled  ben  Sinân.  Un  tel  (Mohammed)  ben  Guy- 
[oûn  a  dit  de  celle  que  naguère  vous  vîtes  encore 
vivante  :  Mon  C(£ur  a  suivi  la  svelte  Hyzyya. 

^*^  L'auteur  de  cette  qesjtUi  est  un  trouvère  de  Sydy  Kljà 
led  (cercle  de  Biskra)  nomme  Moljammed  ben  Guytoûn, 
célèbre  dans  tout  le  Sud  et  sur  les  Hauts-Plateaux  de  la  pro- 
vince de  Constantine.  Quoiqu'il  ait  à  peine  dépassé  la  cin- 
quantaine, Ben  Guytoùn  a  déjà  fourni  une  longue  carrière 

'  V.  io4.  L'auteur  explique  la  contradiction  apparente  entre  ce 
\ers  et  ie  vers  05  en  disant  que  la  ifcsyda  a  été  composée  en  deux 
fois  :  la  partie  relati\e  à  llyzyVa,  trois  jours  après  son  trépas; 
Tautre,  consacrée  au  cheval,  apivs  la  mort  de  cet  animal,  qui 
suivit  d'un  mois  relie  de  la  jeune  femme. 


SIX  CHANSONS  ARABES  E\  DIALECTE  MAGHREBIN.      519 

poétique.  Il  cultiva  longtemps  le  genre  hezel,  erotique  et 
léger,  mais  le  délaissa  ces  dernières  années  pour  s'adonner  au 
Kèlâm  el  djëdd,  qui  traite  de  sujets  élevés,  graves  et  surtout 
religieux. 

La  pièce  que  je  donne  ici  est  une  des  plus  connues  de  son 
œuvre.  Il  la  composa  à  la  fm  de  1878  sur  la  demande  du 
jeune  Sa'yd;  car  Sayd  et  Hyzyya  ne  sont  pas  des  personnages 
fictifs.  Tous  deux  appartenaient  à  de  grandes  familles  de  la 
région,  et  Sayd,  encore  vivant  et  jeune  encore,  occupe  dans 
son  pays  des  fonctions  administratives. 

On  retrouve  dans  ce  morceau  tous  les  éléments  de  la  qe- 
syda  classique  :  invocation  aux  amis,  souvenir  des  amours 
passées ,  portrait  de  l'amante ,  description  du  cheval ,  tableau 
de  la  tribu  en  marche ,  paysage ,  etc.  L'auleur  y  a  même  in- 
séré des  fragments  qui  semblent  tenir  davantage  de  Téloge 
funèbre  ('^b^).  Certains  passages  ont  une  véritable  valeur 
poétique  et  peuvent  supporter  la  comparaison  avec  les  chants 
des  vieux  poètes  de  la  bonne  époque. 

On  remarquera  que  chaque  vers  est  divisé  en  quatre  par- 
ties, dont  les  trois  premières  riment  ensemble,  avec  rime  va- 
riable pour  chaque  distique.  Ce  procédé  semble  propre  à  la 
poésie  populaire. 

NOTES   DU  TEXTE. 

V.  1.  Ràys  et  son  féminin  ràysa  (vers  39)  sont  mis  indifférem- 
ment l'un  pour  l'autre.  C'est  d'ailleurs  une  règle  de  grammaire  que 
certains  adjectifs  d'apparence  masculine  peuvent  être  employés  pour 
déterminer  un  substantif  féminin  quand  la  limpidité  du  sens  rend 
toute  confusion  impossible. 

V.  3.   Alla  se  change  très  fréquemment  en  iiâ. 

V.  /|.  La  permutation  du  djjrm  en  rd  est  à  tel  point  passée  dans 
l'usage  dans  les  régions  où  je  l'ai  signalée  que  *X44^  est  devenu 
joàU! ,  qui  ne  donnerait  pas  ici  de  sens  satisfaisant;  j'ai  rétabli 
«K^  dans  le  texte. 

V.  7.  On  sait  qu'il  est  permis  de  faire  rimer  un  ouaou  et  un  yû 


520  MAI-JUIN  1899. 

fie,  prolongation  servant  de  ridf;  Temploi  de  ^^Jt-fJl  avec  «x^JU  et 
Jst*>^  <ist  donc  correct. 

V.  8.  Fàntâzyya  [ espagnol /a/itcuia)  signiGe  c ostentation ,  parade, 
présomption,  vanité,  orgueil,  arrogance»,  etc.  â,!;ULâ3  J^il^  pour- 
rait se  traduire  par  ail  fait  des  embarras».  Mais  jamais  les  Arabes 
ne  s'en  servent  pour  désigner  les  jeux  hippiques  accompagnés  de 
coups  de  feu  que  les  Européens  appellent  fantasia.  Ce  n*est  pas 
Tunique  exemple  d'une  expression  mal  comprise  et  employée  avec 
un  sens  faux. 

V.  19.  J^^y^y  qu'il  faut  prononcer  èddellâl ,  est  pour  JJjJ,  Le 
pronom  l  se  change  en  dâl  par  raison  d'euphonie  et  Yalif  d'union  a 
pour  l'Ole  d(»  permettre  d'articuler  ces  deux  dâl,  dont  le  premier, 
d'après  les  règles  de  la  lecture,  doit  porter  un  djezm,  11  n'est  pas 
rare,  dans  des  cas  semblables,  de  voir  introduire  après  cet  alif  le 
lam  deTarticie,  qui  n'a  là  rien  à  faire;  le  verbe  se  présente  alors 
sous  l'apparence  d'un  nom  et  JJj^^  devient  JJjJl  (ici  Valif  ajouté 
t^nlre  les  deux  Icu»  est  motivé  par  la  nécessité  d'obtenir  une  conson- 
nanc(>.  avec  mal  et  telihebâl).  Les  albums  des  chanteurs  arabes  ont, 
on  h»  sait,  une  orthographe  spéciale,  presque  toujours  très  d<»fec- 
tueuse,  avec  laquelle  il  faut  se  familiariser  si  Ton  veut  comprendra 
les  poètes  populaires. 

V.  2.4.  Khêllih^l  est  un  pluriel  usuel  de  hheUihâl, 

\.  68.  cvLil  est  pour  ïLJI.  Dans  le  langage,  le  s  des  noms 
provenant  de  racines  défectueuses  redevient  un  ta  ordinaire;  ainsi 
l'on  dit  c:>Liài»,  qodâty  pour  sLaS,  qodà;  vs>l5;,  zekât,  pour  Ïl5;, 
zehà:  c:>Xo,  làlài,  pour  9^^,  sàlâ, 

V.  92.  Sjl}  ,  lêssa,  est  une  contraction  de  JÙmmim^),  pluriel  de 
jmLwI  «base,  fondement,  fondations»,  que  l'on  trouve  aussi  et 
même  plus  fréquemment  sous  la  forme  ^mLmJ  pour  jmLw^),  l'article 
a>ant  fait  ror|is  avec  le  substantif. 


[Jm  suite  au  prochain  cahier.^ 


NOUVELLES   ET   MÉLANGES.  521 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 


SEANCE  DU  VENDREDI   12  MAI  1899. 

La  séance  est  ouverte  à  k  heures  et  demie ,  sous  la  prési- 
dence de  M.  Barbier  de  Meynard. 

Etaient  présents  : 

MM.  Maspero  et  Senart,  vice- présidents  ;  M''  de  Vogiié, 
Du  va),  J.-B.  Chabot,  Mayer- Lambert,  ,1.  Halévy,  Nau, 
M.  Schwab,  Ali  Kemal,  M.  Courant,  Clément  Huart,  l)e- 
courdemanche,  de  Charencey,  Clermont-Ganneau ,  Fossey, 
Halphen ,  Pierre  Lefèvre-Pontalis ,  Barré  de  Lancy,  membres; 
Drouin ,  secrétaire  adjoint. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  d'avril  est  lu  et  la  rédaction 
en  est  adoptée. 

Sont  élus  membres  de  la  Société  : 

MM.  Léon  Gautier,  professeur  à  la  Medersa  d'Alger,  de- 
meurant à  Alger,  rue  Marengo  n°  i  2 ,  présenté 
par  MM.  Basset  et  Houdas; 

Edmond  Doutté ,  professeur  à  la  Medersa  de  Tlem- 
cen,  présenté  par  MM.  Basset  et  Houdas; 

G.  W.  Thatcher,  professeur  au  «  Mansfield  Col- 
lège »  à  Oxford ,  présenté  par  MM.  Margoliouth  et 
B.Duval; 

La  Public  Lihrary,  directeurs  :  MM.  Lemcke  et  Bûch- 
ner,  à  New-York,  présentée  par  MM.  Ernest  Le- 
roux et  Drouin. 

Sont  ofl'orts  à  la  Société  : 

Par  M.  1\.  Du  val,  son  Histoire  delà  Uttrralure  syriaque  qui 


522  MAI-JUliN   1899. 

vient  do  paraître  dans  le  Recueil  des  anciennes  littéraiares 
chrétiennes  J?eins  y  1899,  in- 18;  librairie  Victor  LecoflFre; 

Par  M.  l*abbé  Nau,  le  premier  volume  de  la  Sainte  Bible 
polyglotte,  contenant  le  texte  hébreu,  le  texte  grec  des  Sep- 
tante, le  texte  latin  de  la  Vulgate  et  la  traduction  française 
de  Tabbé  Glaire,  avec  une  introduction  et  des  notes  par 
l'abbé  F.  Vigouroux;  in-8'',  Paris,  A.  Royer,  1898. 

M.  l'abbé  Nau  fait  l'éloge  de  cette  publication  et  en  si- 
gnale l'intérêt  pour  la  vulgarisation  des  études  orientales; 

Par  M.  Maurice  Courant,  deux  mémoires  dont  il  est  l'au- 
teur :  Notes  sur  V enseignement  de  la  langue  chinoise  (extrait 
delà  Revue  internationale  de  renseignement,  t.  XXXVII,  1899), 
et  la  Presse  périodique  japonaise  (extrait  du  Journal  asiatique, 
décembre  1898); 

Par  M.  Vilhelm  Tliomsen,  professeur  à  TUniversité  de 
Copenhague,  le  premier  fascicule  de  ses  Etudes  lyciennes\ 
in-8'',  Copenhague ,  1899; 

Par  M.  Karl  Piehl,  professeur  à  l'Université  d'Upsala,  le 
Dictionnaire  du  papyrus  Harris,  n"  i;  in-8'',  Vienne,  1882, 
et  le  premier  fascicule  du  tome  III  de  la  revue  le  Sphinx, 
embrassant  le  domaine  entier  de  l'égyptologie  ;  in-8°,  Up- 
sala,  1898. 

Des  remerciements  sont  adressés  aux  donateurs. 

M.  le  Président  annonce  à  la  Société  qu'il  vient  de  rece- 
voir de  M.  Delphin  la  re vision  du  texte  arabe  de  Sidi  Khalil 
avec  de  nombreuses  annotations  et  variantes  qui  permettront 
de  donner  une  édition  définitive  de  ce  traité  de  jurispru- 
dence musulmane.  La  réimpression  de  cet  important  ouvrage 
commencera  prochainement  à  l'Imprimerie  nationale. 

Le  bibliothécaire  est  autorisé  à  envoyer  à  M.  Finot  direc- 
teur de  la  mission  archéologique  d'Indo-Chine ,  à  Saigon, 
les  ouvrages  suivants  publiés  par  la  Société  asiatique  :  Maha- 
vastu,  3  vol.;  J.  Darmesteter,  Chants  des  Afghans;  Huber, 
Voyage  en  Arabie;  Les  Voyages  de  Ibn  Batoutah,  traduction 
de  MM.  Defrémery  et  Sanguinetti,  4  vol.  et  l'index,  et  le 


NOUVELLES   ET  MELAiNGES.  523 

Journal  asiatique,  tomes  I  à  XJI  de  la  série  en  cours  iSgS- 
1898  avec  la  suite.  Cet  envoi  sera  joint  à  d'autres  dons 
provenant  du  Ministère  de  l'instruction  publique ,  de  l'Aca- 
démie des  inscriptions  et  belles-lettres  et  de  l'École  des 
langues  orientales. 

Le  conseil  de  la  Société  asiatique  autorise  également 
l'échange  du  Journal  asiatique  contre  les  publications  de  phi- 
lologie orientale  de  l'université  d'Upsala. 

M.  Decourdemanche  commiunique  à  la  Société  diverses 
méthodes  de  notation  numérique  secrète  usitées  en  turc. 

M.  Halévy  donne  la  traduction  d'une  inscription  ara- 
méenne  inédite ,  rapportée  de  Mésopotamie  par  M.  Fossey. 

M.  Maurice  Courant  lit  un  mémoire  sur  la  musique  et  la 
danse  en  Chine. 

Ces  diverses  communications  paraîtront  dans  le  Journal 
asiatique. 

La  séance  est  levée  à  six  heures. 


OUVRAGES   OFFERTS  X  LA   SOCIETE. 
(Séance  du  12  mai  1899.) 

Par  rindia  Office  :  Epig raphia  Indica ,  January  and  A.pril 
1899.  Calcutta;  in-d". 

—  Indian  Antiquary,  December  1898;  in-8". 

—  Journal  of  the  Asiatic  Society  of  Bengal,  December  1 898 
aud  February  1899.  Calcutta;  in-8*'. 

—  Proceedings  of  the  Asiatic  Society  of  Bengal,  November, 
December  1898:  January,  February,  March  1899.  Calcutta; 
in-8". 

Par  la  Société  :  Atti  délia  Reale  Accademia  dei  Lincei, 
1898.  Roma;  in-Z^. 

—  Rendiconti  délia  Reale  Accalemia  dei  Lincei,  vol.  VIII, 
fasc.  i-ii.  Roma^  in-8°. 


52A  MAI-JUIN   1899. 

Par  la  Société  :  Journal  of  the  Roval  Asiatic  Socirh\ 
April  1899.  London;  in-8*. 

—  liuHetin  arclu'olofjiquc  du  Comilcdcs  Iracaujr  historiques, 
année  1898,  1'  livr.  Paris;  in-8'. 

—  Bullclin  de  la  Société  de  géographie,  i"  trim.  1899. 
Paris;  in-8". 

—  Comptes  rendus  des  séances  de  la  Société  de  géographie, 
iiiai*s  1899.  Paris:  in-8" 

—  firme  des  études  juives,  janvier- mars  1899.  Paris; 
in-8". 

—  Actei  du  Cont/rès  des  américanistes.  Paris  ^  ^^97»  ^*  *^ 
lion  1898;  in-8". 

—  ZeitschrlJÏ  der  deutschen  nwnfenlândischeu  Gesellsrhajl . 
.").'»  Band,  1  llctt.  Leipzig;  in-8". 

—  Recueil  des  historiens  dt*s  croisades,  pnMié  par  les  soins 
<le  r  Vradéniie  des  inscriptions  et  belles-lettres.  Historiens 
orientau.r,  t.  I\ .  Paris,  1898;  in-fol. 

Pai*  le  C'nmvernenient  ^^éiiéral  de  l'Algérie  :  Les  mansions 
lunaires  des  Arabes,  te\te  et  traduction,   par  M.  de  Moty- 

linski.  AI«;or,  1899:  in-8". 

Par  les  «;diteui*s  :  Revue  critique,  n"*  16,  17,  18.  Paris, 
1899;  in-8". 

—  Ballet tino ,  n"'  3 1 9 ,  .'>50.  Firenze ,  1 899  ;  in-8". 

—  Musée  impérial  ottoman.  Monuments  égyptien^  (notice 
sommaire j.  Constantinople,  1898;  in-it. 

—  Musée  impérial  ottoman.  Bronzes  et  bijoux.  Constan- 
tinople,  i898;in-i-î. 

—  Ad  es  du  XI  Congres  international  des  Orientaiistes. 
Paris,  1897,  V  section  1898;  in-8". 

—  Recueil  de  matériau.r  concernant  le  Caucase  (en  russe ^, 
l'iisc.  wxv.  Tiflis,  1898;  in-8". 

—  The  (weographical  Journal,  May  1899.  ï-ondon;  in-8". 

—  (  'ollection  J.  i'uUinge.  Objets  tfart  japonais  et  chinois, 
Paris,  1899:  in-S". 


NOUVELLES   ET  MELANGES.  525 

Par  les  éditeurs  :  The  American  Journal  of  philolofjVy  De- 
cember  1898.  Baltimore;  in-8''. 

—  The  American  Journal  of  Semitic  languages  and  litera- 
tures  [Hehraica).  Chicago  (111.),  April  1899;  in-8**. 

—  Polybiblion,  parties  technique  et  littéraire,  avril  1899  ; 
in-8\ 

—  licvue  africaine ,  n°  202,  1"  trim.  1899;  in -8". 

—  Al-Machriq ,  Nisan  et  Ivar  1899.  Beyrouth;  in-8". 

—  Al-Zhiyà,  avril  1  et  11.  J^e  Caire,  1899;  î^"^  • 

—  L'Orient  chrétien,  n**  1,  1899.  i^^'^^'^s;  in-8'*. 

—  Journal  des  Savants,  mars  et  avril  1899.  Paris;  in-/r. 

—  XI r  Congrès  international  des  Orientalistes ,  hull.  n"  2. 
Paris,  1899;  in-8". 

Par  les  auteurs  :  J.  Bouvier,  L'ère  de  Marathos  de  Phénicie 
(extrait),  1899;  in-8''. 

—  P.  Cheikho,  Biographie  de  Barhebrœus  (en  arabe). 
Beyrouth,  1899;  in-8*'. 

—  Le  même,  Divan  d' Al-Hirniq ,  sœur  de  Tarafa,  Wey- 
louth,  1899;  in-8°. 

—  A.  Haffner,  Kitdb  ad-Ddrât,  par  Al-Asma*i  (extrait. 
Beyrouth ,  1 898  ;  in-8". 

—  F^e  même,  Le  livre  des  plantes  et  des  arbres,  psiv  Al- 
Asmai  (extrait).  Beyrouth,  1898;  in-8". 

—  Sir  W.  Muir,  The  caliphate,  its  rise,  décline  and  f ail. 
London;  in-8". 

—  B.  Duval,  La  littérature  syriaque,  Paris,  1899;  in-8". 

—  Vilh.  Thomsen,  Eludes  lyciennes.  Copenhague,  1899; 
in-8". 

—  Bomesh  Dutt,  Mahabharata,    the  epic  of  ancient  India, 
condensed  into  English  verse,  London ,  1 899  ;  in-8". 

—  L.  Schermann,  Orientalische  Bibliographie,  XII,  i, 
Berlin,  1899;  in-8". 

—  (j.  A.  Gviev^on ^  Kaçmiraçabdàmrta,  Kaçmiri  Granimar, 
written  in  the  Sanscrit  language  by  Içvara-Kaula,  edited  with 
notes  and  additions.  Part  11 ,  Conjugaiion.  Calcutta,  1898;  in-4". 


526  MAI-JUIN    1899. 

Par  le»  auteurs  :  Karl  Piehl,  le  Sphinx,  revue  critique 
embrassant  le  domaine  entier  de  régyptologie  ;  vol.  EDL, 
fasc.  I.  Upsala,  1899;  in-8". 

—  Le  même,  Dictionnaire  du  papyrus  Harris,  n*  1 ,  puUië 
par  Billet. 

—  F.  Vigoureux,  La  sainte  Bible  polyglotte,  contenant  le 
texte  hébreu  original,  le  texte  grec  des  Septante,  le  texte  latin 
de  la  Vulgate  et  la  traduction  française  de  M.  l'abbé  Glaire, 
avec  les  différences  de  Vhébreu ,  des  Septante  et  de  la  Valgate , 
des  intiod actions,  des  notes,  des  cartes  et  des  illustrations.  T.  I, 
le  Pentateaqne,  fasc.  i  et  11,  1898-1899.  Paris;  in-8". 

—  Charencey,  Noms  des  points  de  l'espace  dans  divers  dia- 
lectes américains  (extrait),  1899;  in-A". 


AOTES  D'EPIGRAPHIE  IJNDIËNINE. 

VII 


DEUX   ÉPIGRAPHES   DL'   SVÂT, 

PAR 

M.  É.  SENART. 


On  sait  que  M.  A.  E.  Caddy  a,  en  1896,  opéré  dans  la 
vallée  du  Svât  des  recherches  et  des  fouilles,  notamment  au 
stûpa  de  Lauriân  Tangai.  Des  sculptures  nombreuses  et  in- 
téressantes ont  récompensé  sa  peine,  qui,  pour  la  plupart, 
ont  été  incorporées  à  Tlndian  Muséum  de  Calcutta.  C'est  à 
mon  ami  le  D'  James  Burgess,  l'ancien  directeur  de  VArchœO' 
logical   Survey,  dont  les  précieuses  publications  sur  les  an- 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  527 

ti(|uitésde  l'Inde  occidentale  n'ont  plus  besoin  d'éloge,  que 
je  dois  la  communication  récente ,  en  une  épreuve  photogra- 
phique ,  d'une  inscription  de  cette  provenance  qu'il  m'a  au- 
torisé à  publier. 

Elle  est  inscrite  sur  la  plinthe  d'une  statue  de  Buddha 
iiuitilée  ;  la  photographie  qui  m'en  a  été  communiquée  est  à 
trop  petite  échelle  pour  permettre  d'apprécier  sérieusement 
l'œuvre,  d'en  juger  le  mérite  et  d'y  noter  aucun  caractère 
particulier  de  style.  Au-dessus  de  cette  phnthe,  et  sous  les 
pieds  du  personnage  représenté  debout,  règne  un  soubas- 
sement; on  y  reconnaît,  encadré  entre  deux  pilastres  du  style 
habituel ,  une  de  ces  scènes  d'adoration  si  fréquennnent  ré- 
[)étées  au  Nord -Ouest.  Un  personnage  central  est  entouré 
de  cpiatre  adorateurs  :  deux  à  sa  droite  portent  la  rol)e  reli- 
gieuse, deux  à  sa  gauche  paraissent  des  laïques.  D'après  le 
renseignement  que  me  fournit  M.  Burgess,  la  surface  inscrite 
mesurerait  16  pouces  et  demi  sur  5  pouces  et  demi,  soit  en- 
viron o  m.  Iv'i  sur  o  m.  i/i. 

M.  Foucher,  qui  a  fait  dans  le  Svât  une  tournée  archéolo- 
gique en  1897,  a  bien  voulu  compléter  les  indications  de 
M.  Burgess  par  une  note  que  je  suis  aise  de  pouvoir  trans- 
crire ici  : 

l/insrriplion  dont  il  s'agit  a  été  découverte  par  M.  Al.  E.  Caddy, 
ail  cours  des  fouilles  qu'il  a  exécutées  au  printemps  de  1896,  pour 
le  compte  du  (iouveriiement  du  Bengale,  dans  le  tançai  ou  «val» 
(l<'  Lauriyân,  sur  \v.  versant  nord  de  la  passe  de  Shahkote,  dans  la 
\  allée  du  Svâl. 

Cette  passe  était,  jusqu'en  ces  derniers  temps,  avant  que  les  An- 
i^dais  eussent  choisi  le  col  de  Malakand  pour  y  faire  passer  la  route 
shalégique  du  Chitral ,  l'un  des  passages  les  plus  faciles  et  les  plus 
IVéquenlés  entre  le  district  de  Poshawar  et  la  vallée  du  Svât.  il 
senibk^  qu'il  en  était  anciennement  de  même  entre  le  Gandhàra  et 
rUdyâna,  si  l'on  en  juge  du  moins  par  les  vestiges  de  deux  vieilles 
routes  et  le  nombre  des  ruines  du  voisinage  ^. 

'   Cl*.  Maj.    Deane,  Note    on    Vdyânu  and  Gandhàra,  dans  /.  R.  A,  5., 

1896,  p.  671. 


528  iMAl-JUIN  1899. 

Le  site  de  Lauriyân  (ou  peul-élre  RâlyanP]  est  le  plus  voisin  de 
l'ouverture  septentrionale  de  la  passe ,  à  quelque  distance  au  sud- 
est  du  gi'os  bourjî  d'Aladand,  près  du  hameau  de  Piyalâna.  Les 
Touilles,  fort  bien  conduites,  ont  mis  au  jour  le  soubassement  carré 
d'un  stupa  d'environ  lo  mètres  de  coté  et  une  profusion  de  statues 
cl  de  l)as-reliefs  plus  ou  moins  bien  conservés ,  mais  pour  la  plu- 
part d'un  excellent  travail.  Ces  sculptures  ont  été  transportées  au 
Musée  de  Calcutta,  et  entre  autres  la  grande  statue  décapitée  et 
par  ailleurs  fort  mutil(*e  du  Bouddha  qui  porte  Tinscription. 

(iette  statue,  sans  \i\  tête,  est  encore  haute  de  2  mètres.  Entre 
la  base  sculptée,  qui  représente  à  l'ordinaire  l'adoration  d*un  Bo- 
dliisatt\a  par  quatre  lidèles ,  et  le  prolongement  taillé  en  bise^iuqui 
en  s'insérant  dans  le  piédestal  assurait  la  stabilité  de  la  statue,  se 
lrou\e  ménagé  un  (^space  lisse  et  rectangulaii'e  sur  lequel  sont 
^i-avées  les  deux  lignes  de  l'inscription. 

La  pholo*^rapliie  de  l'épigraphe  est  très  bonne,  il  ne 
semble  pas  que  l'examen  direct  du  monument  pût  ajouter 
beaucoup  aux  ressources  qu'elles  nous  ofire  pour  le  déchiffre- 
ment. Je  dois  ajouter  que,  en  m'entretenant  pour  la  pre- 
mière fois  de  l'inscription  dont  il  m'envoyait  un  tracé, 
M.  Burgess  en  avait  déjà  correctement  interprété  la  date. 

Voici  connnent  je  transcris  : 

(i)  Sa  018  [  1110.10.4.4)  protlia\adasa  di  37  (30.4 .3)  budha- 
i^bosasa  danain 

(!?)  sagboruinasa  sadarabbatisa 

Les  seuls  mots  qui  offrent  quelque  di£Bculté  sont  danain 
saghoriimasa.  Dana  est  clair;  mais  le  signe  cpii  suit  et  qui 
affecte  la  forme  ^  ne  m'est  pas  connu  d'ailleurs.  Cependant, 
si  l'on  compare  la  forme  et  l'orientation  du  caractère  ) 
=  mil,  on  éprouvera,  je  pense,  peu  d'hésitation  à  l'entendre 
comme  =  m  final  ou  comme  anusvâra,  ce  qui  revient  à  peu 
près  au  même,  la  forme  régulière  del'anusvâra  dans  le  klia- 

'  (]{.  finsoription  du  «Lion  de  Malhurû»  ,  daiis/. /{.  ^4.  À'.,  i8()4,p*3a5, 
qui  porlo,  A  11,  \.  t) ,  Ihuvo  ca  saijharnmo  ca. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  529 

roslhi  étant  directement  dérivé  del'^.  Je  ne  vois  pas  qu'au- 
cune autre  interprétation  soit  possible.  Il  semble  que  le  bas 
des  lettres  d»  n  soit  accompagné  d'un  crochet  qui  se  ratta- 
cherait plutôt  encore  au  d  qu'à  Vn.  Ne  lui  pouvant  découvrir 
aucune  raison  d'être,  j'imagine  que  ce  n'est  rien  qu'une  iné- 
galité de  la  pierre;  en  plusieurs  endroits,  par  exemple  au- 
dessus  du  s  de  hadhaghosasa ,  au  pied  du  d  de  prothavadasa , 
elle  paraît  accuser  ainsi  la  présence  de  signes  qui ,  cepen- 
dant, sont  certainement  illusoires. 

Je  serais  tenté  de  recourir  au  même  expédient  pour  l'expli- 
cation du  mot  qui  suit.  Safjhorumasa  ou,  si  l'on  complète 
l'anusvâra,  saihcjhorumasa ,  ne  donne,  autant  que  je  puis  voir, 
aucun  sens  satisfaisant.  Le  génitif  qui  vient  après  se  rapporte 
sûrement,  comme  épithète,  kbudhaghosasa;  on  attend  pour 
celui-ci  la  même  fonction;  il  faudrait  alors,  soit  qu'il  dési- 
gnât (en  lisant  sarh)  quelque  dignitaire  ou  fonctionnaire  du 
samglia,  soit  (en  lisant  sa)  qu'il  associât  au  donateur  une 
autre  personne  ;  mais  je  ne  sais  rien  faire  deVo(u)ruma,  ni 
du  ghornma  qui  nous  resterait  à  ainsi  interpréter. 

A  ne  considérer  que  la  charpente  du  mot,  on  ne  peut 
guère  man(|uer  de  songer  d'abord  au  terme  familier  de  saih- 
ghàràma ,  c'est-à-dire  le  «  compound  » ,  comme  on  dirait  dans 
l'Inde  actuelle,  où  habite  le  samgha,  où  est  élevé  le  cou- 
vent ou  vihâra  \  Le  gh  paraît  bien  sur  la  gauche  porter  le 
trait  oblique  qui  exprime  Vo;  cependant,  comme  ce  trait  est 
surmonté  d'une  ligne  à  peu  près  parallèle  mais  ondulée, 
presque  aussi  marquée  bien  qu'elle  ne  puisse  avoir  de  signi- 
fication intentionnelle,  il  est  permis  peut-être  de  se  de- 
mander si  tous  ces  traits  ne  sont  pas ,  les  uns  et  les  autres, 
également  accidentels;  on  arriverait  ainsi  à  la  lecture  sam- 
gha rumasa  pour  samgharamasa ,  et,  si  l'on  prenait  que  l'u  a 
('té   produit  par  l'influence   labialisante  de    l'm,   on   aurait 

•  Justement  la  ])lirasc  du  Thûpavamsa  à  laquelle  Burnouf  [LoUis, 
j).  '|36)  rallacho  sou  interprétation  du  mol  samcjhâràmn ,  avait  pour 
objet  de  rappeler  le  don  d'un  sanicfhàrnnin  fait  par  le  Bodhisaltva  au 
lemps  d'un  bnddha  l^rivadarsin. 

Mil.  35 


lurmuiitir.   ii«Tt').>.ti.i.. 


530  MAI-JUIN    1899. 

finalement  danani  samgharamasa ,  d*où  cette  trduction  : 
«  Tan  3 18,  le  37  de  prausthàpada ,  don  de  (ce)  samgfaârâma 
par  Buddliagliosa  avec  sa  femme  et  son  frère  ». 

On  imagine  que  je  n'ai  pas  l'intention  de  donner  pour 
ceiiaine  une  traduction  qui  suppose  une  rectification  assez 
Forte  de  la  graphie  apparente  et  une  bizarrerie  du  vocalisme 
qui,  sans  manquer  d'analogies ,  n'a  pas,  à  ma  connaissance, 
(le  parallèle  absolu.  Je  ne  dois  pas  dissimuler  deux  autres 
difiicultës  :  l'objet  de  la  donation  serait  au  génitif;  or  il  est, 
dans  les  formules  habituelles,  simplement  présenté  au  no- 
minatif ,  comme  apposition  de  dâna  ou  dànamakhcu  D'autre 
part ,  l'insertion  de  ce  génitif  entre  le  génitif  badhaghosasa 
et  l'adjectif  sadarahhatisa  qui  s'y  rapporte ,  n'est  pas  très  na- 
turelle. 11  faut  avouer  cependant  que  la  mention  des  per- 
sonnes associées  dans  sa  bonne  œuvre  au  donateur  principal 
est  ainsi  en  général,  dans  les  ex-voto,  rejetée  après  dânam, 
à  la  fin  de  l'épigraphe  ;  et  les  mots  danam  samgharamasa  ont 
pu  être  sentis  comme  un  ensemble ,  à  la  manière  d'un  com- 
posé sanigharamadanam^.  Aucune  de  ces  objections  n'est 
donc  en  elle-même  insurmontable;  la  réunion  ne  laisse  pas 
({ue  d'eu  être  préoccupante,  et  je  ne  propose  cette  analyse 
([ue  sous  d'expresses  réserves. 

Ce  ([ui  est  certain ,  c'est  (fue  nous  sonmies  en  présence 
«l'une  donation  faite  par  un  certain  Buddhagho^,  sa  femme 
et  son  frère,  en  l'an  3 18. 

(jette  date  est  la  plus  élevée  de  celles  qui  aient  été  jusqu'ici 
relevées  sur  des  monuments  du  Mord -Ouest  à  caractères 
kharoslhi;  elle  a,  de  ce  fait,  ramené  mon  attention  sur  Tin- 
scription  de  Hastnagar.  Une  reproduction  imparfaite  de  i'/it 
dian  Antiquary  m'avait  induit  jadis  à  douter  que  le  monu- 

'  Il  serait  même  facile  d'imaginer  un  autre  expédient  qui  supprime- 
rait le  génitif  samgharamcua;  il  consisterait  à  prendre  sawkgharmma  pour 
une  transposition  fautive  samgharauui  et  sasadarahhatùa  comme  Muvo- 
dârabhrâtuh.  Mais  je  ne  me  rappelle  jKis  de  cas  où  le  poMOuif  ira  aoil 
introduit  dans  des  formules  de  ce  geniv. 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  531 

ment  portât  réellement  un  chiffre  de  centaines.  La  publication 
définitive  faite  depuis  par  M.  Vincent  Smith  dans  le  Journal 
de  la  Société  asiatique  du  Bengale  (  1889,  pi*  ^)  »  donné  à  la 
discussion  une  base  solide. 

L'inscription  exprime  bien  des  centaines.  Mais  combien  ? 
Le  général  Cunningham  avait  d'abord  lu  le  chiffre  2  7  4;  cette 
date  a  depuis  été  enregistrée  sans  contestation ,  notamment 
par  le  regretté  Bûhler.  J'ai,  dès  le  début,  proposé  pour  les 
dizaines  la  rectification  80  (au  lieu  de  70)  qu'a  acceptée 
M.  Barth.  J'avoue  que  je  ne  comprends  pas  bien  comment 
on  pourrait  la  contester;  mais  je  ne  comprends  pas  davantage 
comment,  en  présence  de  la  photographie  de  M.  Vincent 
Smith,  on  a  pu  se  tenir  satisfait  de  la  transcription  200. 
C'est  assurément  3oo  qu'il  faut  lire  11  est  de  toute  évidence 
(jue  le  premier  des  trois  traits  ne  saurait  représenter  la  haste 
de  1'^  dont  le  crochet  supérieur  est  bien  trop  poussé  vers  la 
(hoite.  Là  comme  ici,  nous  avons  3oo  et,  en  supposant  que 
des  deux  parts  la  date  se  réfère  à  une  ère  commune ,  notre 
épigraphe  est  antérieure  de  66  ans  à  celle  de  Hastnagar. 

La  même  vallée  du  Svàt  qui  a  rendu  notre  inscription 
(le  3 18  en  a  livré  une  autre  dont  la  date  paraît  antérieure 
de  deux  cents  ans  et  dont  la  comparaison  ne  saurait  être  ici 
négligée. 

J'en  dois  justement  à  M.  Burgess  une  photographie  dont 
il  m'a  également  permis  de  faire  tel  usage  qu'il  me  semble- 
rait bon.  L'inscription  a  bien  été  transcrite  et  discutée  par 
Bûhler  \  et  c'est  même  cette  circonstance  qui  avait  fait  né- 
gliger par  M.  Foucher  de  me  donner  communication  du 
cliché  qu'il  en  possède;  mais  aucun  fac-similé  n'en  a  été 
publié ,  que  je  sache  :  c'est  une  lacune  qu'il  importait ,  on 
va  le  voir,  de  combler.  Le  terrain  de  l'épigraphie  kharosthï 
est  encore  trop  peu  assuré,  trop  semé  d'incertitudes  et  d'im- 
|)i'évu  pour  que  l'expérience  la  plus  consommée ,  le  savoir  le 
plus  magistral  assurent  contre  toute  méprise. 

'  JJ  ieiier  Xcitschr.  fur  die  Kunde  des  Mortjenlandes ,  \  y  p.  55  et  suiv., 
aillclc  n'piofluil  pnr  VIndian  Antiq. ,  de  mai  189G,  p.   ik\. 


3 


J. 


532  MAI-JUIN  1899. 

La  lecture  qu*avait  admise  Bûhier  réclame  une  double 
correction. 

La  neuvième  lettre  de  la  ligne  initiale  est  certainement 
identique  à  la  première.  C'est  un  d  et  non  un  n:  c^est  do 
(|u*il  faut  lire.  Quant  au  dernier  caractère  de  la  dernière 
ligne ,  ce  n*est  pas  un  dh  ;  le  trait  du  haut  ne  serait  pas  si 
oblique  et  tout  le  signe  serait  plus  vertical  et  moins  large  ;  c  est 
le  chilTre  20.  Et,  aussi  bien,  à  lire  sadha  pour  les  deux  der- 
nières lettres ,  il  fallait  admettre  que  s  était  substitué  à  é  pa- 
latal ;  ce  ne  serait  pas  impossible  ;  la  confusion  n'est  pourtant 
pas  commune  dans  les  inscriptions  kharosthî.  J'ajoute  qu'il 
n'y  a  a  priori  absolument  aucune  raison  de  penser  que  Vs 
ait  été  accompagné  de  la  voyelle  a  ;  la  pierre  en  s' effritant 
a  perdu  tout  le  bas  du  caractère  à  partir  du  milieu  de  la 
baste.  La  lecture  rectifiée  du  neuvième  caractère  do  sup- 
prime le  prétexte  qu'avait  Bùhier  pour  admettre  que  l'alphabet 
de  cette  inscription  ait  employé  deux  signes  différents  pour 
//  et  pour  n,  La  nasale  n'apparaît  ici  que  sous  la  forme  y 
Il  est  bien  vrai  que,  dans  les  quatre  cas  où  elle  revient,  le 
sanscrit  aurait  ïn  cérébral;  il  est  partant  fort  possible  que 
le  scribe  ait  eu  Tintention  de  l'employer  ;  mais  l'fi,  réguliè- 
rement dental,  de  danam^  dans  notre  inscription  de  3i8, 
affecte  une  forme  extrêmement  analogue;  il  est  donc  pru- 
dent de  suspendre  notre  jugement.  Cette  réserve  établie, 
Je  répète  que  ma  transcription  ne  diffère  de  celle  de  Bûhier 
c|ue  sur  les  deux  points  indiqués. 

Je  dois  cependant  ajouter  une  remarque;  Bûhier  estimait 
que  thai  était  séparé  de  la  suite ,  no(do)rena  par  un  «  inter- 
valle considérable  »  ;  il  en  concluait  que  c'était  un  mot  indé- 
pendant. Si  l'on  compare  Técartement  qui  existe  entre  les 
caractères  re  et  na  de  dorena ,  qui  appartiennent  incontesta- 
blement au  même  mot,  tout  scrupule  de  ce  genre  se  dissi- 
pera immédiatement.  Convient-il  d'attacher  plus  d'impor- 
tance au  vide  laissé  entre  datia  et  putrena  ?  J'en  doute  fort , 
à  considérer  celui  qui  sépare  les  caractères  pu  et  Ara  de  pu- 
karam. 


NOUVELLES  ET   MELANGES.  533 

Je  transcris  donc  : 

(i)  (latia  putrena  thaidorena  puka 

{2)   rani  karavita  sarvasapana  puyae 

(3)  vasa^')  ii3  (ic.   10.  3.)  àravanasa  20 

et  je  traduis  : 

«  Théodore ,  fils  de  Dati ,  a  fait  faire  cette  pièce  d'eau  en 
l'honneur  de  tous  les  serpents  l'an  1 1 3,  le  20  de  sravana.  » 

Personne,  je  pense,  n'hésitera  à  reconnaître  avec  moi, 
dans  ce  thaidora,  un  Théodoros.  Une  transcription  thiadora 
serait  plus  exacte;  nous  avons  sur  des  monnaies,  thiaphila 
pour  Theophilos '^^  Mais,  pour  Philoxenos,  les  médailles 
donnent  indifféremment  ^^^  philusena  et  phllasena,  Thaidora  a 
pu  d'autant  plus  facilement  se  substituer  à  un  Thiadora  plus 
régulier,  que  les  deux  voyelles  ne  sont  séparées  par  aucune 
consonne.  On  ne  saurait  se  promettre  ici  la  précision  d'une 
transcription  scientifique.  Les  quelques  emprunts  faits  au 
grec  par  la  littérature  de  l'Inde  ne  seraient  pas  pour  encou- 
rager des  exigences  si  rigoureuses. 

A  ce  fils  de  nom  hellénique ,  on  attend  un  père  de  nom 
hellénique.  Dans  Dali,  Buhler  avait  déjà  senti  la  couleur 
étrangère.  Le  mot  nous  reporte  plutôt  à  l'analogie  du  persan 
Dati  s  qu'à  aucun  nom  purement  grec.  Il  n'y  aurait  après 
tout  rien  de  bien  étonnant  à  trouver  dans  cette  région  un 
mélange  dans  li  même  famille  de  noms  grecs  et  de  noms 
gréco-perses  ^'^\  Ce  qui  est  certain ,  c'est  que  la  lecture  rectifiée 

''*  Je  ne  vois  aucune  trace  dV  souscrit.  La  ligne  qui  apparaît  sous  ïs 
est  placée  trop  bas;  elle  résulte  cerlaiticmcnt  d'ui\  défaut  delà  pierre  qui 
s'est  effritée. 

'''  Gardner,  Catalogue ,  p.   167. 

l^)  Ibi(L ,  p.  56. 

■'>  Comme  il  arrive   de   presque   toutes  les   difficultés  qui  ne  reçoivent 
pas  une   solution   rigoureusement   démontrable,   ce    daiiaputra  éveillerai 
aisément  dans  l'j'sprit  des  conjectures  variées.  C'est  ainsi  qu'il  fait  penser 
tl'abord  à  datta  ou  datVikapnllra ,    c'est-à-dire    «fils  adoptif».   Mais  encor 


534  MAI-JUIN    1899. 

de  cette  dédicace  noua  met  —  et  c'est,  si  je  ne  me  trompe, 
la  première  fois  —  en  présence  dun  nom  purement  grec , 
appartenant  non  à  un  dynaste,  mais  à  un  simple  particniier. 
C'est  une  curiosité  intéresssante. 

Pour  ce  qui  est  de  la  rectification  que  Je  propose  dans  la 
lecture  des  deux  derniers  caractères,  elle  n'a  pas,  je  pense, 
besoin  d'être  justifiée  longuement.  J'en  ai  déjà  note  les  rai- 
sons directes,  positives;  j'ajoute  qa*il  serait  contraire  k  toutes 
les  analogies  connues ,  que  le  quantième  fdit  omis  après  l'in- 
dication du  mois;  le  nom  du  mois  est  d'aiUeurs  dans  les 
autres  épigraphes ,  invariablement  consigné  au  génitif,  conmie 
notre  lecture  le  rétablit  ici. 

L'interprétation  du  chiflVe  (|ui  marque  la  centaine  ne  pa- 
rait pas  douteuse.  Il  affecte  pourtant  une  forme  assez  dif- 
férente de  ceUe  que  lui  donne  notre  épigraphe  de  Lauriâo 
Tangai.  On  en  trouvera  d'autres  variantes  encore ,  plus  ou 
moins  accusées,  dans  les  trois  autres  inscriptions  kbarofthî 
jusqu'ici  connues  qui  notent  des  centaines,  celles  de  Gon- 
(lopharès  à  Takht  i-Bahi^*^  l'inscription  de  Pandjtar^*^  dont 
nous  n'avons  malheureusement  pas  de  bonne  reproduction, 
et  l'inscription  de  Hastnagar. 

Cette  dernière ,  on  s'en  souvient ,  appartient  au  même  siècle 
que  la  nôtre;  elle  lui  est  postérieure  de  66  ans. 

Elles  sont  malheureusement  trop  courtes  l'une  et  l'autre 
pour  que  la  comparaison  paléographique  puisse  être  bien 
féconde.  Tout  ce  que  j'oserai  dire,  c'est  que,  autant  cpe  j'en 
puis  juger,  la  forme  des  caractères  est  de  part  et  d'autre  très 
analogue ,  qu'il  n'y  a  en  effet  nulle  diflSculté  à  les  tenir  pour 
quasi-contemporaines  ;  elles  sont  donc  très  vraisemblablement 
datées  d'une  ère  commune. 

Il  est  regrettable  que  les  photographies  accessibles  pour 

ultcndrail-oii  ic  nom  propre  du  père?  Le  plus  sage  tist  de  aous  en  tenir 
jusqu'à  nouvel  ordre  à  Tinterprétation  la  plus  simple. 

i"  Notes  d'épigr.  ind,  n"  3. 

(^'  J.  H,  A.  S.,  XX,  pi.  \,  fig.  3  (d après  J.   A,  S,  B,,  planche  de  U 

p.  70A). 


NOUVELLES  ET  MELANGES,       535 

nous  des  deux  sculptures  qu  elles  accompagnent  ne  four- 
nissent pas  une  base  suffisante  à  Texamen  des  particularités 
techniques;  maïs,  pour  tout  dire,  notre  connaissance  de  lart 
du  Gandhâra  est  encore  trop  générale,  les  notions  sur  la 
date  et  sur  le  faire  des  œuvres ,  sont  encore  trop  incertaines , 
pour  qu*un  pareil  examen  pût  être  bien  décisif.  Jusqu'à 
nouvel  ordre,  et  en  dépit  des  difficultés  qu'en  présente  l'in- 
terprétation ,  les  dates  épigraphiques  nous  promettent  plus 
de  lumière  que  le  style  des  œuvres  qu'elles  accompagnent.  Et 
c'est  pourquoi  il  serait  si  intéressant  de  déterminer  quelle  ère 
ou  quelles  ères  ont  employées  les  épigraphes  en  caractères 
kharosthî.  On  sait  combien  la  question  est  délicate,  obscure  et 
controversée.  Le  moment  ne  semble  pas  venu  de  la  reprendre. 
Les  données  de  fait  qui  précèdent  me  suggèrent  cepen- 
dant une  observation  par  laquelle  je  veux  conclure  cette 
note.  Notre  point  de  repère  le  mieux  établi  parait  bien  jus- 
qu'ici être  l'époque  de  Gondopharès.  C'est  vers  le  milieu  du 
i"'  siècle  après  J.-C.  que  tous  les  indices,  numismatiques 
et  autres ,  s'accordent  à  placer  son  règne ,  lequel  était  dans 
sa  28"  année,  en  l'an  io3  de  l'ère.  Une  date  très  voisine 
serait  très  concevable  pour  la  donation  de  notre  Théo- 
dore (datée  de  118);  à  une  époque  où  les  caractères  grecs 
étaient  encore  de  mode  sur  les  monnaies  il  n'est  pas  surpre- 
nant que  des  noms  grecs  aient  été  en  usage.  La  même  pé- 
riode est  également  plausible  pour  l'épigraphe  de  Pandjtar 

—  datée  de  1 2  2  —  et  pour  l'allusion  qu'eUe  contient  à  un 
H  roi  Koushan  ».  En  somme  ces  trois  monuments  s'accommo- 
dent aisément  de  l'ère  —  quelle  qu'en  ait  été  le  créateui- 

—  que  l'on  fait  commencer  quelque  part  dans  le  second 
quart  du  i"  siècle  avant  J.-C. 

Mais  que  dire  de  nos  deux  inscriptions  de  3 1 8  et  de  384  ^ 
Il  y  a  toute  apparence  que  la  donation  de  Théodore  pro- 
vient de  la  même  vallée  du  Svât  d'où  provient  certainement 
celle  de  3 18.  C'est  une  raison  de  penser,  jusqu'à  preuve 
contraire ,  que  Tune  et  l'autre  se  règlent  sur  la  même  ère  ; 
une  considération   analogue  indiquerait   d'autre  part    qu^ 


530  \TAT-J111N    1899. 

rinscription  de  Hastnagar  se  référé  au  même  compnt  que 
l*ëpigraphe  de  Takht  i  Bahi  qui  appartient  au  règne  de  Gon- 
dopharès.  A  priori  donc ,  et  jusqu'à  nouvel  ordre ,  le  parti  le 
plus  sûr,  le  plus  naturel,  est  d'admettre  une  ère  unique, 
commune  à  toutes  les  inscriptions  kharosthï,  et  cominen- 
cant  dans  le  second  quart  du  i"  siècle  avant  notre  ère^^^ 

Il  est  clair  que  cette  conclusion  ramènerait  à  une  époque 
plus  basse  que,  pour  ma  part,  je  n'y  inclinais  jusqu'ici  ^  -^  au 
moins  jusque  vers  le  milieu  du  iv'  siècle, — et  rexécntion  de 
certaines  sculptures  qui,  à  première  vue,  ne  paraissent  pas 
de  facture  inférieure,  et  Tusage  habituel  de  i'aiphabet  kha- 
rosthï. Il  est  certain  aussi  que,  malgré  qudques  diCBérenoes 
dans  le  détail,  il  serait  malaisé,  au  premier  abord,  de  loi^ 
conner  entre  Talpliabet  de  Takht  i  Bahi  et  celui  de  Lanriin 
Tnngai  un  écart  de  près  de  3oo  ans.  Mais  qui  oserait  affir-' 
mer  que  cet  écart  soit  inadmissible  P  Et  si  cette  thèse  devait 
commander  quelques  re louches  dans  la  série  des  variante» 
de  Talphabet  kharosthï  telle  que  la  établie  Bûhler,  com"> 
ment  s  étonner  qu'une  première  classification ,  en  une  m»- 
lière  qui  laisse  forcément  quelque  place  aux  impressions  sob- 
jectives ,  fût  susceptible  de  corrections  ?  Le  niveau  artistique 
que  marque  le  monnayage  des  Guptas  dans  l'Inde  intérieore  ' 
est  encore  assez  élevé  ;  il  présente  plus  d'une  trace  de  l'infln- 
ence  occidentale  ;  rien  donc  d'étonnant  qu'au  iv*  siècle  dana 
les  régions  plus  hellénisées  du  nord-ouest,  il  eût  survécu  ane> 
habileté  technique  telle  que  la  supposent  le  relief  de  Hast-* 
iiagar  et  la  statue  de  Lauriân  Tangai. 

Je  ne  prétends  rien  afiirmer.  Mais  il  importe  à  mon  avis,* 
de  ne  se  départir  que  sur  des  indices  vraiment  sérieux  th 


.•\ 


(''  M.  S.  L6vi  udineL,  on  sVn  souvieiil,  que  ceUe  ère  est  celle 
qu'aurait  fondée  Kaniska  {Notes  sur  les  Indo-Scythes,  p.  76  et  mir.}; 
rhypothèsfî  qui  faisait  concorder  l'ère  sâka  de  78  ap.  J.-C,  avecTabl^ikk 
d(>  ro  roi  devrait  être  al)undonn(V,  et  son  règne  remonté  de. quelque 
i3(>  ans.  Sans  méconnaitre  certaines  difficultés,  je  dois  avoaor  que  pfai- 
s leurs  de  ses  arguments  me  senibloni  graves  et  que,  à  mon  sens,  il  poa^ 
rait  bien  avoir  raison. 


NOUVELLES   ET   MÉLANGES.  537 

al)solument  démonstratifs,  des  déductions  les  plus  simples 
et  les  moins  artificielles,  de  n'admettre  les  ères  multiples 
qu'à  bon  escient. 


AU  SUJET  D'UN  DES  SURNOMS  DU  MOIS  DE  REDJEB. 

Une  note,  placée  à  la  page  16  du  cahier  de  janvier-février 
1899,  du  Journal  asiatique,  a  attiré  mon  attention  sur  une 
épitliète  que  nombre  d'actes  et  de  jugements  arabes  accolent 
au  nom  du  mois  de  redjeb,  et  dont  les  grands  lexicographes 
arabes  lie  font  point  mention.  Je  veux  parler  du  mot  t^ilt , 
nu(|uel  M.  Derenbourg  a,  par  conjecture,  substitué  le  parti- 

cipe^^l'. 

(]ette  épithète  de  ç^^-olill  qu'on  rencontre  maintes  fois  dans 
(les  textes  rédigés  en  pays  barbarescpies ,  est  également 
connue  en  Egypte  et  paraîtrait  avoir  été  usitée  ailleurs, 
puisque  la  notice  du  ms.  Schefer,  dans  laquelle  il  se  trouve, 
a  été  écrite  à  Sâwa.  Tous  les  musulmans  instruits,  à  qui  Ton 
demande  l'origine  de  cette  expression,  se  contentent  de  dire 
qu'elle  est  une  altération  de  l-oill- 

En  réalité  on  se  trouve  ici  en  présence  d'une  de  ces  pro- 
nonciations dialectales  qui  ont  disparu ,  pour  la  plupart,  le 
jour  où  l'idiome  du  Hedjaz  est  devenu  langue  sacrée  et  clas- 
sique. On  sait,  en  effet,  que  la  tribu  de  Mazin  (m;L»)  rem- 
plaçait souvent  dans  les  mois  le  -  par  un  <_,  et  vice  versa.  On 
donne  comme  exemple  de  cette  particularité  phonéticpie  la 
phrase  ;  L^^il  ^^Lj  (jui  correspond  à  :  LvxJJ!  c»U  «  le  chameau 
est  mort».  Rien  donc  d'étonnant  à  ce  que  j;^i)l   soit  devenu 

ûvo:s)l ,  de  même  que  ^^^^  s'est  transformé  en  ^^  ainsi 
qu'on  le  constate  également  dans  quelques  cas  plus  rares  tou- 
tefois, et  c^^^i  ^^  pour  l/o^l  ^^^s  serait  en  parallélisme 
complet  avec  la  phrase  citée  ci-dessus. 

'   La    iiolc   (le    M.    DeiTiibourg   est   ainsi    conçu»*  :   \m   par  ronjeclnro. 
Ms.  ,_<^i)j ,  peiil-être  pour  u*s.3h.>^l  • 


538  MAI-JUIN    I89y. 

Mais  si  ij^^i  a  pu  se  transformer  en  i1m«^I  i  i*inverse  à  éga- 
lement pu  se  produire  et  cette  seconde  hypothèse  est  même 
plus  vraisemblable  que  la  première;  car  si  Ton  confit  sans 
peine  que  le  mot  de  redjeb  ait  pu  être  qualifié  de  ^llll  «  Tiso- 
lé  »  parce  que  ce  mois  ne  fait  pas  suite  aux  autres  mois  sacrés 
qui  eux,  au  contraire,  forment  un  groupe  compact  dans  le 
calendrier  arabe,  il  est  plus  malaisé  d'expliquer  le  qualifi- 
catif i^\  «  le  sourd  •.  Sans  douf  e  on  n*a  pas  manqué  de  dire 
que  le  mois  de  redjeb  est  t  sourd •  en  ce  sens  que,  pendant 
toute  sa  durée,  on  n'entendait  ni  le  bruit  des  armes,  ni  ce- 
lui des  combats  ou  encore  que  personne  ne  répondait  aux 
appels  à  la  guerre  et  faisait  la  sourde  oreille  ;  pour  jostifier 
cette  façon  de  s'exprimer,  on  compare  la  location  ^ JJI  t^y^i 

n  celle  de  :  LSlj  J4J  «  une  nuit  dormante  •  qui  signifie  une 
nuit  pendant  laquelle  on  dort 

Au  lieu  de  cette  explication  assez  singulière,  il  serait 
l)ien  plus  simple  de  voir  dans  i^d«^!  une  forme  Jj^l  donnant 
Le  sens  de  t  très  froid  »  en  la  tirant  du  mot  V^;^-  on  encore 
celui  de  t  très  pluvieux  •  en  la  rattachant  à  Tidée  primitive 
de  la  racine.  On  aurait  ainsi  une  qualification  vraiment  ap- 
propriée au  nom  d'un  mois ,  et  il  en  serait  de  ce  mot  comme 
de  certains  autres  que  l'on  considère  comme  des  altérations 
d'une  forme  plus  pure ,  alors  qu'en  réalité  ce  sont  eux  qui 
ont  été  altérés  et  qui  nous  rappellent  les  plus  anciennes 
formes  de  la  langue.  Il  est  bien  certain  qu*en  fi*ançais,  par 
exemple ,  Li  personne  peu  instruite  qui  dit  :  un  chaircatîer, 
emploie  une  forme  qui  se  rapproche  plus  de  Torthographe 
ancienne  que  celle  qui  prononce  ce  mot  charcutier,  bien 
qu'aujourd'hui  cette  dernière  prononciation  soit  la  lenie 
correcte. 

0.  HOVDAS. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  539 


BIBLIOGRAPHIE. 


ANNONCES  BIBLIOGRAPHIQUES. 

M.  de  Morgan  a  publié  un  compte  rendu  sommaire  des 
travaux  archéologiques  exécutés  en  Susiane  pendant  sa  pre- 
mière campagne  de  fouilles,  du  3  novembre  1897  au 
j"*^  juin  1898  (Paris,  E.  Leroux).  La  plus  importante  décou- 
verte est  celle  d'un  obélisque  de  granit  portant  sur  les  quatre 
faces  une  très  longue  inscription  comprenant  76  lignes  hori- 
zontales dont  l'ensemble  donne  près  de  dix  mille  signes 
cunéiformes.  M.  de  Morgan  a  trouvé  en  outre  environ 
810  briques  avec  inscriptions ,  deux  galets  couverts  de  sym- 
])oles  et  de  caractères  et  une  grande  stèle  dont  rhéliogravure 
accompagne  la  brochure  ;  elle  représente  une  scène  de  guerre 
qui  se  rapproche  d'autres  scènes  connues  pour  être  du  temps 
de  Naram  Sin.  Les  fouiUes  ont  continué  tout  Thiver  de  ^899. 

M.  H.  Derenbourg  a  rendu  compte  dans  le  Journal  des 
Savants  (nov.  1898)  d'un  magnifique  ouvrage  que  viennent 
(le  publier  MM.  D.-II.  MûJler  et  J.  von  Schlosser  (Wien, 
A.  Holder)  et  qui  est  la  reproduction  avec  planches  en  cou- 
leurs d'un  manuscrit  hébreu  du  xiii'  siècle.  Ce  manuscrit, 
({ui  est  actuellement  à  la  bibliothèque  de  Serayevo  (Bosnie), 
est  une  Haggâdâh  et  contient  une  série  de  miniatures  repré- 
sentant diverses  scènes  de  la  vie  religieuse  et  de  l'histoire 
juive.  C'est  le  plus  ancien  monument  qui  ait  survécu  au  nau- 
frage de  la  miniature  espagnole,  telle  qu'elle  semble  avoir 
été  pratiquée  au  \uf  siècle  par  les  juifs  de  Tolède  ou  de 
Barcelone. 

M.  J.  Marquart  a  consacré  deux  mémoires  à  Tëtude  d«s 
inscriptions  en  vieux-turc  de  Sibérie.  Ses  recherches  portent 


540  MAI-JUIN    1899. 

principalement  sur  la  chronologie  des  inscriptions ,  Tidenti- 
fication  des  noms  de  lieux  et  de  tribus  et  sur  les  diverses 
écritures  de  l'Asie  mentionnées  dans  le  Fihi^ist,  M.  Marquart 
s'occupe  accessoirement  des  Manichéens,  des  Ouïgours  et 
des  rapports  qu'ont  eus  les  Turcs  occidentaux  avec  les  Perses 
et  les  Byzantins.  Le  premier  de  ces  mémoires  a  paru  à  Leip 
zig  (chez  Weicher),  sous  le  titre  de  :  Chronologie  der  alttàrki 
sclien  Imchriften,  1898;  le  deuxième,  intitulé  :  Historische 
Glossen  zii  den  alttàrkischen  Inschriften ,  a  été  publié  dans  le 
troisième  cahier  du  Wiener  Zeitschrift  f,  d,  Kunde  des  Mor- 
genlandes  (t.  XII,  1898). 

Parmi  les  ouvrages  que  le  Gouvernement  anglais  des 
Indes  a  envoyés  récemment  à  la  Société  asiatique,  il  y  a 
lieu  de  signaler  un  fort  volume  intitulé  :  Notes  on  the  lan- 
f/nac/e  ofthe  South  Audaman  group  of  Tribe,  Calcutta,  1898, 
par  M.  Portman,  gouverneur  de  l'archipel  des  îles  Ândaman , 
en  résidence  à  Port  Blair.  Les  indigènes  de  ces  îles  n'ont 
pas  d'écriture  et  leur  race  est  bien  près  de  s'éteindre;  la 
langue  se  divise  en  plusieurs  dialectes  très  différents  les  mis 
des  autres,  et  qui  sont  parlés  par  douze  tribus  réparties  en 
deux  groupes,  celui  des  habitants  des  côtes  et  le  groupe 
des  habitants  des  jungles.  Le  travail  de  M.  Portman  porte 
sur  le  dialecte  Akabcada  qui  est  le  plus  riche.  L'ouvrage 
contient  890  pages  de  grammaire  et  de  syntaxe,  et  près  de 
dçux  cents  pages  de  vocabulaire  comparatif,  renfermant 
deux  mille  cinq  cents  mots.  On  sait  que  l'archipel  s'étend 
sur  une  longueur  de  près  de  soixante-quinze  lieues,  et  qu'il 
est  voisin  de  la  Birmanie  et  de  Siam  ;  aussi  la  langue  parait- 
eihî  appartenir  au  groupe  transgangétique  avec  mélange  de 
mots  océaniens. 

Sous  le  titre  de  Inscriptions  hébraïques  en  France, 
M.  M.  Schwab  a  publié  dans  le  Bulletin  archéologiqae  du  Mi- 
nistère (1897)  ime  étude  sommaire  sur  plusieurs  inscrip 
lions  juives  qu'il  a  pu  se  procurer  et  qui  sont  disséminées 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  541 

soit  à  Paris,  soit  dans  les  musées  de  province.  Les  plus 
importantes  se  trouvent  à  Narbonne,  Yssoudun  (Indre)  et 
à  Paris,  mais  les  plus  anciennes  sont  les  inscriptions  de 
Narbonne  en  689  et  d'Arles  (vu"  siècle);  la  plus  récente  est 
de  l'an  lôSy.  L'ensemble  des  monuments  épigraphiques 
connus  jusqu'à  ce  jour  s'élève  à  i4o.  La  plupart  de  ces 
textes  avaient  déjà  été  pul3liés;le  mérite  de  M.  Schwab  est 
d'avoir  signalé  les  ouvrages  et  re>isé  un  bon  nombre  de 
lectures. 

Dans  le  même  domaine  sémitique,  M.  Witton  Davies  a 
(Hudié  et  expliqué  les  termes  de  magie  dans  la  Bible,  les 
écrits  postbibliques,  en  assyrien,  en  arabe  et  en  égyptien. 
L'ouvrage  est  intitulé  :  Magic  Divination  and  Demonology 
(in-18,  London,  J.  Clarke,  1898). 

M.  J.  Perruchon  a  formulé  quelques  critiques  sur  le  Ma- 
nuel de  langue  abyssine  de  M.  Mondon-Vidailhet  qui,  du  reste 
vient  de  donner  une  nouvelle  édition  de  cet  ouvrage.  Dans 
Je  Maseon  de  1898,  M.  Perruchon  a  commencé  un  travail 
comparatif  entre  l'amharique  et  l'éthiopien.  M.  Basset  a  pu- 
blié le  texte  arabe  du  Fntuh  et  H âbasha  [conquête  de  TAbys- 
sinie),  par  Chebab  eddin  Ahmed.  Une  traduction  française 
de  cette  Chronique  par  A.  d'Abbadie  et  Paulitschke  vient  de 
paraître  (Paris,  A.  Picard). 

Mohammed-Bey  Osman  Galal  (né  au  Caire  en  1829)  est 
l'auteur  de  la  traduction  de  plusieurs  tragédies  de  Racine  et 
de  (]orneille  en  arabe  vulgaire  d'Egypte.  Il  a  traduit  égale- 
ment quelques  comédies  de  Molière  savoir  :  Jsshah  Matin f 
«  le  Tartuffe  » ,  Madrasit  ni  azwâg  «  l'Ecole  des  Maris  » ,  Ma- 
drasit  innisâ  «l'Ecole  des  Femmes»,  Rivâyet  issuqalâ  «les 
Fâcheux»  et  Innisâ  ul  'Alimat  «les  Femmes  savantes». 
M.  Friedrich  Kern  vient  de  publier  cette  dernière  comédie 
en  transcription  latine  avec  traduction  allemande  (Leip- 
zio-,  1898). 

Le  premier  fascicule  du  tome  VII  de  la  Revue  sémitique. 


542  MAl-JUIN   1899. 

dirigée  par  M.  J.  Halévy,  vient  de  paraître,  [janvier  1899] 
(al)onnement  annuel,  20  francs;  Paris,  Ë.  Leroux).  11  con- 
tient notamment  un  article  de  M.  Hidévy  sur  quelques 
points  de  l'histoire  ancienne  de  Tlnde  à  propos  de  l*origine 
de  récriture  et  de  la  littérature  védique.  Il  y  a  lieu  de  signa- 
ler à  cet  égard  la  seconde  édition  du  livre  du  IV  G.  Bûhler 
On  the  origin  of  tke  Indian  Brâhma  alphabet  (Strasbourg, 
Trûbner,  1898). 

Le  glossaire  de  M.  Stanley  A.  Cook ,  A  Glossary  of  the  Ara- 
maîc  inscriptions  (Cambridge  and  London,  Clay  and  son, 
1 898).  contient  le  vocabulaire  à  peu  près  complet  de  la  langue 
des  inscriptions  araméennes  connues  Jusqu*à  ce  Jour.  G*est 
une  contribution  très  utile  à  Thistoire  de  ce  dialecte  sémitique 
(l'un  peuple  qui  a  joué  un  rôle  importent  en  Mésopotamie 
et  de  l'autre  côté  du  Tigre. 

En  dehors  de  la  grammaire  de  M.  Noeldeke,  il  existe  peu 
de  travaux  sur  le  mandéen.  M.  Pognon  a  fait  paraître  au 
commencement  de  1898  une  série  d*inscriptions  magiques 
sur  coupes,  en  langue  mandéenne  avec  traduction  française 
et  fac-similé.  La  deuxième  partie  de  ce  travail  vient  de  pa- 
raître (Paris,  Welter).  Elle  contient  le  texte  syriaque  du 
«  Livre  des  scholies»  de  Théodore  bar  Khouni  (viii* siècle), 
contenant  des  détails  intéressants  sur  les  Kantiens,  lesMan- 
déens  et  sur  différentes  sectes  religieuses,  notamment  les 
\fanichéens.  M.  Pognon  pense  que  les  ouvrages  de  Manès 
étaient  écrits  en  mandéen,  ce  qui  est  peu  probable.  En 
tout  cas,  l'Evangile  et  les  livres  canoniques  furent  de  bonne 
heure  traduits  en  persan  (ainsi  que  nous  Tapprend  Masoudi) 
et  c'est  sous  cette  forme  que  la  doctrine  se  répandit  rapi- 
dement dans  l'Iran ,  en  Asie  centrale  et  dans  la  Haute-Asie. 
L'ouvrage  de  M.  Pognon  doit  se  terminer  par  la  publication 
d'autres  textes  et  d'un  glossaire. 

.Notre  confrère  M.  de  la  Vallée  Poussin ,  professeur  à  l'Uni- 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       543 

versité  de  Gand ,  a  publié  à  Londres ,  chez  Luzac  (  i  voi. 
in-A"»  189S)»  uïï  travail  împoi*tant  sur  le  bouddhisme,  suivi 
du  texte  sanscrit  de  VAdikarmapradîpa,  ouvrage  tantrique, 
et  d'un  autre  texte  qui  est  le  conunentaire  partiel  de  la  Uo- 
dhicarydvatâratika. 

Dans  son  introduction,  l'auteur  développe  cette  théorie 
(jue  le  bouddhisme  n'est  pas  très  différent  du  brahmanisme 
et  qu'il  existait  dans  la  pensée  hindoue  avant  la  naissance 
de  Gautama  ;  il  ajoute  que  le  mahâyâna  ou  «  tantrisme  »  né- 
gligé jusqu'ici  a  une  importance  dans  l'histoire  de  l'évolu- 
tion bouddhique. 

La  tribu  des  Lolo  qui  habite  la  province  de  Yun-nan  sur 
les  confins  de  r[ndo-Chine,  a  été  l'objet  de  deux  publications 
lécentes ,  l'une  est  de  M.  Paul  Boell  et  est  intitulée  Contvi- 
hution  à  l'étude  de  la  langue  des  Lolo ,  avec  un  essai  de  gram- 
maire et  un  vocabulaire  des  trois  principaux  dialectes  (Paris, 
E.  Leroux,  1899  ).  La  seconde  publication  émane  de  M.  Paul 
Vial  missionnaire  au  Yun-nan  :  «  Les  Lolos,  histoire,  religion , 
mœurs ,  langue ,  écriture  » ,  avec  fac-similé  de  l'écritui^e  hiéro- 
p^l^phique  do  ces  peuples  (Shang-haï,  1898,  collège  de  Zi- 
ka-waï).  11  y  a  lieu  de  rappeler  à  cet  égard  que  M.  Pierre 
Leievre-Pontalis  avait  déjà  publié  dans  le  Journal  asiatique 
en  1893  et  1896,  une  série  d'articles  sur  les  Populations  du 
Nord  de  l' Indo-Chine  panni  lesquelles  figurent  les  Lolos. 

Les  volumes  contenant  les  Mémoires  de  la  Mission  Pavie , 
(Exploration  du  nord  de  Tlndo Chine,  1882-1890)  vont 
bientôt  être  mis  en  distribution.  Nous  pouvons  signaler  dès 
à  présent,  le  volume  consacré  à  Tépigraphie  :  il  contient 
trente  et  une  inscriptions  recueillies  au  Siam  et  au  Laos. 
Sauf  deux,  ces  textes  sont  tous  en  ancienne  langue  */ui?( sia- 
mois) et  en  caractères  dévenâgaris  archaïques  dits  de  Sakhâ- 
daya.  Ces  caractères,  usités  jusqu'au  xvi"  siècle,  ont  précédé 
l'alphabet  actuel  qui  a  été  formé  sur  le  pàli-birman.  Les 
inscriptions  ont  été  traduites  en  français  par  le  P.  Schmitt; 


544  MAI-JUIN   1899. 

elles  sont  histonques,  religieuses,  astrologiques  et  datées  de 
lune  des  trois  ères  autrefois  usitées  au  Siain.  La  plus  an- 
cienne est  de  i2o5  caka  (  i283  de  J.-C).  La  plupart  de  ces 
inscriptions  ont  été  reproduites  dans  le  premier  volume  du 
Siam  ancien  de  M.  Le  Foumereau  (in-4°,  Paris,  1896). 

M.  Rubens  Duval  a  publié ,  dans  le  Recueil  des  anciennes 
littêrataves  chrétiennes^  une  histoire  de  la  Littératnre  syriaque 
(1  vol.  in-18,  Paris;  V.  Lecoffre,  1899),  avec  une  carte 
de  TAsie  antérieure.  On  sait  Timportance  qu*occupe  cette 
littérature  dans  Thistoire  de  l'Eglise  orientale  dont  eUe  con- 
stitue une  des  principales  sources.  L  ouvrage  est  divisé  en 
deux  parties  :  dans  la  première,  Fauteur  donne  une  vue 
d'ensemble  des  œuvres  littéraires;  la  seconde  renferme  de 
courtes  notices  sur  les  auteurs  syriaques  d'après  Tordre  chro- 
nologique. En  dehors  du  mémoire  de  W.  Wright,  c'est  \v. 
premier  ouvrage  de  littérature  syriaque,  écrit  du  moins  en 
français.  Le  livre  de  notre  confrère  est  une  œuvre  scien- 
tifique  et  en  même  temps  de  vulgarisation  destinée  à  la  fois 
aux  Orientalistes  et  aux  ecclésiastiques  qui  s'intéressent  à 
l'histoire  des  origines. 

Le  P.  A.-.I.  Delattre,  de  Louvain,  a  donné  au  dernier 
(longrès  de  bibliographie  un  mémoire  sur  les  Progiifs  de  Vas- 
syriologic  depuis  dix  ans,  1888-1898,  faisant  suite  a  un  pre- 
mier travail  qui  a  paru  sous  le  titre  de  U  Assyriologie  depuis 
onze  ans,  1878-1889.  Ces  deux  mémoires  renferment  un 
résumé  très  instructif  et  très  intéressant  des  travaux  des  as- 
syriologues  pendant  près  d'un  quart  de  siècle. 

E.  Drouin. 


NOLV  ELLES   ET   MÉLANGES.  jïb 

» 

La  sainte  Bible  polyglotte  conlenant  le  texte  hébreu  original, 
ie  texte  grec  des  Septante,  le  texte  latin  de  la  Viilgate  et  la  tra- 
duction française  de  M.  Tabbé  Glaire  a\ec  les  différences  de  l'hé- 
breu, des  Septante  et  de  la  Vulgate,  des  introductions ,  des  notes 
fies  cartes  et  des  illustrations  par  F.  V^igouroux,  prêtre  de  Saint- 
Sulpice'. 

L   Bat  et  Impoviance  d'une  Polyglotte  manuelle. 

H  semble  admis  que  les  études  bibliques  et,  en  général, 
les  études  sémitiques  sont  moins  cultivées  en  France  qu'a 
l'étranger.  La  faute  n'en  est  certes  pas  à  nos  professeurs, 
car  notre  état-major  professoral  ne  le  cède  à  aucun  autre  en 
Kurope  et  a  fourni  des  initiateurs  à  presque  toutes  les 
sciences ,  mais  bien  à  ce  que  ces  cbefs  se  trouvent  trop  sou- 
vent sans  soldats  puisque  l'esprit  d'utilitarisme  pousse  toute 
la  jeunesse  vers  les  études  rétribuées,  et  aussi  à  ce  que  leur 
j)arole  écrite  ne  trouve  pas  en  France  (ïécho  qui  la  renforce. 
Heureux  encore  si  pour  conquérir  la  populaiité  inaccessible 
par  ailleurs,  quelques-uns  ne  s'abaissent  à  composer  des  ro- 
mans sur  des  sujels  orientaux  et  n'attirent  sur  nos  travaux 
l'épitbète  injurieuse  de  «  frivolité  française  »  ^. 

Il  parait  donc  essentiel  de  créer  dans  le  pays  un  éclio 
pour  tous  les  travaux  d'orientalisme ,  de  préparer  des  appré- 

'  Le  fusclcule  11  contient  l'Exode  et  \v.  Lévitique,  broch.gr.  iii-8%  de  la 
page  a 73  à  la  page  6/io  du  tome  I.  —  Prix  net  du  premier  volume,  com- 
prenant  3  fascicules  qui  forment  un  millier  de  pages  :  5  francs  (port  en 
sus),  chez  Roger  et  (Ihernoviz,  libr.  édit.,  rue  des  Grands  -  Augustins , 
n°  -,  Paris. 

-  «  l  nd  (lies  muss  als  ein  crschreekendes  Zeichen  der  Zeit  betrachtet 
werdeii  dass  fninzôsische  Frivolitàt  und  deulsche  ff^issenschafl  ûherdcm.{risch 
i»;('gral)enen  Grabe  des  Erlôsers  eine  bmderliche  Hand  sich  reichen.n 
(loiisl.  Tischendorf,  ffann  wurden  unsere  Evangelien  verfasst,  p.  5;  bro- 
chure in-8°,  Leipzig,  i865.  — Ajoutons  cependant  au  texte  de  M.  Tischen- 
(lorf  qu'il  existe  aussi  des  romans  composés  avec  grand  appareil  scienti- 
fique, car  nous  appelons  roman  toute  production  où  rimaginatiou  dépasse 
les  faits.  Ces  derniers  n'ont  guère  plus  d'im|>orlance  que  les  autres,  mais 
laliguent  beaucoup  plus  les  lecteurs. 

Xlll.  M) 


546  MAI-JUIN    1899. 

ciateurs  qui  se  diviseront  nécessairement  en  défenseurs  et  en 
contradicteurs ,  de  rompre  enfin  le  silence  de  mort  qui  nous 
ëtreint. 

Et  Tisoienient  de  nos  orientalistes  ne  date  pas  d*hier. 
En  1753,  un  médecin  français,  Astruc ,  publiait  ses  Conjec- 
tures sur  les  mémoires  originaux  dont  il  paraît  que  Moyse  s'est 
servi  pour  composer  le  livre  de  la  Genèse^,  Il  appuyait  ses  con- 
jectures, déjà  vTaisemblables  a  priori  :  1°  sur  les  répétitions 
que  l'on  trouve  dans  la  Genèse;  2°  sur  l'emploi  alternatif 
des  deux  noms  de  Dieu,  Jéhovah  et  Elohim^  emploi  alterna- 
tif qui  cesse ,  dit-il ,  après  le  second  chapitre  de  l'Exode ,  dès 
que  Moyse  raconte  ce  qu'id  a  vu;  S"*  sur  les  antichronismes 
ou  renversement  de  l'ordre  chronologique  que  l'on  trouve 
dans  la  Genèse.  —  Cet  ouvrage  ne  produisit  ches  nous  aucun 
résultat  intellectuel  appréciable,  et  cependant,  cest  de  lui 
que  devait  vivre  durant  plus  d'un  siècle  toute  la  critique  biblique 
à  l'étranger ,  De  là  procèdent  directement,  en  particulier,  les 
Bibles  multicolores  imprimées  et  peintes  à  l'étranger,  qui 
désignent  ainsi  par  le  rouge ,  le  bleu  ou  le  jaune ,  les  mé- 
moires originaux  que  l'éditeur  croit  pouvoir  discerner.  Et  cet 

'  Volume  in- 12  de  x-5a6  pages,  imhlié  sans  nom  d^auteur  à  Bruxelles, 
uvcc  l'éj)igrapkc  :  Avia  Pieridwn  peragro  loca,  nuttius  ante  tritasoh» 

Col  ouvrage  com))rcnd  :  i"  des  réflexions  préliminaires  p.  i-aS  :  «Que 
Moyse  n'a  composé  la  Genèse  que  sur  des  mémoires  plus  amïiens;. . .  qttc 
Moyse,  en  com|M>sant  la  Genèse,  n'a  fait  que  partager  par  morceaux  les 
mémoires  anciens  qu'il  avait,  et  a  inséré  ces  morceaux  en  entier,  etc.  ;. . . 
(pjcn  la  décom|)osant  ainsi  (la  Genèse)  il  se  trouve  des  vuides  ou  lacuoes 
dans  les  mémoires  de  la  môme  espèce  réunis  ensemble ,  et  pourquoi  »  ;  — 
2*  le  texte  de  la  Genèse  et  des  deux  premiers  chapitres  de  TExode  dis- 
|)osc  sur  deux  colonnes  suivant  sa  ])rovenance  supposée,  p.  a6-a8i;  — 
3"  des  remarques  sur  la  distribution  de  la  Genèse  en  différents  mémoires, 
p.  a8 1-496  :  «DeTusagedes  lettres  et  de  Tart  d'éoire...;  qu'ils  étaient 
connus  longtemps  avant  Moyse...  Du  nom  de  Jehovah  donné  à  Dieu.. 
S'il  a  été  connu  des  [latriarches . . .  Des  difi^èrents  mémoires . . .  Qu'il 
paraît  qu'on  peut  y  en  distinguer  jusqu'à  douze. . .  Des  auteurs,  de  ces 
diflérents  mémoires...  Que,  quoique  ces  mémoires  soient  écrits  en  hé- 
breu ,  cela  n'em|)éche  pas  que  Moyse  n'ait  pu  les  emprunter  des  nations 
voisines...  Quatre  avantages  de  l'opinion  nouvelle  sur  la  composition  de 
la  Genèse,  olr.» 


NOUVELLES  ET  MELANGES.       547 

éditeur  n'a  pas  grand  mérite  à  cela ,  car  Astinic  ne  s'était  pas 
borné  à  émettre  incidemment  une  idée  de  génie  :  il  avait 
imprimé  sur  deux  colonnes  parallèles  les  textes  élohistes  et 
jéhovistes;  avait  indiqué,  à  la  fin  de  son  ouvrage,  que  Ton 
pouvait  distinguer  jusqu'à  douze  mémoires,  et  avait  prévu, 
autant  qu'il  le  pouvait,  toutes  les  objections. 

Il  sulFisait  après  cela  de  supposer  plus  ou  moins  de  mé- 
moires ,  de  faire  passer  quelques  textes  du  mémoire  A  dans 
le  mémoire  B  ou  réciproquement,  d'essayer  une  extension 
de  cette  décomposition  au  reste  du  Pentateuque,  d'imaginer 
que,  paimi  ces  mémoires  originaux,  quelques-uns  étaient 
plus  originaux ,  tandis  que  les  autres  s'y  étaient  ajoutés  plus 
ou  moins  tard.  On  pouvait  trouver  cela  avec  un  peu  d'ima- 
gination, quelque  science  et  une  certaine  connaissance  de 
la  théorie  des  combinaisons  mathématiques.  —  Celle-ci  nous 
enseigne  en  effet  que  douze  personnes  peuvent  se  placer  de 
479,001,600  manières  différentes  autour  d'une  table  de 
douze  couverts.  Elle  apprenait  donc  aux  critiques  attablés 
autour  du  Pentateuque ,  combien  d'arrangements  différents 
ils  pouvaient  former  avec  la  douzaine  d'idées  neuves  que 
venait  de  leur  jeter  x\struc. 

Mais ,  me  dira  t-on ,  si  la  plupart  de  ces  travaux  ont  été 
inutiles ,  pourquoi  regretter  qu'ils  n'aient  pas  été  faits  dans 
notre  pays  ?  —  Parce  que ,  à  notre  avis ,  un  travail  fait  avec 
science  et  réflexion  est  toujours  incomplet,  souvent  faussé 
par  un  parti  pris ,  mais  jamais  complètement  inutile.  11  ren- 
fermera au  moins  des  détails  qui  feront  mieux  comprendi*e 
certains  mots  ou  certains  passages ,  rendront  compte  de  cer- 
taines anomalies ,  supprimeront  quelques  difficultés  et  servi- 
ront à  quelque  autre  pour  mieux  faire.  Renoncer  à  la  critique 
et  aux  discussions  à  cause  des  erreurs  qu'elles  entraînent 
serait  renoncer  à  fabriquer  le  fer,  ce  métal  indispensable, 
sons  prétexte  que  sa  préparation  produit  des  montagnes  de 
scories. 

Nous  regrettons  donc  que  le  texte  hébreu  de  la  Bible  n'ait 
pas  été  plus  répandu  en  France  au  temps  d'Astruc,  et  que  cet 

36. 


J48  MAI-JUIN    18Q9. 

auteur  n'ait  |>as  tmuvé  iiumédiatenient  de  nombreux  defen- 
seui*s  et  conti'adicteurs  pour  assurer  â  notre  pays  le  bénéfice 
de  sa  dêcouvei'te  :  car,  il  en  est  en  science  conune  en  poli- 
tique, il  ne  suffit  pas  c[u*un  explorateur  de  génie  disposant  de 
ressources  limitées  nous  donne  le  droit  du  premier  occu- 
pant ;  il  faut  que  des  hommes  prévoyants  aient  préparé  toute 
une  armée  qui  marche  à  sa  suite  et  le  soutienne,  sinon 
Tétranger  le  supplante  par  la  force  ^ 

Préparer  cette  armée  sera ,  croyons-nous ,  Tnn  des  résultats 
de  la  Bible  polyglotte  manuelle,  car  elle  a  mis  en  circulation, 
pendant  cette  année  scolaire ,  deux  mille  textes  des  premien 
hvres  du  Pentateuque,  avec  l'hébreu,  le  grec,  le  latin  et  le 
français  en  regard.  Cet  ouvrage  sera  donc  bientôt  en  la  pos- 
session de  dix  mille  lecteurs,  et  il  est  impossible,  à  mon 
avis,  qu* ils  hsent  le  français  sans  essayer  de  lire  aussi  riiébreu 
et  le  grec  de  la  page  voisine ,  idée  qu*ils  n*ont  pas  mainte- 
nant parce  qu'il  faut  se  procurer  et  ouvrir  des  livres  diffé- 
rents; sur  ces  dix  mille  lecteurs,  il  s*en  trouvera  certainement 
de  plus  cuiieiiv  qui  voudront  agrandir  leurs  connaissances 
dans  le  cliamp  des  langues  sémitiques  et  avoir  la  clef  des  hié- 
ro^yphe5  et  des  cunéiformes  gravés  dans  les  notes  au  bas 
des  pages.  Ainsi  se  formera  peu  à  peu  le  corps  de  bataille 
qui  nous  manque  maintenant  et  que  les  étrangers  semblent 
|)()ss<*dcr,  grâce,  sans  doute,  aux  polyglottes  manuelles  que 
TAngieterre  a  depuis  Tan  i83i,  et  TAllemagne depuis  18^7. 

Ajoutons  que  pour  rendre  Touvrage  accessible  à  toutes  les 
Bourses,  l'éditeur  a  fixé  à  cinq  francs  pour  les  souscripteurs 
le  prix  net  du  volume.  Le  premier  renfermera  tout  le  Penta- 
teuque'. 


'  Nous  avons  pris  Astnic  comme  exem[ilr,  mais  nous  n'ariont  que  Ti 
l>arras  du  clioix ,  car  [Viclianl  Simon  no  fut  |>as  plus  compris  an  xrii*  siècle 
qu'Astrur  au  wiii"  K  do  nos  jours  nous  avons  des  initiateurs  i  toutes  les 
scir-nces  qui  ont  di^s  disci])los ,  surtout ,  scmble-t-ii ,  à  Fétranger,  iaote 
d'une  pré|>uration  sr>condairc  qui  mette  un  grand  nomlnre  de  Français  à 
niênif*  de  les  comprendre  et  plus  tard  de  les  suiTre. 

'  Lu  /Ji6/c /)o/Y(y{o(/e  coniplèto  (Ancien  et  Nouveau  Testament)  compren- 
dra huit  volumos. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  549 


IL  Plan  de  la  Polyglotte  de  M,  Vigouroux. 

La  disposition  de  Touvrage  est  indiquée  dans  le  titre  cité 
en  tête  de  cet  article.  Chaque  page  est  partagée  en  deux 
colonnes.  On  a  donc  les  quatre  textes  simultanément  sous 
les  yeux.  Ajoutons  que  le  texte  grec  est  celui  de  l'édition  Six- 
tine  donnée  à  Rome  en  l'année  1687  ®*  reproduisant  scrupu- 
leusement (à  quelques  détails  près  relevés  par  M.  Nestlé)  le 
manuscrit  du  Vatican ,  qui  est  du  iv'  siècle.  On  doit  quelque- 
fois ,  pour  établir  la  concordance  avec  Thébreu  ,  insérer 
quelques  versets  empinintés  à  la  Polyglotte  de  Complute, 
mais  ces  insertions  sont  signalées  au  lecteur  et  placées  entre 
crocliets.  Au  bas  des  colonnes ,  on  donne  les  principales  va- 
riantes empruntées  pour  l'instant  aux  éditions  d'Aide  et  de 
Complute  et  au  manuscrit  d'Alexandrie.  On  a  l'intention, 
du  reste,  d'apporter  grand  soin  dans  le  second  volume  À 
cette  question  des  variantes  laissée  au  dévouement  du  collabo- 
i-ateur.  —  L'éditeur  est  prêt  aussi  à  tous  les  sacrifices  pour 
assurer  non  seulement  la  diffusion ,  mais  aussi  la  valeur  in- 
trinsècjue  de  son  œuvre.  Jl  donnera  les  livres  deutéro-cano- 
niques  qui  manquent  dans  la  Polyglotte  allemande,  ainsi  que 
le  texte  hébreu  de  l'Ecclésiastique. 

La  présente  pul)lication  a  déjà  été  l'objet  d'attaques  pas- 
sionnées. On  lui  a  leproché,  pour  essayer  de  jeter  le  trouble 
dans  les  àmcs  simples,  de  donner  un  texte  hébreu  protestant, 
ce  qui  n'a  pas  laissé  que  de  nous  étonner,  nous  qui  ne  con- 
naissons qu'un  texte  hébreu ,  le  texte  fixé  par  les  Massorètes 
et  reproduit,  à  des  différences  insignifiantes  près,  dans  toutes 
les  éditions.  On  lui  a  reproché  aussi  de  ne  pas  reproduire 
pour  le  grec  l'édition  Sixtine,  alors  qu'une  simple  compa- 
raison aurait  convaincu  du  contraire  \  On  a  été  jusqu'à  faire 

'  A  queJques  améliorations  près.  Ainsi  l'édition  Sixtine  primitive  n'a 
pas  la  division  en  versets,  n'emploie  les  lettres  majuscules  qu'au  commen- 
cement des  cliapitres,  ne  connaît  pas  le  point  en  haut,  ne  change  pas 
l'accent  grave  en  aij»ii    devant  une  virgule.  On   n'a   pas   reproduit,   bien 


550  MAI-JUIN   1899. 

un  crime  à  T éditeur  d'avoir  fixé  à  deux  francs  ie  prix  du 
premier  fascicide  qui  forme  le  tiers  du  premier  volume  dont 
le  prix  est  de  cinq  francs.  L* honorable  critique ,  qui  semble 
avoir  un  faible  pour  les  fractions  périodiques,  aurait  donc 
voulu  voir  fixer  le  prix  à  ■j-=  1,6666 . . .  ^ 

Ces  chicanes  font  soupçonner  une  cause  sérieuse  que  Ton 
ne  veut  pas  alléguer.  Il  parait ,  en  effet ,  que  Ton  songeait  à 
publier  plus  tard  à  l'étranger  une  Polyglotte  à  laquelle  on 
aurait  sans  doute  voulu  réserver  le  titre  de  seule  Polyglotte 
catholique  ;  ce  serait  un  élément  de  rédame  de  plus.  L*un 
des  critiques  a  bien  indiqué  le  véritable  caractère  de  la  po- 
lémique ,  en  intitulant  Tun  de  ses  m^veillants  articles  :  Eine 
franznzische  Concurrenz  «une  concurrence  française»*.  Ce 
nous  est  un  motif  de  plus  pour  souhaiter  vie  et  succès  à 
notre  Polyglotte. 

III.  Errata, 

Il  reste  quelques  fautes,  comme  dans  tous  les  ouvrages 
qui  se  publient^;  nous  avons  signalé  toutes  celles  que  nous 

entendu,  c^  imperfections.  Le  texte  grec  de  Tédition  Stier  et  Theile  éuit, 
au  commencement,  edui  de  Tédîtion  Sixtine,  à  quelques  détails  près; 
on  a  donc  pu  le  reproduire  avec  le  cliché  du  texte  hébreu,  en  y  chan> 
géant  scrupuleusement  toutefois  les  détails  qui  s*écartaient  de  Védition 
Sixtine;  mais,  dès  le  fascicule  11,  presque  tout  le  grec  a  dû  être  recom- 
posé. 

'  Que  ne  doit-il  pas  dire  du  Nouveau  Larousse  illustré ,  pour  lequel  les 
souscripteurs  ont  versé  80  francs ,  tandis  qu'ils  n*ont  reçu  que  deux  vo- 
lumes d'une  valeur  totale  de  Ao  francs.  Chez  M.  Roger  du  moins,  on  ne 
paye  qu'à  la  réception  du  fascicule  ou  du  volume. 

*  Dans  les  Historisch-poliUsche  Bl&Uer  de  Munich.  Cité  par  M.  Vigou- 
roux,  journal  l'Univers ^  4  novembre  1898. 

'  Ainsi  y  dans  le  premier  volume  de  la  Polyglotte  allemande  de  Stier  et 
Theile,  qui  existe  déjà  depuis  18A7  ^^  ^"  est  k  sa  cinquième  édition ,  nous 
avons  relevé  une  cinquantaine  de  petites  fautes.  Nous  devons  dire  qu'elles 
n'existent,  à  quelques  exceptions  près,  que  dans  les  variaBtei  êl  que  le 
texte  est  maintenant  d'une  correction  remarquable,  ^^nalont  seulement  : 
Kx.  IX,  16,  i/^(TiJv]  lire  ia^^v.  Nombres  xxt,  a,.c/Jfl^«y]  Hre  tMXttp, 
xvxv,  6,  ^ps6(ravrt]  lire  (^oveùfTCLini.  l>cut.  xiii,  6,  trav\  Hre  «ov. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       551 

avons  remarquées  à  l'éditeur,  qui  les  donnera  en  Errata  et 
les  fera  disparaître  de  la  prochaine  édition.  Citons,  en  at- 
tendant, les  plus  importantes  ^  : 

Fascicule  L  —  Genèse,  xix,  33  et  35,  «vn^v]  lire  aJrdt»;  — 
xxxiii ,  1 8 ,  2fx/fi&>v]  lire  Sî?x/f*«v  ;  —  Ihid, ,  tvapei^^SaAe]  lire  «ape- 
v^Aa^e  ;  —  XL ,  9 ,  note ,  Diododore]  lire  Diodore  ;  —  XLI ,  1 ,  sup- 
primer Toi7;  —  21,  d]  lire  4;  —  xlii,  29,  aux  variantes,  29,  (ivyiS\ 
lire  29,  A  :  cua^;  —  xlvi,  11 ,  ILaàG]  lire  Kaô;  — «  29,  tvAeiW 
lire  'Btiovtx  —  xlix,  21,  Ne(pôaAe/]  lire  Ne^flotA/;  —  27,  èiaèèau 
SlêaxTi;  —  L,  5,  aux  variantes,  reXevOvveii]  lire  reXevtilatu;  — 
1 1,  aux  variantes,  êèov]  lire  tSov\  —  26,  èxtaxé^feroii]  lire  éw^Mé- 

Fascicule  IL  —  Exode,  11,  18,  èTa)(uvsje]  lire  iTa;^^i;aTe;  — 
22  aux  variantes  Mwvjïj]  lire  Mônic^;  —  m,  i5  ^t  16  aux  variantes 
ufifiSv]  lire  OfwSv;  —  20,  x^Tpd]  lire  ;^eîpa;  —  vi»  1,  «ûtov]  lire 
avT&t7;  —  VII,  1^  ,  |Sa€apvTa<]  lire  jSeSflfprjTW ;  —  20,  après  avrots 
ajouter  xvpioç]  —  viii,  3 ,  xaï  eh  tous]  lire  xaî  êTCÏ  rois;  —  8,  ^- 
(jovai]  lire  3-u<TW<n;  —  28,  eï^aaOe]  lire  eÔ^acde;  —  ix,  16,  i)Ç(rSp] 
lire  hxyv;  —  26,  v]  lire  ifj;  —  x,  7,  itrlau,  . .  ,ÈSttité<r1etXov]  lire 
êo1ou. , ,  ,È^aTt6a1eiXov\  —  16,  xaréaitsvat]  lire  xavétncevèei  — 
19,  note,  agtiées]  lire  agitées:  —  xii,  3,  au  lieu  de  o^lire  é>ut</Joei 
—  10,  ditoXei'^eTe]  lire  iitoXeljierat  ;  —  xvi ,  8 ,  xaff  Cftuv]  lire  xaQ* 
T^fjwSi;;  —  35,  aux  variantes,  après  :  (pr,  loco)  ajouter  70  pdvya;  — 
\x,  l'ordre  des  versets  est  i4»  i5,  i3; —  xxv,  20,  après  Éaorraf 
ajouter  oî;  —  xxvi,  3 ,  aux  variantes  èrépas]  lire  hépas, 

F.  Nau. 

'  La  typographie  Firmin-Didot donne  tous  ses  soins  à  cette  publication, 
qui  lui  fera ,  croyons-nous ,  grand  honneur.  Notons  en  passant  un  défaut 
des  caractères  grecs  qui  lui  ont  été  imposés  :  le»  a,  Vy  u^  7j  et  v  se  C99<f 
sent  facilement;   les  deux  premières  lettres  donnent  alors  des  o  et  des  g. 


552  MAI-JdIN    1899. 

DIE  UEDER  DEIl  MÔSCHE  l  .VD  .NONNEN  GOTAMO  BUDDHO's,  a  US  de  n 

Theragàthà  uiid  Therîgâthâ  zum  ersten  Mai  ùbersetzt  von  Kari 
Eugen  Neumann.  Berlin,  Emsl  Hofmann  and  C*,  in-8",  VTIT, 
392  pages,  1899. 

En  attendant  que  la  Pâli  text  Society,  en  publiant  la  suite 
du  Majjhima-  nikâya ,  lui  fournisse  les  moyens  de  continuer 
sa  traduction  de  cette  vaste  compilation ,  M.  Neumann ,  décidé 
à  initier  le  grand  public  d* Allemagne  à  la  connaissance  de 
renseignement  du  Buddba ,  lui  offre  celle  d'un  recueil  moins 
étendu,  le  Thera-  et  le  Theri-gâthâ ,  deux  sections  jumelles 
du  Khuddhaka-nikâya ,  qu'on  pourrait  appeler  :  les  confessions 
ou  professions  de  foi  des  membres  mâles  et  femelles  de  la 
communauté  bouddhique;  car  ils  y  expriment  leurs  senti- 
ments, leurs  réflexions,  le  résultat  de  leurs  efibrts  pour 
atteindre  à  la  perfection,  quelquefois  avec  des  aUusionsà  leur 
histoire  individuelle ,  le  tout  plus  ou  moins  longuement ,  dans 
des  vers  monologues ,  quelquefois  dialogues. 

On  sait  que  la  Pâli  text  Society  a  publié  le  texte  de  ce 
double  recueil  en  1 883 ,  avec  le  concours  de  MM.  Hermann 
Oldenberg  (pour  le  Thera-gâthâ)  et  Richard  Pischel  (pour  le 
Ther(-gâthâ),  Il  est  divisé  comme  le  Jâtaka  en  nipâtas,  c'est- 
à-dire  en  sections  dont  les  éléments  vont  en  croissant,  la 
première  étant  composée  de  textes  d'une  seule  stance;  la 
deuxième  de  textes  de  deux  stances,  et  ainsi  de  suite.  Il  y 
a  2 1  de  ces  nipâtas  dans  le  premier  recueil  et  30  dans  le 
second;  mais  le  total  des  gâthâs  aussi  bien  que  celui  des 
personnages  qui  les  prononcent  est  bien  plus  considérable 
dans  le  Thera-  que  dans  le  Theiî-gâthâ,  Car  nous  avons  2^0 
theras  disant  ensemble  1,279  g^^t^às  contre  66  theils  n'en 
disant  que  520.  Malgré  les  concessions  faites  par  le  Buddha 
au  sexe  faible,  c'est  l'élément  masculin  qui  est  la  base  de  la 
société  bouddhique. 

Le  lecteur  connaît  le  système  de  M.  Neumann,  qui  ne 
lient  aucun  compte  de  la  littéi^ature  du  Nord,  et  a  pour  prin- 
cipe de  traduire  tous  les  termes  bouddhiques  sans  exception. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  553 

Aussi,  à  part  les  noms  des  Theras  et  des  Therîs  auxquels  les 
stances  sont  attribuées ,  et  dont  les  noms  sont  le  seul  titre  de 
chaque  article ,  aucun  terme  indien  ne  se  rencontre  dans  sa 
traduction ,  qui  est  en  vers  ;  car  il  s*attache  à  en  faire  autant 
que  possible  un  calque  du  texte.  Je  donne  ici,  comme  spé- 
cimen ,  la  gàthà  5 1 6  du  premier  recueil  qui  est  hérissée  de 
termes  bouddhiques  : 

Pubbe  nivâsani  jànàini 

Nun  weiss  ich  was  ich  jeher  war 

Dibbacakkkwn  visodhitani 

Das  Auge  klârt  sich  himmiisch  auf; 

Arakâ  dakkhineyyo  mhi 

Erhaben  bia  ich ,  heilig ,  hehr  ; 

Vippamatto  nirûpadhi 

bin  abgeschieden ,  ausgescbâlt. 

Je  ne  reviendrai  pas  sur  les  observations  que  j*ai  déjà  pré- 
sentées à  propos  de  ce  système  de  traduction.  On  pourrait 
montrer  que  le  traducteur  n'atteint  pas  toujours  l'espèce  de 
littéralisme  qu'il  ambitionne. 

Si  la  traduction  est  faite  pour  le  commun  des  lecteurs ,  les 
notes  s'adressent  à  tous ,  savants  et  non  savants  ;  on  y  trouve 
des  discussions  sur  les  leçons  et  le  sens  du  texte ,  des  rappro- 
chements intéressants  et  instructifs  avec  d'autres  passages  du 
recueil  ou  d'autres  recueils ,  même  avec  d*autres  littératures. 
—  L'ouvrage  se  termine  par  un  index  des  noms  des  theras, 
des  theris  et  d'autres  personnages  et  des  noms  de  lieux. 

Dans  sa  Vorrede^  M.  Neumann  affirme  de  nouveau  ses 
convictions  bouddhiques.  Selon  lui,  c'est  le  Buddha  qui  a 
enseigné  «  la  philosophie  de  la  sainteté  »  :  il  nous  apprend 
que  Richard  Wagner  pensait  à  peu  près  de  même, 

L.  Feer. 


554  MAI-JUIN   1809. 


NOTICE  NECROLOGIQUE. 


L'Université  Harward ,  de  Cambridge  en  MauachuseU 
(États-Unis),  et  l'orientalisme  américain  viennent  de  faire 
une  perte  sensible  en  la  personne  de  M.  Henry  Clarke  Warren , 
ancien  trésorier,  et  ancien  directeur  de  la  Société  orientale 
américaine ,  décédé  à  Cambridge  au  commencement  de  cette 
année.  Un  accident  de  voiture ,  dont  il  avait  été  victime  dans 
son  enfance ,  Tayant  condamné  à  une  vie  sédentaire ,  il  s'était 
livré  à  l'étude.  Le  sanscrit  Tattira  d'abord;  de  là  il  passa  à 
l'étude  du  pâli  dans  lacpielle  il  se  confina.  On  sait  qu'il 
publia  en  1 896 ,  sous  le  titre  Buddhism  in  translations  \  un 
fort  volume  qui  atteste  une  lecture  étendue.  Il  avait  entrepris 
sur  le  Visuddhi-magga  un  vaste  travail  comprenant  :  i"*  une 
édition  du  texte  pâli;  2*  une  traduction  anglaise;  S"*  le  recen- 
sement et  l'identification  des  citations  des  textes  canoniques 
et  des  commentaires  qui  se  trouvent  dans  cet  ouvrage.  — «La 
première  partie  seulement  est  à  peu  près  en  état  de  paraître  ; 
les  deux  autres  sont  inachevées.  On  exprime  cependant  Tet- 
poir  que  l'ensemble  pourra  faire  l'objet  d'une  publication 
posthume. 

L.  Frsb. 

RECUEIL  D'ARGHIÂOLOGIE   ORIENTALE 
PAR  M.  GLERMONT-GANNBÀU  '. 


AOMMAIRB  DES  MATIERES  CONTENUES  DANS  LE  TOME  III  (  aVCC  planches 

et  gravures),  en   cours    de  publication {  livraisons  10  è  i3» 
mars-avrii  1899. 

S  30.  Les  Phéniciens  en  Grèce  {fin),  —  S  31.  Sceau  phénicien  av 
nom  de  Milik-ya^zor.  —  S  33.  Sceau  Israélite  au  nom  d*Abiga!l , 

*  Voir  le  Journal  asiatique,  janv.-fév.  1897,  p.  i65. —  La  date  1876, 
donnée  pour  rapparition  du  volume,  est  une  faute;  il  &ut  lire  1896. 

*  Paris,  E.  Leroux;  prix  des  volumes  I  et  II,  aS  francs;  prix  da  vo- 
lume III,  souscrit  d'avance  et  à  recevoir  par  livraisons:  30  firanct. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       555 

femme  de  'Asayahou.  —  S  33.  Notes  d*épigraphie  palmyré- 
niennc.  —  S  34.  Tanit  et  Perséphone-Artémis.  —  S  35.  Quatre 
nouveaux  sceaux  à  légendes  sémitiques.  —  S  36.  La  famille  royale 
de  Palmyre,  d'après  une  nouvelle  inscription.  —  S  37.  Hébron 
et  Diocletianoupolis.  —  S  38.  Le  mois  de  Qinian-Juillet  du  ca- 
lendrier palmyrénien.  —  S  Sg.  Une  «éponge  américaine»  du 
vi"  siècle  avant  notre  èr    (à  suivre). 


LA  CHRONIQUE  DE  MICHEL  LE  SYRIEN. 

La  Société  asiatique  avait  autrefois  décidé  de  se  charger 
(le  la  publication  de  la  Chronique  de  Michel  le  Syrien,  sur 
la  demande  de  M^'  Rahmani  (voir  Journ.  as.,  IX"  sër. ,  t.  III 
[janv.-févr.  iSgd],  p.  i35).  Ce  prélat  n'ayant  pas  donné 
suite  à  son  projet,  nous  apprenons  avec  plaisir  que  notre 
confrère  M.  J.-B.  Chabot  vient  d'entreprendre  cette  impor- 
tante publication  avec  le  concours  et  sous  le  patronage  de 
l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-lettres.  Le  premier  vo- 
lume, comprenant  le  texte  syriaque  et  la  traduction  fran- 
çaise des  six  premiers  Livres  de  la  Chronique,  paraîtra 
prochainement  à  la  librairie  Ernest  Leroux. 

R.  D. 


NOTE  ADDITIONNELLE  À    L'ARTICLE  DE  M.  SENART. 

(Voir  ci-dessus,  p.  5 20.) 

D  une  communication  de  M.  Caddy,  reçue  par  M.  Fou- 
cher  depuis  que  cette  note  est  imprimée,  il  ressort  que  l'in- 
scription datée  de  1 1 3  «  a  été  découverte  par  le  colonel 
Maisey  à  Karkhai ,  dans  le  Kaladara  Nadi ,  juste  à  l'ouest  de 
Dargai».  Ce  Dargai  est  celui  qui  est  au  pied  du  Malakand, 
sur  le  versant  sud. 


Le  gérant  : 
RUBENS  DUVAL. 


I 


TABLE  DES  MATIÈRES 

CONTENUES  DANS  LE  TOME  XIII,  IX*  SÉRIE. 


MEMOIRES  ET  TRADUCTIONS. 

Nâbiga  Dhobyànî  inédit,  d'après  le  ms.  arabe  65  de  la  coflec- 
tion  Schefer  (Hartwig  Dirbnbourg] 5 

Le  Traité  sur  l'astrolabe  plan  de  Sévère  Sabokt  (F.  Nau)..  .      "^56 

Les  premières  invasions  arabes  dans  l'Afrique  du  Nord  (  a  i>ioo 
de  l'hégire  —  65 1-71 8  de  J.-G.)  (Gacdsl] *.  • .     loa 

Les  premières  invasions  arabes  dans  rAfri({iie  du  NmtL  (si- 
100  de  l'hère  —  65i-7i8  de  J.-C.)  (CÀinMa..)  [5Ktle]..     189 

Le  Traité  sur  Tastrolable  plan  de  Sévère  Sabokt  (F.  Nau) 
[Suite] •  •      938 

Spécimens  de  la  littérature  moderne  du  Turkestan  chinois 
(F.  Grenard) .' 3o4 

Les  premières  invasions  arabes  dans  l'Afrique  du  Nord  (si- 
100  de  l'hégire  —  651-718  de  J.-C)  (Caiidsl.)  [5Htf«.J.     385 

Les  sanctuaires  du  Djebel  Nefousa  (René  RAêsn*.). 4s3 

Six  chansons  arabes  en  dialecte  maghrébin  (C.  Sohhick}..  .     471 

NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 

Procès- verbal  de  la  séance  du  i3  janvier  1899 i56 

Annexe  au  procès-verbal  :  Les  mots  Laptam,  HmnâA,  Btdtak    * 
(J.  Halévy).., ;.... 158 

Notice  sur  le  prince  indien  Sncrt  Singh  (L«  FEiâ).  ...• i6i 

Ouvrages  offerts  a  la  Soiûété. ••      i6i| 


*  i 


558  MAI-JUIN   1899. 

Procès- verbal  de  la  séance  du  lo  février  1899 166 

Annexe  au  procès-verbal  :  Recherches  sur  la  langue  aïno  (De 
Charencey  )..«.... 1 68 

Ouvrages  offerts  à  la  Société 1 70 

Note  sur  une  version  turque  du  «Livre  de  Sendabab»  (J.-A. 

DECOURDkllANGHE) '.         178 

L  œuvre  d*Abel  Bergaigne  et  Tlndo-Chine  française  (A.  LEMiaE).      177 

Bibliographie  :  Recueil  de  consultations  juridiques  rdatives  à 
la  condition  des  «Ouaqf»,  publié  par  les  soins  du  Protectorat  (O. 
HouDAs).  —  Le  «Yi-Kmg»,  traduit  diaprés  les  interprètes  chinois 
avec  la  version  mandchoue,  parC  de  Haricz  (L.  Feer).  —  Index 
(Ed.  Ghavanneb) * .  t»i 

Procès-verbal  de  la  séance  du  10  mars  1899 3^7 

Ouvrages  offerts  à  la  Société 3^9 

Procès-verbal  de  la  séance  du  1 4  avril  1899 35i 

Annexe  au  procès-verbal  :  La  date  du  Déluge  diaprés  les  textes 
principaux.  Le  mariage  d'Osée  (  J.  Halîvy  ) 353 

Ouvrages  offerts  à  ]a  Société 369 

Los  cure-dents  du  Buddha  ( L.  Feer) 363 

Les  titres  royaux  chei  les  Indo-Scythes  (E.  Drouih) 869 

Bibliographie  :  «Petite  grammaire  persane» ,  at  the  prcss  of  the 
Archbishop  of  Canterbury s  Mission,  iJrmi  (R.  Doval). —  «Chà- 
ràni  » ,  Balance  de  la  loi  musulmane ,  etc. ,  traduit  de  Tarabc  par 
le  D'  Perron  (0.  Houdas).  —  Lao-Tze's  tTao-teh-king»,...  trans- 
lation and  notes  by  D'  Paul  Carus  (C.  de  Harlez).  —  Recueil 
,  d'archéologie  orientale  :  Sommaire  des  matières  contenues  dans 
les  tomes  I,  II  et  III  (Clermont-Ganneau). 

Procès-verbal  de  la  séance  du  1 2  mai  1899 Sai 

Ouvrages  offerts  à  la  Société 523 

Notes  d*épigraphie  indienne  (VII)  :  Deux  épigraphes  du  Swat 

(E.  Senart) 536 

Au  sujet  d'un  des  surnoms  du  mois  de  Redjeb  (O.  Houdas).. .      587 

Bibliographie  :  Annonces  bibliographiques  (E.  Drouin).  —  La 
sainte  Bible  polyglotte,  . . .  par  labbé  F.  VigouToux  (F.  Nau). 
—  Die  Licder  der  Mônche  und  Nonnen  Gotamo  Buddho's,  . . . 
von  Karl  Eugen  Neumann  (L.  Feer).  —  Notice  nécrologique 
(L.  Feer).  —  Recueil  d'archéologie  orientale  :  Sommaire  des 
matières  contenues  dans  le  tome  III  (Clermont-Ganneau).  —  La 
chronique  de  Michel  le  Syrien  (R.  D.). 


i 


JOURNAL  ASIATIQUE 

ov 

RECUEIL  DB  MÉMOIKES 

■  d'evi'haits  et  de  .notices 

ET  \  l.\  LITTÉnATUtUi  DUS  H'.IVIÏS  UHiffBTSIIS 


OPPKHT,  nuPEAï  pff>*t.  «.  «Kuni,  «n:. 
F,r  l'UBl.lt  l'AH  lV  SDCriiTli  ASIATInOE 

[NEUVIÈME  SÉRIE 

TOME   Xill 
>■  S  —  MAr-JBI!t   18»» 


Tableau  de»  jenra  de  séatina  pour  l'année  1889. 

«•HV<lcla  Social,  ruu  lu  Sel'.f.u-  i. 

13 

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1(1          15 

BlbiloUiAquo. 

PARIS 

EIXNEST  LEIlOllV,  ÉDITEUR 


ERNEST  tenoux,  KDn'Ëvn, 


()nVRAC.ES  PyRLlKS  PAR  LA  SOCIKTK  ASlA'nQUE. 

JOURKAI.  ASUTlfJPK.  pllliie  Jfipiipl  »8ïï. 

Abontiiunuiit  amiud.    Cnrit  i  ia  Tr.  —  UéfwrMaicaU  t  »7  ft-,  &«,  — 

lUmiifjitr  :  3o  fV.  —  (In  iniiîn  i  'A  l'r.  An. 

i:0LLECT10N  DXUrVBAGBS  ORISÎITACX. 

VutAGKH  ii'liv  lUioiiTUi,  t«ile  Hrubo  «C  tiWiulioii .  par  SOL  fi«/Wntnj  ei 
.Saniiaintitli ,  lS^'i-lS^J^  (noiivcnu  tjr>|ic],  Jt  vnl.  in^° 3oû'. 

Ikhm  alpoabbtkjite  poim  lu»  IUtoctaii,  jBgli  [s'  tir<i|iei,  in-H°.  .s       s  te. 

M«Çon>i>  1>KM  Pnitiujra  d'or.  Ipite  nrahii  et  ti'uliiction .  par  M.  B«fbur  tir 
Mrynard  (les  Irob  {iremitirs  vciumt»  eu.  t*Dllabvnitun  avec  M.  Ptatt  du 
Caurti-iUi-].  iB6l-iS77>  9  ïol.  in-B" 67rr.5a 

M4(;oDnt-  Î<K  l'ivnB  ce  i.'^vïnrisxEumirr  kt  nt  ijk  ncviunn,  iroduAtlon  par 
U.  Carr^a  (/^  liin*.  1  vùi.  \n-  B" 7  fr.  5n 


CuAHT»  i-OPCtÀine»  dus  Ipoihns,  wcoeltli».  prililMii  Kl  Iredillt*  par  Jamm 
JJumu'itticr.  Pri!n'-iJ&  d'une  introtliirtioD  >ur  Inlanxue.l'liidoîreBllii  liU^ 
rflturt)  ilm  A^b»n>,  iSgo,  1  fort  vnl.  ir>-8" tùh. 

Le Muilvmo,  ii»M  «Nmicnt  puMIiS  puiir  U premi^ foi». «ver  ilw îgtnuliiar 
tioniht  im  i;ommanUirc ,  |«r  Hl.Em.Smar!.  , 

Tonie  1 ,     1 86ï .  m-8' «S  fr. 

TonieU,    i8bo.  '"-8" »5fr. 

■ruu.«Ul,  iSi,8,  ln-8- ïSfr. 

.lacnNU.  n'iiJt  votiue  en  AHàBiK  {i&83-iâSS].  par  CAorift- Unler,  1  flirt 
vaI.  in-8*  illattpi  ilc  c[i(4i6>  ilftu*  le  ta\»  lA  Mrampagné  ilu  plmifb»  i^ 
■3V[|uiB ~.> •.•...••■• t<<> '•    dolr« 


l'tiéaiiiDKiiiuiirnuiiBnuGHiisiiuiUBl^iutvKBtlbnf^nidâdtei  J«r  JîîilrirAiilfl; 

I«-8° «  fr. 

(lioQUMiii!  it'Aion'i.ritnA ,  tute  itmlir,  yiiUiii  pu   Unuml  d  Jr  SiUnn. 

In-4' lifr. 

ItADJATAnAiciNl ,  UD  Ilïitoire  îles  rvii  il»  tCncUniir,  piàlUSa  «Il  «Utrrit  dt' 

traduite  en  frnnçai»,  par  M.  rintn-.  1^  voL  in-S'. .., >9^ 


PI  HI,ir.M-10N  KKCOtiftACiÉl!  l'Ail  I,A  SOCIStÊ. 

-Ks  MkM'nniu  ne  Sn-nu  Tiiiini,  trulaiU  ila  diinnïx:!  unnotA  m 
Ch'mannt',  prufi'ist-ur  nu  CulU'jje  de  Ft-«in«.  10  f olume*  W4*  |i 
•if  puhlicminn). 

'l'dinn  1.     i  lôrt  voluiBB  io«8". - . . , . .  1  -. .     ifi  Ëi. 

Tomii  n.    t  (oH  vnliinui  iir-fl" .    , ,  .       sa  l>i 

Tunii-  m.  pramiAri'purlie.  Iii-8'  to  tr.